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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 23:01
Retour de la question sociale
 
L'article que nous publions ci-dessous mérite une attention particulière. Il est l'oeuvre d'un  observateur avisé des changements qui agitent notre époque. Jean-Philippe Chauvin, en bon historien, cherche non seulement à faire voir mais aussi à comprendre, à saisir les liens entre le présent et le passé. Il est à son affaire dans le temps long et personne ne s'étonnera d'apprendre que notre historien est également un esprit politique et qu'il est royaliste.
Chose plus étonnante à première vue, le royaliste Chauvin n'hésite pas à nous parler de la question sociale, du prolétariat, du syndicalisme et de la classe ouvrière. Alors que la plupart des socio-démocrates ont rayé ces termes de leur vocabulaire, que les libéraux du monde entier essayent de nous faire croire depuis des décennies que le progrès économique a éradiqué ces concepts de la surface de la planète, et que les écologistes considèrent qu'ils n'ont plus d'importance au regard de l'urgence climatique. Pourtant, malgré tout le bourrage de crane politico-médiatique, on sent que M. Chauvin a raison. Il suffit pour s'en convaincre de suivre une actualité sociale qui nous amène chaque semaine, si ce n'est chaque jour, son lot de licenciements économiques, de fermetures d'entreprises, de conflits durs, de séquestrations de patrons ou de cadres, d'occupations d'usines. L'éphéméride social que nous publions ici-même chaque mois témoigne de la réalité de ce que Sorel appelait, il y a un siècle, la violence ouvrière, violence des rapports sociaux qui est présente partout, dans l'industrie, dans le monde paysan et dans celui des bureaux et des services. 
Le retour de la question sociale coïncide avec la montée en puissance de ce qu'on appelle improprement la mondialisation. Elle correspond en réalité à une nouvelle division du travail, plus dure, plus impitoyable que l'ancienne parce qu'elle n'est plus commandée par le jeu naturel des nations mais par les choix d'une poignée de grands prédateurs financiers. De ce point de vue, Jean-Philippe Chauvin a raison de dire que la question sociale, telle qu'elle se pose aujourd'hui, est une question éminément politique. C'est parce qu'il n'existe plus d'Etat, plus de souveraineté nationale que les puissances de marché, c'est à dire les nouveaux seigneurs de la guerre économique, ont les mains libres pour mettre le monde en coupe réglé. Sans retour au principe d'autorité, de souveraineté, sans retour au gouvernement politique que des hommes, rassemblés dans une communauté, se donne librement, point de salut pour ceux qui travaillent et qui produisent. Ils ne sont plus que la "chair à canon" du capital anonyme et vagabond.
Jean-Philippe Chauvin pose dans sa conclusion la question du régime. La démocratie bourgeoise, ouverte à tous les vents des lobbys, des luttes d'influence, des intérêts - y compris les moins avouables - peut-elle s'opposer efficacement à la voracité et aux vues à court terme des nouveaux "maîtres du monde" ? N'a t'elle pas démontré au contraire dans le passé qu'elle était prête à sacrifier le bien de la nation, à abattre les frontières, à démanteler réglements et protections, au nom d'une fausse conception de la liberté qui ne bénéficient en réalité qu'aux plus forts ? N'a-telle pas manifesté constamment et depuis l'origine une grande méfiance à l'égard du monde du travail, des organisations ouvrières, des mouvements coopératifs et mutualistes, de l'autogestion, au nom d'une approche fausse de l'individu, du citoyen, de la propriété et de l'économie ? Cette question du régime ne se limite pas aux formes de la démocratie représentative, elle regarde aussi l'organisation de l'économie, le rôle que peut y jouer l'Etat, les marges de liberté dont disposent les partenaires sociaux pour améliorer la vie des travailleurs et assurer leur sécurité. Voilà un sujet sur lequel nous aimerions que Jean-Philippe Chauvin puisse, s'il le souhaite, nous livrer plus complètement sa pensée.
Henri Valois.
 
 
La question sociale aujourd'hui, vue par les royalistes.
 
