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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 09:47
La France qui se bat
 
Pour le mouvement social, l'année 2010 se termine mieux qu'elle n'avait commencé.  Même si la bataille des retraites s'est conclue par un échec, quel échec! Des millions de Français dans la rue, un front syndical ressoudé et relégitimé, une opinion publique largement acquise, un gouvernement à la victoire honteuse, hué, conspué dans les esprits et dans les coeurs, contraint de renvoyer à plus tard son programme de "réformes" funestes. Ainsi, on n'ouvrira aucune négociation avant la fin du quinquennat sur la réforme du marché du travail et c'est tant mieux pour les  salariés précaires et pour les chômeurs, menacés de statuts encore plus aléatoire. Le gouvernement voudrait bien parler de l'emploi des jeunes, mais les syndicats, échaudés par le CPE et autre CIP, n'ont aucune envie de répondre à l'appel. Quant au MEDEF, la contestation y bat son plein contre Mme Parisot et ses mentors sarkozystes, ce qui n'est pas le meilleur moment pour engager de nouvelles grandes manoeuvres. Autre bonne nouvelle : la contestation contre la réforme des retraites a dopé les revendications salariales dans les entreprises. On n'a jamais autant négocié sur les salaires que depuis octobre et dans un grand nombre de cas avec succès. C'est vrai chez Bosch où les débrayages de l'automne ont permis aux salariés d'engranger une hausse  de salaire près de deux fois supérieure à ce que prévoyait leur direction. Même chose chez Rhodia, à l'issue là encore d'un conflit très dur qui a mobilisé 80% du personnel de production. La fermeté paye également au plan juridique contre les licenciements boursiers et les patrons voyous. Les conseils de prud'hommes et les tribunaux sanctionnent de plus en plus souvent des plans sociaux bâclés, rédigés au mépris de la loi ou inexistants. A Cherbourg, les salariés de Sanmina France font condamner le groupe yankee qui les employait pour licenciements abusifs et obtiennent les indemnités minimales qu'ils réclamaient. A Bernay, c'est le groupe PPR qui perd en appel contre ses anciens salariés à qui il devra payer des sommes allant de 10 000 à 116 000 euros. On espère qu'il en sera de même pour les salariés de Molex qui se battent toujours pour que leur ancien employeur - encore un groupe américain voyou - paye leurs indemnités légales de licenciement. Des Molex qui ne comptent que sur eux-mêmes dans cette dure bataille; ils ont pu mesurer la duplicité d'un gouvernement qui les a abreuvés de bonnes paroles mais qui n'a rien fait pour qu'ils obtiennent justice. On ne se méfiera d'ailleurs jamais  assez des groupes étrangers qui, une nouvelle fois en décembre, sont  à l'origine des plans sociaux les plus lourds.  Et l'attitude d'équipes CGT comme celle des Verreries du Languedoc, qui négocie pied à pied la reprise de son entreprise par le géant américain Owens-Illinois, mérite d'être saluée.  Comment s'étonner, devant tant de signes positifs, du regain de popularité des syndicats auprès des Français ? Selon un sondage TNS-Sofres, publié fin novembre, 54% de nos concitoyens font  "tout à fait ou plutôt confiance" aux syndicats pour les défendre, soit une hausse de 8% en deux mois. Autre signe encourageant, l'amélioration de cette image est particulièrement forte chez les jeunes et les salariés du secteur privé. La CGT et la CFDT notent d'ailleurs depuis septembre un afflux d'adhésions en provenance de ces deux catégories. Les organisations syndicales sauront-elles tirer partie d'un contexte qui leur est manifestement favorable ? Oui si on se place du point de vue de l'unité d'action. L'intersyndicale qui s'est constituée au moment de la bataille des retraites a tenu le choc; elle s'est même érigée en structure permanente et s'appuie sur une plate-forme de revendications solide. Sa ligne d'indépendance vis à vis des partis politiques, et en particulier du PS, est très bien perçue par les salariés. Elle leur fait prendre conscience  que c'est au sein du mouvement social et non pas dans les think tank à la mode que la transformation de la société peut se construire. Encore faut-il être capable de passer de la revendication à la proposition et c'est là que le bas blesse. On l'a bien vu lors du conflit des retraites où deux lignes de propositions se sont affrontées: celle de la CGT, assez à l'écoute des salariés, et celle de la CFDT, plus sensible aux sirènes social-libérales des petits maîtres de la rue de Solférino. Le chantier que vient d'ouvrir l'intersyndicale pour mettre à jour sa plate-forme de revendications permettra-t-il de dépasser ces oppositions et de faire naître des "cahiers de propositions" ? Ce chantier peut-il également marquer des avancées en matière de recomposition syndicale ? La CGT et la FSU le souhaitent visiblement et entendent battre le fer tant qu'il est chaud. Elles ont lancé, le 16 décembre dernier un appel à "un rassemblement plus durable pour construire et renforcer un syndicalisme rénové de transformation sociale, articulant luttes et propositions". Voilà une initiative excellente dont il faudra suivre de près les retombées dans les semaines qui viennent.
H. V.
 
