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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 15:47
Perret, éternel
franc-tireur
 
 
 
  PERRET-Jacques-La-Republique-et-ses-Peaux-Rouges.gif

 

LETTRES
La République
et ses Peaux-Rouges.
Jacques Perret.
Introduction par
Jean-Baptiste Chaumeil.
Editions Via Romana.
Novembre 2012.
298 pages.
 

 
Jacques Perret (1901,1992). Romancier, essayiste, journaliste, combattant, aventurier. A comblé trois générations de lecteurs avec des chefs d'oeuvre comme Ernest le Rebelle (1937), Le Caporal épinglé (1947), Bande à part (1951), Histoires sous le vent (1953), Les Biffins de Gonesse (1961). Publications récentes :  Les sept péchés capitaux. (Via Romana, 2009)Dans la musette du Caporal. (Le dilettante, 2011).
 
Présentation de l'éditeur.
Voici l'intégralité des chroniques écrites par Jacques Perret dans l'hebdomadaire Aspects de la France. Ce premier tome couvrant les années 1948 à 1952 nous remet en compagnie de l'écrivain bien connu pour ses talents de polémiste. Chaque semaine, il inflige un traitement de choc à un sujet d'actualité, avec humour, dérision, légèreté ou profondeur. "Je traverse une période d'indulgence qui frise l'impartialité ", c'est dire qu'en temps normal, Jacques Perret prend parti sans ambiguïté, comme l'y contraint la brièveté de la chronique. A tout seigneur, tout honneur, le premier servi est le lecteur fidèle du journal royaliste, qui découvre une mise à nu spirituelle des institutions républicaines. Mais ," un chroniqueur consciencieux ne doit pas se dérober devant les poncifs saisonniers de sa profession " et Jacques Perret traite pareillement du muguet, du Père Noël, de l'art abstrait, des nouveaux bistrots, des Anglais, de la Sécurité sociale, des programmes scolaires, de l'Europe, du bruit, de la Guyane, etc., mais sans jamais trop s'éloigner des édiles émerpés ou essephiots. Ces quelques 150 chroniques raviront les amateurs du style et de la verve de Jacques Perret, au sommet de son talent.
 
L'article de Philippe Doche. -  Causeur. - janvier 2013.
Le (re)voilà Perret. J’ai eu beau fouiller, me tourner de toutes parts, je n’ai rien trouvé. Ainsi une profonde injustice se faisait jour, Jacques Perret, mort voici vingt ans, passait aux oubliettes ! Pourtant, les éditions Via Romana viennent de sortir le premier volume de ses chroniques parues dans Aspect de la France. Alors, profitons de l’occasion… Jacques Perret est né en 1901, comme mon grand-père, c’est dire si ma découverte de l’auteur démarrait sous les meilleurs auspices quand, adolescent, j’achetai Le Caporal Epinglé, ouvrage avec lequel il échoua de peu au prix Goncourt. Quatre ans plus tard, il obtint l’Interallié pour Bande à part. Je ne sais si ce prix fut à la mesure de son talent, mais il lui permit d’acquérir un bateau, le Matam, « oiseau des mers » avec lequel il put réaliser ses rêves pélagiques avec l’ami Collot. Il en tira Rôle de plaisance, son livre préféré. Je pense avoir tout lu de Perret. Le plus extraordinaire est que je pense avoir tout relu également. Car Perret est de ces rares écrivains qui ne lassent pas et qu’on peut lire et relire à l’infini en éprouvant toujours le même ravissement. Un sacré camouflet pour la théorie de l’utilité marginale décroissante ! Dernièrement, je me suis à nouveau extasié sur ses Insulaires. Luxuriance du style et vocabulaire  richissime. Ajoutez-y périphrases et métaphores de qualité, un humour finement ciselé, et vous avez là une cuvée qui vous fait claquer la langue française au palais. L’homme sait également émouvoir. Son livre de souvenir Raisons de famille , tout en délicatesse, en apporte la preuve. Le passage du voyage avec son père du côté de Bouchavesne dans la Somme pour retrouver la dépouille du frère tué au front en 1916 est un moment poignant, servi tout en pudeur et retenue. Mais il était aussi un pamphlétaire redoutable dont l’efficacité renvoie sur les bancs de l’école nos folliculaires modernes, qui confondent souvent agressivité et talent. Son soutien à l’Algérie française et son opposition au grand Charles lui valurent quelques déboires : déchéance de ses droits civiques et retrait de la médaille militaire. Commentant en 1949, bien avant son heure, la même mésaventure (à l’exception de la médaille) survenue à Aragon pour avoir publié de fausses nouvelles dans son journal, il écrit : « Je me dis tout bonnement, que privé de sa carte d’électeur, un poète digne de ce nom peut encore écrire des poèmes, et c’est le principal ». On voit bien par là que la punition gaullienne ne laissa pas à Perret un mauvais pli à l’estomac. En bon marin, Perret a toujours hissé sa voile contre le vent de l’histoire. Cela ne pardonne pas dans notre démocratie moderne, et au panthéon de la reconnaissance républicaine, il est plutôt tricard. Tour à tour gaulois, mérovingien, chouan et mousquetaire, il était terriblement français, un indécrottable français, mais d’une France qui n’existe plus guère. S’étant toujours déclaré pour le trône et l’autel, à l’argument que les temps ont changé il répondait imperturbable : «  Qu’ils aient changé ou non c’est leur affaire, mais un principe n’est pas une girouette. » C’est sans doute ce qui donne à ses écrits le charme suranné des vérités séculaires aujourd’hui étouffées sous les apophtegmes progressistes ! Ce n’est pas qu’il était contre le progrès mais il se méfiait : « Bien sûr, unité, universalité, c’est un vieux rêve, une noble hantise ; et sur le plan temporel elle sert de caution à toutes les  entreprises d’hégémonies, à toutes les tyrannies autocratiques et doctrinaires ». J’espère que ce Dieu qu’il aimait tant lui a réservé une place de choix et que les vignes célestes lui offrent de temps en temps un petit coup de muscadet. Quant à moi, en avançant en âge, je me retrouve de plus en plus dans cette phrase : « À mesure que se développe une certaine notion aberrante et inhumaine de l’universel, je tends à me ramasser dans le particulier ».
 
Autre article recommandé : François Marcilhac, "Les chroniques de Jacques Perret." - L'Action française, 19 septembre 2013. 
 

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