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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 08:42
Feu sur les déclinistes !
 
Feu sur Alain Minc Feu sur Baverez  Feu sur Attali
Feu sur les ours savants de la global economy !
D'après Aragon.
 
Il faut s'y résoudre : la France de demain ne sera pas décliniste. Minc, Attali, Baverez, Le Boucher et les autres ont fait leur temps. Quoi qu'ils puissent dire ou faire et "au pire du pire, la France sera dans les huit premières puissances mondiales dans les vingt ans", nous rappelle judicieusement le Cercle des Economistes. Son président, Jean-Hervé Lorenzi et la petite phalange d'esprits libres qu'il anime sont d'ailleurs passés à l'offensive. Fini la déprime, le dénigrement gratuit et les discours de pères fouettards. L'heure est à l'optimisme, à la célébration des réussites françaises, à la jeunesse et à son astuce proverbiale, à l'intelligence et aux sérieux de nos seniors. Tant mieux, cette image nous ressemble davantage.
M. Lorenzi, à qui l'on doit cette heureuse initiative, a du talent et de la persévérance. Il nage depuis des années à contre-courant et raconte d'une plume tranquille l'histoire de nos succès commerciaux et industriels, les batailles gagnées par nos ingénieurs et nos ouvriers, par nos savants et par nos chercheurs. Si M. Lorenzi se fait parfois sévère, c'est contre ceux qui nous gouvernent, contre ces hommes politiques qui ne savent pas mettre en valeur tout ce que notre pays offre au monde de bon et de bien.
Mais notre économiste a le plus souvent le sourire, comme ces chercheurs d'or qui sont sur un bon filon. Il a toujours su que le vent soufflerait un jour dans le bon sens. Voilà qu'il tourne et M. Lorenzi, en bon stratège, décide d'en profiter et de se faire sergent-recruteur. Il a décidé d'enrôler chercheurs, entrepreneurs, philosophes, écrivains dans sa croisade contre le défaitisme et le dénigrement économique. Il annonce la création d'une Ligue des optimistes de France à laquelle se sont ralliés sans attendre Jean d'Ormesson, Erik Orsenna, Eric-Emmanuel Schmitt et Mathieu Ricard. "Face à tout problème, l'intelligence créatrice des hommes trouvera une solution", proclame fièrement la nouvelle ligue. Nous n'aurions pas mieux dit.
Comme tout chef d'école, M. Lorenzi, s'apprête même à sortir son manifeste. Le Fabuleux destin d'une puissance intermédiaire [1] n'est pas encore dans les devantures des librairies mais les bonnes feuilles qui circulent donnent envie de faire le plongeon. Il y développe essentiellement trois thèses, qui ne sont pas nouvelles, mais dont il rassemble, avec un sens aigu de la synthèse, les meilleurs arguments.
Sa première thèse est que le déclin de la France est une idée absurde. Il suffit de regarder un peu sérieusement les chiffres pour constater que notre pays dispose d'atouts considérables. Son attractivité, en premier lieu, pour les hommes et pour les capitaux. Ce n'est pas un hasard si depuis trois décennies la France compte parmi les premières destinations d'investissement au monde. En 2010, elle se situe une nouvelle fois loin devant tous les autres pays européens, y compris le Royaume-Uni, y compris l'Allemagne, à la troisième place mondiale derrière les Etats Unis et la Chine. Est-ce un hasard si comme le signale M. Lorenzi, "la moitié des dirigeants des entreprises étrangères considèrent la France comme une destination attractive" ?  Sa natalité, presque surprenante, qu'on a longtemps mis en relation - parce qu'elle déparait avec le discours décliniste ambiant - avec l'immigration, alors qu'on sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. L'efficacité et l'esprit d'innovation, et ce goût du travail, "qui est bien réel", selon M. Lorenzi,  "mais que l'on cache derrière un écran idéologique, un mythe, qui consiste à dire que la France est un pays d'assistés". Que dire enfin de "cet appétit de bonheur", de ce goût de vivre qui étonnent encore aujourd'hui les touristes qui nous visitent ? Et de ce "style  de vie" qui survit à toute les offensives de la culture et des médias d'outre-atlantique ?  Autant de signes de vitalité qui ne trompent pas.
