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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 23:54
La France qui se bat
 
L'année 2011 s'est mieux terminée qu'elle n'avait commencé. En tous cas sur le terrain social où les salariés mobilisés ont remporté plusieurs belles victoires face aux patrons voyous, aux groupes multinationaux sans foi ni loi et aux prédateurs de la finance internationale. A Berre, c'est le groupe américain LyondellBasell qui doit renoncer à fermer une unité de raffinage et à supprimer 370 emplois, sous la menace d'une paralysie totale de l'ensemble de son site pétrochimique. A Ingrandes (Vienne), ce sont les travailleurs de la Fonderie du Poitou Alu qui rendent coup pour coup à leur employeur Montupet, obtiennent, à l'issue d'un conflit très dur, le retrait d'un plan de baisse des salaires et la recherche d'une solution industrielle viable pour leur activité. Dans plusieurs cas - et cela mérite d'être souligné - la justice, saisie par les syndicats, donne raison aux travailleurs, refuse la fermeture d'un site, annule un plan social et impose aux patrons de réparer les conséquences de leurs décisions : c'est le cas des salariés de Fralib qui ont fait condamner leur ex-employeur, la multinationale Unilever, à payer sous astreinte les salaires et les primes qui leur sont dus; c'est aussi le cas en Eure et Loir où la fermeture du site d'Ethicon et le licenciement de ses 363 employés ont été annulés, au grand dam de l'actionnaire américain. On attend maintenant avec impatience la fin du procès engagé devant les prud'hommes par les 500 ex salariés de Continental contre leur ancien employeur allemand pour licenciement abusif, car il pourrait créer un précédent de grande ampleur. 
Ces victoires en appelleront d'autres. Les salariés, conscients que le vent tourne et que l'image du patronat est sérieusement écornée aux yeux des Français, passent chaque fois qu'ils le peuvent à l'action. La paralysie de la production, le blocage du site et la mise sous pression des directions locales sont les meilleures armes pour obtenir l'ouverture de négociations rapides. Elles permettent de mobiliser les élus, de sensibiliser l'opinion et d'alerter les médias, moyen d'action particulièrement efficace lorsque les actionnaires sont des groupes cotés en bourse ou des fonds de pension qui fuient généralement la mauvaise publicité. C'est la voie que les travailleurs d'Honeywell et du papetier M-Real ont choisi d'emprunter face à des actionnaires américains et finlandais particulièrement obtus, voie qui s'est révélée payante puisque les discussions viennent de s'engager dans ces deux conflits sur des bases sérieuses. On regrettera une nouvelle fois le manque de réactivité du gouvernement et de ses représentants locaux dans ces fermetures de site. Dans la plupart des cas, une pression ferme, faite à haut niveau, sur les directions françaises et étrangères pourrait permettre d'éviter la casse industrielle, ou, à tout le moins, d'en réduire les conséquences sociales. Or, dans la plupart des cas, l'Etat intervient tard, il intervient mal, sans concertation avec les salariés, sans utiliser les moyens juridiques ou administratifs dont il dispose, avec l'obsession de ne pas interférer dans des conflits qu'il continue à considérer comme privés. En Allemagne, au Benelux, dans les pays scandinaves, on défend et on défend bien l'emploi national. Pourquoi pas en France où il est souvent plus durement attaqué ?
