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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 22:00

MM. Stiglitz et Rosa persistent et signent.

 

Un déluge d'obus continue à tomber sur le quartier général européiste. C'est d'abord Joseph Stiglitz qui enfonce le clou dans Le Monde daté de dimanche-lundi. Non content d'avoir annoncé, il y a deux semaines, l'effondrement de l'euro, le Prix Nobel d'économie américain lance maintenant un cri d'alerte contre les mesures déflationnistes lancées par Bruxelles et les dirigeants de l'Euroland. "L'austérité mène au désastre" proclame M. Stiglitz. C'est par la solidarité et l'investissement et non pas par une chimérique défense de l'euro, que l'Europe sortira de la crise. Écoutons-le plus avant :

"L'Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les pays membres ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d'intérêt. Il leur fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s'adapter à la conjoncture si nécessaire. D'autant que Bruxelles n'a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais l'Union européenne n'a rien prévu dans ce sens. Et aujourd'hui, elle veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons depuis la Grande Dépression des années 1930 que ce n'est pas ce qu'il faut faire. "

[Sur la situation des pays du sud] " Le déficit structurel grec est inférieur à 4%. Bien sûr, le gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité. Mais c'est d'abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture qui a provoqué cette situation. Quant à l'Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être accusée d'avoir manqué de discipline. (...) Aujourd'hui, ces pays ne s'en sortiront que si la croissance européenne revient. C'est pour cela qu'il faut soutenir l'économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur. "

[Sur la perspective d'un défaut de paiement des pays du sud] " Le taux de chômage des jeunes en Grèce s'approche de 30%. En Espagne, il dépasse 44%. Imaginez les émeutes s'il monte à 50 ou 60%.  Il y a un moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s'il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le FMI et Bruxelles. Et s'il n'a pas intérêt à redevenir maître de sa politique monétaire. Rappellez-vous ce qui s'est passé en Argentine. (...) Les Argentins, l'ont fait, ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils en ont largement profité. Depuis six ans, l'Argentine croît à un rythme de 8,5% par an."

C'est au tour de Jean-Jacques Rosa de rentrer dans la danse. Il s'agit d'une des sommités de l'école française d'économie, professeur à l'Institut politique de Paris. M. Rosa est un libéral convaincu, ce qui ne l'a pas empêché d'être un des premiers pourfendeurs de l'euro, dans son livre l'Erreur Européenne, paru en 1998. Dans un entretien donné jeudi dernier au site Marianne2.fr, il dénonce à la fois le rôle de l'Allemagne dans la dégradation des économies sudistes, Allemagne qui joue aujourd'hui le rôle du pompier pyromane, et les mauvais docteurs qui veulent forcer l'Europe à mourir pour l'euro. Pour lui, la seule solution est la disparition rapide de l'euro et elle est assez inéluctable:

[Sur la sortie de l'euro] " Cela me semble être la seule solution. Entre partenaires trop différents, comme la Grèce et l'Allemagne, le système ne peut pas fonctionner. L'Allemagne estime que le gouvernement grec a « triché ». Mais la Grèce est en un sens victime de la monnaie unique. L'Euro fort l'a pénalisé en réduisant sa compétitivité envers les pays tiers, et les différences d’inflation ont étouffé ses exportations vers les autres pays membres. Tout cela conduisait nécessairement aux déficits.

[Sur le retour aux monnaies nationales] "Un retour à des monnaies nationales aurait un coût élevé dans la mesure où la dévaluation qui doit intervenir serait forte, majorant ainsi le montant de la dette extérieure nette. Mais une baisse substantielle de l’euro permettrait de réduire l’importance de la dévaluation nécessaire, et  de plus, rester dans le système euro coûte cher aux pays les plus inflationnistes en continuant à pénaliser leur croissance. Entrer en déflation pour plusieurs années, pour renverser la tendance, conduit droit à la dépression. Ce n’est pas envisageable, et entre deux maux il faut choisir le moindre. La sortie de la monnaie unique est donc le moindre mal, car si l'on continue dans la voie actuelle le pire n'est pas derrière nous, mais bien à venir. "

  La bataille se déplace maintenant vers le terrain proprement politique. De premières voix s'expriment depuis quelques jours pour la sortie de l'euro et le retour aux monnaies nationales: c'est le cas à gauche avec les disciples de Jean-Pierre Chevènement, avec Jean-Luc Melenchon et les communistes. A droite, le Front national et les souverainistes de Nicolas Dupont-Aignan estiment que le sujet n'est plus tabou. Les écologistes, d'ordinaire assez suiveurs sur les sujets européens, commencent à se diviser au vu des conséquences sociales prévisibles des plans d'austérité. Les socialistes sont de plus en plus mal à l'aise : si les oligarques qui peuplent la direction autour de l'héritière Delors ne sont pas prêts à abjurer leur foi européiste, la base, au contact des milieux populaires, s'inquiète très fortement. Elle s'inquiète également pour l'avenir politique de M. Strauss-Kahn. Celui-ci était jusqu'à présent très prudent. Voila qu'il  sent son heure de gloire mondiale venir, ce qui le conduit  à se piquer au jeu du FMI: son soutien sans appel aux mesures d'austérité, ses déclarations au sujet du plan de rigueur en Roumanie, ont été particulièrement mal accueillis par les syndicats et les fonctionnaires. Si la crise de l'euro pouvait aussi nous débarrasser de M. Strauss-Kahn, ce serait trop beau !

Paul Gilbert.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, L'austérité mène au désastre, Le Monde, 23-24 mai 2010.

[2]. Jean-Jacques Rosa, Pourquoi faut-il revenir au franc !, Marianne2.fr, 20 mai 2010.
 

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