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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 16:46
Rome, après Athènes

M. Papandréou a promptement disparu. Les Eurocrates, qu’il avait provoqués sans vraiment s’en rendre compte, lui ont imposé une punition et une humiliation à la hauteur de son crime : avoir voulu donner au peuple grec le droit d’exprimer son désarroi et sa douleur. Car dans l’Union européenne de fer dans laquelle nous sommes rentrés, les peuples n’ont plus droit à la parole. Ils ont juste droit à verser du sang et des larmes, sans savoir d’ailleurs toujours très bien pour qui ils vont les répandre.
L’ex Premier ministre grec n’a pas été beaucoup mieux traité pas ses amis : convoqué, dès son retour du G 20, par la petite bande de conspirateurs que la triplette Sarkozy/Merkel/Juncker avait commis pour son exécution, il n’eut guère le choix qu’entre le départ et le suicide politique. Il aurait pu choisir la voie de l’honneur et en appeler au peuple. Mais c’était trop demander à M. Papandréou. S’il a des idées assez claires, étant grec et socialiste, sur ce qu’est la démocratie, il ne sait plus très bien en revanche ce qu’est le peuple. Il a donc assez logiquement choisi le départ.
Sa seule revanche, il l’aura trouvé dans le choix de son successeur. M. Venizélos, son ami et camarade, le chef de la camarilla qui l’a mis à mort, était candidat. C’était en quelque sorte le salaire de sa trahison. Mais le directorat européiste ne l’a pas entendu de cette oreille : plus question de confier un sujet aussi grave que la crise grecque aux politiques. On a donc imposé à Athènes un homme sûr, un technicien sans scrupule, d’une parfaite servilité: Lucas Papadémos, banquier, ancien président de la banque centrale grecque, ancien vice-président de la BCE. Un de ceux qui ont  un peu truqué les comptes au moment du passage de la drachme à l’euro, avec la complicité de Lehman Brothers. Ce qui, pour Bruxelles et Francfort, est une sorte de certificat de vertu !
A Rome, le même scénario est à l’œuvre. On a demandé à M. Berlusconi de quitter le pouvoir dès ce week-end. Il aura juste eu le temps de faire voter au Parlement les nouvelles mesures d’austérité imposées par Bruxelles et d’échanger quelques paroles avec le Président de la République italienne, M. Napolitano. A la sortie de son entrevue avec le chef de l’Etat, il était déjà destitué par un communiqué officiel du Quirinal. Le nom de son successeur commençait à circuler lundi dans les rues de Rome. La encore il s’agit d’un banquier connu, M. Mario Monti, ancien commissaire européen à la concurrence, un homme sûr, lui aussi, bien dans la ligne, à l’échine souple. La classe politique italienne, dans un de ces accès de lâcheté dont elle est familière, l’a même nommé sénateur à vie, mercredi soir. Il devrait dormir lundi prochain Palazzo Chigi.
Papadémos, Monti, … Une nouvelle ère, celle des satrapes, pour ne pas dire celle des gauleiters, vient de s’ouvrir en Europe. Preuve, s’il en était besoin, de l’état de panique et de déliquescence dans lequel se trouve aujourd’hui le directorat européiste. On ne fait plus confiance qu’à des hommes de paille qui sont aussi des hommes de main. Heureuse Espagne, heureuse Irlande, heureux Portugal, qui ont échappé par le miracle des urnes – mais pour combien de temps ? – à l’humiliation de se voir imposer leurs dirigeants. A qui le tour ? Pourquoi pas à la France, après tout, pour peu que la crise de l’euro se poursuive de plus belle et que les marchés cherchent de nouvelles victimes à sacrifier. Attendront-ils les échéances de mi 2012, sachant que « leur » candidat est déjà en place ? Voudront-ils montrer leur puissance et imposer des changements avant l’échéance ? On murmure que M. Trichet, maintenant libéré de la BCE, pourrait être tenté par la politique. Gageons qu’il n’attend qu’un signe…
François Renié.

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