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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 23:40
Et si Allègre avait raison ?

Claude Allègre n'est pas sans défauts, c'est même le moins que l'on puisse dire.  Il nous arrive, comme tout un chacun, de ne plus supporter son ton péremptoire, ses facilités de langage, ses jugements outranciers et l'attitude condescendante qu'il adopte dès qu'il se trouve en face d'un contradicteur un peu opiniâtre. Il fait partie de ces gens qui ont le don d'irriter jusqu'à leurs amis les plus proches et leurs partisans les plus convaincus et qui desservent souvent par eux-mêmes des thèses ou des opinions par ailleurs excellentes. On doit définitivement se faire à l'idée que cohabitent en lui deux personnalités singulières et antagonistes : un savant incontestable et un histrion de haut vol et que rien ne changera cette double réalité.

Est-ce une raison pour traiter Claude Allègre comme le dernier des faussaires et des imposteurs, ainsi que l'a fait la semaine dernière le journal Le Monde [1]? Notre ex Ministre vient de publier un livre qui est un vrai procès à charge contre les tenants du réchauffement climatique, puisqu'il met en cause non seulement leurs travaux mais aussi leur honnêteté intellectuel. L'ouvrage tombe après l'échec du sommet de Copenhague, dans un contexte où la communauté scientifique internationale est plus divisée que jamais sur ces questions et où les prévisions émises par le GIEC sont fortement contestées. Dans tous les pays ces sujets font désormais débat sauf en France et sauf dans les colonnes du Monde, où le livre d'Allègre est présenté d'emblée comme un brûlot sans fondement. L'exécuteur des basses oeuvres, un certain Stéphane Foucart, ne se donne d'ailleurs même pas la peine de résumer les thèses de l'ouvrage, il se contente de nous livrer, dans un article qui tient plus du rapport de police que de l'honnête compte rendu, la liste des erreurs de références ou de citations qu'il a relevées comme autant de preuves de l'inconsistance de la pensée allégrienne. Bien que tout cela ressemble, sur le fond comme sur la forme, à un parfait petit procès stalinien, nous n'y verrons, eu égard à la nature et à l'orientation confessionnelle du Monde, qu'une querelle de suisses !

Naturellement Claude Allègre a beau jeu de revenir à la charge et il ne s'en prive pas dans une tribune en réponse [2] où les coups de bâton pleuvent de plus belle sur les épaules des sectateurs de l'apocalypse climatique. Oui, nous dit-il, le fonctionnement du GIEC pose problème et il n'est pas sain de laisser l'avenir du monde entre les mains de quelques esprits qui n'ont plus rien de scientifique. Oui, le réchauffement climatique est une tendance avérée, mais sans qu'on puisse l'imputer intégralement à l'homme, et ses impacts qui n'apparaîtront que sur le très long terme peuvent être anticipés et l'homme s'y adapter. Oui, il existe aujourd'hui une idéologie du réchauffement climatique, fondée sur la peur, qui sert des intérêts financiers bien palpables, en particulier aux Etats-Unis, et vis à vis  de laquelle les grands pays émergents sont en rébellion; prendrons nous le risque de conflits internationaux graves au prix de cette idéologie? Et Claude Allègre de conclure :

Voyons si le dossier climatique est ou non, pour une planète minée ici par une crise historique et le chômage, là par la famine et le manque d'eau potable, la priorité des priorités. Je dis que non. Il faut croire au progrès  et en l'avenir, et l'avenir, c'est la croissance verte et l'innovation. Mais l'avenir ne se bâtira ni en circuit fermé ni avec des oeillères, encore moins en propageant la peur. En ce sens, Copenhague n'est pas un un simple dérapage, mais un signal d'alarme. Il faut repartir de zéro, ou presque.

Il y a incontestablement dans tout cela des questions qui méritent débat et dont certains en  France ne veulent pas débattre, par conformisme ou par calcul politique. Évoquant ici même le cas de M. Cochet et des partisans du malthusianisme et de la décroissance [3], nous avions souligné le risque de pensées millénaristes qui peuvent insensiblement nous ramener dans les mêmes errements que ceux des religions totalitaires du XXe siècle. En bon pédagogue, Claude Allègre nous invite à la prudence, à l'esprit critique et à refuser la peur.  Nous sentons bien qu'il a raison. 

Paul Gilbert.

 


[1]. Stéphane Foucart, Le cent-fautes de Claude Allègre. - Le Monde, samedi 27 et dimanche 28 février 2010.

[2]. Claude Allègre, Climat: les questions qui restent posées. - Le Monde, jeudi 4 mars 2010.

[3]. Paul Gilbert, Le Capitaine Cochet. - RCIL, mardi 15 décembre 2009.

 

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Paul Gilbert - dans Idées
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