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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 16:08
De la grandeur
Saint-Simon
 
de Jean-Michel Delacomptée
Mis en ligne : [12-03-2012]
Domaine : Lettres  
DELACOMPTEE-Jean-Michel--De-la-Grandeur-gif

 

Jean-Michel Delacomptée est écrivain et essayiste. Il est l'auteur de portraits littéraires de personnages historiques et d'écrivains, tous publiés chez Gallimard, dans sa collection "L'un et l'autre" :  Henriette d’Angleterre avec Madame la Cour La Mort, François II avec Le Roi Miniature, Ambroise Paré avec Ambroise Paré La main savante, La Boétie et Montaigne avec Et qu’un seul soit l’ami, Racine avec Racine en majesté, Mme de Motteville avec Je ne serai peintre que pour elle, et aujourd’hui Bossuet avec Langue morte Bossuet. Il a également publié deux romans : Jalousies (Calmann-Lévy, 2004), La vie de bureau (Calmann-Lévy, 2006).  
 

Jean-Michel Delacomptée, De la grandeur. Saint-Simon, Paris, Gallimard, novembre 2011, 233 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Saint-Simon vivait entouré de tableaux. Ils peuplaient par dizaines les murs de son château, portraits de famille, portraits de Louis XIII encadrés dans les boiseries, fixés au-dessus des glaces, peints sur toile, peints sur bois, en estampes, buste de Louis XIII sur un piédestal, la tête en cire ceinte d'une couronne en cuivre, portraits de Mme de Saint-Simon, de Rancé, du duc d'Orléans, du cardinal de Fleury, du cardinal de Noailles, du cardinal Dubois devant la chaise percée, et, dans une chambre au premier étage ayant vue sur le parc, du feu duc de Saint-Simon et de la feue duchesse, sans autres précisions, le duc Claude et Charlotte la mère, ou Diane sa première épouse. Saint-Simon n'apparaît jamais, aucun tableau de lui.
 
L'article de Christine Ferniot, Lire - décembre 2011.

La plume du siècle. En 2010, Jean-Michel Delacomptée signait un brillant portrait de Bossuet dans la collection L'Un et l'autre, dirigée par J.-B. Pontalis. Respectant les principes de ces courts ouvrages fondés sur les fraternités électives, Langue morte : Bossuet était un récit subjectif consacré à l'Aigle de Meaux, ce grand amoureux du passé, de la langue exacte, redoutant "l'avènement du monde à venir dont il abhorrait l'athéisme, les désordres latents et l'attrait pour la chair". Racine, Ambroise Paré, La Boétie ont également intéressé le spécialiste des lettres du Grand Siècle, porté par une insatiable curiosité littéraire. Et le voici aujourd'hui à l'écoute de Saint-Simon, reprenant en exergue cette citation tirée des Mémoires : "Au temps où j'ai écrit, surtout vers la fin, tout tournait en décadence, à la confusion, au chaos, qui depuis n'a fait que croître." Dès les premières pages de son livre, Jean-Michel Delacomptée pose la question fondamentale de l'écriture et de ses objectifs : "A partir de quel moment un écrivain, chargé d'un projet longuement fermenté mais qui lui résiste, finit par se lancer et, d'une traite, le réalise ?" En effet, Saint-Simon n'entame l'immense projet de ses Mémoires qu'en 1739 ou 1740. Fatigué, éloigné du monde, il a passé les soixante ans. Et Delacomptée de répondre presque aussitôt : "L'appel de la vérité, je crois. Et la grandeur." Tout en y songeant très jeune, Saint-Simon ne réalise son projet magistral qu'à son crépuscule.  C'est grâce à son mariage que le duc obtient une charge lui permettant de loger au château de Versailles, d'être à la cour et donc au centre du monde. Sans cette position, il n'aurait rien vu et surtout rien entendu. Mais, uni à Marie-Gabrielle, la fille aînée du maréchal de Lorges, voilà Saint-Simon dans la place, en courtisan idéal et surtout en homme d'honneur et de fidélité. En grand sage également, comme le décrit le narrateur : "Saint-Simon était pieux, pondéré, corps et âme épris de son épouse, avec des appétits réglés et un penchant prononcé pour les moeurs régulières. Il prenait soin de son hygiène, mangeait modérément bien qu'il fût gourmand... Il buvait peu, répugnait aux débordements du jeu..." Et pourtant cet homme presque parfait va rester un ami fidèle du Régent, Philippe d'Orléans, dont les faiblesses de caractère et de tempérament étaient extrêmes et les tentations multiples. Ces débordements mettent en rage son conseiller, même si convaincre, manipuler, est dans sa nature.  Saint-Simon a l'éloquence dans le sang et Jean-Michel Delacomptée revient avec admiration sur sa puissance verbale, auprès du duc d'Orléans comme du roi Louis XIV. Homme de plume et homme de voix, grand fumeur fasciné par la mort, Saint-Simon se montre d'une dureté implacable à l'égard du roi Louis XIV, "dictateur assourdi par le bourdonnement des essaims de flatteurs qui lui tourbillonnaient autour". Pour Saint-Simon, Louis XIII fut la grandeur même, modèle de charité et de perfection quand l'homme qui lui succède possède une âme trop petite. Et plus tard, lorsque Louis XV à son tour lui impose l'exil, Saint-Simon n'a plus qu'à changer de monde, trouver une autre voix. Dans ses Mémoires, il va dire "je", se mettre à découvert et n'exister que par l'écriture, achevant cette oeuvre en demandant une "bénigne indulgence" à ses lecteurs. Comme avec Bossuet, Jean-Michel Delacomptée se montre fasciné par le souffle de Saint-Simon : "Une langue écrite par le vieil homme, mais qui était si neuve, si vibrante de passion, si chargée de la grandeur même du règne dont il blâmait les tares, qu'aucun style d'une fécondité pareille n'avait jusqu'alors retenti."  C'est donc ce "sens de la grandeur" que Delacomptée veut remettre en lumière et célébrer au cours de ce texte magnifiquement tourné. Ecriture vive, culture sans vanité, élégance de grand seigneur, voilà ce qui caractérise cet essai-portrait, savant mais accessible. Il y plane la nostalgie d'un passé flamboyant, quand la langue française créait le rêve, se plaçait à hauteur de l'ambition politique et sociale pour devenir un patrimoine de l'humanité. Les Mémoires de Saint-Simon et le livre de Jean-Michel Delacomptée devraient être adressés à tous les hommes politiques appelés demain à s'exprimer devant leurs électeurs. Ce n'est pas un conseil, c'est un médicament, que dis-je, une thérapie ! 


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