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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:59
Privilèges
de l'âge mûr
 
 
  DEBRAY Régis Le bel âge

 

IDEES
Le bel âge.
Régis Debray.
Flammarion.
Avril 2013.
107 pages.
 

   
Régis Debray, né en 1940, est philosophe et écrivain. Il dirige la revue trimestrielle Médium, consacrée aux arts, savoirs et techniques de la transmission. Il a récemment publié : Eloge des frontières. (Gallimard, 2010), Du bon usage des catastrophes. (Gallimard, 2011), Jeunesse du sacré. (Gallimard, 2012), Rêverie de gauche (Flammarion 2012), Modernes catacombes. (Gallimard, 2013).
 
Présentation de l'éditeur.
"Un pays frileux et à l'âme vieillissante est-il condamné au culte de la jeunesse? " s'interroge Régis Debray. Ce pamphlet fournit une analyse de la société contemporaine. L’auteur met en évidence un culte voué à l’instant présent, sitôt énoncé, sitôt oublié, et où paradoxalement le vintage est à la mode. Il montre la nécessité de savoir se retourner sur son passé pour créer et pour vivre, que ce soit dans le champ politique ou le monde de la culture. 
 
Le point de vue de La Revue Critique.
Plus qu'à une critique du "jeunisme", c'est à une réflexion sur le temps et sur les relations entre générations que nous convie Régis Debray. L'omniprésence de l'information, l'idéalisation du présent, la recherche effrénée de la performance, la dictature du résultat immédiat, tout nous pousse à oublier que les choses difficiles se font dans la lenteur et qu'elles nécessitent mémoire et enracinement. Si le monde occidental connait un vieillissement prématuré, c'est parce qu'il est grisé par la vitesse et fasciné par l'accessoire. A la jeunesse, faussement adulée et qui en est en réalité la triste victime de notre époque, de réagir, d'organiser le ralentissement du monde et de préparer, par là même, son réenchantement. C'est à une révolution qu'appelle Régis Debray, mais à une révolution tranquille, où la lecture attentive, la saine digestion des idées et le goût des grandes aventures intellectuelles auront toute leur place. Le bel âge, n'est-ce pas celui où l'on retrouve les beaux élans de sa jeunesse ?
Paul gilbert.
 
L'article de Philippe de Saint-Robert. - Service littéraire. - juin 2013.
Ras le bol du jeunisme ! Régis Debray nous avait avertis : « le médiologue se meuble en ancien ». Avec « Le bel âge », il s’agit d’arracher la nostalgie « aux arts d’agrément, lui enlever son parfum de violette et lui rendre son grondement de forge ». Parvenu à ce bel âge qu’est la septantaine, Debray éprouve l’exaspération que donne aux âmes bien formées les politiciens et les plumitifs qui les relaient dès qu’ils font le trottoir de la jeunesse dans l’illusion de récolter des voix et des articles élogieux. Régis Debray qui, dans sa jeunesse, chahutait une représentation du « Cardinal d’Espagne » avec ses petits camarades de la rue d’Ulm, ignore à quel point Montherlant fut son précurseur lorsque, dès « La relève du matin » (1920), il avertissait : « Vous travaillez à l’avènement d’un nouveau mal social, l’adolescentisme, si vous voulez, ou le juvénilisme, mal qui provoquerait vite une conception du monde où la jeunesse serait considérée comme tabou, le fait d’être mineur comme une preuve suffisante qu’on a raison. » En août 1941, le même Montherlant refusait les émissions qu’on lui proposait sur « Radio Jeunesse » : « Ainsi notre jeunesse, moins par sa faute que par celle de ses encenseurs intéressés, contribue en bonne place à l’hébétude de notre esprit critique et à l’abaissement du goût. » Au demeurant, le jeunisme, comme le féminisme, a le triste destin de changer l’or en plomb. Régis Debray découvrirait-il que c’est par amour de l’art qu’il a fait de la politique, rançon d’une « éducation intellectuelle » ? Il me souvient qu’il ne rechigna pas, lors d’un échange hautement intellectuel à Combourg, d’être titré « réactionnaire de progrès » par Marc Fumaroli. Cette position n’a rien d’une pose. C’est l’aboutissement d’une vie quelque peu romanesque, passée d’une jeunesse guévariste à un « À demain de Gaulle » de l’âge mûr, jusqu’à la mélancolie qu’il éprouve aujourd’hui lorsque personne n’est à ce rendez-vous, surtout pas ses amis d’antan. Il déplore : « Comment se fait-il, par exemple, que l’enseignement du fait religieux dans l’école publique ait été récusé comme vieillot par nos autorités gouvernementales, qui jugent sans doute plus moderne l’ignorance pure et simple dudit fait, dédain qui arme le bras des assassins ? Vincent Peillon a d’autres préoccupations. Régis Debray ajoute avec tristesse : « Tous les matins, l’humanité avance un peu plus dans la connaissance et, toutes les nuits, elle régresse dans ses rêves et ses désirs. » Quand on s’en est tant préoccupé, on ne peut s’abstraire tout à fait de la vie de la cité ; surtout, on n’existe que par sa langue, qui l’exprime. L’auteur ajoute qu’« il avait scruté les suppléments radio-télé pour ne pas rater les rendez-vous de la semaine, l’actualité politique lui semblait chaque année plus falote et les importants du jour normaux à pleurer », jusqu’à ce qu’il soit « devenu clair que le jeunisme est l’ennemi numéro un des jeunes », et que « le culte de la facilité cher aux pouvoirs en place ne leur prépare pas un bel avenir ». Avec l’ange noir de la mélancolie, Régis Debray mène ici un ultime combat, usant de métaphores, d’espiègleries, conseillant de coller des affichettes dans le métro proclamant qu’ « il faut être absolument antimoderne », et tentant enfin d’allier optimisme et désespoir dans l’illusion qu’il puisse encore nous arracher à notre nostalgie. Courage, Régis, ils nous auront !   
 
