Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 11:40

Les premiers pas de M. Van Rompuy

La presse européiste est aux petits soins pour M. Van Rompuy. Pas une semaine sans qu'on ait droit à quelque article laudateur, quelque portrait flatteur, quelque propos dithyrambique sur le nouveau président "stable" du Conseil européen, cette personnalité charismatique qui nous est tombée du ciel avec le traité de Lisbonne, que les belges regrettent et que le monde nous envie. Il est vrai que notre Herman n'est pas sans qualités. Il en est une qu'il pratique d'ailleurs avec constance et qui est sans doute une des clés de son succès : le mutisme. M. Van Rompuy n'a pas du dire deux paroles publiques depuis sa désignation comme pape de la nouvelle Europe. Il a souri aux journalistes, grimacé devant les caméras, joué les utilités dans d'interminables conseils ministériels, mangé tout son soûl dans d'innombrables dîners de chefs d'Etat, mais il n'a pas prononcé un mot. Au point que certains, jusque chez ses thuriféraires, ont commencé à s'interroger tout bas : M. Van Rompuy ne parle pas ! C'est inconcevable ! Est-ce qu'au moins il pense ?

Le sommet que M. Van Rompuy a convoqué jeudi dernier à Bruxelles, et qui marquait en quelque sorte ses débuts au sein du cirque Barroso, a permis de lever ces inquiétudes : le Président du conseil européen pense et il parle. Le document de travail, soumis à la discussion du sommet, et dont Le Monde nous apprend qu'il est de la plume même de M. Van Rompuy, ne laisse subsister aucun doute : nous sommes bien en présence d'un esprit, voire d'un souffle. Le titre même de ce document, Une stratégie européenne pour la croissance et pour l'emploi, est prometteur, et, à défaut de charme et de fantaisie, l'on sent qu'on va en avoir pour son argent. Quels sont les postulats de M. Van Rompuy et quelles vérités va-t-il nous révéler quant à la gravité de la crise actuelle ? - D'abord qu'elle est grave, nous dit-il longuement, qu'elle se caractérise par un niveau d'activités trop faible et qu'il faut créer les conditions d'une croissance plus forte. Certes, fort bien, mais encore.  - Que la stratégie dite de Lisbonne, qui devait faire de l'Europe l'économie la plus performante du monde, a lamentablement échoué et qu'il faut tout reprendre à zéro. Nous savions déjà que tout ce qui touchait de près ou de loin à Lisbonne finissait dans un fiasco retentissant, mais cela ne nous donne pas les remèdes à la crise. - Que le pacte de stabilité doit rester le pilier de la stratégie européenne, mais qu'il faut profondément l'adapter, faute de quoi la plupart des économies européennes risquent d'en crever. C'est une autre intuition qui ne nous avait pas échappé, mais nous sommes encore loin des médications. - Et qu'il nous faut, pour conclure, mieux coordonner nos politiques nationales et donner un rôle plus clair aux présidents du Conseil et de la Commission dans les futurs G20. Voilà, nous y sommes enfin, on sent bien qu'il y a là en effet les bases et les ingrédients d'une vraie stratégie de sortie de crise. Ce que c'est, tout de même que d'avoir de l'esprit!  

L'autre miracle de ce sommet bruxellois si fondateur, ce fut la prise de parole de M. Van Rompuy. Comme toute les choses rares et précieuses, celle ci n'intervint que tardivement dans la journée. Il est vrai que le sommet informel qu'il avait convoqué, ce moment de convivialité où l'on devait débattre à bâtons rompus de la gouvernance économique, des perspectives à moyen terme et des "stratégies de croissance durable et d'emploi soutenable", ne se déroula pas exactement comme il l'avait prévu. La crise grecque, et avec elle les stupides préoccupations du court terme, s'invitèrent à la fête. Sarkozy, Merkel et Papandréou lui volent très vite la vedette. La matinée et une partie de l'après midi passent dans les tractations de tous ordres autour de l'euro et du renflouement d'Athènes. On bâcle le séminaire de réflexion et la seule chose que l'on consent à faire annoncer par M. Van Rompuy, c'est l'accord de soutien à la Grèce qui vient d'être conclu. La gouvernance attendra plus tard. Qu'à cela ne tienne, notre Herman, en bon flamand, fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il a décidé de parler et il parlera. Il s'avance timidement au devant des journalistes, Barroso, en bon directeur de cirque, à ses côtés, arborant un sourire commerçant. Il bafouille son texte en anglais, d'une voix blanche et faiblarde, qui ne passe pas dans les micros, au point qu'il faut recommencer à plusieurs reprises. Contre tout usage, il juge inutile de refaire sa péroraison en français et se retire à petits pas pour retrouver, loin du bruit et des médias, la chaude camaraderie des dirigeants européens. Qu'à dit M. Van Rompuy ? Nul ne le sait vraiment. Mais qu'importe, il a parlé. La prochaine fois, c'est juré, il s'exprimera.

Vincent Lebreton.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche