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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 11:40
Deux mauvais choix

Michel Rocard a tous les défauts du monde mais il ne manque pas de flair. Lorsqu'il déclare vendredi dernier sur France Inter que la nomination du premier ministre belge, Herman Van Rompuy, à la tête du Conseil européen et de Mme Ashton, comme haut représentant de l'Union, sont "de mauvaises décisions, qu'il regrette profondément", on sent qu'il est dans le vrai. "M. Van Rompuy est probablement un homme charmant, tout ce qu'on dit de lui est complètement délicieux mais le président de l'Europe doit être quelqu'un qu'on a vu au travail depuis quinze à vingt ans et qu'on connaît. Un petit nouveau, même s'il est bien, il va lui manquer ce ressort", distille M. Rocard. Et voilà notre petit belge habillé pour l'hiver. 

"Quant à l'idée de confier la diplomatie de l'Europe à l'Angleterre, c'est-à-dire à un pays qui ne veut de diplomatie européenne en aucun cas, là on est dans la caricature". Et même dans la double caricature si l'on ajoute que Mme Ashton, parfaite inconnue du grand public, obscure commissaire européenne au commerce, nommée à ce poste par les subtiles arrangements entre conservateurs et sociaux-démocrates européens, n'a strictement aucune expérience des questions diplomatiques. Economiste de formation, c'est une pure apparatchik travailliste, passée en peu de temps des bancs du Parlement à ceux du Gouvernement britannique, puis à Bruxelles. Seuls signes positifs, elle a un temps dirigé une oeuvre caritative du Prince Charles et elle a été annoblie en 1999, sous le titre de baronne Ashton of Upholland.

Michel Rocard vit en réalité le drame de toutes les personnalités européistes. Lisbonne l'avait fait rêver d'un George Washington de l'Europe et d'un Metternich, et voici que sa montagne  préférée accouche de deux souris grises !  Naturellement, à ses yeux, ce n'est pas la mécanique européenne qui est en cause. La faute en revient aux Etats membres, ces pelés, ces galeux accusés "de vouloir préserver leurs territoires et empêcher que l'Europe devienne une entité capable de faire de la politique à leur place." Complot, il y a complot des Etats, fulmine Rocard. Et peut être n'a t'il pas complètement tort, même si l'intrigue n'est sans doute pas là où il la place.

M. Van Rompuy, pour commencer par lui, n'est pas inconnu pour tout le monde. Il est depuis l'origine le candidat préféré de l'Allemagne. C'est par pure duplicité que Mme Merkel a feint quelques instants de se rallier à la candidature Blair, pour mettre dans son jeu un Sarkozy, plus petit garçon que d'habitude, flatté de faire partie de la conspiration, et que la notoriété médiatique de l'ex premier britannique a toujours fasciné. Mais pour la chancelière allemande, pour la droite allemande, le patronat allemand, la diplomatie allemande, il n'y a jamais eu l'ombre d'un doute : Herman Van Rompuy a toujours été the right man in the right place. Sa modestie, sa roublardise et son manque de charisme sont autant de qualités pour Berlin, de même que sa culture flamande, sa parfaite immersion dans les multiples réseaux de la démocratie chrétienne européenne et son fédéralisme assumé. Il sera le promoteur zélé de la vision de l'Europe qui prévaut outre Rhin, efficace, libérale quand il le faut, technocratique quand il convient de l'être, et naturellement atlantiste. On peut être sûr par avance que ceux qui l'ont fait roi n'auront pas lieu de regretter leur choix.

Atlantiste, Mme Ashton l'est, elle aussi, sur toute la ligne. Avec ce haut représentant là, finis les états d'âme sur l'Irak, sur l'Iran ou sur la politique répressive d'Israël en Palestine.  Et contrairement aux craintes exprimées par Michel Rocard, il y aura sans doute, sous son impulsion, une politique étrangère commune de l'Union, mais qui ressemblera comme deux gouttes d'eau à celle de Londres et de Washington. Et ce d'autant que Mme Ashton aura les moyens de sa politique. Elle sera secondée, certains disent même pilotée,  par une  administration européenne de plus de 5000 postes, le nouveau service d'action extérieure de l'Union, qui disposera sur le terrain d'un reseau serré de correspondants et de "représentations". Gageons que ce "quai d'Orsay bruxellois" n'aura de cesse, sous couvert de coordination, d'imposer ses propres politiques, ses propres vues. Il y a là, à terme, un véritable danger pour les Etats européens qui entendent garder une certaine liberté de jeu dans le monde, au premier rang duquel figure la France. Les premiers pas de Mme Ashton seront donc à suivre de près.

Au final Michel Rocard n'a pas tort lorsqu'il parle de choix détestable. Les désignations de Mme Ashton et de M. Van Rompuy ont en effet un sens; elles reflètent, qu'on le veuille ou non, le double parrainage autour duquel se construit aujourd'hui l'Europe, celui de l'économie dominante, dont le centre se situe à Berlin, et celui de l'imperium politique, dont les sources d'impulsion sont à Washington et à Londres. Choix effectivement détestable et qui ne fait pas les affaires de la France.

François Renié.


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