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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 10:26
Touny-Lérys
(1880-1976)
 
De son vrai nom Marcel Marchandeau, Touny-Lérys est né à Gaillac en février 1881 et y est mort en avril 1976. Issu d'une famille dont les origines languedociennes et alsaciennes se confondent, il s’inspire du terroir natal et célébre avec un bel accent lyrique le vieux toit familial de Touny-les-Roses, au bord du Tarn, où s'est écoulée son enfance. Touny-Lérys contribue à de nombreuses publications littéraires, comme poète et comme critique. Il fonde au début du XXe siècle avec Marc Dhano et Georges Gaudion la revue Poésie, qui fait connaître de nombreux auteurs du Midi. C’est dans cette revue, qu’en 1909, il publie en réaction au Futurisme de Marinetti un manifeste du « Primitivisme ». Il poursuit parallèlement une carrière de magistrat.
L'art de Touny-Lérys est simple et harmonieux; il exprime la douceur de vivre, la paix des choses rustiques, la beauté des sites. Personne mieux que lui n'a évoqué la langueur, le silence, la sérénité de la nature méridionale. Son recueil, La Pâque des Roses, a été salué par la critique en 1909 comme «un livre de sagesse et de beauté». Proche dans son inspiration initiale de Francis Jammes, sa poésie s’apparente aussi à celle de Francis Carco, de Tristan Derême et du Groupe fantaisiste. Ses écrits et son action en faveur de la poésie lui valent l’amitié de Henry Bataille, Charles Guérin, Henri de Regnier, Marc Lafargue, Joseph Rozès de Brousse et Armand Praviel. Il est élu mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux en 1941.
 
Les Filles d'Eros, poèmes (Toulouse, « Gallia », 1900). - Dans L’idéal et dans la vie, poèmes (ibid.) - Chansons dolentes et indolentes (Gamber, 1902) - Mimi et Mina, roman (Toulouse, « Gallia », 1902) - La Pâque des Roses, 1900-1909, poèmes (Mercure de France, 1909) - Amoureusement (Toulouse, « Poésie », 1910) – Poèmes de l’été et de l’automne en fleurs (La Pensée française, 1926) - Choix de poèmes (Figuière, 1933) - Au pays de Maurice de Guérin (Editions de l'Archer, 1937) – Instants (Subervie,1965).
 
 
La chanson
des roses
 
On nous place au mois de Marie
sur les autels des Saintes vierges
et près de nous les femmes prient
en regardant brûler les cierges ;
les femmes prient ?
les femmes rêvent
que nos mères furent cueillies
il y a vingt ans peut-être
tout là-bas dans la prairie...

Et leur front longtemps se penche
sur les grains du chapelet,
car c'était un beau dimanche
d'amour, de fleurs, de clarté...

Jeunes gens et jeunes filles
vers nous s'inclinent au printemps,
heureux amants
qui vont chantant
par les chemins et les prairies,
et qui cueillent nos fleurs surprises
pour les oublier dans un champ...

Car nous sommes les fleurs d'amour,
les fleurs de rêve,
et nous mourons aux carrefours,
ainsi qu'à la fin d'un beau jour
s'éteint la chanson sur les lèvres.
 
 
 
Touny-Lérys. (1881-1976), Choix de poèmes. (1933)
 
 
La terrasse du Tarn
 
.... De la terrasse, où je m'accoude, mon œil plonge
Et suit contre la rive, où paresseux s'allonge
Son grand corps de serpent qui glisse vers la nuit,
Le Tarn mystérieux qui dans les branches luit
Et transporte du bleu de ciel sur ses écailles...
Je suis tout seul, je sais que je suis une paille
Pour celui qui, de loin, regarde l'horizon
Et voit mon corps étroit dressé sur ce balcon ;
Je sais que je suis peu de chose entre ces choses,
Mais je rêve et me trouve heureux, mes yeux se closent,
Car la paix infinie, qui sur les champs s'étend,
Ainsi qu'au cœur des fleurs en mon âme descend.
Et je me sens alors, accoudé sur ce marbre,
Eternel comme lui, vibrant comme les arbres,
Fluide ainsi que l'eau qui, là-bas, va porter,
A travers les galets arrêtés dans le sable.
De ce soir calme et doux, mais, hélas! périssable,
Un peu de ciel crépusculaire en un reflet....
 
 
 
Touny-Lérys. (1881-1976), La Pâque des Roses. (1909)
 
 
 
Le soir dans le jardin
 
... C'est un soir de printemps, chaud comme un soir d'été
Le nom de la saison distingue l'un de l'autre
Deux soirs également vaporeux, parfumés
Des lourds géraniums éclos devant la porte
Et de ces mille odeurs que le zéphir supporte
Et qui tissent son voile adorable et léger...
Mon chien s'est étendu sur la terre, il respire
Lentement, son museau reposant sur mon pied;
Il est blanc, il est doux, il est tranquille; il sait
Qu'auprès de moi il peut dormir, il peut rêver ;
Et quand je dirai « Kim », son œil roux, qui chavire
Dans sa paupière, ira vers mon regard chercher
Le geste indicateur du chemin où marcher.
Et qu'il suivra, le nez au vent, quêtant un lièvre...
En attendant, il rêve en dormant ; moi je rêve
Eveillé, le cœur ému par la douce chose
Qu'est le soleil mourant parmi les briques roses
Tandis qu'en le lointain, que va couvrir la nuit,
Le soc d'une charrue, par intervalles, luit,
Et qu'un chant, voix de flot invisible, déferle,
Et pur, mystérieux comme un reflet de perle,
M'apporte en cet instant de calme volupté
La joie du laboureur qui, là-bas, a chanté
Et qui met, comme moi, son orgueil et sa gloire
A garder la Beauté, au fond de sa mémoire,
De cette heure reçue et qu'il peut conserver...
 
 
 
Touny-Lérys. (1881-1976), La Pâque des Roses. (1909)
 
 

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