Vendredi  3 décembre
- Licenciés en avril 2008, 203 des salariés de Sanmina France de Cherbourg, spécialisée dans les télécommunications pour l’aéronautique et le militaire, qui contestaient leur licenciement devant le conseil des Prud’hommes ont obtenu gain de cause Le conseil a reconnu le caractère économique des licenciements infondé et qu’il s’agissait bien de licenciements abusifs. Le groupe américain Sanmina dont le site cherbourgeois était une filiale, devra verser à chacun des plaignants des dédommagements allant de 10 000 à 20 000 euros en fonction des cas, représentant six mois de salaire.
Samedi 4 décembre
-  José Alcala a présenté à Villemur-sur-Tarn, son film-documentaire sur l’usine Molex fermée en 2010 : « Les Molex, des gens debout », lors d’une projection réservée aux anciens salariés (283). La séance a été accueillie par un silence profond et chargé d’émotion. Le film raconte toute la lutte des salariés, de l’annonce de la fermeture de l’usine par le groupe américain Molex au départ des outils de travail à bord de camions semi-remorques. Les salariés qui se battent toujours pour le paiement de leurs indemnités légales de licenciement s'indignent que l'Etat n'ait pris aucune mesure de mise sous sequestre des biens de Molex en France.
Lundi 6 décembre
Les négociations sur le plan social de Bergerac NC, filiale de la SNPE vendue au groupe espagnol Maxam ont abouti. L'intersyndicale souligne que sur les 108 postes supprimés dans le cadre de la cession (sur 146), 53 salariés bénéficieront du dispositif amiante et 41 ont accepté une mutation dans un autre site du groupe SNPE. Les conséquences de cette restructuration sur l'activité industrielle du bassin de Bergerac (Dordogne) restent malgré tout très sensibles. .
Jeudi 9 décembre
- Le personnel d’Ethicon se mobilise face à la fermeture de l’usine d’Auneau (Eure-et-Loir). Lundi dernier, plus de 200 des 365 salariés de cette filiale de l’américain Johnson & Johnson ont manifesté à Issy-les-Moulineaux en Ile-de-France, devant le siège du groupe. Une délégation a été reçue par la direction qui a confirmé la fermeture du site fin 2011. Implantée depuis plus de quarante ans à Auneau, la dernière usine de fils de suture de France, pourtant bénéficiaire, est oubliée au profit du Brésil, de Porto Rico et du Mexique, où le géant pharmaceutique compte sur la main d’œuvre bon marché pour gagner en compétitivité.
Lundi 13 décembre
- Après plus de deux semaines de blocage total de l'usine spécialisée dans les outils de levage, les 70 salariés d'Ingersoll Rand à Sin-le-Noble (Nord), estiment avoir obtenu suffisamment de garanties pour reprendre le travail. Les salariés ont adopté  des propositions formulées par la direction du site concernant les primes supra-légales, en contrepartie de la fermeture définitive du site fin 2011. Une prime fixe de 22 000 euros sera versée à chacun des salariés licenciés, à laquelle s’ajoute 1925 euros par année d’ancienneté.
Mardi 14 décembre
- Les 126 salariés de l'usine Expansia qui produit des principes actifs pharmaceutiques à Aramon (Gard) ont voté la poursuite du mouvement de grève destiné à protester contre le projet du groupe américain PCAS, leur maison-mère, de supprimer 43 postes sur le site.
Mercredi 15 décembre
- Le groupe américain Owens-Illinois, numéro un mondial de la fabrication de bouteilles en verre, envisage de prendre le contrôle de la Verrerie du Languedoc à Vergèze (Gard). L'usine, qui fournit les bouteilles de la source Perrier, emploie aujourd'hui 212 salariés. L'activité est bénéficiaire et des investissements importants ont été réalisés dans un passé récent pour moderniser le site. C'est pourquoi la CGT conteste les conditions posées par le repreneur : suppression de 68 postes et baisse des salaires de 20 à 30%. La mobilisation des salariés contre ce projet de reprise est maintenant très forte. 
- Le groupe Pinault-Printemps-Redoute (PPR) est débouté de son appel devant la cour d’appel de Rouen de la décision du Conseil des Prud’hommes de Bernay concernant l’indemnisation de salariés de son ex-filiale Yves-Saint-Laurent Beauté (YSL). Le groupe devra payer à 48 salariées plaignantes sur les 146  licenciés de l’usine YSL Beauté de Bernay des sommes allant de 10 000 à 116 000 euros.
- Le tribunal de commerce d’Epinal a prononcé hier, mardi 14 décembre, la liquidation judiciaire anticipée des Papeteries du Souche à Anould (Vosges). L’imprimeur, contrôlé par le fonds d’investissement Green Recovery, était sous administration judiciaire depuis mi-novembre dernier et cherchait un repreneur. Elle employait 168 salariés.
Samedi 18 décembre
- Le fonds d'investissement Fondation capital a annoncé le rachat de la chaîne de restauration Courtepaille. Courtepaille gère 222 établissements en France et emploie plus de 3600 salariés. La vente pourrait intervenir début 2011
- Presse informatique, qui gère les abonnements d'entreprises de presse et audiovisuelles, annonce la fermeture de son site de Cauvigny (Oise) et la suppression de 180 emplois, selon la CGT. La société était en redressement judiciaire depuis fin novembre.
-  La CGT organise une "journée nationale d'actions" au sein du groupe Carrefour. Le syndicat proteste contre la refonte du modèle organisationnel de Carrefour, qui prévoit la suppression de postes et l'extension des horaires.
- Le tribunal de commerce de Nantes prononce la liquidation judiciaire du fabricant de semi-conducteurs, MHS Electronics, mais autorise une poursuite de son activité jusqu’au 15 mars 2011. Ce délai laisse la possibilité d’une reprise totale ou partielle de l’entreprise, ce qui permettrait de sauver une partie des 100 emplois dans cette usine qui en a compté jusqu’à 900. 
Lundi 20 décembre