Autre article recommandé : Sylvie Fernoy, "Retour de flamme." - Royaliste, 5 janvier 2014. 
 
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 10:05
André Lafon
 
 
lourd sommeil des maisons...
 
 
 
Pour Daniel Allard.
 
Lourd sommeil des maisons dans les sous-préfectures,
Quand dix heures ont plu du clocher sur les toits ;
Sommeil que vient veiller la lune, quelquefois
Et que seuls les grillons bercent de leur murmure.
Silence de la rue angoissante, mystère
Des volets refermés où nul rayon ne luit,
Seuils ombreux et sournois d'où soudain le chat fuit
Au bruit dur de mon pas que la nuit exagère.

Les massifs endormis, par la lèvre des fleurs,
Exhalent des parfums ; de la campagne proche
Viennent ceux de la vigne et des foins. . . Les senteurs
Se mêlent enivrant l’air nocturne. Les loches
Doivent monter aux murs verdis dans la fraîcheur.

Mais voici, tout au fond d'un jardin d’ermitage,
Qu'une fenêtre s'ouvre aux langueurs de Juin ;
L'accord d'un piano s'élève, le feuillage
A frémi et mon cœur s'est ému, sentant bien
Quel tendre aveu dans la romance pèse et n'ose.
Et mon front s'est posé sur la grille où mes mains
Effeuillent sans savoir les rosiers et leurs roses !
 
 
 
André lafon (1883-1915). Poèmes provinciaux (Ed. du Beffroi, 1908).
 
 
midi
 
 
 
Midi. Tout le jardin grésille de lumière;
Chaque feuille est figée en l’épaisse chaleur;
Toutes celles du buis sont des éclats de verre,
La rose s’est penchée et le pavot blanc meurt.
Midi; au creux tentant de la charmille heureuse
Porte avec l’abricot odorant et le pain,
La pêche à la joue douce et la prune au pollen
Léger plus que celui des corolles soyeuses.
Voici le seau du puits pour rafraîchir tes mains.
Vois la route brûler, Ah ! l’ardent paysage
Qui met devant tes yeux un rêve de clarté
Là-bas, fait plus certaine encor la volupté
D'avoir dans cette grotte obscure de feuillage,
Des fruits mûrs et cette eau dont le reflet voyage
Aux branches où le barbot lourd s'est arrêté
Un Angélus lointain s'égrène, monotone,
Sur les villages bleus assoupis, sur les champs;
La treille n'a plus d’ombre et seul, le maigre chant
De la cigale vibre. Un moustique fredonne…
Midi ! Tout le repos sur la terre pesant.

