Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 22:08
Un été grec
 
Rien ne va plus ! L'Euroland retient son souffle. Le sommet européen prévu jeudi 21 juillet risque d'être celui de la dernière chance pour le "plan grec" et pour l'euro. S'il échoue, Athènes ne sera plus en situation d'honorer ses prochaines échéances et il y aura, selon toute vraisemblance, défaut de paiement. Alors ? Alors tout est possible, y compris la sortie de la Grèce de la zone euro, suivie sans doute d'assez près par celle du Portugal. D'autres vont même plus loin et envisagent un effet de domino sur l'ensemble des économies européennes. L'Irlande et l'Espagne, réputées fragiles, sont déjà dans la ligne de mire des marchés. Si la contagion devait atteindre l'Italie - dont le poids économique est hors de portée des mécanismes de sauvegarde européens - ce serait sans doute la fin de l'euro à brève échéance. Les banques françaises et allemandes paieraient alors au prix fort les conséquences de ce terrible été grec.
Quelles sont les chances pour que ce sommet débouche sur des décisions solides ? Assez minces, disent les spécialistes. En réalité, malgré les fausses informations diffusées par la presse européiste, les positions de l'Allemagne et de la Banque Centrale Européenne ne se sont pas rapprochées d'un iota. On est même tenté de penser qu'à Berlin on n'exclut plus du tout la perspective d'un défaut grec et qu'on est encore moins disposé qu'avant à faire payer le contribuable allemand pour sauver la mise des banques. La réunion des ministres des finances européens des 11 et 12 juillet, censée dessiner l'esquisse d'un compromis, s'est d'ailleurs conclue par un nouvel échec. Ce qui était impossible mardi dernier a peu de chance de devenir acceptable jeudi prochain. Mme Merkel n'avait-elle pas exclu de boycotter le sommet si celui ci devait se réduire à de vaines parlottes ?
L'attitude de l'Allemagne est parfaitement claire. Après avoir cédé un temps aux envoûtements de la monnaie unique, elle est maintenant persuadée que l'Euroland n'est pas viable à long terme. Les pays d'Europe du sud ne sont plus compétitifs, ils n'auront jamais les moyens de rembourser leur dette et les politiques d'austérité qu'on essaie de leur imposer va les déstabiliser davantage encore. La seule solution est leur sortie de l'euro et le recentrage de l'Euroland sur l'ancienne "zone mark". La Grèce, le Portugal et quelques autres n'échapperont pas à une restructuration de leur dette à très brève échéance. Dans ces conditions, on pense à Berlin qu'il est inutile de continuer à engager de l'argent public dans des mesures de renflouement complètement inefficaces.
On est également persuadé outre-Rhin que l'heure de vérité a sonné pour les banques La correction est devenu inévitable et les tests de performance réalisés la semaine dernière ont montré, qu'à l'exception de l'Espagne et de la Grèce, le système bancaire européen a les moyens de l'encaisser. Alors pourquoi attendre ? D'autant qu'on constate que certaines banques continuent à jouer un jeu trouble : en exigeant des Etats qu'ils  renflouent les pays fragiles afin de diminuer leurs risques, tout en alimentant la spéculation contre ces pays. D'où l'insistance de l'Allemagne à ce que les créditeurs privés participent au rétablissement des comptes des Etats qu'ils ont sinistrés. Sur ce point, Berlin ne capitulera pas, car il sait que la morale et la raison sont pour lui. Il est dommage que l'on n'ait pas pas adopté le même discours de fermeté à Paris !
Alors ? Alors il est vraisemblable que le sommet de jeudi débouchera sur un compromis boiteux et sur des mesures molles. Comme personne ne voudra perdre la face, on fera place aux demandes de chacun : l'Allemagne obtiendra, du moins en paroles, des garanties que les banques prendront leur part du fardeau grec, la BCE veillera, dans les termes de l'accord, à ce que cette participation privée soit la plus réduite possible. Quand à M. Sarkozy, on lui laissera faire le discours sur l'unité européenne retrouvée. Et rien de plus. Sur le fond, rien ne sera réglé. La fébrilité qui agite les marchés depuis quelques jours montre que ce scénario de sortie est le plus vraisemblable.
L'éclatement de la zone euro est à ce point inévitable qu'on commence, ici ou là, à chercher des boucs émissaires. Les Grecs sont naturellement tout désignés pour jouer ce rôle. Non contents d'avoir manger leur blé en herbe, ils ne jouent pas le jeu des mesures de rigueur qu'ils ont pourtant adoptés avec enthousiasme ! C'est en tous cas ce que pense Mme Lagarde. A peine installée dans son fauteuil doré du FMI, elle s'agite déjà dans tous les sens. "Il faut en faire plus", martèle-t-elle à l'intention des Grecs, dont les efforts sont jugés insuffisants. Plus de coupes sombres sociales, plus de privatisations, moins d'emplois publics et des salaires plus bas pour tous. Avec ce remède de cheval digne des Diafoirus, gageons que les malheureux Grecs seront bientôt morts et guéris. Mais pour sauver l'euro, Mme Lagarde est prête à combattre jusqu'au dernier grec !
Autre créature agité, M. Trichet. Lui aussi a envie de passer ses nerfs sur quelqu'un. Celui que les salles de marché ont affublé du surnom de "Foutrichet" pour sa gestion ubuesque des taux d'intérêt s'est trouvé de nouveaux ennemis : les Etats. Puisque les gouvernements de la zone euro n'ont voulu en faire qu'à leur tête, au point même d'imaginer de taxer les banques, ce sera à eux de payer l'addition du défaut grec. "J'ai prévenu plusieurs fois en détail les chefs d'Etat et de gouvernement qu'en cas de défaut de paiement d'un pays, la BCE ne pourra plus accepter ses obligations comme des garanties normales. Dans ces conditions, les gouvernements devraient alors eux-mêmes s'engager pour corriger la situation". "Ce sera leur devoir" s'est-il senti obligé de préciser. Quand aux banques, qui n'ont, comme tout le monde le sait, que des droits et aucun devoir, elles pourront continuer à dormir sur leurs magots et à faire tomber les bénéfices, comme avant. Quoi de plus normal !
On dit que M. Trichet, qui va sans doute faire les frais du sommet de jeudi, pourrait quitter plus vite que prévu la présidence de la BCE. Quant à Mme Lagarde, tout le monde attend avec intérêt - certains avec gourmandise - l'issue de ses démêlés avec la Cour de Justice de la République au sujet de l'affaire Tapie. Si ce triste été grec pouvait nous débarrasser  des Lagarde, des Trichet et de quelques autres faces de carême, il aurait au moins servi à quelque chose. 

François Renié.

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans International
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche