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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 11:35
Le souvenir de Mistral

Mistral disparut un 25 mars 1914, dans les premiers jours d'un printemps calme, quelques mois avant la terrible tempête qu'il pressentait et qui devait saigner à blanc ce Midi des bourgs, des plaines et des bois qui faisait toute sa vie. Dans la Revue critique du 10 avril 1914, l'hommage à Mistral était rendu par un autre poète, lorrain celui là, Lionel des Rieux, qui devait tomber dix mois plus tard au bois de Malancourt, à la tête de sa section. Voilà comment l'homme de l'est saluait la mémoire du grand Provençal :
Mistral est entré dans l'immortalité. Nous ne verrons plus sa noble et haute figure, la mâle allure de son feutre gris campé sur ses beaux cheveux blancs. Nous n'entendrons plus sa voix chaude et prenante clamer le verbe de Provence. Il est mort, celui qui, illustre en sa sereine simplicité, nous apparaissait ainsi qu'un héros antique, quelque dieu descendu sur terre, Apollon gardant les troupeaux d'Admète. Mais une vie nouvelle s'ouvre pour lui ; et nous nous répétons les termes de l'admirable lettre de Barrès à Mme Mistral : "C'est maintenant l'apothéose qui commence. Maillane devient un lieu sacré, un temple à ciel ouvert, où les générations iront en pèlerinage réciter les poèmes immortels sur la tombe du héros et méditer, comme nous avons tous fait, l'exemple d'une vie si puissante et si pure. Plus que Saint-Trophime et l'Arc de Saint-Remi, tout autant que le Rhône et la Durance, son œuvre durera. "
Barrès avait raison. Les grands poèmes de Mistral ont duré, ils sont universellement connus et Mireille, Calendal, Nerte et le Poème du Rhône sont traduits dans toutes les langues que parlent les gens d'esprit. Mais Mistral est également un grand prosateur et ses contes, ses récits, ses fabliaux et ses cascarelettes, publiés pendant près d'un demi-siècle dans l'Almanach provençal (Armana prouvençau), font encore aujourd'hui la joie du peuple du Midi. Voilà, pour célébrer la mémoire de notre Maillanais, une de ses moralités où s'exprime sa proverbiale bonhommie:


Les pénitents

Les Pénitents de Malaussène, blancs et gris, faisaient, un an, les Rogations. Comme ils dépassaient les faubourgs, les blancs devant, les gris derrière, un coq mal avisé traversa la procession; et pour le chasser, un bâtonnier des blancs frappa sur le cacaraca, pan ! et le tua raide.
Sans faire semblant de rien, un des pénitents blancs le cacha sous son habit... Et les pénitents gris, qui avaient vu la chose, se mirent à chanter :

Pénitents blancs
Qui êtes devant,
Couvrez au moins la queue qui se voit tant !

Mais les pénitents blancs ne perdirent pas la note, et leur firent ce répons :

Pénitents gris
Qui l'avez vu
N'en dites rien
Nous le mangerons tous ensemble.
Frédéric Mistral.
(Almanach provençal,1880).


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