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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 23:43
Vers l'Etat palestinien (2)
 
Comme nous l'indiquions dans une précédente chronique (Revue Critique du 3 mai), l'accord de réconciliation signé au Caire le 27 avril dernier entre le Fatah et le Hamas redistribue complètement les cartes au Proche-Orient. Les Palestiniens, qui subissaient depuis des années le bon vouloir ou plutôt la mauvaise volonté de la droite israélienne au pouvoir, ont repris l'initiative. En se mettant en situation d'obtenir dès septembre une reconnaissance officielle de leur Etat  par l'Assemblée générale des Nations Unies, ils ont imposé leur calendrier et leur stratégie non seulement à M. Nétanyahou mais aussi à ses alliés traditionnels aux Etats Unis et en Europe. Ceux qui seraient tenté de mettre leur veto à cette reconnaissance risquent en effet de perdre une grande partie de leur influence en Orient et dans le tiers monde. Ceux qui, au contraire, seraient amené à la cautionner placeront de facto le gouvernement israélien devant le pire des choix : ou partir ou négocier en position de faiblesse. Voilà un coup parfaitement joué.
L'accord du Caire est une marque de maturité du mouvement palestinien. Mais cette maturité a été un peu aidé, certains diraient même forcé, par les évènements. Elle doit beaucoup au  "printemps arabe" qui embrase tout le sud et l'est de la Méditerranée d'Alger jusqu'à Damas et qui fait qu'aucun gouvernement - pas plus celui de M. Abbas à Ramallah que celui M. Mechaal à Gaza - ne peut ignorer son opinion publique. Or, comme au Caire, comme à Tunis, comme à Benghazi, l'opinion publique palestinienne est unitaire, arabe et nationaliste. Elle a soif des mêmes changements, elle est porteuse des mêmes valeurs de fierté, de liberté, de modernité que dans les autres Etats du Proche-Orient ou d'Afrique du Nord. Et elle suscite la sympathie un peu partout dans le monde. Quoi que cherchent à faire les dirigeant israéliens actuels, le vent de l'histoire est désormais contre eux et chaque jour mesure davantage leur discrédit et leur isolement international.
Mais l'initiative du 27 avril n'est pas seulement un acte politique, c'est aussi une force, un mouvement qui bouscule les lignes. Le 4 mai, l'encre de l'accord du Caire était à peine sèche que la France proposait par la voix de son ministre des Affaires étrangères la réunion d'une "conférence politique" sur le Proche Orient. Le 5 mai, Nicolas Sarkozy annonçait au Premier ministre israélien l'intention de la France et d'une partie des Européens de reconnaître l'Etat palestinien à l'automne si le processus de paix n'était pas relancé d'ici là. Le Royaume uni, qui a horreur d'être en reste, approuvait bruyamment le 6 mai l'initiative de Paris. Le 11 mai, la surprise venait de l'intérieur même d'Israël : le président Shimon Peres, dont on connait l'engagement pour la paix, confirmait dans une interview que les conditions étaient réunies pour de nouvelles négociations, y compris avec Hamas. "Le nom ne m'intéresse pas. Ce qui compte, c'est le contenu", affirmait M. Perez. L'administration américaine ne pouvait plus être silencieuse. Le président Obama profitait d'un discours au département d'Etat le 19 mai pour créer la surprise en déclarant que "les frontières d'Israël et de la Palestine devraient être fondées sur les lignes de 1967 avec des échanges de territoires sur lesquels les deux parties seraient d'accord, afin d'établir des frontières sûres et reconnues pour les deux Etats". Le tabou de l'Etat palestinien était, dès lors, définitivement brisé. 
Le processus va-t-il désormais se dérouler sans heurts jusqu'en septembre ? Rien n'est moins sûr. Certes les amis traditionnels de la Palestine joueront leur jeu. La France, par l'intermédiaire d'Alain Juppé, va metre la pression sur ses partenaires de l'Union européenne pour qu'ils se rallient à son idée de conférence internationale. Elle appelle également à la "tenue aussi rapidement que possible d'une réunion du Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne, ONU)" sur la question de l'Etat palestinien. On sait que la Chine, l'Inde et la Russie militent de longue date en faveur de cette reconnaissance.  Des poids lourds comme le Brésil et l'Argentine ont récemment rejoint leur camp et il faut s'attendre à ce que d'ici septembre le cercle des 150 pays qui ont déjà des relations diplomatiques avec Ramallah s'élargisse à nouveau. Le rapport de force se présente donc plutôt bien pour les Palestiniens.
Rien, pour autant, ne sera possible sans l'Amérique et l'Amérique est loin d'être unanime. Barack Obama et sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, savent que leurs marges de manoeuvre sont assez faibles dans cette partie du monde. S'opposer à la dynamique palestienne reviendrait à s'aliéner définitivement l'opinion publique arabe et à perdre pied non seulement en Palestine, à Beyrouth et au Caire, mais aussi en Turquie, à Bagdad et dans l'ensemble de la péninsule arabique. D'où la résolution et les positions assez courageuses de l'administration Obama. Mais elle a contre elle une grande partie des milieux économiques, traditionnellement liés à Israël, et qui n'hésitent pas à jouer de leur influence politique. On l'a bien vu cette semaine avec l'accueil triomphal que le Congrès, majoritairement républicain, a réservé à M. Nétanyhaou. On l'a vu également dans la presse et les médias américains, qui sont pour la plupart hostiles à la ligne adoptée par M. Obama.
Les  dirigeants palestiniens sont, de toutes façons, déterminés à aller jusqu'au bout de leur démarche. Ont-ils d'ailleurs vraiment le choix ? Ils savent que leur échec se traduirait, plus ou moins vite, par un retour de la violence en Israël. Et que cette violence serait d'autant plus brutale et incontrolable que les garde-fous qui existaient au Caire, à Amman et, dans une certaine mesure à Damas, ont pratiquement disparu. Une violence dont ils seront sans doute les premières victimes mais qui se retournera après contre l'Etat hébreu, au point sans doute de menacer son existence. Les prochains mois seront cruciaux pour le Proche-Orient et il faut faire confiance, une fois de plus, à la sagesse des hommes.
Claude Ares.

  

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