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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 00:20
Conseils à un jeune écrivain
 
Notre ami Bruno Lafourcade vient de publier une étude charmante et pleine d'humour sur l'apprentissage du métier d'écrivain, les joies de l'édition et les pièges qui guettent les jeunes auteurs [1]. Nous le remercions d'avoir bien voulu nous l'adresser et sommes heureux d'en publier ci-dessous l'avant-propos. Rappelons que Bruno Lafourcade est l'auteur de plusieurs romans, de nouvelles et d'essais [2], qu'il a postfacé la réédition de  Monsieur Ouine de Georges Bernanos et qu'il contribue régulièrement à notre revue, pour le plus grand bonheur de nos lecteurs. Nous reviendrons prochainement sur ce bel essai.
La Revue critique. 

On dit que tout le monde écrit; c'est pire : tout le monde publie. "Quelle rage de productions, écrivait déjà Antoine Albalat en 1903. Quel entassement de volumes ! A force de vouloir écrire, on finit par ne plus savoir écrire; on cherche vainement une oeuvre dans toutes ces oeuvres. " Et il ajoute excellemment que "personne n'a plus de talent, depuis que tout le monde en a trop".
La situation n'a pas changé, elle suit même démocratiquement l'ascension démographique. Ce que Cervantès disait des familles plébéiennes ("Je n'ai rien à [en] dire sinon qu'elles servent à augmenter le nombre de gens qui vivent"), on a envie de le dire des livres : ils servent seulement à augmenter le nombre d'ouvrages publiés.
Quiconque a écrit trente poèmes (si possible en alexandrins, avec rimes embrassées et coupure réglementaire à l'hémistiche) veut les voir reliés ou brochés;  et y parvient tant bien que mal, au prix plus ou moins fort. C'est une vanité où chacun succombe; mieux que quiconque, le jeune littérateur la connaît et la comprend. C'est pourquoi, pour tant d'auteurs réels ou putatifs, un manuel d'apprentissage ne semble pas superflu. 
On doute pourtant si un livre serait plus inopportun que celui qui s'intitulerait, par exemple, Conseils à un jeune écrivain. Son auteur pâtirait d'une double illégitimité : la sienne, et celle de son sujet. Qui êtes-vous pour prétendre guider les aspirations à la page noircie? A quoi servent des conseils dans l'art d'écrire ? Les lecteurs auront tout loisir de répondre à la première question; mais c'est la littérature qui répond à la seconde, tant cette entreprise appartient à une tradition, sinon à un genre.
Ce type d'ouvrages possède en effet sa manière savante : celle des grammairiens, des lexicographes, des linguistes et des historiens de la langue (et c'est d'ailleurs à l'intimité la plus étroite avec les travaux de MM. Furetière, Grevisse, Larousse et Littré, par exemple, que pourraient se limiter les recommandations présentes); il connaît aussi une variante plus "pédagogique", que figure bien l'estimable Antoine Albalat; mais il est avant tout un phénomène littéraire. 
Les écrivains (Gourmont, Gide et Baudelaire si l'on s'en tient à quelques Français récents, Swift et Rilke si l'on élargit un peu le périmètre) y trouvent l'occasion de jouer le rôle d'aîné ou de maître; ou plus sûrement de feindre de le jouer, car si dans ce type de livres, souvent de circonstance par ailleurs, on donne des recommandations, on y règle assez souvent ses comptes (on paie mal, on comprend peu, on lit rarement) avec l'éditeur (pingre), la critique (ignorante), le public (vulgaire), - et c'est ce solde qui par défaut fait figure de conseils. Si l'on peut y apprendre l'art d'écrire, c'est plutôt en creux
J'ai donné quelques noms illustres qui ont servi le genre, mais la liste est extensible à loisir, et pourrait se confondre avec celle de tous les écrivains eux-mêmes. Ce type de livres, pour peu que l'on accepte d'en élargir le cadre étroit, est rarement absent des bibliographies. Que sont, par exemple, Le romancier est ses personnages, Qu'est-ce que la littérature ?, sinon, d'un certain point de vue, des Conseils (romanesques, philosophiques) à un jeune écrivain ?
Quoi qu'il en soit, pareils ouvrages, de science ou de littérature, ont toujours répondu à plusieurs nécessités. Gardons-en-deux : la jeunesse  se doit d'être enseignée, comme l'art d'écrire d'être appris. Cette double exigence, il ne serait pas impossible que l'époque, tant elle idolâtre ses homoncules et valorise l'inspiration, la jugeât absurde, inadéquate, artificielle. L'objet de ces pages est aussi de démontrer qu'elle a, sur ce point comme sur d'autres, tort, radicalement.
Bruno Lafourcade.

 


[1]. Bruno Lafourcade, Derniers feux, Conseils à un jeune écrivain (Editions de la Fontaine secrète, juillet 2011, 222p.). L'ouvrage peut être commandé aux Editions de la Fontaine secrète, "Fonsegrède". - 33350 -  Saint Magne de Castillon. 
[2]. Etché, roman (Ed. de la Fontaine secrète, 2009). - Le Portement de la croix, roman (Edilivre, 2008). - L'Ordre, roman (Brumerge, 2010). - Les Boues profondes de Georges Bernanos, essai. - La Javellisation, pamphlet. - Les Bostoniens, nouvelles.  

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