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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 15:50

M. Dugenou 

Est-ce l’effet de l’été ou des vacances prochaines qui se fait sentir ? On a le sentiment que les Français sont un peu plus indulgents avec leur classe politique. La série de sondages publiée par le Monde jeudi dernier l’illustre assez bien. Malgré l’affaire Strauss Kahn, malgré tous les déballages qu’elle a provoquée au vu et au su de tous, le parti socialiste conserve finalement toutes ses chances de remporter l’élection présidentielle de l’an prochain. On s’attendait au moins à ce qu’une ligne plus morale, moins bourgeoise, et pour tout dire, plus à gauche s’affirme. Ce n’est pas le cas. M. Melenchon et l’extrême gauche font des scores anecdotiques et, des trois principaux candidats à l’investiture socialiste, c’est M. Hollande qui est le mieux placé pour l’emporter, à quelques encablures de Mme Aubry et très loin devant Mme Royal. M. Hollande serait même, aux yeux des sondés, celui des candidats dont la « stature présidentielle » (sic) est la plus forte.

Voilà de quoi combler d’aise le Petit Chose de Tulle, qui n’envisageait il y a quelques semaines encore qu’une campagne de témoignage et qui se trouve brusquement propulsé au premier rang. Voilà aussi de quoi rassurer ses amis de l’oligarchie de gauche, privés de leur candidat « naturel » depuis la bouffonnerie du Sofitel, et qui s’inquiétaient de leurs places et de leur avenir. Qu’ils se tranquillisent ! L’équipe de campagne de M. Hollande est prête à les accueillir à bras ouverts  et l’on fera aux amis les mêmes promesses que celles que leur avait faites DSK. Le fond de commerce du directeur général du FMI a maintenant trouvé un repreneur. On l’annonce d’ailleurs à longueur de colonnes dans Le Monde, Libération et Le Nouvel Observateur, ne serait-ce que pour rassurer Bruxelles et les marchés sur les intentions de la gauche, si d’aventure elle devait accéder au pouvoir.

Reste maintenant à convaincre les Français, ce qui n’est pas nécessairement le plus facile. M. Hollande est trop fin connaisseur de la vie politique pour ignorer qu’une campagne présidentielle se gagne sur une posture et non pas sur des idées. Il a trouvé la sienne. Il assure vouloir être le candidat de la « normalité », après cinq années d’agitation sarkozyste.  Finis les rodomontades, les coups, les opérations de communication sans lendemains. Il faut à la France un « président comme tout le monde », un « monsieur tout le monde » qui agisse sans affectation, sans forfanterie, sans foucades. Les Français aspirent à plus de calme ? Eh bien M. Hollande leur promet un long sommeil réparateur, de grandes vacances politiques, cinq années sans un mot plus haut que l’autre, une forme de paix des sens à la sauce démocratique. Après la République remuante, la République lénifiante… voilà le futur slogan de notre Corrézien.

Quand certains disent que Pompidou est son modèle, ils se trompent. Pompidou était trop cultivé, trop bien élevé, trop amateur d’art, de bonnes phrases et de bonne chère, en un mot trop brillant pour M. Hollande. Il vise plus bas, plus morne, plus assoupi. On sent qu’il brule de nous parler de Vincent Auriol, de René Coty, de Gaston Doumergue, de Paul Deschanel et, pourquoi pas d’Henri Queuille ! Il rêve d’une démocratie somnolente, où les gouvernements se taisent, où les ministres pensent à peine, où le Sénat ronfle plus fort que l’Assemblée nationale. Il va de soi que les affaires du pays seraient mises entre de bonnes mains, celles d’une caste d’experts et de technocrates dévoués dont M. Hollande, esprit pratique et prévoyant, a déjà dressé la liste. Quant aux Français, on leur demandera leur avis le moins possible, pour qu’ils puissent jouir en toute quiétude de leurs activités favorites : la pêche à la ligne, la belote, le tiercé, la gay pride ou la lecture des œuvres complètes de Kautsky.

