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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 22:42
Perspectives méditerranéennes
 
Après avoir évoqué les trois Méditerranées de Fernand Braudel ("Une mer, trois destins", Revue Critique du 5 mai), notre ami Jean-Claude Adrian montre le chemin qu'elles ont parcouru depuis la fin des années 80. L'effondrement du communisme a redonné vie et puissance à la civilisation arabe et à l'islam. A l'ouest, c'est l'Allemagne, elle aussi renaissante, qui a semblé dans un premier temps dominer l'ancienne Europe latine. Le «Printemps arabe» et l'affaiblissement du projet d'Union européenne pourraient ouvrir d'autres perspectives. Seront-elles plus favorables à la France ?
 
Au mitan des années 80, des trois civilisations qui se partagent l’espace méditerranéen, la « romaine » est encore florissante, l’orthodoxe étouffe sous le communisme soviétique, l’islam, assoupi, paraît exotique.
La chute du communisme a marqué ces trente ans ; l’orthodoxie semblait la mieux placée pour en bénéficier ; curieusement, c’est l’islam qui en a tiré le plus d’avantages. L’URSS disloquée, nationalités et religions se réveillent. Si l’accès à l’indépendance des républiques musulmanes d’Asie Centrale s’effectue sans trop de drame, les problèmes se concentrent au Caucase. La première guerre de Tchétchénie est une guerre d’indépendance, nationaliste ; dans la seconde, les wahhabites radicaux interviennent et donnent au conflit un caractère plus religieux. Quels que soit leur importance et influence réelles, ils sont sortis de leur isolement, entrés dans le jeu.
On les retrouvera dans les Balkans, où à la chute de Tito, les trois civilisations s’affrontent dans de sanguinaires guerres ethnico-religieuses. Les serbes orthodoxes en sortent vaincus médiatiques. L’islam est revigoré. Il ne subit plus ; radicalisé, il se lance au combat au cri de « Allah akbar ». Partout dans l’espace méditerranéen, l’islam est en première ligne, Palestine, Irak, Iran. Plus loin, les moudjahiddins, après avoir vaincu les russes, tiennent tête aux américains – avec toujours en arrière-plan l’Arabie Saoudite et le wahhabisme. Nouveaux kamikazes, à la différence que leurs avions suicides embarquent des passagers, ils se fracassent sur les twin towers. 
Assistons-nous au triomphe posthume du grand historien belge Henri Pirenne ? En 1937, paraît « Mahomet et Charlemagne », publié deux ans après sa mort par son fils. Sa thèse, largement étayée se résume ainsi : « l’islam  a rompu l’unité méditerranéenne que les invasions germaniques avaient laissé subsister ». L’ancien Empire romain dérive à l’Est, devient l’Empire byzantin d’Orient. Le centre de gravité de l’Empire de Charlemagne, Empire d’Occident, bascule de Rome au Nord de l’Europe. Libéré de Rome, le germanisme, qui, malgré les invasions des premiers siècles était resté confiné dans un rôle secondaire, entre à jamais dans l’Histoire.
Accueillie très favorablement à sa sortie, la thèse de Pirenne était plus critiquée dans les années 80. Pourtant, n’est-ce pas le même schéma que nous voyons se reproduire ? La Méditerranée de nouveau coupée en deux, la France, des nations européennes la plus tournée vers la rive Sud, est la plus affectée. L’islam y est ressenti comme un adversaire ; poids de l’immigration, difficultés d’intégration des jeunes descendants d’immigrés, nés en France, mais tentés de se forger une identité spécifique en se rattachant à la civilisation musulmane. Les projets ambitieux d’Union Méditerranéenne tombent à l’eau.
La France se détournant du Sud, l’Europe perd son contre-poids méditerranéen. Comme à l’époque de Charlemagne, elle bascule vers le Nord. L’Allemagne donne le ton. Or selon la position respective de la France et de l'Allemagne, le destin de l’Europe diffère. Dominée par l’Allemagne, elle pencherait vers l’Est, la MittelEuropa et la Russie. N’appartenant plus au noyau central, la France ne serait plus que la tête de file des nations du Sud et subirait une politique économique sur laquelle elle aurait peu de prise. Le protestantisme, absent en l’an 800, triompherait du catholicisme ; le houblon et la pomme de terre prendrait le pas sur le blé et la vigne. Coincée entre la renaissance du Saint Empire Romain Germanique et le retour de l’islam, entre Charlemagne et Mahomet, la civilisation romaine latine vacillerait.
Heureusement, le pire n’est jamais sûr. Aucune Nation européenne ne tend à l’hégémonie. L’Allemagne, comme effrayée de sa puissance, renonce au nucléaire civil, sa démographie est en berne. A nous de jouer, la partie est en cours.
Jean-Claude Adrian.
 

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Jean-Claude Adrian - dans Idées
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