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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 23:40
Fin d'une imposture

On ne touche pas impunément à la Nation et à son identité. C'est ce que le Président de la République, MM. Besson, Guaino, Copé et Hortefeux sont en train d'apprendre à leur dépens. Le fameux débat sur l'identité nationale, lancé il y a un mois à grand renfort de trompes médiatiques, s'est achevé la semaine dernière dans une série de pantalonnades. Mardi 8 décembre, c'était M. Sarkozy qui livrait dans une tribune libre du Monde son absence de vision du sujet : un texte à peu près vide, mal écrit, sans hauteur,  où l'on retrouvait derrière chaque mot les duperies et les cuistreries de M. Guaino. Les âmes un peu chatouilleuses sur le chapitre du patriotisme  s'éviteront la lecture de la première partie de cette tribune qui risque de provoquer chez elles des poussées de rage et des envies de destitution. Quant aux autres, elles pourront juger par l'extrait qui suit jusqu'où le pouvoir est prêt à pousser l'art du cynisme et de la provocation :         

Ce qui vient de se passer [ndlr : le référendum suisse sur les minarets] me rappelle comment fut accueilli le rejet de la Constitution européenne en 2005. Je me souviens des paroles parfois blessantes qui ont été proférées contre cette majorité de Français qui avait choisi de dire non. C'était opposer irréductiblement la France du oui et celle du non, ouvrir une fracture qui, si elle avait dû se creuser davantage, n'aurait jamais permis à la France de reprendre sa place en Europe. Pour réconcilier la France du oui et celle du non, il fallait d'abord essayer de comprendre ce qu'avaient voulu exprimer les Français. Il fallait admettre que cette majorité que cette majorité ne s'était pas égarée, mais qu'elle avait, comme la majorité des Irlandais ou la majorité des Néerlandais, exprimé ce qu'elle ressentait et rejeté en toute connaissance de cause une Europe dont elle ne voulait plus parce qu'elle donnait le sentiment d'être de plus en plus indifférente aux aspirations des peuples. Ne pouvant changer les peuples, il fallait changer d'Europe. La France du non a commencé à se réconcilier avec celle du oui à partir du moment où, au lieu de la juger, on a cherché à la comprendre. C'est alors que, dépassant ce qui la divisait, la France a pu prendre la tête du combat pour changer l'Europe.[1].

Écoeurant ! Il n'y a pas d'autre mot pour désigner ce passage où chaque pensée, chaque phrase, presque chaque terme est frappé au sceau de la fausseté, du mensonge et de la tartufferie! Mais laissons la parole à Bertrand Renouvin qui a su si bien traduire sur son blog,  l'indignation, la colère, la révolte qu'ont suscité ces paroles présidentielles chez tant d'anciens partisans du non : 

    Ces affirmations sont sidérantes. Le choix exprimé par référendum n’a pas été respecté : le peuple français avait rejeté l’ensemble du « Traité constitutionnel » et c’est l’ensemble de ce texte qui a été repris, à quelques détails près, dans le traité de Lisbonne. Ce qu’on nous a jeté à la figure, le 9 décembre, c’est un récit fictif, fabriqué pour couvrir le viol de la Constitution. Je sais que cette dernière phrase est dépourvue de sens pour Nicolas Sarkozy : en parfait cynique, il pense que la vérité c’est la communication qui marche. Si ça ne marche plus, on change de vérité. Mais son conseiller spécial, Henri Guaino, naguère gaulliste rigoureux, ne peut être dupe de ce qu’il a écrit ou laissé écrire. Nous n’avons pas changé d’Europe. La désignation du nouveau président du Conseil européen et de la personne chargée des affaires étrangères de l’Union a indigné les européistes les plus convaincus. Nous verrons dans les prochains mois que l’usine à gaz de Lisbonne ne fonctionne pas mieux que celle de Nice, d’Amsterdam, de Maastricht. Et la politique de rigueur que la Commission européenne veut imposer à la Grèce, à l’Irlande, à l’Espagne et au Portugal ne contribuera pas à rendre l’Europe moins indifférente aux aspirations des peuples. Il n’y a pas eu de réconciliation entre les défenseurs du Oui et les partisans du Non – je parle évidemment des hommes et des femmes de conviction, non de Laurent Fabius et de François Hollande. Les adversaires de l’ultralibéralisme sont aujourd’hui d’autant plus offensifs que la crise économique et financière à démontré les effets catastrophiques du libre-échange. Cette réconciliation est impossible car le traité de Lisbonne reprend, dans les mêmes termes, les affirmations idéologiques récusées par le suffrage universel en 2005 : concurrence « libre et non faussée », économie de marché « favorisant une allocation efficace de ressources », libre circulation des capitaux… Partisans du Non, nous ne sommes pas seulement trahis. Auprès des lecteurs du « Monde », le chef de l’UMP et son scribe se donnent le beau rôle : nous aurions été reconnus, écoutés et compris. Mais c’est pour mieux nous effacer de l’histoire en affirmant que nous avons rejoint le bon combat « pour changer l’Europe ». Autrement dit, nous nous serions ralliés à MM. Sarkozy, Guaino et leurs amis. C’est un énorme mensonge. Mais l’effet est manqué : au lieu de déconcerter, il provoque une colère à la mesure de l’énormité de ce qui est proféré. 

