Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 10:40

Attitudes indignes 

Sur la crise grecque et sur les grandes manœuvres au sein de ce qu’on appelle encore (pour combien de temps !) l’Union européenne, que dire qui n’ait pas été dit et redit, y compris ici même, depuis des semaines ? Que l’Europe a la fièvre ? Mais il suffit d’ouvrir nos journaux : ils sont pleins de thermomètres en fusion ! La fébrilité des gouvernements et des milieux financiers y est scrutée, analysée, catégorisée jour après jour, degré après degré, reportée sur les mêmes courbes que celles qui mesurent la montée des taux d’intérêts consentis à la Grèce. D’ailleurs pour rien. Les commentateurs n’ont aucune nouvelle sérieuse à se mettre sous la dent et  se contentent de lever les bras au ciel en nous assurant que tout cela finira mal. On s’en doutait déjà. Depuis Lisbonne, et même, pour certains d’entre nous, depuis Maastricht !

Sur les premières leçons politiques à tirer de cette crise, nous renvoyons nos lecteurs à l’excellent billet publié lundi par Jean-Philippe Chauvin. Tout y est dit : l’indispensable soutien au peuple grec, l’attitude abjecte des Allemands, les mensonges déversés depuis tant d’années sur la soit-disante solidarité européenne, les masques qui tombent et qui ne laissent apparaître, en fait d’Europe, qu’un triste canton de la gouvernance mondiale où les pauvres, même grecs, sont traités comme des chiens. Tout y est dit et bien dit.

Deux mots, deux mots seulement, l’un sur l’attitude de la presse française, l’autre sur la morgue dont font preuve certains banquiers.

Avez-vous remarqué avec quelle suffisance les pisse-copies de la presse nationale traitent nos amis grecs, surtout depuis qu’ils sont à terre ? Pour Le Figaro, ce n’est qu’une demi-surprise : grecs ou pas, ce sont d’abord des pauvres après tout ! Quant aux Allemands, toujours si corrects … Pour Libération, rien d’étonnant, le journal appartient désormais aux banques et les banquiers, ces derniers temps, ne sont pas très grecs ! Pour Les Echos et La Tribune, c’est plus simple encore, ils ont toujours appartenu aux banques ! Mais Le Monde, Le Monde, notre cher journal genevois de langue française, d’ordinaire si attentionné pour la veuve et l’orphelin, l’aveugle et le paralytique ! Eh bien Le Monde n’a pas hésité, lui non plus, à verser dans la caricature et la facilité. Les politiciens grecs : tous corrompus ! La classe moyenne grecque : elle s’est gavée de fonds européens pour se payer des voitures et se livrer au farniente ! Les travailleurs en colère : ils sont aveuglés par leurs acquis ! Les jeunes diplômés : révulsés par leur pays de voleurs et de fainéants, ils ne rêvent que de partir ! Pour aller où : en Allemagne bien sûr ! Voilà ce qu’on pouvait lire ces derniers jours, à longueur de colonnes, dans le soit disant quotidien français de référence, au moment même où tout un peuple se débattait, presque seul, face aux vautours de la finance internationale. Même Bild sait faire parfois plus fair play et plus mesuré. Pauvre presse française, elle aura montré une nouvelle fois le peu de cas qu’elle fait de la liberté et la dignité. Il faudra un jour en refaire une autre, vraiment libre.

Quant aux banquiers, s’ils ont, eux aussi, la morgue un peu facile, il n’est pas impossible qu’ils la ravalent assez vite. Il y a en effet deux façons de régler ses comptes, lorsqu’on est un Etat en difficulté. La première, c’est de rembourser ponctuellement ses dettes et de réduire drastiquement ses déficits. C’est la seule que nos banquiers ont appris à l’école. Mais il en existe une autre, plus expéditive, qui consiste à ne plus rien rembourser et à décréter unilatéralement un moratoire sur son débit. C’est le droit le plus strict des Etats et certains, comme l’Argentine, en ont encore usé récemment. Qu’aurait à perdre la Grèce à agir de la sorte, si l’Allemagne devait réellement l’acculer à la faillite ? Et qu’auraient à perdre demain le Portugal, l’Espagne, ou l’Irlande si on les poussait aux mêmes extrémités ? La faillite de quelques banques anglo-saxonnes, allemandes ou françaises ? Pour les Etats, si leur souveraineté est à ce prix, cela n’a pas la moindre importance. Aussi peu d’importance que de voir des banquiers avaler leurs chapeaux, leurs cigares et se précipiter d’un gratte-ciel de Manhattan ou de Francfort. Quant tout va bien, les financiers sont persuadés d’être les maîtres d’un jeu qu’ils ont écrit et les nations, débonnaires, se gardent bien de les détromper. Mais quant les choses vont mal, il n’y a plus de jeu qui vaille à l’exception de celui, brutal, des nations. A la vitesse où les choses évoluent sur les marchés européens, certains créanciers de la Grèce devraient commencer à réprimer leurs sourires.

  François Renié.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche