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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 18:42
L'affaire Proglio              
     




 

On savait qu'il n'y avait plus de presse libre en France. On vient de découvrir qu'il n'y a même plus de presse intelligente. L'affaire de l'EPAD, vite devenue pour la circonstance l'affaire "Jean Sarkozy", est le symbole le plus éclatant de cet effondrement intellectuel. Quel est le résultat de toute cette belle agitation ? - Un spectaculaire recul du pouvoir, nous dit-on - Par rapport à quoi ? Le climat affairiste qui entoure cette affaire est-il dissipé ? Ce quartier de ville, où habitent et travaillent des centaines de milliers de nos concitoyens, va t-il  enfin sortir des griffes des promoteurs ? La fuite en avant financière organisée par le pouvoir pour sauver la mise à une poignée d'aigrefins a-t-elle fait long feu ? - Mais pas du tout voyons, vous n'y êtes pas ! "Il" a renoncé, vous comprenez, c'est une victoire immense! - Mais qui, "il" ?  - Mais, le fils Sarkozy, voyons, il ne sera pas président de l'EPAD! Nous avons évité un scandale énorme, une véritable honte pour la France dans le monde, une dérive monarchique du pouvoir, comprenez vous ? Mais grâce à nous, tout est fini et bien fini. Passons maintenant au sujet suivant...

Voilà comment l'on traite désormais de la politique dans ce pays. Tout y est vu par le bout de la lorgnette le plus minable et le plus facile. La morale, ou plutôt le moralisme, tient désormais lieu d'esprit public à ce qu'on appelle la presse d'information. Une bande de docteurs de la loi y règne en maître et traque, sous la houlette éclairée du Monde, notre grand journal suisse de langue française, tout se qui pourrait tenir lieu, de près ou de loin, de tentation "monarchique", de séduction "royale" ou d'appétit "dynastique". Que ces gens aient pour songe creux de transformer la France et ses 2000 ans d'histoire en annexe d'un patronage protestant, en séminaire permanent pour pasteurs en goguette ou en débit de tabac pour pensionnés du canton de Vaud, c'est leur affaire! Mais, de grâce, qu'ils laissent la place à d'autres pour commenter sérieusement nos sujets politiques qui ne tournent déjà pas bien rond.

Le triste résultat de la pantalonnade médiatique de jeudi dernier, c'est qu'une partie du pays, sous l'influence de cette calamité médiatique, est désormais convaincu que l'affaire est terminée, que le dossier est clos, que plus rien n'est en jeu. Alors que c'est  maintenant que la vraie partie va s'engager et qu'il faut au contraire redoubler de vigilance. Si l'on n'avait pas peur de donner une trop haute opinion du pouvoir en place - qui compte, certes, quelques oiseaux de proie, comme M. Guéant, mais aussi pas mal de perruches - on pourrait  risquer l'idée que tout cela a été monté de haute main, pour faire une excellente diversion. Disons plutôt que l'équipe en place a su rebondir et faire d'un mal un bien. En tous cas, le résultat est là: dormez, braves gens, il ne se passe plus rien sur la Défense!

L'autre beau résultat de cette agitation inepte, c'est l'absence de commentaires sur l'affaire Proglio. On sait que M. Henri Proglio, qui tient, pour quelques semaines encore, entre ses mains les destinées de l'empire Véolia, est un proche du chef de l'Etat, un proche des proches, un allié comme on disait autrefois. Ce proche, cet allié est appelé à prendre, fin novembre, la direction d'un autre empire, celui là public, EDF. Non pas que les compétences manquaient au sein de notre grand électricien national, on y compte même des  dirigeants de premier plan qui auraient parfaitement fait l'affaire au mieux de nos intérêts, mais c'était sans compter sur la nouvelle  "morale industrielle" qui sévit depuis deux ans à Matignon et à Bercy, sous l'amicale impulsion de l'Elysée: il faut hybrider les nominations. Comprenez : il faut que les stars du privé prennent un peu de bon temps à la tête de nos affaires publiques. On a vu cette excellente stratégie à l'oeuvre l'an dernier avec le rapprochement GDF-Suez. Les dirigeants de Suez ont croqué à belles dents l'entreprise publique, qui s'est retrouvée privatisée sans que quiconque y ai vu quoi que ce soit, à commencer par les syndicats et l'opposition. Et c'est naturellement le même coup mais en beaucoup plus gros qui se prépare pour EDF. Non seulement M. Proglio est un "hybride" parfait, non seulement il est une sorte de  "cousin" du chef de l'Etat, ce qui ne gâche rien, mais en plus il va pouvoir rester président de Véolia, pour activer les "synergies" entre les deux entreprises. On parle déjà d'échanges de participations.

Quelques commentateurs se sont malgré tout inquiétés des risques déontologiques qu'une telle situation pouvait créer, notamment dans le secteur de l'énergie où les deux groupes sont concurrents sur plusieurs marchés étrangers. Le gouvernement a vite balayé le sujet de la main, en précisant que M. Proglio ne conserverait aucune fonction exécutive chez Véolia - ce qui n'empêche rien - et qu'un arbitre serait désigné pour éviter tout conflit d'intérêt entre les deux structures. Le nom de M. Schweitzer ayant été évoqué pour cet arbitrage, cela a eu pour effet de dissiper toutes les interrogations de notre presse "genevoise"! Quant aux impératifs d'intérêt national et de service public, qui sont essentiels dans un secteur aussi stratégique que l'énergie, il n'en fut même pas question. On peut espérer que les syndicats et que les partis d'opposition soulèveront ces sujets hautement sensibles, au moment voulu.

Reste que la nomination de M. Proglio ressemble comme deux gouttes d'eau à une privatisation camouflée. Aucun organe de presse, en dehors de la voix bien faible de l'Humanité, n'a mis cette question à sa une, ce qui est symptomatique du degré d'autocensure qui existe actuellement dans la sphère médiatique française. Aucune réaction non plus de la part des syndicats - qui consultent leurs bases -, ni de l'opposition - qui découvre le sujet. Il est vrai que les informations ont filtré au "goutte" à "goutte" mercredi et jeudi, alors que l'affaire "Jean Sarkozy" occupait, bien inutilement, tous les écrans. Espérons que, lundi, d'autres diversions ne viendront pas brouiller les pistes de ce qu'il faudra bien, tôt ou tard, appeler l'affaire Proglio.


  Hubert de Marans.


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Hubert de Marans - dans Politique
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