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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 11:40

Sale Europe !

Les dirigeants européens avaient annoncés le 11 février leur intention de venir au secours de la Grèce, en proie aux spéculateurs internationaux. Ils n'en feront rien. L'Allemagne qui, une fois encore, a jeté son glaive dans la balance des décisions bruxelloises, n'entend pas se sacrifier à ces "loqueteux" de Grecs qui ne savent pas tenir leur économie. Elle avance d'ailleurs que les traités interdisent clairement toute subvention ou  tout sauvetage d'un pays de la zone euro par un autre, condition qu'elle a elle-même imposée. M. Juncker, président de l'Eurogroupe et tous les aigrefins des milieux financiers européens, s'alignent bien évidemment sur la position de Berlin. Quant au gouvernement français, il fait le dos rond : il est évidemment hors de question  de déjuger le chef de l'Etat qui s'est bruyamment jeté dans les bras des Grecs, mais on ne saurait imposer quoi que ce soit à l'Allemagne dans cette Union où elle fait à peu près ce qu'elle veut et où nous sommes désormais verrouillés à double tour.  

La première victime de ce scandaleux diktat allemand, c'est évidemment le peuple grec et son gouvernement. On oublie en effet de rappeller, à Bruxelles, à Francfort et dans les milieux financiers de l'Union, que la Grèce a du faire des efforts considérables pour adopter l'euro en 2002, sans doute bien au-delà  de ce que son économie était en mesure de supporter. Elle doit faire face depuis deux ans à une récession sans équivalent dans les autres pays de l'Union, alors que ses bases sociales restent extrêmement fragiles. Malgré tous ces handicaps, M. Papandréou et  le nouveau gouvernement socialiste ont décidé avec courage d'accepter la purge d'austérité que réclame Bruxelles et d'en assurer l'impopularité. Ils attendaient en retour des gestes d'amitié et des engagements concrêts et ils recoivent aujourd'hui des coups de bâton. On ne s'étonnera pas de voir dans les prochaines semaines des manifestations monstres dans les rues d'Athènes, en espérant qu'elles ne prennent pas, dans le contexte actuel, un tour insurrectionnel. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que si le gouvernement grec n'obtient alors rien, il ne lui restera plus qu'à sortir unilatéralement de la zone euro, au risque d'ouvrir une nouvelle crise de grande ampleur en Europe. Avons nous réellement besoin de celà ?

On sent bien, par ailleurs, que la crise grecque est susceptible de faire des petits dans d'autres pays - Espagne, Portugal, Italie - dont les économies connaissent peu ou prou les mêmes fragilités. On s'inquiète à Barcelone, on manifeste contre les plans d'austérité à Rome, à Milan, à Madrid et à Lisbonne et les foules commencent là encore à y être nombreuses. Les inepties de Maastricht, le malthusianisme de la BCE, l'aveuglement libéral des principaux dirigeants de l'Union ne sont plus des mots, ils touchent concrètement des millions de citoyens dans leur vie, leur emploi et jusque dans la souveraineté de leur pays. Si la Grèce, abandonnée à son sort, doit sombrer dans les difficultés et avec elle une partie de l'Europe du sud, nul doute que ce seront tous les traités qui seront pointés du doigt et avec eux l'image de cette "sale Europe", de cette Europe nantie et arrogante, dont Mme Merkel, M. Juncker, M. Trichet, M. Van Rompuy et quelques autres sont aujourd'hui les figures tutélaires. Gare à l'épisode grec car, mal traitées, ses conséquences peuvent se répandre dans l'ensemble du continent comme une trainée de poudre. Alors, ne vaut-il pas mieux finalement que l'Allemagne paye ! Ce ne serait que justice et, dans le cas de figure, la meilleure façon sans doute de servir ses intérêts bien compris.

François Renié.

 

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