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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 07:36
Panorama
d'un conflit
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HISTOIRE
La Grande Guerre.
Fin d'un monde,
début d'un siècle.
François Cochet.
Perrin.
Janvier 2014.
517 pages.
 

 
François Cochet, né en 1954, est historien. Spécialiste des deux guerres mondiales, il enseigne à l'Université de Metz et fait partie du Conseil scientifique de la Mission du centenaire. Il a récemment publié : Pierre Messmer (Rineneuve Editions, 2012), Les soldats inconnus de la Grande Guerre (Soteca, 2012), Armes en guerre (CNRS-éditions, 2012).
 
Présentation de l'éditeur.
La guerre de 1914-1918 ouvre tragiquement le XXe siècle, souvent nommé le « siècle de la guerre ». Mais ce conflit n'a pas soudainement éclaté à l'été 1914 pour s'interrompre tout aussi brutalement en 1918 : il s'inscrit mentalement dans des comportements issus d'un long XIXe siècle, tout autant qu'il innove et ouvre la voie aux affrontements du XXe siècle. Sondant les mentalités, l'action des chefs comme des humbles, des civils comme des militaires, interrogeant les attitudes de ceux qui décident, autant que de ceux qui vivent la guerre dans le froid des usines ou dans la boue des tranchées, l'auteur envisage, sans parti pris, toutes les dimensions - militaires, économiques, sociales et politiques - de ce conflit total. Il aborde aussi bien le monde des combattants que celui des arrières, les fronts européens qu'asiatiques ou africains. Synthèse d'ampleur, l'ouvrage répond à toutes les questions que l'honnête homme se pose sur cet affrontement parfois dantesque. Refusant de céder à une lecture partisane et exclusivement hexagonale, il se place résolument dans une approche comparative de la première des deux guerres mondiales, un conflit qui a profondément marqué les sociétés contemporaines et demeure, pour les Français, LA Grande Guerre par l'ampleur des pertes, des destructions et des deuils.
 