Cette posture sera-t-elle suffisante pour permettre à M. Hollande de l’emporter ? Rien n’est moins sûr. Quoi de plus banal en effet que la « normalité ». Quelques mauvais esprits ne manqueront pas de faire remarquer que si la France avait été dirigé depuis mille ans par des esprits normaux, elle ne serait sans doute pas la France et que nous serions déjà depuis très longtemps en démocratie. Nos Français n’aiment pas qu’on leur parle avec de grands airs mais ils ne supportent pas que le successeur des rois de France ait la même binette et le même QI que leurs voisins de palier. Qu’à cela ne tienne, M. Hollande a d’autres tours dans son sac. A défaut d’endormir les Français, il peut tout aussi bien les faire rêver. Son rêve français, c’est celui « du progrès, de la confiance en l’avenir, de la garantie de jours meilleurs pour les enfants, de la réussite, le rêve né de la Révolution d’égalité et de liberté, du Front populaire, du Conseil national de la Résistance, le rêve de 68, le rêve des alternances de 1981, 1988, de Lionel Jospin en 1997 ». « Faites ce rêve avec moi, ce sera la réalité de demain ! » plaidait-il lors d’un récent meeting. On aimerait tellement y croire.

Mais il se trouve que certains Français ont la mémoire longue. Ceux là se souviennent, qu’en fait de Front populaire et de programme du CNR, M. Hollande fut de 1997 à 2002 le soutien constant, le directeur de la propagande d’un pouvoir qui a privatisé plus qu’aucun gouvernement précédent, qui a initié la casse systématique des services publics, le démantèlement de nos frontières, la mise en concurrence de nos emplois et de nos activités, au nom de l’Europe fédérale et de la mondialisation. Qu’en fait de mai 68 et de rêves d’alternance, il fut pendant toutes ces longues années le chef de file le plus conformiste et le plus sectaire de l’aile bourgeoise de la social-démocratie, qu’il est un des « parrains » de cette oligarchie de hauts fonctionnaires, de journalistes, d’hommes d’affaires et de banquiers, qui, issus des mêmes milieux et des mêmes écoles, tiennent ce pays en coupe réglée. Qu’en fait de démocratie et de liberté, il fut, lui, Hollande, un des responsables de ce déni de démocratie que fut l’adoption du traité de Lisbonne : les patriotes de ce pays se rappellent parfaitement le rôle qu’il a joué, en pleine complicité avec Nicolas Sarkozy, pour imposer une approbation du traité par la voie parlementaire, alors que la gauche s’était engagée à exiger un référendum et qu’elle aurait pu l’obtenir !

C’est le même Hollande qui, dans une brochure modestement intitulée «Parlons de la France» [1], annonce noir sur blanc qu’il ne reviendra pas sur la réforme des retraites, contrairement là encore aux déclarations de son parti. Que c’est le même qui, au nom du réalisme et de notre « avenir européen », laisse entendre dans le même programme que le retour de la France dans l’Otan est un fait acquis, que nous devons nous engager sans discussion dans une politique de désarmement nucléaire et qu’il faudra envisager sérieusement une fusion de nos forces armées avec celle de l’Allemagne ! Voilà le programme, voilà les vraies idées de François Hollande, celles qu’il va s’employer à dissimuler, soyons en sûr, dans les semaines et mois qui viennent derrière le rideau de fumée de sa république lénifiante et de son « rêve français » à deux sous.

M. Hollande n’offre pour le moment qu’une seule face à la lumière. Celle du notable rondouillard et rassurant, qui fait le tour des banquets républicains, des maisons de retraite et des comices agricoles, l’œil égrillard et l’œillet à la boutonnière. Celle aussi du démagogue, de l’histrion parfaitement vulgaire qui prétend que « son rôle est de convaincre Mme Dugenou », ce qui en dit long sur le mépris qu’il porte au peuple français. Mais il existe un autre Hollande, plus chafouin, plus sournois, plus dissimulateur. Celui là sait très bien où il va. Il vient d’hériter du programme de M. Strauss-Kahn et il fera tout pour en être l’exécuteur. Il le fera sans état d’âme, convaincu que le projet qu’il porte – européiste, mondialisateur – est le seul possible. Plus idéologue, moins visible que Dominique Strauss-Kahn, il n’en est que plus dangereux. Il est indispensable de démasquer le personnage et d’en faire connaître les vraies idées et les vrais états de service. De faire savoir partout que Hollande, c’est Strauss-Kahn en pire.

Hubert de Marans.

 


[1]. On trouvera la brochure « Parlons de la France avec François Hollande » à l’adresse suivante : http://www.repondreagauche.fr/sites/repondreagauche.fr/files/parlonsdelafrance.pdf

 

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Hubert de Marans - dans Politique
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