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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 22:08
Danse sur un volcan
 
Une mauvaise semaine - une de plus - pour l'euro. La crise grecque n'est pas enrayée, les marchés n'ont plus confiance et la crédibilité de la monnaie unique s'effondre. Les dirigeants européens, épuisés par des mois de négociation stériles, ne savent plus à quel saint se vouer. Les plus lucides oscillent entre accablement et fatalisme. Ils savent maintenant que la dégringolade finale n'est plus qu'une affaire de mois et que la situation leur échappent à peu près complètement.
Ce qui vient de se passer à Athènes illustre parfaitement ce sentiment général d'impuissance. Jeudi soir, les protagonistes de la crise grecque - le gouvernement de M. Papandréou et la troïka de ses créanciers - nous jouaient le nième épisode de l'accord trouvé in extremis. Le Premier ministre grec annonçait une liste impressionnante de privatisations, de réduction des dépenses publiques et de hausses d'impôt que personne ne prenait vraiment au sérieux. Côté créanciers, on confirmait le déblocage d'un nombre non moins impressionnant de milliards d'euros  - de 50 à 100 milliards d'euros selon les sources et les heures - pour permettre au pays d'honorer ses prochaines échéances. MM. Trichet, Juncker et quelques dirigeants du FMI se félicitaient bruyamment d'avoir gagné du temps et éloigné pour quelques mois - ou quelques semaines - le spectre d'un défaut de paiement grec.
Il a suffit d'un communiqué de l'agence Moody's, publié en fin de soirée, pour que la comédie s'arrête. L'agence de notation annonçait sans crier gare qu'elle n'avait plus aucune confiance ni dans l'euro ni dans la capacité d'Athènes à faire face à des engagements aussi colossaux. La dette grecque était rétrogradée en quelques minutes au niveau de la dette cubaine. Les taux d'intérêts sur les obligations grecques s'envolaient et les mesures du plan d'aide européen, présentées quelques instants auparavant comme décisives, apparaissaient dérisoires. A Berlin, à Luxembourg et à Bruxelles les regards se figeaient, les visages se fermaient. On prenait subitement conscience que la crise de l'euro venait de franchir une nouvelle étape. Ce mardi 7 juin, l'accord trouvé avec Athènes n'était plus confirmé et l'on apprenait que l'Allemagne y mettait toujours son veto.
Il est vrai que pour les gouvernements de la zone Euro le problème n'est plus seulement grec. L'effet de contagion gagne. L'incapacité des Européens à se mettre d'accord sur un dispositif de sauvegarde de l'euro, les tensions politiques et sociales en Espagne, en Italie et au Portugal, la défiance des agences et des marchés font craindre une crise majeur des dettes souveraines et une réaction en chaîne sur l'ensemble des banques du continent. A Madrid et à Rome, on redoute des effets rapides. D'autant plus rapides que les gouvernements ne contrôlent plus grand chose : la gauche espagnole vient de subir il y a dix jours une défaite historique et elle a d'autres soucis en tête que la maîtrise des déficits. Au Portugal, ce sont les conservateurs qui ont pris le pouvoir dimanche dernier, mais leur légitimité est insuffisante pour faire passer la potion amère qu'ils annoncent. Quant à M. Berlusconi, le temps lui est compté et les questions financières n'ont jamais été son fort. Même la "vertueuse" Belgique vient d'être mise sous surveillance, ce qui montre le niveau de fébrilité des marchés !
Que faire ? A Berlin, on ergote. L'Allemagne qui pensait tirer un grand bénéfice de l'euro commence à s'inquièter de l'évolution de sa créature. Le jeu en vaut-il encore la chandelle ? Surtout si l'on doit soutenir non pas un seul, mais quatre, cinq, voire six Etats membres au bord de la faillite. Mme Merkel plaide pour que les banques paient, elles aussi, les pots cassés. Comme on l'imagine, les banques ne l'entendent pas de cette oreille. Elles ont réussi, au pire moment de la crise financière en 2008, à faire payer leurs folies, leurs fonds pourris et les surrémunérations de leurs dirigeants et de leurs traders par le contribuable européen. Sans que quiconque rechigne, sans une seule nationalisation, sans qu'aucun banquier n'aille en prison. Ce n'est pas maintenant que l'on va partager les pertes. Pas question : si l'Allemagne ne paye pas, les banques ne paieront pas non plus !
Telle est en tous cas la profession de leur parrain, de leur porte-voix, de leur chef de file, M. Trichet. Le Président de la Banque Centrale Européenne aurait piqué ces dernières semaines plusieurs grosses colères : contre ses collègues européens qui n'ont pas hésité à mettre sur la table l'idée d'une restructuration de la dette grecque; et contre ceux qui commencent à exiger une contribution des banques. M. Trichet est trop avisé pour ne pas savoir que la restructuration est la seule issue praticable et qu'elle va progressivement rallier tous les gouvernements européens. Il sait que la crédibilité de l'euro sera profondément atteinte et que la monnaie unique ne s'en remettra sans doute pas. Il sait aussi que l'effet en retour sera considérable sur les banques européennes et que bon nombre d'entre elles n'échapperont pas au contrôle public ou à la nationalisation. Quant aux banques centrales, le mythe de leur indépendance sera définitivement mis à mal.
Est-ce parce qu'il voit la fin de ses rêves que M. Trichet ratiocine ? Alors que la maison Europe prend l'eau de toutes parts, le voilà qui relance l'idée d'un gouvernement économique européen, la création d'un ministère européen des Finances, la mise sous tutelle des pays européens en crise... et autres songes creux. Qui vigilans dormiat. M. Trichet a visiblement besoin de repos. Il est temps, oui grand temps qu'il prenne une retraite bien méritée.

François Renié.

 

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