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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 23:08

Omissions genevoises

 

Le Monde, notre excellent journal suisse de langue française, n'aime pas que l'on s'en prenne aux "valeurs" de l'Europe. Qu'un Etat contrevienne tant soit peu aux traités européens et voilà nos "genevois" partis en guerre. L'éditorial d'hier [1] était plein de cris et de fureur contre la Hongrie. Et plus précisément contre le chef du gouvernement magyar, M. Orban, qui préside depuis quelques jours l'Union européenne. Les raisons qu'invoque le Monde ne sont pas sans fondements et l'on doit reconnaître que le régime de censure politique que l'équipe Orban vient d'instaurer à Budapest est assez stupide. Faut-il pour autant abreuver nos amis hongrois de prêches vindicatifs et de leçons de morale ? Ils auront beau jeu de rétorquer que les relations entre médias et pouvoir en France n'ont jamais été particulièrement exemplaire, que l'époque de l'ORTF et de la censure gaulliste n'est pas si éloignée et que le Monde manque à tout le moins d'indulgence et de mémoire. Reconnaissons qu'ils n'auront pas totalement tort.

On peut aussi se demander si le coup de sang un peu excessif  du Monde n'a pas d'autres motivations, celles là plus profondes. Un passage de l'éditorial d'hier retient l'attention : "Dans la plupart des pays membres de l'Union européenne - à l'exception de l'Allemagne, du Luxembourg, et, tardivement de la France - les dirigeants sont timides. Ils n'osent pas critiquer un gouvernement hongrois qui, par ailleurs, a rogné les autres contre-pouvoirs - notamment celui de la Cour constitutionnelle - et affiche un nationalisme d'un autre âge. " Pouvoir de la Cour constitutionnelle ? Nationalisme d'un autre âge ? Voilà des considérations qui nous emmènent bien loin de la liberté de la presse. Et une défense des "valeurs" de l'Europe qui prend une signification toute différente. Eclairons le débat. 

 Nos lecteurs savent sans doute que le gouvernement de M. Orban vient de prendre une série de mesures pour permettre à la Hongrie de reprendre le contrôle de son économie, très secouée par la crise financière internationale. A Budapest comme ailleurs, les fonds de pension privés ont propagé la spéculation, au point de mettre en péril les retraites de millions de Hongrois. L'équipe Orban, pourtant conservatrice, a décidé assez logiquement de les étatiser. De la même façon, elle a décidé de relever substantiellement les impôts des entreprises multinationale qui ont trop tendance - comme chez nous - à jouer contre l'emploi. Naturellement, ces décisions font hurler. Les gestionnaires de fonds privés en premier lieu, qui voient leur gagne-pain s'envoler. Les dirigeants des grandes entreprises étrangères qui font donner leur gouvernement d'appartenance, américain et allemand en premier lieu, comme il se doit. La Commission de Bruxelles qui s'insurge contre ces graves manquements à la propriété privée et à la libre circulation des capitaux. Et enfin les marchés, très inquiets de voir les idées hongroises faire tache d'huile en Europe.

On décrypte maintenant un peu mieux la réaction du Monde. Et on comprend mieux aussi pourquoi  tant de "voix autorisées" s'élèvent brusquement de Paris à Berlin et de Luxembourg à Bruxelles contre le "gouvernement liberticide" hongrois. Les reproches qu'on lui adresse concernent bien d'autres "libertés" que celles de la presse et des médias. En fait de liberté, il s'agit d'abord de celle du renard libre dans le poulailler libre. De la liberté des prédateurs contre un Etat qui cherche à sauvegarder sa souveraineté. Que MM. Juncker, Trichet ou Barroso s'indignent, au nom du droit des renards et des prédateurs, il n'y a là rien d'anormal. Que M. Sarkozy ou Mme Merkel leur emboîtent le pas n'étonnera personne. Mais que le Monde se fasse leur porte-voix est plus stupéfiant. A moins d'y voir un des premiers effets de de la prise de contrôle du journal par le trio Berger-Pigasse-Niel et leur cohorte d'amis entrepreneurs et philantropes. Qui parlait déjà de presse libre et indépendante ?

Paul Gilbert.

 


[1]. "La Hongrie se moque des valeurs de l'Europe". Le Monde du 5 janvier 2011. 


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