Ah! qu'il demeure au fond de ta jeune mémoire,
Avec son goût de miel, sa brûlure et sa gloire,
Ce jour, si rutilant et si riche en plaisir.
Et qu'aux temps hivernaux où l'ennui vient saisir
Ton cœur faible en ses doigts givrés, tu voies encore
Ces fruits, comme des fleurs, et que l'heure se dore
Au soleil illusoire et pur du souvenir !
 
 
 
André lafon (1883-1915). Poèmes provinciaux (Ed. du Beffroi, 1908).
 
 
les charettes qui passent
 
 
 
Les charrettes de bois passent pour le marché
Au pas traînant des bœufs, dont le front baissé force
Tirant les troncs coupés à l'écailleuse écorce
Des grands pins résineux et les fagots séchés;
Novembre va venir le long des routes grises.
Flétrir les feuilles tremblotantes aux buissons...
L'Hiver !... Les vols fuyants vont passer dans la brise;
Les cloches de Toussaint s'éplorer, leur chanson
Se perdre par les champs sous un ciel de détresse.
Oh ! cloches de Noël, dans la nuit froide !
— Laisse...
— Oh ! voir finir l’année avec un peu de soi...
— Accueille sans regret les saisons et leurs mois
Et qu'ils portent des fleurs, des fruits ou que, moroses,
Ils pèsent à ton cœur de rêve et de névrose,
Sache en goûter le charme épars. Rappelle-toi ;
Novembre c'est le temps où l'âme se repose
De la lumière chaude et vibrante d'été ,
Entends le feu bruit, laisse-toi dorloter
En cette ouate effilochée autour des choses
En ce silence où meurt le ciel lilas et rose
En la venue muette et douce de la nuit.
 
 
 
André lafon (1883-1915). Poèmes provinciaux (Ed. du Beffroi, 1908).
 
 
fleur 3
 
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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 22:43
Liberté
du monde
 
 
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LETTRES
S'abandonner
à vivre.
Sylvain Tesson.
Gallimard.
Janvier 2014.
220 pages.
 

   
Sylvain Tesson, né en 1972, est écrivain, journaliste et grand voyageur. Il est l'auteur de nombreux reportages pour la presse écrite et la télévison. Prix Goncourt de la nouvelle en 2009 et prix Médicis essai en 2011. Il a récemment publié: Vérification de la porte opposée. (Phébus, 2010), Dans les forêts de Sibérie. (Gallimard, 2011), Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit. (Ed. des Equateurs, 2011), Géographie de l'instant. (Ed. des Equateurs, 2012)
 
Présentation de l'éditeur.
Devant les coups du sort il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre. C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.
 
L'article de Tristan Savin. - Lire. - février 2014.
Le monde selon Tesson. S'abandonner à vivre ... Sous ce beau titre, que chacun pourra interpréter selon son humeur, Sylvain Tesson a rassemblé dix-neuf nouvelles. La brièveté va comme un gant au plus talentueux de nos bourlingueurs - on se souvient du recueil Une vie à coucher dehors, prix Goncourt de la nouvelle en 2009. A eux seuls, les noms de ces histoires courtes dessinent l'univers tessonien : "L'Exil", "L'Ermite", L'Insomnie", "Le Bar", "La Lettre", "La Gouttière", "Les Trains" ... Les personnages sont des touristes en voyage de noces, des jeunes femmes de Sibérie, un Nigérien en quête de travail, des alpinistes, des marins, des guerriers ou de simples amants. Ils "s'abandonnent à vivre" au Sahara, en Afghanistan, en Yakoutie, au Texas, à Paris, en Bretagne ou à Riga. Et, précise le facétieux Tesson dans sa présentation de l'ouvrage, "ils auraient mieux fait de rester au lit". Ces récits forment un état du monde, un constat plus sombre, presque désespéré, de la condition humaine à l'heure de la mondialisation. Dans "Le Barrage", joli conte philosophique qui ouvre le recueil, l'écrivain souligne la contradiction entre la sagesse de Lao-tseu et la destruction de l'environnement par la société chinoise. Sa critique du monde moderne, de sa cupidité, n'est jamais virulente, plutôt nostalgique - celle d'un poète déplorant l'annexion d'un verger par des promoteurs rêvant de construire un complexe commercial. "Les Amants" est une réflexion sur le temps : "Seuls l'artiste et l'amant nourrissent le sentiment de vivre dans le temps long". Dans "La Gouttière", on découvre que "la mort à crédit, c'est le mariage". "L'Exil" est une parabole sur l'immigration clandestine : il est "moins douloureux d'être une bête" - et quelle absurdité de laver les carreaux d'une agence de voyages parisienne quand on vient du pays du soleil. Dans "L'Ennui", la jeune Tatiana passe six mois à attendre "que quelque chose se passe" et fume pour donner vie à un rond de fumée : "Ici, seul le fatalisme permettait de supporter la vie." "La Bataille" oppose les nostalgiques de Napoléon à un homme politique corrompu. Et le narrateur de "L'Ermite" s'interroge sur le vol - non algébrique - des hannetons. La chute de chacune de ces histoires édifiantes résonne comme la morale d'une fable. Sylvain Tesson n'est pas seulement un géographe, un aventurier amoureux des mots, qui se contenterait de nous raconter le monde. C'est surtout un observateur des hommes. Un moraliste, un conteur.  
 
