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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 23:08
Benghazi
 
A l'heure où ces lignes sont écrites, on ne connaît pas encore précisément les conditions de l'intervention militaire de la France et de ses alliés en Libye. "Nous sommes prêts", déclarait simplement, hier soir, M. Juppé. Il semble que les choses ne se mettront réellement en marche qu'après le sommet qui réunit aujourd'hui à Paris l'Europe, la Ligue Arabe et l'Union Africaine. On sait, par ailleurs, que la planification militaire est lancée depuis mercredi, mais qu'elle nécessite toujours un certain temps. L'heure est à l'attente. Une attente pesante pour nous. Une attente terrible pour les insurgés de Benghazi.
Il faut en effet tenir compte, et même très largement compte, de l'espoir que nous avons suscité en Cyrénaïque, dans l'ensemble de la Libye et sans doute même au-delà. Les images qui circulaient en boucle hier soir sur toutes les chaînes de télévision du monde, les rues de Benghazi en liesse après le vote de la résolution de l'ONU, ces drapeaux français, brandis partout, côte à côte avec ceux de la monarchie libyenne, tout cela nous oblige. Rien ne serait pire que de décevoir ce peuple qui a placé ses espoirs dans la parole de la France. Tous les yeux sont maintenant braqués vers le ciel et nos avions sont attendus avec impatience. Nos avions doivent arriver, vite.
Comme toutes les opérations militaires, celle-là n'est évidemment pas sans risques. Nous prétendons que ces risques sont acceptables pour la France. D'abord parce que la bataille de Benghazi est loin d'être perdue et qu'on peut être sûre qu'une intervention française ciblée, bien menée, ravivera la flamme des insurgés et répandra le doute et l'inquiétude dans le camp adverse. Depuis hier, on voit bien que le pouvoir à Tripoli tergiverse, qu'il est en proie à toutes sortes de mouvements, contradictoires. C'est le moment idéal pour frapper. En outre, comme semblent le confirmer les informations que nous recevons - certes au compte goutte - la plupart des villes "libérées" ces jours derniers par le régime restent des foyers sous très haute tension. Il y faut peu de choses pour que le vent de la révolte souffle à nouveau très vite. Une défaite du régime à Benghazi, à Ajdabiya, à Misratah, rallumera partout la flamme de l'insurrection.
Dans l'attente des évènements qui se prépare, il n'est pas sans intérêt d'analyser les premières conséquences - diplomatiques et politiques - du vote du Conseil de sécurité. Elles sont de trois natures.
Les abstentions de la Chine, de la Russie, de l'Inde et du Brésil désolent la presse libérale et globaliste. "Le monde émergent n'est pas au rendez-vous. Les puissances qui sont censées être les grands de ce siècle commençant ne veulent pas prendre de risque", se lamentait hier soir l'éditorialiste du Monde. Rien de plus vrai. Non pas que ces puissances n'aient pas, tout comme nous, une conscience aigüe de la liberté et de l'honneur. Mais elles sont aussi des nations, qui raisonnent comme des nations, avec la sagesse, la mesure, la prudence qui caractérisent le comportement des nations. Tripoli est loin de Moscou et de Delhi, plus loin encore de Pékin et de Rio, alors que Tripoli est à nos portes et que nous partageons avec la Libye deux mille ans de civilisation romaine, d'échanges commerciaux, d'histoire coloniale. N'en déplaise aux consciences suisses, le monde du XXIe siècle n'est plus celui des idéologies, de leurs nuées et de leurs "bonnes consciences". il s'appuie à nouveau sur des réalités historiques et humaines qu'un petit siècle de libéralisme ou de marxisme n'a pas réussi à effacer. 
La deuxième leçon du vote de jeudi soir, c'est la défaite diplomatique et l'isolement de l'Allemagne. Mme Merkel a mal joué cette manche. Elle pensait, comme dans les épisodes précédents, enfermer la France dans la machine européenne et empêcher toute coalition d'intérêts franco-britannique au nom du sacro-saint "axe franco-allemand". C'est cet axe que nous avons vu exploser sous nos yeux. En cherchant par tous les moyens à imposer ses vues, à ne mettre en avant que ses intérêts propres ou ses propres contraintes politiques, diplomatiques ou militaires, l'Allemagne a fini par se mettre le reste de l'Europe à dos. Son "terrorisme" financier lui avait déjà aliéné la sympathie de la plupart des pays européens du sud. C'est maintenant Londres et Paris qui viennent de se dégager de la tutelle allemande. L'Allemagne a perdu son image de "conscience de l'Europe". Elle apparaît, aux yeux des peuples, pour ce qu'elle est vraiment: une nation sur le retour d'âge, qui cherche à jouer son va-tout. Bonne nouvelle, excellente nouvelle.
Quand à l'Union européenne, elle a brillé, une fois encore, par son absence, par son vide sidéral. Où était jeudi soir M. Van Rompuy, le mauvais cuisinier des mauvais compromis européen ? Où étaient MM. Juncker et Trichet, les deux syndics de faillite de l'euro ? Où était Lady Ashton et son "usine à gaz" diplomatique ? Dans quelle tournée lointaine est parti le cirque Barroso ? C'est tout le bric à brac européiste qui apparaît brusquement démonétisé. Tous ces personnages sont dépassés, hors jeu, objets inutiles d'une scène désertée. Le vote de New York les a placés en dehors de l'histoire. Leur Europe est cliniquement morte. Encore une bonne, encore une excellente nouvelle.
Le ciel de Benghazi est celui d'un monde qui change. D'un monde plus ouvert, où nous aurons à nouveau la place qui nous revient. C'est pour cela aussi qu'on attend avec impatience l'arrivée de nos avions.
   François Renié. 
 

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