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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 11:40

Le hideux visage de l'Allemagne

Mais où sont passés les européistes ? Où sont ils, ceux qui se félicitaient l'été dernier de la tenue de l'euro ? Où se cachent ces experts qui professaient doctement cet hiver que la monnaie commune était notre meilleur rempart contre la crise. Il aura suffi de bien peu de choses, de deux ou trois incantations spéculatives proférées dans quelques arrières boutiques de la Goldman Sachs pour que toutes leurs belles certitudes s'évanouissent et que l'Europe monétaire découvre qu'elle est aussi vulnérable que l'Amérique. Et comme cette triste réalité n'a rien à voir avec la dérégulation financière mise en oeuvre depuis tant d'années, à coup de directives et de traités par Bruxelles et sa Commission, que la libéralisation des mouvements de capitaux, la suppression des contrôles des changes, la fin de la surveillance des activités bancaires n'y sont évidemment pour rien, il a fallu rapidement trouver un coupable, de préférence pauvre et sudiste.  Ce coupable tout désigné est aujourd'hui grec. N'en doutons pas, il sera demain, s'il le faut,  espagnol, portugais, italien ou, pourquoi pas, français.

C'est l'Allemagne, une fois de plus, qui est prête à porter le fer. L'Allemagne irréprochable, qui fait la leçon au reste de l'Europe, qui se donne en exemple et qui exige qu'on soit sans pitié pour ceux qui ont fauté. L'Allemagne oublieuse des mains tendues qui l'arrachaient, il y a quarante ans, à l'opprobre, au silence et à la solitude où les crimes des nazis auraient du l'enfermer pour l'éternité. L'Allemagne sans mémoire des dollars des plans Marshall qui permirent sa résurrection, l'Allemagne insouciante des milliards d'euros de fonds européens engloutis pour financer sa réunification et lui permettre aujourd'hui de parler haut. Quatre Allemands sur cinq, nous dit-on, ne veulent pas payer pour les grecs ! Chiffre effrayant, désaveu terrible pour ceux qui pensent que l'Europe de l'altruisme et de la générosité est à nos portes. A ceux là, il faut communiquer d'urgence les articles qui fleurissent depuis quinze jours dans la presse d'outre Rhin. Ils seront édifiés par l'arrogance, la suffisance, la tartufferie petite bourgeoise, le mépris des autres qui règnent dans l'opinion allemande, y compris et peut-être même d'abord dans ses élites. Il faut aussi qu'on leur communique le discours effarant que Mme Merkel a fait hier soir devant le Bundestag pour demander l'éviction sans état d'âme de la Grèce de la zone euro. Ce soir là, cette mégère casqué et botté portait le visage le plus hideux de l'Allemagne.

Le pire, c'est que l'attitude teutonne n'est sanctionnée par aucune remontrance. Bruxelles et son Cirque Barroso sont muets comme des carpes, preuve que leur marge de manoeuvre vis à vis de l'Allemagne est à peu près nulle. Aucun commentaire non plus dans les capitales nord européennes, trop contentes sans doute que  Berlin dise tout haut ce qu'elles pensent tout bas, à l'image du luxembourgeois Juncker, assis sur son tas d'or, et qui n'entend rien lâcher, pas un sou, pas un liard, même pas l'aumone aux Grecs. Ni Londres, ni Paris n'ont vraiment réagi aux éructations d'Angela. M. Fillon s'est même félicité dans un récent déplacement à Berlin des convergences qui existent entre les deux pays sur "le désordre monétaire internationale". Seule, Mme Lagarde a fait le procès de la soit-disante compétitivité allemande, qui se fait, comme on le sait, sur le dos de ses partenaires européens par le jeu de salaires bas et d'un cours élevé de l'euro. Procès fort, argumenté, mais qui vient un peu seul. Quant aux oligarques socialistes, tout à leur campagne des régionales, ils n'émettront pas une critique qui puisse géner l'Allemagne. Peut-être quelques propos compassionnels pour les Grecs, mais pas plus. MM. Delors, Moscovici, et tous les bons apôtres de l'Europe sans frontières, sont bien sûr aux abonnés absents.

M. Papandréou  veut garder son sang-froid. Il a à nouveau indiqué ce matin que si la générosité de ses partenaires faisait défaut, il pourrait se tourner vers le FMI, ouvrant par là même une véritable suspicion sur la réalité de l'union monétaire européenne et sur la solidité de l'euro. Gageons que si la Grèce en était réduit à une telle extrémité, elle ne laisserait pas l'affront allemand impuni. La seule chose sûre, ce soir, comme l'indique l'éditorialiste du Monde, c'est que "la crise de l'euro est loin d'être terminée".

  François Renié.

 

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