Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 09:47

La France qui se bat

 

Les gouvernements passent et l'industrie française reste sans défense. Le départ de Christian Estrosi ne laissera aucun regret. Les salariés de Molex, ceux de Continental, de STX, d'Arcelor ou d'Heulliez, d'autres encore, ont largement fait les frais de sa duplicité. Mais l'arrivée d'Eric Besson peut-elle apporter quelque chose de nouveau? A l'évidence non. Le portefeuille de l'industrie n'est plus qu'un lot de consolation pour politiciens à la dérive. C'est une coquille vide, un ministère sans moyens financiers, sans ambitions, sans stratégie, sauf lorsqu'il s'agit des multinationales qu'on s'emploie à bien traiter. L'actualité sociale de novembre illustre à nouveau ce que nous coute l'absence de politique industrielle. La filière bois-ameublement, déjà très sinistrée, voit la liquidation de Vogica et d'ECB. C'est une catastrophe pour le massif vosgien qui perd plus d'un millier d'emplois directs, sans compter les conséquences sur le secteur sylvicole. Dans les deux cas rien n'a été anticipé, aucune solution de reprise n'a été organisée par les pouvoirs publics. Vogica disparaît parce que son actionnaire - un fonds de Bahrein ! - s'est brusquement désinteressé de son sort. Pas rentable, se contente-t-on de répéter à Bercy. En Dordogne, l'usine France-Tabac de Sarlat qui regroupe et transforme toute notre production de tabac est mise en risque parce que Bruxelles décide brutalement d'arrêter ses aides à la filière. Là encore, les décisions  irresponsables de quelques eurocrates, l'absence d'anticipation de nos gouvernants peuvent ruiner le travail de redressement engagé depuis des années par toute une profession. C'est l'inverse dans l'électronique où les aides semblent couler à flots, sans  contrôle et sans véritable contrepartie sociale: bénéficier des largesses du contribuable n'empêche pas le groupe britannique E2V de supprimer 150 postes dans l'Isère et Altis Semiconductor de supprimer d'un trait de plume 300 emplois de son usine de Corbeil. C'est donc par leurs propres moyens que les salariés doivent se défendre, une fois de plus. C'est le cas à Toulouse où la riposte s'organise face à Molex, le yankee voyou. C'est également le cas chez Goss International à Montataire, chez Plysorol à Lisieux, chez Unilever à Gemenos ou chez Ingersoll Rand dans le Nord. Un peu partout, des équipes syndicales soudées, bien organisées, fortement soutenues par les salariés, les élus et les populations, gagnent des actions en justice, s'opposent efficacement au démantèlement des activités, font parfois rendre gorge à des directions ou à des actionnaires étrangers dépourvus de tous scrupules. Là où l'Etat n'existe plus, les Français s'organisent. Ils le font et plutôt bien. C'est à travers toutes ces actions, petites ou grandes, spectaculaires ou souterraines, réussies ou avortées, que chemine aujourd'hui l'espérance française.

H. V.

 

Mardi 2 novembre
- Avec le soutien de leurs collègues non-licenciés, les 150 salariés licenciés du site Plysorol de Lisieux (Calvados) occupent  leur usine depuis une semaine. Le plan de licenciement en cours, suite à la reprise de l’entreprise de contreplaqués par le groupe libanais John Bitar & Co, est inacceptable pour les grévistes. « Le plan prévoit le strict minimum, c’est-à-dire 2 mois de salaires pour 10 ans d’ancienneté et c’est tout », martèle une déléguée syndicale, « nous demandons donc une prime de 20 000 euros supplémentaires par personne. Ici, une grande partie des salariés sont des femmes et la moyenne d’âge est de 50 ans. 
Mercredi 3 novembre
- Après avoir bénéficié des aides de l'Etat en faveur de la filière microélectronique, le groupe britannique de composants électroniques E2V a décidé de revoir à la baisse son plan social. Il supprimera 144 postes (au lieu de 221 initialement prévu) au sein de son usine de Saint-Egrève près de Grenoble (Isère) qui emploie 460 salariés.
Jeudi 4 novembre
- L'arrêt des aides européennes à la production de tabac menace l'usine France-Tabac de Sarlat (Dordogne), qui assure  la 1ère transformation du tabac pour le compte des principales coopératives françaises. Le site emploie 110 emplois. L'Etat examine des mesures compensatoires. 
Samedi 6 novembre
- Le tribunal de commerce de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de l'usine Molex de Villemur sur Tarn (Haute Garonne). Cette décision intervient alors que le propriétaire de l'entreprise, l'américain Molex, a annoncé à la mi-octobre qu'il cessait de financer le plan social lié à la fermeture de sa filiale française et qui concerne 200 salariés licenciés.
Lundi 8 novembre

