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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 22:19
Chalupt
 
 
aux paysages de france
 
 
 
Pour Adrien Mithouard.
 
Paysages français, sans fièvre et sans emphase,
Je voudrais infléchir le contour de mes phrases
Selon vos coteaux modérés ;
Je voudrais que parmi mes chansons incertaines
Passe l'écho précis et vif de vos fontaines
Sans rien qui soit exaspéré.

Je voudrais que l'odeur de la terre mouillée,
Cette odeur de vanille et de feuilles rouillées
Qui, lorsque la pluie a pris fin,
Monte le long des chemins creux qu'elle parfume
S'élève aussi des mots qui tombent de ma plume
Et leur donne un arôme sain.

Paysages français de grâce et de mesure
Je suis semblable au trèfle, à la flouve, à la mûre,
A la glycine, au pampre mol ;
J'ai besoin du conseil constant de vos collines
Et la sève qu'il faut pour nourrir mes racines
Ne se trouve qu'en votre sol.

J'aime voir reflétés dans les vasques pensives
Vos ciels qui n'ont jamais de teintes excessives,
Vos ciels ni trop bleus ni trop gris
Où les nuages doux qui glissent en silence,
Sachant la vanité de toute violence.
Vont selon le chemin prescrit.

Paysages amis, si les sonnets me plaisent,
C'est que ce sont un peu des parcs à la française
Passionnés et réfléchis
Et je n'ai pas besoin des fontaines complices
Pour retrouver en vous comme un nouveau Narcisse
Mon propre reflet réfléchi.

Paysages si clairs et si fins où je passe,
Vous êtes le miroir persistant de ma race
Et vos conseils m'ont fait savoir
Qu'entre les Vérités qu'on rencontre au passage
La Vérité française a le plus beau visage
Et que l'orgueil est un devoir.
 
 
 
René Chalupt (1885-1957). La Lampe et le miroir (1911).
 
 
renaissance
 
 
 
Dans le canal stagnant agonisait l'eau verte,
Les nénuphars mouraient, très lentement, d'ennui ;
Les cygnes noirs, saisis d'un frisson dans la nuit
Au petit jour ont fui par l'écluse entr'ouverte.

Dans le canal stagnant que leur troupe déserte
A l'aube, quand les cygnes noirs se sont enfuis,
De blancs cygnes de jour et de lumière ont lui
Repeuplant à leur tour la rivière déserte.

Les vieilles ont sorti des bahuts leurs atours
Et les ont revêtus pour fêter le retour
De la sève de vie en leurs débiles veines.

Les nouveaux nénuphars, sur l'eau, ne sont pas morts
Et les vaisseaux dormant oubliés dans le port
Ont fait voile au matin vers des Iles lointaines.
 
 
 
René Chalupt (1885-1957). La Lampe et le miroir (1911).
 
 
extrême-orient
 
 
 
Pour Albert Roussel.
 
Parmi les nénuphars éclos,
Ma jonque vogue au fil de l'eau
Vers le pays du Matin-Calme ;
Dans le clair de lune étonné,
La brise choque et fait sonner
Les tiges flexibles des palmes.

Des pagodes aux toits pointus
Sur le rivage et des lotus
Mauves, blancs, jaunes, écarlates
Comme mis là pour un couvert
Dans la distance prennent l'air
De tasses sur leurs feuilles plates.

L'heure sonne au gong de métal ;
J'ai quinze boutons de cristal
Sur mon immense robe à queue ;
Des dragons flamboient sur les pans
Et, douce, une plume de paon
Frissonne sur ma toque bleue.

J'ai mes ongles dans des étuis ;
Du thé blond s'évapore et luit
Sous les lanternes polychromes.
Je rêve, je suis mandarin !
Ma jonque est pleine de marins
Qui chantent.... l'air nocturne embaume.

Je sens que je suis plus changeant
Que les étincelles d'argent
Que sur les vagues mon œil guette
Et mon cœur léger qui sourit
Est plus sec que ce grain de riz
Que je mange avec des baguettes.
 
 
 
René Chalupt (1885-1957). La Lampe et le miroir (1911).
 
 
 

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