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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 00:26
Vacances de papier
 
Que nos lecteurs qui partent pour des contrées lointaines, mais qui ne souhaitent pas pour autant perdre le fil de l’actualité littéraire, se rassurent… Inutile de bourrer vos valises de revues ou de magazines encombrants, encore moins d’occuper votre esprit avec des adresses de sites internet improbables ! La solution à votre problème s’appelle Service littéraire , ce petit mensuel plein de charme qui, en huit pages, vous offre une vue panoramique sur l’ensemble des nourritures terrestres du moment (y compris une rubrique gastronomique du diable signé Jules Magret).
Dans la livraison de juillet-août, l’éditorial s’intitule « Lui ? ». De la plume de Victor Hugo, il mérite d’être cité tout entier :
 Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changéLa face de la France, de l’Europe peut être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant si le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise de pouvoir, a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme, car la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue. Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé.
Cette petite merveille est tirée de « Napoléon le petit », qu’Actes Sud vient de rééditer. Avouez que la coïncidence est troublante.
Après cette mise en bouche, on se précipitera sur le papier de tête signé Michel Déon qui rend compte d’un roman inclassable du romancier espagnol Manuel Chaves Nogales, Le double jeu de Juan Martinez, récemment réédité chez Quai Voltaire. Si vous aimez les danseurs de flamenco, le monde cosmopolite d’avant et d’après la guerre de 14 (ce n’est pas le même) et l’atmosphère de la guerre civile russe, vous serez comblé. Déon raconte parfaitement bien sa trouvaille et la révolution russe, Trotski, Lénine et quelques autres pantins sanglants ont l’air d’en prendre pour leur grade, ce qui est un signe de qualité. Voilà un récit à mettre de côté pour cet hiver.
En restant dans le rouge sang de bœuf, on lira avec profit la critique du dernier essai de Michel Mourlet sur Brecht. Mourlet se déguise en entrepreneur de démolitions. Il organise la mise à bas de cette vieille idole stalinienne surestimée, que seul le génie de Vilar a pu faire passer un moment pour autre chose qu’un raseur doublé d’un balourd. « Médiocrité stylistique », « théâtre sans nuances et sans subtilités », « ennui profond de cette prose », les langues se délient enfin chez les metteurs en scène, les critiques et les traducteurs, mais il aura fallu du temps. Mourlet venge aussi des générations d’étudiants et de lycéens qui ont du subir comme une purge la lecture de Mère Courage, d’Arturo Ui, ou des grandeurs et misères du Troisième Reich. Rien que pour cela, nous chanterons à tue tête : Vive Michel Mourlet, ma mère, vive Michel Mourlet !...
Autres éreintements réjouissants : celui de Guillaume Musso, (« comme styliste, Musso est exaspérant, comme penseur, il est médiocre. Quel pâté » nous confirme Pauline Dreyfus dans un article joliment intitulé « Salade de Musso ») pour son dernier roman « La fille de papier », celui d’Amanda Sthers pour son livre « Les terres saintes »  ou celui de Thierry Dancourt (« Dancourt trop long », dit Jean-Michel Lambert) pour « Jardin d’hiver ». Des coups de bâton distribués avec précision et méchanceté. Les coups d’encensoir eux aussi sont distribués à bon escient : une réédition des Iles Grecques de Lawrence Durell, une petite merveille qui vient de refaire surface, dont nous rendrons prochainement compte à nos lecteurs, un portrait d’Albert Cossery, qui ressuscite sa voix récemment disparue, le nouveau roman de Pierre Magnan (Elégie pour Laviolette, chez Robert Laffont), un recueil de délicieuses critiques littéraires de J.-K. Huysmans (Ecrits sur la littérature, chez Hermann).
Et si vos nuits dans les neiges du Kilimandjaro ou dans les douceurs de Bali vous laissent encore des moments libres, reportez vous aux rubriques habituelles : Ecrits et chuchotements d’Emmanuelle de Boysson (que de finesse !), On trouve ça bien/ on trouve ça mauvais, Des poches sous les yeux. N’oubliez pas de sacrifier au rituel du billet gastronomique en dernière page, les délices qu’on y narre vous aideront à digérer le tajine kalmouk, la bouillie tibétaine ou la potée camerounaise qui figure, ce soir, au menu de votre pension complète. Bonnes vacances !

Eugène Charles.

 

[1]. A réserver sur servicelittéraire.fr ou dans tous les bons kiosques.  

 

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