Pouvait-il d'ailleurs en être autrement ? Et l'intervention du président pouvait-elle déboucher sur autre chose qu'un immense éclat de rire ? Qui pouvait sérieusement lire ces lignes sans se souvenir que celui qui parle, celui qui nous parle et qui prétend nous faire la leçon sur la France, c'est Sarkozy, l'homme de Lisbonne, l'homme de l'OTAN, l'homme de Bush et de son Amérique caserne, l'homme de nos échecs en Afrique, l'homme de nos futurs échecs en Afghanistan, l'homme de notre armée démoralisée, de notre diplomatie rabaissée, de nos intérêts partout compromis.  Pour parler de la France, il faut d'abord penser en français et agir en français. C'est une gymnastique qui n'est visiblement pas naturelle au chef de l'Etat.

Mais ce texte est révélateur de quelque chose de plus grave. Il reflète l'incapacité  dans laquelle sont aujourd'hui la plupart de nos hommes politiques, de nos entrepreneurs et plus généralement des élites françaises à parler de la France autrement qu'en termes creux, communicants, standardisés. Ceux qui ont assisté à la parodie de débat qui s'est tenu, mercredi  8 décembre à l'Assemblée  autour de l'identité nationale auront ressenti ce profond malaise. Dans un hémicycle au trois quart vide, M. Besson et une petite vingtaine d'orateurs ont fait assaut pendant plus de trois heures de clichés, de niaiseries et de citations empruntées aux mêmes auteurs - Braudel, renan, Michelet - qu'aucun d'entre eux n'aura lu sérieusement. Rien de plus pitoyable que cette discussion sans enjeux, que cette  démarche qui tourne sur elle-même, qui ne produit rien, parce que les acteurs qui sont sur scène ne croient pas à leur texte.

Quand à ceux qui, le lendemain 9 décembre, ont prété l'oreille aux vitupérations de l'opposition, aux incantations sur la France laïque, sur "La France, c'est d'abord la république. Liberté, Egalité, Fraternité", ils auront vite compris que la vacuité de l'esprit, le néant de la pensée ne régnaient pas que d'un côté de l'échiquier politique. La France de Mme Aubry n'est guère plus engageante que celle de M. Besson ou de M. Copé et elle en parle aussi mal qu'eux. Leurs discours sont d'ailleurs rédigés par les mêmes énarques.

Au fond, il n'y a pas à chercher bien loin les causes de notre malaise.  Et les raisons qui font que ce débat ne peut être au mieux qu'une bouffonnerie et au pire qu'un piège à c.... Tout simplement parce que ceux qui en ont choisi les termes, la forme comme le fond ne s'intéressent plus, depuis longtemps, à la France. Qu'ils sont le reflet d'une bourgeoisie qui n'a plus de française que le nom, qu'ils sont les rejetons de ces classes dirigeantes qui ont choisi, depuis trois générations, l'Allemagne contre la France,  l'Amérique contre la France, l'Europe contre la France, et aujourd'hui le fric contre la France. Qu'attendre de ces hommes et de ces femmes, sinon des discours creux, des idées fausses, des pensées toutes faites.

A tous ceux là, il sera peu pardonné. A ceux qui, à droite, ont sciemment choisi le mélange des genres, l'identité nationale contre l'immigration, les chrétiens contre les musulmans, les pauvres contre de plus pauvres encore, ceux qui cherchent à marginaliser ces millions de bons Français ou d'amis étrangers, originaires d'Afrique, musulmans pour beaucoup, qui ont choisi de partager notre destin et qui sont, eux aussi, l'avenir de ce pays. A ceux qui, à gauche, n'ont rien appris, rien compris depuis 1793, dont les lois, les règlements, les circulaires n'ont jamais intégré ou assimilé qui que ce soit et qui attisent, eux aussi, sous couvert de laïcité et en usant de pratiques parfaitement sectaires, les différences de religion et de culture, en premier lieu à l'école.

Depuis quelques jours, le débat tourne au règlement de compte. L'opposition accuse le chef de l'Etat et le gouvernement "d'alimenter les préjugés", l'Ump s'inquiète d'une démarche qui n'est plus sous contrôle et qui pourrait bien finir par réveiller les chiens endormis du Front National. On décommande les colloques, les causeries, les conférences, les forums, les table rondes aussi vite qu'ont les avait organisés. Le cirque Besson éteint ses lumières. Tristement. Place aux choses sérieuses, les régionales ne sont plus si loin !

Au final, beaucoup de bruit pour rien. Et un bruit qui aurait pu nous faire passer à côté de l'essentiel. L'essentiel, c'est cette tribune donnée par le Grand rabbin de France, Gilles Bernheim,[2] qui est une belle leçon de philosophie politique, en même temps qu'une vraie déclaration d'amour pour la France. La nation par les rêves et non par la haine, nous dit le rabbin Berheim, l'identité française comme projet autant que comme héritage, la nation par la langue... Et pour conclure, cette superbe phrase pleine de clairvoyance et d'espérance :  "osons dire que non seulement l'histoire de France ne peut pas être réduite sans dommage au ressassement morbide et unilatéral des pages noires de l'histoire contemporaine, mais qu'elle doit aussi enseigner à estimer et à aimer". Nous publierons prochainement l'intégralité de ce beau texte, issu d'un de nos esprits les plus fins et les plus français.

Paul Gilbert.

 


[1]. Le Monde, mercredi 9 décembre 2009.

[2]. Le Monde, dimanche 29 et lundi 30 novembre 2009.

 

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Paul Gilbert - dans Idées
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