Autre article recommandé : Bernard de Saint Vincent, "Des hommes aux semelles de vent." - Le Spectacle du Monde, février  2014. 
 
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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 21:16
 
 
ailleurs et jadis
 
 
 
A Maurice Allem.
 
Dans certains jours trop longs, trop lourds,
Je connais deux voix familières
Qui m'arrivent, à la manière
De ces voix des chanteurs des cours.

Elles s'élèvent en moi-même
Et j'écoute, en fermant les yeux,
Les appela trop ingénieux
De ces deux cadences que j'aime.

L'une évoque ce qui n'est plus
(Qu'elle est douce ! Qu'elle est troublante !)
La seconde aussitôt me vante
Ce que je n'ai pas encor vu.

C'est Jadis et ses nostalgies!
C'est Ailleurs avec ses trésors!
Et tout à coup prennent l'essor
Mille songes, mille magies …

Je suis tout agité d'élans
Qui s'entreheurtent, qui se brisent
Et mon âme tremble, indécise,
Et se consume dans le vent.

Le « Jamais plus » m'emplit d'ivresse,
D'une ivresse triste à mourir,
Mais « La-bas » offre à mes désirs
Ses aurores enchanteresses.

Non, non ! je ne renonce à rien !
Je veux, tout en pleurant encore
Les formes que le temps dévore,
Courir vers l'inconnu qui vient.

J'entends toujours les deux sirènes;
Je les écoute avidement
Sans voir que mon ravissement
Est stérile autant que ma peine.

Chanteuses folles, taisez-vous !
Je vous ai trop longtemps suivies
Et ce qui me reste de vie
Je veux le vivre tout debout,

Non point penché sur les images
Des moments perdus à jamais,
Non point tendu vers des palais
Qui ne sont rien que des mirages.

C'est avec toi, Réalité,
Que je veux conclure alliance …
Mais j'ai peur, vois-tu, quand j'y pense,
Que tu ne saches pas chanter !
 
 
 
noël nouet (1885-1969). Poéme inédit. (La Muse française, février 1926).
 
 
à pierre camo
 
 
 
Heureux qui, comme vous, dans les îles lointaines,
A su garder présente au plus profond du cœur
L'image du vallon, du bourg, de la fontaine
Dont ses premiers regards ont connu la douceur !

Heureux qui, retrouvant la voix de la sirène,
A chanté ces amours avec tant de ferveur,
Leur prêtant, dans l'exil, des grâces souveraines,
Que leurs noms ennoblis charment les connaisseurs !

Heureux, heureux surtout, qui riche d'aventures,
Lassé des ciels, des mers, des peuples, des natures,
Regagne un jour sa terre et n'en est point déçu,

Qui, maître dans un art qui pare et transfigure,
Ecrit, sans y penser, pour les races futures
Et rend à son pays plus qu'il n'en a reçu !
 
 
 
noël nouet (1885-1969). Poéme inédit. (La Muse française, janvier 1931).
 
 
hymne pascal
 
 
 
Alleluia ! Chantons, chrétiens, cloches, oiseaux !
Un nouveau jour paraît comme un lis sur les eaux
Et c'est un matin plein d'allégresse angélique !
La terre va lancer d'elle-même un cantique :
Ecoutons, admirons, saluons, bénissons !
Chœurs du monde et des cieux montant à l'unissons
Au lever du soleil sur les plaines en joie !
Tout le printemps terrestre est en fête et verdoie,
Et le printemps des chœurs s'évanouit en lui
Comme un iris humide et frais parmi les buis.