L'article de Bertrand Renouvin. - Royaliste. - juillet-août 2014.
La Grande Guerre. Dans son ouvrage François Cochet examine tous les aspects de ces quatre années de guerre. Avec lui, nous sommes dans les États-majors et dans les tranchées, à la Chambre des députés et au Reichstag, sur les fronts de France, de Russie et d’Orient, sur mer et dans les déserts d’Arabie, avec les paysans et les ouvriers de l’arrière, dans les territoires français occupés, avec Foch, Joffre, Pétain, Hindenburg, Churchill, Clemenceau et Woodrow Wilson… loin des discours doloristes ou héroïsants qui masquent les logiques complexes de la guerre. Sans oublier les souffrances endurées par les combattants et la fatigue croissante des peuples, il faut commencer cette commémoration par une mise en perspective politique et stratégique.
Les causes de la guerre, naguère étudiées par Pierre Renouvin puis par Fritz Fischer, font toujours l’objet de vives discussions sur lesquelles François Cochet porte des appréciations pertinentes. On incrimine classiquement la rigidité des systèmes d’alliance or «les conflits balkaniques de 1912-1913 ont montré que les alliances étaient faites pour évoluer en se formant ou se défaire au gré des événements.» Quelle rigidité en 1914 ? Ce n’est pas pour défendre la France que l’Angleterre entre en guerre, mais pour secourir la Belgique envahie – alors que l’Italie, qui appartient à la Triplice, ne se range pas du côté des Empires centraux. L’explication par la course aux armements ? Elle concerne les marines anglaise et allemande mais s’il y avait eu de véritables surenchères industrielles, les différentes armées n’auraient pas manqué d’obus pendant l’été 1914. Les rivalités des impérialismes coloniaux ? Elles opposent surtout la France et l’Angleterre… qui s’allient après la crise de Fachoda (1898) alors que des capitalistes français et allemands tissent des liens financiers avant 1914. Les sentiments nationalistes ? Ils sont vigoureux en France et en Allemagne mais les thèmes internationalistes et pacifistes ont un large écho.
Ce ne sont pas les nations qui ont déclenché la guerre selon une mécanique belliqueuse qu’elles recèleraient mais très précisément les Empires centraux. C’est la volonté de puissance de Guillaume II qui provoque des tensions croissantes à partir de 1905: l’Allemagne, qui dénonce la présence de la France au Maroc (discours de Tanger), constate avec plaisir que le Tsar est affaibli par la première révolution russe et le Kaiser estime que son pays peut être agressif à l’Ouest parce qu’il n’aura pas à combattre sur deux fronts. En 1911, la crise d’Agadir confirme l’agressivité allemande qui se manifeste aussi sur mer, face aux Britanniques. L’attentat de Sarajevo donne à l’Autriche-Hongrie un prétexte pour faire la guerre à la Serbie afin d’empêcher la réunion des Slaves du Sud ; puis Vienne, qui se heurte à la fermeté de Saint-Pétersbourg, envisage avec confiance un conflit avec la Russie. L’Allemagne, qui se prétend encerclée, veut également la guerre : « La mobilisation allemande du 31 juillet est décidée avant même que la nouvelle de la mobilisation russe n’arrive à Berlin. On sait aujourd’hui que si la France avait répondu favorablement à l’ultimatum allemand du 31 juillet lui demandant de rester neutre en cas de conflit entre l’Allemagne et la Russie, l’ambassadeur von Schoen avait ordre de rendre les choses inacceptables pour Paris, notamment en revendiquant les villes de Verdun et Belfort comme gages. »
Cette guerre est mondiale. Les images de Verdun hantent nos mémoires mais nous ne saurions oublier les batailles sur les autres fronts. La plupart des Français oublient le front russe pour ne retenir que le traité de Brest-Litovsk signé le 3 mars 1918. Les troupes russes se sont battues pendant près de quatre ans. En août et septembre 1914, elles obtiennent plusieurs succès contre les Autrichiens et les Allemands, malgré leur victoire à Tannenberg, livrent de durs combats et doivent maintenir à l’Est des troupes qui leur feront défaut à l’Ouest : la victoire française sur la Marne doit beaucoup à la pression russe. Il faut aussi se souvenir de la résistance des Serbes, de la guerre en Italie, des opérations en Afrique. La lutte des Britanniques contre les Turcs est bien connue grâce au prestige de Lawrence d’Arabie mais nous ne saurions oublier la mission du colonel Brémond, qui était dépourvue des moyens nécessaires à l’affirmation de l’influence française au Proche-Orient mais qui s’est faite apprécier par son absence de racisme : les Hachémites constatent qu’un musulman peut devenir officier dans l’armée française, chose impossible dans l’armée italienne comme dans l’armée égyptienne commandée par les officiers anglais. Il faut surtout s’intéresser à l’armée d’Orient : commandée en 1918 par le général Franchet d’Esperey, elle compte 26 divisions grecques, françaises, serbes, britanniques et italienne qui remontent la vallée du Vardar et disloquent l’empire austro-hongrois : « c’est bien par la Turquie, via ses possessions en Palestine, et par la Bulgarie que la Grande Guerre s’achève d’autant plus que ces deux États constituent les deux maillons faibles des alliances conclues par les Empires centraux. »
Les mutations stratégiques sont considérables pendant la Grande Guerre. L’année 1914 est terriblement meurtrière. Les stratèges français et allemands ont oublié que la guerre de 1970 était déjà remarquable par la puissance du feu et ceux qui voient qu’elle a plus que doublé en quarante ans pensent la contourner par des offensives fougueuses en vue de la « bataille décisive » qui conclut une guerre courte. Or les combattants découvrent le « mur de feu », la cadence des mitrailleuses, les déluges d’obus. Ce ne sont pas les pantalons garance qui marquent l’infériorité française mais le manque d’artillerie lourde. Quelle que soit la couleur de l’uniforme, les pertes sont effroyables de tous les côtés et, après l’été, les combattants s’abritent dans un système complexe de tranchées. Général en chef, Joffre tire très vite les leçons des revers de l’été, écarte 144 généraux sur 344 et promeut Nivelle, Pétain et Foch. Certes, il est « toujours prompt à faire retomber sur d’autres ses propres erreurs » mais il a une vision d’ensemble de la guerre et « pense en permanence le front occidental à la lumière du front oriental. »
À la fin de l’année 1914, il est clair que la partie se jouera sur le front des industries d’armement mais les militaires et les politiques restent fascinés par la stratégie de l’offensive qui permettrait d’exercer un ascendant moral sur l’adversaire et d’entretenir l’ardeur des troupes. C’est pourquoi, « en 1915, Joffre entend mener une guerre avec les moyens de 1914, alors qu’il a déjà compris que l’industrialisation de la guerre est désormais inéluctable et constitue le seul moyen de la gagner.» On attaque en Woëvre, en Artois et en Champagne mais les résultats de l’année 1915 sont décevants et le moral des Français s’en ressent d’autant plus que l’opération des Dardanelles est un échec. Les pertes sont considérables mais les chefs militaires ne sont pas les bouchers fustigés par la propagande pacifiste et communiste de l’entre-deux-guerres : très vite, ils s’ingénient à épargner les soldats de première ligne mais la nouvelle stratégie n’est pas toujours comprises par les commandants de compagnie. Sur tous les fronts cependant, on bascule dans la guerre de matériel : artillerie, avions, mines, lance-flammes, gaz de combat…
La « bataille décisive », courte et brutale, se transforme en hyperbataille qui présente trois caractéristiques : haute intensité de feu, concentration massives de troupes pour l’offensive ou la contre-offensive, accumulation de moyens matériels, parmi lesquels un nombre considérable de pièces d’artillerie. C’est Verdun, « bataille paradoxale » notamment par le fait que « des millions d’hommes, dans les deux camps, ont fréquenté le site mais la plupart des combats, à l’exception des grands coups du 21 février ou de la reconquête de Douaumont, n’ont concerné que des unités élémentaires. La compagnie constitue ici l’unité de référence, comme souvent. » C’est la bataille de la Somme, celle de l’Isonzo sur le front des Alpes, les offensives de Broussilov en 1916 et 1917, la bataille de Marasesti qui oppose l’armée roumaine assisté d’une mission française aux troupes allemandes ou encore la bataille navale du Jutland du 31 mai 1916.
L’année 1918 marque le retour à la guerre de mouvement, qui provoque des pertes plus importantes que les hyperbatailles : 941 000 soldats français sont tués, blessés ou prisonniers entre janvier et le 11 novembre. À l’ouest, les Allemands lancent à partir de mars plusieurs offensives qui sont d’abord couronnées de succès : début juin, ils sont à soixante kilomètres de Paris… comme en septembre 1914. Mais l’armée allemande manque d’hommes et les difficultés d’approvisionnement en matières premières amoindrissent la qualité des armes et des munitions. «Jusqu’à la fin juin 1918, l’armée allemande est matériellement très puissante. Au-delà, les matériels ne sont plus remplacés et le nombre de pièces d’artillerie décroît.» La bataille industrielle est perdue, la démoralisation gagne les soldats, l’arrière veut la paix, les Autrichiens plient devant les Italiens… C’est la fin.
Il faudra revenir sur d’autres aspects de la guerre que François Cochet analyse de manière passionnante : les gouvernements de guerre, les évolutions de l’opinion publique, le mouvement pacifiste, les grèves, l’engagement américain, les rafles et les déportations effectuées (déjà) par les Allemands, la résistance française dans les départements occupés qui esquisse celle qui se développe à partir de juin 1940… Notre travail de mémoire ne fait que commencer.

 

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