La deuxième conviction de M. Lorenzi est que la France n'a pas les élites qu'elle mérite. Si le fonds de la nation est actif, entreprenant, innovant, une grande partie de la classe politique et des milieux dirigeants économiques ne croient plus dans l'avenir du pays. Cette caste vieillissante, sans talent, improductive, est aussi sans mémoire et sans culture. Formée dans les mêmes écoles de la République, race d'héritiers et de rentiers, fils d'énarque et petits-fils d'archevêques, leur hantise est que la France finisse par se réveiller alors qu'ils ont oublié de parier sur elle. C'est au sein de ces pseudos-élites que se recrutent les dénigreurs et ceux qui font le lit des dénigreurs. Alors que les Français ont besoin de confiance et d'optimisme, "d'un optimisme appuyé sur un projet", on leur sert depuis  trop longtemps le mythe d'une "France inactive, sclérosée, dépassée", à l'image de leurs dirigeants.
Troisième conviction : si la France ne manque pas d'atouts, elle manque d'un projet. "Il faut favoriser l'arrivée des jeunes sur le marché du travail, supprimer les CDD et assurer un peu plus de fexibilité à un code du travail qui est un capharnaüm", plaide Jean-Hervé Lorenzi. "Il faut diminuer notre dette de 30 milliards d'euros par an, tout en trouvant 30 milliards d'euros à investir dans les secteurs d'avenir. Autrement dit, remettre à plat le marché du travail et favoriser l'épargne longue", continue-t-il. Certes, pourquoi pas, et si nous ne sommes pas dupes des discours équivoques sur le code du travail, l'évocation d'une économie de production et d'innovation est assez pour nous séduire. Mais sera-ce suffisant ? Le président du Cercle des Economistes n'évoque pas - semble -t-il - les contraintes internes et externes qui pèsent aujourd'hui sur la production française : l'inefficacité et la frilosité d'un système bancaire qui est tout sauf au service des producteurs et des entrepreneurs, une monnaie unique qui pèse sur notre compétitivité au plus grand avantage de l'Allemagne et de ses banques, une Europe sans frontières qui ruine par avance nos efforts d'innovation et de développement technologique. Nous y ajouterions volontiers la question politique, celle de la stabilité de nos institutions, celle de la décentralisation, même si nous sortons des limites que M. Lorenzi a voulu donner à son étude.
L'initiative du Cercle des Economistes en rejoint d'autres qui cherchent, elles aussi, à faire bouger les lignes et à nous extraire du prêt à penser libéral et anglo-saxon. On pense, bien sûr, aux analyses décapantes d'Emmanuel Todd et de Jacques Sapir contre les versions modernes du libre échangisme. On pense à celles de Jean-Luc Gréau contre le consumérisme et en faveur, lui aussi, d'un protectionnisme européen. Il n'empêche. M. Lorenzi et son équipe attaquent sur un nouveau front. Ils ont le mérite de susciter l'enthousiasme et d'ouvrir la voie à d'autres développements. On signale déjà le livre de Karine Berger et de Valérie Rabault, les Trente glorieuses sont devant nous [2], qui s'inscrit dans la même veine et dont nous rendrons compte prochainement. D'ici là, ne boudons pas notre plaisir et célébrons comme il convient la mise en terre du déclinisme [3].
Henri Valois.
 

[1]. Jean-Hervé Lorenzi, Le fabuleux destin d'une puissance intermédiaire. (Grasset, 2011)
[2]. Karine Berger et Valérie Rabault, Les trente glorieuses sont devant nous. (Ed. Rue  Fromentin, 2011)
[3]. En réalité, la bande des déclinistes s'est déjà dispersée. Minc, qui  joue les astrologues à l'Elysée, vient de publier un curieux petit livre où il fait finalement l'éloge du modèle social européen. Attali continue à faire des piges pour le gouvernement, ce qui ne lui laisse plus le temps pour écrire quoi que ce soit. Eric Le Boucher, qui a senti le vent tourner, donnait hier aux Echos  une critique élogieuse du livre de Jean-Hervé Lorenzi. Reste Baverez. Il poursuit ses ratiocinations au Figaro et au Point sur le déclin économique de la France. Baverez finira seul et ses diatribes n'interesseront bientôt plus que les revues confidentielles du patronat et la presse allemande. Pauvre Baverez !  Comment a-t-il pu gacher aussi vite aussi peu de talents ?
     

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Henri Valois - dans Idées
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