- Le tribunal de commerce de Reims place l'équipementier aéronautique Reims Aerospace en liquidation judiciaire avec un sursis de trois mois. L'entreprise, basé à Prunay (Marne) et qui emploie 203 salariés, est la victime des plans de restructuration décidée chez Dassault et chez Airbus. Une solution de reprise locale est en discussion, avec l'appui des collectivités locales.

Mardi 21 décembre
- Forte mobilisation des 192 salariés brestois du sous traitant électronique Compétence contre leurs dirigeants. Le fonds nord-américain Mercatech, qui a repris l'activité il y a 6 mois, aurait procédé à un transfert de 12 millions d'euros de trésorerie au bénéfice d'autres activités de Mercatech à l'étranger.  L'entreprise n'est plus en mesure de payer ses fournisseurs et les salariés craignent une liquidation
Mercredi 22 décembre
- Forte inquiétude des salariés d'Arcelor Mittal à Bouren Bresse. La pérennité de plusieurs sites de production serait menacé après la condamnation d'Arcelor à payer une amende de 230 millions d'euros pour entente illicite. Les syndicats ont interpellé l'Etat sur les risques qui pèsent sur près de 800 emplois en France, dont 400 à Bourg en Bresse. 
Jeudi 23 décembre
- Après plusieurs mois de conflit entre la direction et la CGT, le comité d'entreprise du fabricant de rotatives Goss, à Montataire (Oise) a voté contre le plan social qui prévoit la suppression de 300 emplois sur 623. La tension sociale est très vive sur le site.
Vendredi 24 décembre
Quelques 500 salariés d'Adixen, une filiale d'Alcatel à Annecy, ont reversé leur prime de résultat à leurs 250 collègues intérimaires. Au vu des résultats excetionnels de l'entreprise en 2010, le personnel avait réclamé une prime de résultat. La direction d'Adixen n'ayant accepté de débloquer que 100.000 euros, les salariés permanents ont préféré n'en faire bénéficier que les intérimaires. 
Vendredi 31 décembre
- Le groupe de mécanique de précision Semeca, implanté à Verquin (Pas de Calais) annonce la fermeture de son unité de Ronchin, en banlieue de Lille. L'unité compte 47 salariés. L'ensemble du groupe Semeca, qui emploie 220 personnes, est en redressement judiciaire depuis octobre dernier.
Henri Valois.
   

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