Bonheur d'âme parmi le grand bonheur des choses!
O double renouveau ! Aube en apothéose !
L'espoir miraculeux de la vie à jamais
Eclôt divinement dans l'herbe des sommets
Et s'unit aux frissons perpétuels des sèves.
Les rejetons noueux sont plus forts que les glaives
Et l'Amour t'a vaincue, ô Mort, au bord des cieux !

Alleluia ! Chantons ! le nuage est joyeux,
La vapeur virginale est comme une bannière,
Le cri de l'alouette est rempli de lumière
Et les saints carillons volent parmi les bois,
Au milieu des bourgeons entr'ouverts, sur les toits,
Et sur la haie en fleurs, l'eau de la mare pleine,
La brune giroflée et la fraîche fontaine,
Comme des drapeaux clairs emportés par le vent.
A l'odeur des jasmins va se mêler l'encens,
Et nous disperserons en des strophes pieuses
Nos émerveillements dans les nefs glorieuses,
Tandis que les coteaux que va dorer l'été
Frémiront en l'honneur du pur Ressuscité !
 
 
 
noël nouet (1885-1969), Les Etoiles entre les feuilles (1911)
 
 
 
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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 08:36
Apaisement
et reconstruction
 
 
  YVERT Benoit La restauration

 

HISTOIRE
La Restauration.
Les idées et
les hommes.
Benoît Yvert.
CNRS Editions.
Octobre 2013.
262 pages.
 

   
Benoît Yvert, né en 1964, est historien et éditeur. Spécialiste du XIXe siècle, il a longtemps enseigné l'histoire politique à l'Institut catholique de Paris avant de rejoindre le ministère de la culture. Il dirige aujourd'hui les éditions Perrin. Il a récemment publié : Dictionnaire des ministres de 1789 à 1989. (Perrin, 1990), Histoire de la Restauration (1814-1830). (avec Emmanuel de Waresquiel, Perrin, 1996)
 
Présentation de l'éditeur.
Assise sur une conception politique et mystique de la légitimité royale, croisant le cynisme de Talleyrand et le christianisme de Chateaubriand, période extraordinairement féconde en histoire politique et littéraire, et en bouleversements économiques, la Restauration confronte trois générations : celle des survivants de l’Ancien Régime, celle des jeunes nés avec l’Empire, celle enfin des enfants de la révolution industrielle en devenir. Elle brasse les hommes et les pensées : romantiques contre classiques, gallicans contre ultramontains, ultras contre libéraux. Sans oublier la naissance des doctrinaires, l’invention du bonapartisme par la publication du Mémorial de Sainte-Hélène et celle du premier socialisme par Fourier et ses disciples. Reflet de ce bouillonnement, le passionnant essai de Benoît Yvert montre que tous les grands principes relatifs à la souveraineté ou à la séparation des pouvoirs sont alors posés et débattus… De la Terreur blanche à la Révolution de 1830, du double-jeu de Fouché aux théories institutionnelles de Chateaubriand, des origines de l'orléanisme à la pensée politique d’Auguste de Staël, cet ouvrage fait revivre une époque foisonnante où la liberté de ton n’avait d’égale que l’élévation dans l’esprit et l’art, oratoire ou écrit, de les mettre en mots.
 
Recension. - L'Histoire. - février 2014.
Un âge d'or. En dépit de quelques travaux récents et bienvenus, comme la somme de Francis Démier (Gallimard, « Folio », 2012), la Restauration demeure confinée, écrit Benoît Yvert en préface de son ouvrage, « entre oubli et mépris », en raison de ses origines, liées à des défaites françaises, et de sa chute, obtenue au nom de la liberté portée par les Trois Glorieuses. L'appellation même de Restauration, qui laisse penser à un rétablissement des institutions et des moeurs d'Ancien Régime, n'avait rien pour populariser ce qui fut pourtant tout autre chose : l'établissement d'un gouvernement constitutionnel et l'apprentissage du système représentatif, fondés sur l'égalité civile et les libertés individuelles. Il n'est donc pas sûr que, le 2 juin 2014, la commémoration du bicentenaire de la promulgation de la Charte fasse grand bruit. Pourtant, comment ne pas être frappé, avec l'auteur, de l'extraordinaire floraison intellectuelle à laquelle a donné lieu l'entrée de la société française dans des eaux nouvelles et apaisées après les tourments et les excès de la Révolution et de l'Empire ? Ce fut l'âge d'or de la littérature politique et de l'éloquence parlementaire. Offrant un résumé saisissant des destinées politiques de la Restauration, les deux études centrales du livre, consacrées à Decazes et à Polignac, qui tinrent en quelque sorte les deux bouts de la chaîne chronologique et politique, montrent la tension entre les deux monarchies possibles, l'une qui consistait à rendre la royauté populaire en la «désultracisant » par l'injection des libertés, l'autre qui imaginait pouvoir corseter l'interprétation de la Charte jusqu'à en anéantir l'esprit.
 