On regrettera également que les centrales syndicales n'appuient pas davantage leurs stratégies nationales sur cette pression du terrain, sur ces centaines de conflits qui se terminent le plus souvent par des avancées et des succès. Il y a dans toutes ces expériences de quoi nourrir un véritable plan d'action, ambitieux, offensif, en faveur de l'emploi et de la réindustrialisation. Qui réfléchit au sein des directions syndicales à rendre plus efficace et juridiquement plus sûre la constitution de coopératives ouvrières qui pourraient servir dans bien des cas d'alternative aux fermetures ? Comment drainer les aides des régions, l'épargne locale, comment faciliter la constitution de fonds, comment mobiliser les compétences juridiques, l'ingénierie technique pour faciliter le montage de solutions de reprise par les salariés eux-mêmes ? Plus largement, comment imaginer cette nouvelle politique industrielle et d'innovation qui manque à la France ? Les grandes centrales ont-elles besoin d'attendre le feu vert du gouvernement, du patronat ou des partis politiques pour prendre l'initiative d'Etats généraux sur ces questions ? Ne disposent-elles pas de milliers d'adhérents dans la recherche publique ou privée, au sein des banques et des organismes financiers, dans les administrations, dans les grandes structures d'ingénierie qui ne demanderaient pas mieux que d'agir et de faire des propositions ? 
MM. Thibault, Chérèque, Mailly et Louis se sont plaint il y a quelques jours d'avoir du assister, presque impuissants, au Forum social organisé par le candidat Sarkozy. Mais ils s'y sont rendus sans biscuits, sans stratégie commune, sans plate-forme, alors que, du côté du gouvernement et du côté du patronat, le piège de la TVA sociale était prêt depuis des semaines. M. Thibault tirait il y a un an l'échec du conflit sur les retraites. Il plaidait pour que l'on passe d'un syndicalisme d'opposition à un syndicalisme de construction. Il avait raison. Les salariés de ce pays ne demandent que cela. Fatigués des politiciens et des oligarchies qui nous dirigent, ils sont prêts à s'engager dans la voie d'un syndicalisme moderne, de masse, de transformation sociale. Ils sont même prêts, pour beaucoup d'entre eux, à prendre des responsabilités au sein d'entreprises nouvelles, cogérées ou dirigées par les travailleurs. Encore faut-il qu'on leur donne la parole et les moyens d'agir. Faudra-t-il attendre les élections et les désillusions qu'elles ne manqueront pas, une fois de plus, de provoquer dans le pays pour que s'engage enfin cette nécessaire révolution du travail ?
Henri Valois.
 
Lundi 3 octobre
- Le conflit social à la Fonderie du Poitou Aluminium s'envenime. Après l'échec des négociations entre les représentants des salariés et le PDG du groupe Montupet, les salariés de l'usine d'Ingrandes ont décidé d'occuper le site. Le mouvement est suivi par 90% des 480 salariés. Les grévistes qui ont découvert que les fours avaient été démontés durant le weekend, ont bloqué tous les accès au site.
Mardi 4 octobre
- Les salariés de LyondellBasell, à Berre, poursuivent leur grève contre la fermeture de l'unité.  Les 1250 employés du site pétrochimique ont décidé de reconduire leur mouvement de grève, engagé depuis le 27 septembre, aussitôt après l'annonce de la direction de fermer l'unité de raffinage, qui emploie 370 salariés. Le groupe yankee LyondellBasell, basé au Texas, évoque des pertes alors que les activités du site sont largement bénéficiaires.
Mercredi 5 octobre 
- A Gémenos (Bouches du Rhône), 700 salariés de Fralib ont manifesté contre la décision du groupe multinational Unilever de délocaliser la production du site en Pologne et en Belgique. 
Lundi 10 octobre
- La menace d'une paralysie complète du site pétrochimique de Berre-l'etang aura suffi à convaincre la direction de LyondellBasell de reprendre le dialogue autour de son projet de fermeture de l'unité de raffinage. L'accord de sortie de crise signé ce weekend prévoit la "mise sous cocon" des installations et le maintien des emplois.  
Mardi 11 octobre
- Le groupe de nutrition animale Continentale Nutrition annonce son intention de fermer son usine de Vedène, dans l'agglomération d'Avignon, et de supprimer 121 postes de travail. La production devrait être transféré sur l'un des sites du groupe dans le Nord Pas de Calais.
- L'intersyndicale CGT, CFDT, FSU, UNSA, Sud organise une journée d'action contre le plan de rigueur du gouvernement. Impact limité de la mobilisation à Paris et en province.
