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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 22:40

De Dublin à Prague

Nous n'avons pas voulu commenter à chaud les résultats du référendum irlandais. C'était d'autant plus inutile que samedi 3 octobre vers midi, tous les grands médias français et européens donnaient le "oui" gagnant à 67%, sans aucune autre précision, et alors même qu'un tiers environ des bulletins restaient à dépouiller. On était visiblement pressé d'en finir avec la question "irlandaise", au prix de quelques infidélités à la démocratie. L'affaire ne prit d'ailleurs qu'assez peu de place à la une des journaux, comme si on avait quelque chose à cacher, quelque chose de honteux, de pas net qui pouvait entacher d'opprobre cette victoire, jugée pourtant si "brillante".

Après quelques jours de recul, on comprend mieux ce qui s'est passé et le mutisme un peu gêné des partisans de l'Europe fédérale. Il y a d'abord ce taux d'abstention, assez mauvais malgré l'énorme flot de propagande déversé sur le peuple irlandais pendant près de six mois: avec 58% de votants, on est loin de la mobilisation pour la victoire, anticipée, puis annoncée sans retenue par les Lisbonnards quelques semaines avant le scrutin; on retrouve en revanche un niveau de participation tout à fait comparable avec celui des dernières élections européennes, ces élections de la défiance vis à vis de Bruxelles et son système. Ce qui signifie, comme on pouvait s'y attendre, que près d'un irlandais sur deux a refusé la mascarade de ce deuxième vote, présenté comme une punition, une expiation. Ne disait-on pas dans l'entourage de Barroso : "les  Irlandais, ils voteront jusqu'à ce qu'ils aient dit oui!"

Autre sujet de gêne, la façon dont cette victoire a été acquise. N'insistons pas sur la disproportion des moyens entre les camps. Elle fut tellement choquante que des journaux comme Le Monde ou Le Figaro, pourtant bien intentionnés vis à vis du "oui", durent reconnaître qu'on était aux limites du bourrage de crâne. Que dire en effet de ces grands groupes américains présents en Irlande (Google, IBM, Microsoft, Intel...), qui ont fait savoir sur d'immenses panneaux publicitaires leur engagement dans le camp du "oui"? Que dire de M. O'Leary, ci-devant PDG de Ryanair, qui proclamait, sur les mêmes panneaux, avec peut être un peu moins de finesse, que "sans l'Europe, l'économie irlandaise serait gouvernée par les politiciens incompétents, une fonction publique inepte et des syndicats qui ont détruit la compétitivité du pays" ? Que dire de l'argent bruxellois, coulant à flot via le gouvernement irlandais et les innombrables officines fédéralistes ? Tout cela a bien sûr fortement joué pour l'abstention.

Mais on n'a pas hésité à aller encore plus loin. A travers une campagne mensongère, ignoble, scandaleuse, on a cherché à culpabiliser tout un peuple, en jouant sur la peur de la récession, de la crise, en annonçant sciemment les pires catastrophes, alors même que c'est le gouvernement de M. Cowen et sa politique ultra libérale inspirée par la BCE qui est à l'origine de tous les maux que connaît aujourd'hui le pays. On a menacé l'Irlande, si son peuple votait mal, d'être mise au ban de l'Union. Et, soufflant le chaud et le froid, on a promis n'importe quoi : des emplois, le retour à la croissance, des investissements, toutes choses qui n'engagent que ceux qui les entendent. M. Ganley, l'opposant le plus acharné au traité, résumait parfaitement la situation lundi matin en parlant d'un vote fondé sur "la crainte plus que sur l'espoir", dont les Irlandais découvriront l'inanité dans peu de temps. On comprend mieux désormais le relatif silence des médias.

Il est également vrai que ce que l'on appelle désormais "l'obstacle tchèque" a eu tendance à relativiser les résultats du scrutin irlandais. M. Klaus, l'excellent président de la République tchèque, tient bon. Il a reçu il y a quelques jours une lettre de M. Cameron, leader des conservateurs anglais, qui lui confirme son intention d'organiser un référendum sur le Traité s'il accède au pouvoir après les élections générales de 2010. On s'attend à ce que M. Cameron confirme cet engagement devant le congrès conservateur qui s'est ouvert aujourd'hui à Manchester. Lorsque l'on sait que plus de 80% des militants conservateurs partagent ce choix, on ne voit pas bien ce qui pourrait conduire M. Cameron à ne pas jouer cette carte à fond. Après la bataille de Dublin, perdu dans l'honneur, voilà donc que s'ouvre la bataille de Prague. Gageons qu'elle sera longue. 

  Vincent Lebreton.

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