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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 19:46
La force du
renoncement
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LETTRES
Le Frémissement
de la grâce.
Le Roman du Grand Meaulnes.
Jean-Christian Petitfils.
Le Livre de Poche.
Novembre 2013.
264 pages.
 

 
Jean-Christian Petitfils, né en 1944, est historien et écrivain.  Grand connaisseur du XVIIe siècle français, auteur d'une trentaines d'ouvrages historiques, il a été couronné par l'Institut pour l'ensemble de son oeuvre. Il a récemment publié Louis XVI. (Perrin, 2005), Louis XIII. (Perrin, 2008), Testaments et manifestes de Louis XIV. (éd. des Equateurs, 2009), Jésus. (Fayard, 2011).  
 
Présentation de l'éditeur.
Alain-Fournier n'a que dix-huit ans lorsqu'il fait la rencontre, éblouissante et fugace, de la femme qui va transformer sa vie et devenir sa source d'inspiration la plus profonde. Des années durant il espère revoir celle qui hante ses rêves, et quand le hasard les réunit de nouveau, elle est mariée et mère de deux enfants. Malgré tout, elle continue d'incarner à ses yeux ce sentiment presque mystique qu'on appelle la grâce, sur lequel le temps qui passe semble sans prise. De cet amour impossible et sublimé naîtront les pages d'un roman au lyrisme subtil et mystérieux : Le Grand Meaulnes. Biographie librement inspirée, essai littéraire, mais aussi tentative d'exploration d'un « paysage amoureux » unique, ce récit nous conte, sur fond de passion amoureuse, la genèse d'une des oeuvres les plus célèbres de la littérature française.
 
L'article de Bruno Frappat. - La Croix. - 14 novembre 2012.
Trop pur amour. Un amour séraphique de fin d’adolescence ; une silhouette féminine élancée qui s’efface très vite ; des souvenirs évanescents pour hanter le cœur d’un jeune homme. De brèves retrouvailles, sept ans plus tard. Et, au bout, un grand livre, un roman devenu mythique depuis exactement un siècle : Le Grand Meaulnes. Pour finir, un jeune officier de vingt-huit ans fauché, en septembre 1914, dans une forêt de la Meuse. Ses restes ne seront retrouvés que trois quarts de siècle plus tard. Courte vie, longues disparitions et longue mémoire. Lorsque parut Le Grand Meaulnes, en 1913, Henri Massis eut cette formule qui résuma son admiration pour le roman : « Un drame de Shakespeare joué par des personnages de Madame de Ségur ». Il ne se moquait pas. Cette dualité apparemment insoluble entre un immense amour de campagne idéalisée et la fuite de l’aimée dans une réalité honnie, c’est tout le «drame». Quant aux «personnages», ils contiennent les caractéristiques de toute enfance rêveuse, l’absolutisme de la naïveté. Voudrait-on que cette nostalgie de l’enfance soit le péché des faibles ? C’est bien d’une femme qu’est né ce livre, le seul roman jamais écrit par Henri Fournier – alias Alain-Fournier – récit nostalgique mêlant une enfance qui colle à l’âme et l’ombre d’une blonde «chaste et désespérante». Récit d’une double fuite que reprend, dans un livre d’une très agréable lecture, l’historien Jean-Christian Petitfils, spécialiste du dix-septième siècle et auteur, l’an dernier, d’un gros livre sur le Jésus de l’histoire. Il n’y a pas de «scoop» dans ce livre. L’auteur ne prétend pas faire œuvre de «biographe», il existe de bonnes biographies. Il a eu seulement l’idée et l’envie de centrer son essai sur la relation entre deux personnes qui se sont, somme toute, fort peu connues et par l’effet du pur hasard. Une rencontre qui fit trace dans l’âme du jeune Fournier, au point de lui donner l’axe d’une œuvre universellement admirée et qui n’a pas vieilli.La rencontre qui marqua la vie de Fournier eut lieu 1er juin 1905, jour de l’Ascension, à Paris. Le jeune homme, âgé de dix-neuf ans, élève de khâgne au lycée Lakanal de Sceaux, est venu visiter, au Grand Palais, une exposition, la «Nationale». Descendant les escaliers qui donnent côté Seine, il entend derrière lui un pas et se retourne. Une jeune fille blonde, grande, magnifique, est au bras d’une dame plus âgée. Irrésistiblement, le jeune homme la poursuit de sa curiosité. Il prend avec les deux femmes, sans leur adresser la parole, la navette fluviale qui les ramène du côté du boulevard Saint-Germain. Il les suit jusqu’à ce qui semble être leur domicile. Il reviendra se planter devant les fenêtres où, finalement, la jeune fille, écartant les rideaux, esquisse un sourire. Le jour de la Pentecôte, il se risque à lui parler. Ils se promèneront brièvement. Une conversation «belle, étrange et mystérieuse» a lieu. Puis il faut se quitter. La jeune fille, Yvonne de Quiévrecourt, lui dit qu’elle n’est que de passage à Paris et qu’il faut en finir avec cette «folie». Elle le quitte au Pont des Invalides. C’est tout. Cette figure occupe désormais toute son âme de post-romantique, poète, dévoreur de livres et qui a des aspirations à l’écriture. Il pense constamment à cette apparition fugitive dans sa vie. Il tente de la retrouver et, pour cela, demande l’aide d’une agence de renseignements ! La disparue est signalée à Toulon où elle a suivi… l’homme avec qui elle s’est finalement mariée, officier de marine. Il lui envoie des textes écrits par lui, notamment un court essai sur… Le Corps de la femme. Las ! Elle a quitté Toulon pour Brest, sans laisser d’adresse précise. Cependant il finira par la retrouver, sept ans après leurs premières rencontres, à Rochefort. Ils s’y feront de simples serments d’«amitié», qui fendent le cœur du jeune homme. Entre-temps il a connu des femmes, des cousettes, des ouvrières, une prostituée, une femme mariée… Il a fini par nouer un amour orageux avec une grande actrice, Pauline Benda, alias «Madame Simone». Ils se promettent le mariage. La guerre en décidera autrement. Beaucoup de femmes, dans cette brève vie : une grand-mère adulée, une sœur (Isabelle) placée au-dessus de toutes. Mais, plus haut encore, la trop belle Yvonne, éthérée, la grâce même, l’absolu de l’impossible amour. L’on se dit, au terme du récit de Jean-Christian Petitfils, que le destin a bien fait les choses, dans sa cruauté, car, sans cet amour impossible, imaginé, nous n’aurions pas eu Le Grand Meaulnes. Il fallait qu’il fût pur pour être rêvé et flotter aussi dans nos cœurs d’enfants.

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