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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:40
Fin de partie ?

On se serait bien passé de cette première décade de novembre ! Mardi 6 novembre, le président tchèque, à bout d’arguments et la mort dans l’âme, qui est obligé de signer le traité européen ; le triomphe particulièrement peu modeste de la Commission et de la présidence suédoise qui annoncent dès mercredi que le traité rentrera en vigueur le 1er décembre prochain. Et M. Cameron, le chef de file des tories, qui enterre vendredi  sa promesse d’organiser un référendum sur Lisbonne. Voilà bien des espoirs balayés en quelques jours ! 

Ce résultat est évidemment un crève-cœur pour les millions d’européens libres qui avaient fini par se faire à l’idée qu’il était possible d’échapper aux griffes de l’Europe bruxelloise. Nous voici ramenés à une triste réalité, avec l’obligation de subir le tintamarre de l’eurocratie triomphante. Et de retrouver à nouveau les miasmes de la démocrassouille européenne, toute à ses mic-macs et à ses marchandages et qui va pouvoir, enfin, s’en donner à cœur joie.

Même si le réveil est un peu brutal, nous aurions tort de sombrer dans la morosité et le désespoir. C’est une bataille qui a été perdue, pas la guerre. Le conflit qui oppose aujourd’hui les peuples d’Europe et leurs élites défaillantes ne fait que commencer. Il s’étendra sans doute sur plusieurs décennies. Comme il a fallu plusieurs décennies pour accoucher du monstre que nous appelons aujourd’hui l’Union européenne, il en faudra plusieurs pour tout rebâtir, jusqu’aux fondations, si l’on veut voir émerger l’Europe libre que nous appelons de nos vœux. . 

L’heure est maintenant aux bilans et il y a au moins trois leçons à tirer de cette étape. 

La première, c’est que le rapport de force a réellement changé. Nous ne sommes pas passés très loin du succès et il s’en est fallu de quelques mois, ce qui est peu au regard des cinq années de crise que vient de connaître l’Europe. Qui aurait pu imaginer il y a seulement dix ans, que trois nations – la France, les Pays Bas et l’Irlande- rejettent aussi massivement les diktats européistes, que les Allemands, les Britanniques, les Autrichiens, les Tchèques, les Roumains, voire les Grecs, les auraient sans doute aussi rejeté, s’ils avaient été loyalement consultés ? Qui aurait pu prévoir les résultats calamiteux des dernières élections européennes, leur taux de participation ridicule, la désaffection qu’elles expriment pour l’Europe telle qu’elle se construit ? Oui, les choses ont bougé, les « puissances de sentiment », comme disait Barrès, sont en train de changer de camp, le vent de l’histoire souffle à nouveau dans notre sens. 

Deuxième leçon, l’origine de nos malheurs est d’abord française. Certes, la ratification de Lisbonne n’est  pas seulement l’œuvre de Sarkozy et de son clan. L’Allemagne, le Benelux, l’Italie, d’autres y ont leur part. Mais leur attitude était logique. Le Benelux ou l’Italie ne sont rien sans l’Europe. L’Allemagne va tirer de grands profits du nouveau traité, notamment au travers du poids politique renforcée qu’il lui donne. Rien de tel pour la France. Si le chef de l’Etat, son gouvernement, sa majorité, ont pris la tête de cette croisade, c’est pour l’esbroufe, par incurie ou, pire, pour certains, comme MM. Kouchner, Jouyet et Lellouche, par idéologie. On retiendra qu’à quelques exceptions près, personne au sein de la droite française ne s’est élevé contre ce projet. Où sont les gaullistes, les patriotes d’hier ? disparus, évanouis. Quant aux socialistes, leur véritable trahison lors de la réunion du Congrès de 2008, alors qu’ils auraient pu imposer au pouvoir un nouveau référendum, n’est pas prête d’être oubliée. 

Enfin, dernière leçon, le succès sera au prix de profonds changements de stratégie. Le vieux souverainisme est mort. Ses visées purement défensives, son incapacité  à sortir des cadres nationaux, à s’appuyer sur des forces sociales, à offrir des perspectives nouvelles sont à l’origine de ce décès. Il n’y a pas lieu de le regretter, de même qu’il n’y a pas lieu de regretter le reclassement des personnalités qui, notamment en France, l’ont personnifié. Il faut désormais fédérer les peuples sur autre chose, sur un vrai contre-projet à l’échelle du continent. C’est bien sûr celui de l’Europe des nations, avec ses leaders à trouver, ses institutions politiques à esquisser, ses frontières à imaginer, sans doute jusqu’à la Turquie et jusqu’à la Russie. Ces perspectives  prennent actuellement forme dans le débat intellectuel et pas simplement en France. Accélérons ce mouvement.

 

François Renié.


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