La question sociale n’a pas disparu avec la société de consommation et la prospérité indéniable des Trente Glorieuses comme certains l’espéraient, ni même avec la mondialisation présentée comme la panacée universelle, censée donner à tous les moyens de vivre dignement et « selon ses besoins ». Bien sûr, dans le cas français, le niveau de vie des ouvriers tout comme leurs conditions de travail d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux du début du XXe siècle, et c’est tant mieux. Mais la question sociale ne s’est pas éteinte pour autant, et la globalisation (mot plus exact et explicite que celui de « mondialisation »), en rebattant les cartes de l’économie et des puissances, a entraîné, au sein même de notre société, des remises en cause douloureuses et des interrogations sur la nature des rapports sociaux, sur leur territorialisation ou sur leurs formes. Globalisation rime aujourd’hui, pour les travailleurs français, avec délocalisations tandis que l’Union européenne évoque, elle, le terme de libéralisation en insistant sur son caractère de nécessité absolue, sans prendre en compte les exigences de la justice sociale et du bien-être moral des populations laborieuses des pays d’Europe. Doit-on, même, évoquer l’actuelle crise de la zone euro dont les victimes expiatoires semblent être aujourd’hui les Grecs avant, demain peut-être, les Portugais ou les Espagnols ? Les banques, l’an dernier, ont eu droit à plus de sollicitude de la part de la Commission européenne et des gouvernements…
Ainsi, avec la crise et la sempiternelle épée de Damoclès du financement des retraites, la question sociale revient au cœur des problématiques françaises, comme le souligne l’hebdomadaire « Marianne » au fil de plusieurs numéros récents. Bien sûr, le « nouveau prolétariat » évoqué par ce journal n’est plus celui de 1900, mais, au-delà de ses difficultés présentes, sa nature reste la même ; c’est-à-dire une masse de travailleurs interchangeables sans autre lien avec le Travail que celui que les détenteurs de l’Argent veulent et voudront bien lui allouer, à titre temporaire, pour en tirer des profits substantiels sans être obligés de les redistribuer à ceux qui en sont les producteurs « de base », mais plutôt et seulement aux actionnaires ou aux cadres dirigeants, les uns se confondant parfois avec les autres : c’est d’ailleurs là un des éléments forts du « scandale social » qui voit d’immenses fortunes se bâtir sur de simples jeux boursiers et non plus sur la qualité du travail effectué en tant que telle.
Le « nouveau prolétariat » comme l’ancien se caractérise par la « dépossession » : aujourd’hui, les ouvriers ou les artisans sont condamnés par une logique comptable qui fait qu’il est plus simple de fabriquer à grande échelle et à moindre coût dans des pays lointains où les règles sociales sont peu contraignantes voire inexistantes, que dans notre pays attaché à une certaine qualité et à la préservation des travailleurs. Ainsi, de nombreux métiers et savoir-faire disparaissent-ils, dans l’indifférence générale, puisque le consommateur ne regarde le plus souvent que le prix de l’étiquette sans penser au deuxième coût, beaucoup plus élevé, le coût social : ne pas acheter français quand on en a l’occasion sous le prétexte, fort compréhensible d’ailleurs, que le « même » produit fabriqué en Chine est moins cher, est, à plus ou moins long terme, suicidaire, comme le signalent certains économistes. Car, à trop dépendre des productions étrangères, que pourra-t-on vendre demain à des sociétés à qui nous aurions abandonné toutes nos technologies, nos méthodes de travail et pour qui nous aurions sacrifié nos propres outils de production ? Le cas récent d’Airbus est, à ce sujet, tristement éclairant : désormais les avions seront construits à l’étranger, en Asie, tandis que la Chine, à qui la société EADS a « transféré » les technologies de ses appareils, se targue de bientôt vendre à la France et à l’Europe des… Airbus, chinois bien sûr…
Devant cette nouvelle donne qui voit le capitalisme libéral sacrifier les travailleurs de France sur l’autel de la rentabilité, gémir ne sert à rien : il faut désormais « repenser la question sociale », sans vaine illusion ni désespérance. Chercher des pistes alternatives à ce jeu malsain qui se moquent des frontières comme des personnes, des familles ou des traditions. Les royalistes, fidèles à la méthode maurrassienne de l’empirisme organisateur et conscients des enjeux, ne feront pas « la politique du pire qui est la pire des politiques » comme l’affirmait avec raison Charles Maurras. Ils ne doivent pas chercher à créer des utopies mais à imaginer, à inventer de nouveaux modèles économiques et sociaux, sans perdre de vue qu’il s’agit, malgré la difficulté, de remettre « l’économie au service des hommes » et non l’inverse.
Il leur revient de rappeler que la nation est la première protection sociale, que c’est le plus vaste des cercles communautaires à mesure humaine et historique et qu’il offre des solidarités fortes en son sein, en son espace souverain, au-delà des différences professionnelles ou culturelles.
Aussi, la question sociale est une question éminemment politique, et, là encore, le « Politique d’abord » doit être compris comme la nécessité d’utiliser ce moyen pour limiter les excès de la globalisation ; susciter une véritable impulsion de l’Etat pour les grandes réformes sociales (et pas seulement en vue d’équilibrer les comptes publics) qui sont urgentes et son arbitrage pour les conflits de « légitimité sociale » entre les divers « décideurs » et les « acteurs du travail », et cela sans tomber dans l’étatisme ou le dirigisme ; permettre et accompagner un véritable aménagement du territoire qui ouvre la voie à une relocalisation de nombreuses activités et à une prise en compte véritable du « souci environnemental » ; etc.
Aujourd’hui, traiter la question sociale signifie « ne plus laisser faire la seule loi du Marché » (dont on voit les ravages dans la crise grecque) mais redonner au Politique des moyens de pression sur l’Economique : si l’on veut inscrire cette démarche dans la durée et l’indépendance, l’Etat doit lui-même disposer de la durée et de l’indépendance, et être respecté à l’intérieur comme à l’extérieur. Au regard de l’Histoire comme de la réflexion et de la pratique politiques, il n’en est qu’un qui, en refusant de sacrifier les hommes à une logique totalitaire ou marchande, soit possible et souhaitable : la Monarchie à transmission héréditaire, politique et sociale à la fois.  En fait, la meilleure réponse à une « économie sauvage » dont les seules valeurs sont financières : pour retrouver, demain, le sens de la mesure et de la justice sociale que la République des Sarkozy, Proglio et Tapie foule aux pieds…
  Jean-Philippe Chauvin. - 20 juillet 2010.

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