- Le fabricant de pièces en plastique pour les secteurs de l’automobile et de l’électroménager MGM France engage un plan social sur ses sites de Rouvray (Côte-d’Or), de Villers-la-Montagne (Meurthe-et-Moselle) et l’antenne administrative de Villefranche-sur-Saône (Rhône), qui accueille notamment le bureau d’études. 96 postes sont menacés. Les salariés des trois sites ont engagés une grève illimitée. 

Mardi 9 novembre
- Le tribunal de commerce d'Evry prononce la liquidation judiciaire de Vogica, concepteur et fabricant de cuisines et de salles de bains. L'entreprise, contrôlée par le fonds Arcapita de Bahrein, employait plus de 1000 salariés. Elle avait déposé son bilan en septembre dernier mais la procédure de redressement judiciaire ne lui a pas permis de retrouver un repreneur.
Mardi 18 novembre
- Après Vogica, c'est au tour d'un autre fabricant de cuisines et de salles de bains, ECB à Poussay (Vosges) de connaître le même sort. L'entreprise, qui comptait 92 salariés, était sous administration judiciaire depuis février 2010.
Mercredi 19 novembre
 Le conseil des Prud’hommes d’Evry reporte au 9 décembre sa décision suite au référé introduite par un groupe de salariés d’Altis Semiconductor contre le plan social en cours dans leur entreprise. Après le rachat du fabricant de semi-conducteurs par Yazid Zabeg, l’été dernier, la nouvelle direction a engagé un plan social qui prévoit encore la suppression de 354 postes sur les quelque 1 400 que compte l’usine de Corbeil (Essone). La Direction n’a pas prévu de reclassements et toutes les personnes ciblées par le PSE n’ont, pour l’instant, d’autre choix que le départ volontaire ou le licenciement. Environ 300 salariés ont opté pour un départ volontaire a-t-on appris de sources syndicales.
Mercredi 24 novembre
- Renault annonce un dispositif de départs à la retraite anticipée, qui sera proposé à 3000 de ses salariés, soit 7% de ses effectifs en France. Le plan concernera les salariés de plus de 58 ans effectuant les tâches les plus pénibles et sera étalé sur trois ans (2011-2013). De source syndicale, 95% des personnes éligibles devraient y souscrire.
Vendredi 26 novembre
- Certains salariés de l'usine Goss international, spécialisée dans la fabrication de rotatives et basée à Montataire (Oise) ont accepté par référendum le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) conçu par la direction et l'actionnaire américain. Celui-ci prévoit la suppression de 300 postes sur les 623 que compte l'usine, les salariés licenciés bénéficiant en contrepartie d'une indemnité supralégale de 35000 euros. Les syndicats ont demandé l'annulation de ce plan et le tribunal de grande instance de Senlis vient de nommer deux médiateurs qui disposent de deux semaines pour désamorcer la crise. 
Lundi 29 novembre
- L'Etat a demandé au groupe multinational Unilever de revoir son projet de fermeture de l'usine Fralib, qui produit les thés Lipton et Eléphant à Gémenos, près de Marseille.  Un groupe de travail devrait remettre ses conclusions pour la mi décembre. Le site emploie actuellement 182 salariés.
- Depuis le début de la semaine dernière, les 70 salariés de l’usine Ingersoll Rand de Sin-le-Noble (Nord), près de Douai,  occupent  leur usine. Après la décision prise l’été dernier par l'actionnaire américain de transférer l'usine aux Etats-Unis, le personnel réclame 30 000 euros de prime fixe par personne et 2 500 euros de prime par année d’ancienneté. La direction, aujourd’hui injoignable, propose six fois moins pour la première prime et deux fois moins pour la deuxième. Les salariés ont employé les grands moyens en retenant mardi soir dans les bureaux de l’entreprise, trois des dirigeants, dont le PDG Olivier Dentu. Selon les représentants syndicaux, Ingersoll Rand pourrait projeter de rapatrier outre-Atlantique l’ensemble de ses sites européens . Un projet qui inquiète les 86 salariés fabriquant des compresseurs du site proche de Wasquehal (Nord).
Henri Valois.
   

Partager cet article

Repost 0

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche