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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 23:08
Censeurs et pyromanes
 
Il ne fait pas bon soutenir le peuple palestinien dans la France de Sarkozy. Le 18 janvier dernier, c'est un débat sur la Palestine, organisé par les élèves de l'Ecole normale supérieure (ENS), qui est annulé au dernier moment dans des conditions particulièrement scandaleuses. Officiellement pour des motifs de sécurité. En fait pour des raisons de fond et d'opportunité que Mme Canto-Sperber, la très contestée directrice de l'ENS, finira par confesser dans une tribune du Monde. Les 20 et 21 janvier, c'est au tour de la ville de Marseille d'interdire une conférence, en raison de la présence, parmi les invités, de Mme Leïla Shahid, la déléguée générale de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne. Là encore on invoque de soit-disant risques pour la sécurité des invités et des participants. Il faudra le courage et la détermination du président de région, M. Michel Vauzelle, pour que la manifestation puisse se tenir, bien évidemment sans aucun incident. 
Ces deux faits étaient inimaginables il y a encore quelques années. Ils sont révélateurs du climat d'intolérance, pour ne pas dire de haine, que certains tentent d'installer chez nous sur les questions du Proche Orient. Avec, hélas, la complicité objective du gouvernement. Ainsi, depuis quelques mois, on cherche à criminaliser le mouvement de boycott des produits israéliens. Cette initiative non violente est pourtant soutenue dans le monde entier par des personnalités de tous bords, écoeurées par les massacres de Gaza et par l'impunité dont Israël continue à jouir dans les enceintes internationales. En France, pays des libertés et des droits de l'homme, elle aurait du bénéficier sinon de la sympathie, du moins d'une certaine indulgence du pouvoir. Il n'en est rien, bien au contraire. Le gouvernement l'a condamnée avec la dernière fermeté et une circulaire du ministre de la Justice demande aux procureurs de réprimer sans faiblesse ces agissements.  Résultat : plus de quatre-vingts personnes sont actuellement sous le coup d’une procédure judiciaire pour avoir, à des degrés divers, participé à ce mouvement. Le mois dernier, de simples citoyens étaient même inquiétés par la police au motif qu'ils diffusaient sur leur blog des appels au boycott ! Ridicule, lamentable, voire même inquiétant !
L'annulation du débat à l'ENS va peut-être mettre un terme à ce qu'il faut bien appeler une chasse aux sorcières. Cette affaire suscite énormément d'indignation aussi bien en France qu'à l'étranger. D'abord parce qu'elle concerne un haut lieu de l'université française où la parole a toujours été libre. Et parce qu'elle a pris un tour éminément politique depuis que le président du Conseil représentatif des institutions juives de France s'est vanté d'être à l'origine de cette interdiction. Le gouvernement se serait bien passé des déclarations de M. Prasquier, de son autosatisfaction bruyante, du récit de ses interventions auprès de l'ENS, de la ministre des universités, Mme Pécresse, du rectorat de Paris et de certains réseaux universitaires pour obtenir satisfaction. Dans son euphorie belliqueuse, M. Prasquier en fait même un peu trop : BHL et Alain Finkielkraut, dont ils revendiquent l'appui, ont refusé de voir leurs noms mélés à cette opération de basse police; Stéphane Hessel, qui faisait partie des invités de l'ENS, se voit traité par le CRIF comme le dernier des voyous gauchistes, ce qui déconsidère encore un peu plus l'attitude de M. Prasquier.
Le CRIF est aujourd'hui entre les mains d'une équipe très politisée, extrêmement sectaire et totalement alignée sur la politique du gouvernement Netanyahou. Ce petit cercle a fait le choix de l'affrontement, de la radicalisation et sa proximité avec le pouvoir sarkozyste conduit à une confusion des genres particulièrement malsaine. Des voix commencent d'ailleurs à s'élever au sein de la communauté juive pour contester cette équipe, ses choix, ses méthodes et sa représentativité. On ne peut que s'en féliciter et espérer des changements rapides. Les propos mesurés du grand Rabbin de France sur l'Islam, les musulmans français et le Proche Orient tranchent avec le discours du CRIF et c'est également une très bonne chose. Il est clair en effet que l'aventurisme politique de l'équipe en place à Tel Aviv peut ouvrir à tous moments une crise extrêmement grave au Proche Orient. Au moment où les pays arabes sont en proie à une fièvre dont on ne mesure pas encore très bien les conséquences, personne n'a intérêt à ce qu'en France la question du Proche Orient passe du champ du débat légitime à celui de l'affrontement communautaire ou religieux.

Paul Gilbert.

 

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