Mardi 18 octobre 
- Le groupe Montupet engage une procédure de cessation de paiement de sa filiale Fonderie du Poitou Alu, dont les salariés sont en grève depuis 7 semaines. Le ministre de l'industrie Eric Besson reçoit en urgence les syndicats. 
Mercredi 19 octobre
- Le groupe papetier finlandais M-Real engage la fermeture de sa grande usine de papier pour photocopie située à Alizay (Eure) qui emploie 330 salariés. Les employés qui se sont immédiatement mis en grève ont demandé à l'Etat d'engager une médiation pour permettre de trouver un repreneur. 
Vendredi 21 octobre
- Les collectivités normandes s'opposent à la fermeture de l'usine Honeywell de Condé-sur-Noireau, qui emploie 325 salariés. L'équipementier américain met en avant des pertes mais annonce dans le même temps l'ouverture d'un site en Roumanie, provoquant la colère des élus et des salariés. 
- Le procès engagé devant les prud'hommes par les 500 ex-salariés du groupe allemand Continental pour licenciement abusif sera jugé le 26 juin prochain.
Jeudi 27 octobre
- Le tribunal de grande instance de Nanterre refuse la fermeture de l'usine française du groupe américain Ethicon (produits pharmaceutiques) et le licenciement des 363 salariés de ce site d'Eure et Loir. La direction a fait appel de cette décision.
Vendredi 28 octobre
- L'Etat va chercher un repreneur pour la Fonderie du Poitou Alu, selon le ministre de l'industrie Eric Besson. Les salariés, qui plaide pour une reprise par Renault, principal client du site, ont accepté de reprendre le travail, après 2 mois de grève. 
- Malgré sa bonne santé financière et le versement de dividendes à ses actionnaires, PSA Peugeot Citroën annonce un plan d'économie et la suppression de 6000 postes en Europe, dont 2900 en France.
Vendredi 4 novembre
- Le tribunal de commerce de Lyon prononce la liquidation de la société de presse Comareg, éditeur de journaux gratuits ar provoque le plus gros plan social de l'année 2011, avec 1650 licenciements.
Jeudi 17 novembre
- Le président du groupe PSA est convoqué à l'Elysée pour préciser les conditions de son plan de suppression de près de 3000 postes en France. Il confirme son engagement de ne procéder à aucun licenciement, ni mesure d'âge et à proposer à ses salariés un "dispositif de reclassement exemplaire". 
Jeudi  24 novembre
- La marque de collants et chaussettes Doré Doré (DD), filiale du groupe italien Gallo, annonce la fermeture de son site historique de Fontaine-les-Grès (Aube) et la suppression de 60 postes. L'intégralité de la production est désormais réalisée en Italie.   
Vendredi 2 décembre
- L'usine de frites surgelées McCain de Matouches (Marne) est paralysée depuis fin novembre par une grève. Les 200 salariés réclament une augmentation de salaire uniforme de 10% dès le mois de janvier. 
Mardi 13 décembre
- Le chaudronnier industriel Biémont Soneco Industries, implanté à La Riche, près de Tours est liquidé et l'ensemble de sa production transférée en Chine. Les 30 derniers postes de travail seront supprimés. 
Mercredi 14 décembre
- Le chantier naval brestois Sobrena est placé en redressement judiciaire. Au premier rang de la réparation navale civile, il emploie 237 salariés et est confronté depuis plusieurs mois à une très forte baisse de son carnet de commande. 
- L'avenir de l'usine Findus de Boulogne sur Mer pourrait être menacé. L'actionnaire actuel, le fonds d'investissement britannique Lion Capital, pourrait chercher à vendre. 195 salariés sont employés sur le site
Jeudi 15 décembre
- Le conseil des prud'hommes de Marseille condamne le groupe Unilever à verser leurs salaires à 22 employés de l'entreprise Lipton-Fralib qui se battent contre la délocalisation de leur usine. Cette décision est assortie d'astreinte.
Henri Valois.
 

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