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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 15:57
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Hiver 2013/2014
1914, la fin
d'un monde

  depart-guerre-de-14.jpg
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- Le monde arme, l'Europe s'endort, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- Hollande et l'Allemagne, par Hubert de Marans. [lire]
Tout comme Nicolas Sarkozy en 2007, François Hollande s'était présenté, durant sa campagne de 2012, comme le meilleur rempart de la France face à Berlin. C'était sans compter sur la vieille fascination que l'Allemagne exerce depuis toujour sur la social-démocratie française. Après deux ans de faux semblants et d'hésitations, la France a tout cédé à Angela Merkel, y compris l'orientation de la diplomatie européenne. Echec stratégique ou renoncement volontaire ? 

- L'industrie, malade du sous-investissement, par Henri Valois. [lire]
La faiblesse de l'investissement pèse lourdement sur les performances de notre industrie. Equipements vestustes ou obsolètes, faible niveau de robotisation, effort de R&D insuffisant, formation des salariés au rabais... Le bilan est accablant pour un patronat davantage préoccupé d'allègement de charges que d'innovation. Alors que le Japon et l'Allemagne relancent leurs industries, la France s'enferme dans les mauvais choix de la politique de l'offre. Et si les responsables du déclin français se trouvaient d'abord au Medef et à Bercy ?

- Salut à Jean-François Mattéï, par Vincent Maire. [lire]
"La philosophie doit avoir une sainte horreur de la précipitation", aimait dire Jean-François Mattéi. De son oeuvre, forte, exigeante, et qui s'efforce de faire le lien entre les Grecs et les penseurs critiques de la modernité - de Nietzsche à Camus et à Harendt, nous retiendrons plus particulièrement trois grands livres : La Barbarie Intérieure, Le Regard vide et Le Sens de la démesure, qui dévoilent, l'un après l'autre, les ressorts du nihilisme contemporain et l'épuisement de l'idée européenne d'universalité. 

- 1914, la fin d'un monde, textes présentés par Claude Arès. [lire]
Qui aurait pu imaginer que le souvenir de la Grande Guerre susciterait l'intérêt d'un aussi vaste public ? Et une telle profusion de publications, de documentaires et de débats, aussi passionnants que passionnés ? Si les journées tragiques d'août 14 nous parlent encore, si elles résonnent aussi fortement dans la mémoire collective, c'est qu'elles marquent un tournant de notre histoire. La fin d'un monde, né dans la tourmente de la Révolution et de l'Empire, et le début d'un autre, cette ère des masses, de l'argent et des machines, qui inquiétait Péguy, Bloy et Bernanos, et dans laquelle la France cherche encore sa place.

- Le monde d'Auguste, par Jacques Darence. [lire]
Il y a deux mille ans disparaissait Auguste. Le Musée du Louvre célèbre avec faste le souvenir du premier empereur de Rome et la révolution politique que constitua son avènement. Après des décennies de guerres civiles, le monde romain prend conscience de son destin mondial, organise sa puissance et soumet les peuples à ses lois. D'Autun à Actium, de Cordoue à Méroé, l'exposition parisienne rassemble les vestiges d'un des rêves les plus longs de l'Histoire. 

- Manquer le train, une nouvelle de Marcel Aymé. [lire]
Le petit monde d'avant-guerre selon Marcel Aymé : le jardin d'un casino dans une ville de cure, une vieille dame qui tricote, un rentier qui s'asoupit, une vie qui parait hésiter et qui reprend son cours...

- Le jardin français, poèmes de L. Vérane, A. Lafon, N. Nouët. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Défiances - Le tournant Hollande. - L'UMP s'enfonce - Front républicain, l'agonie.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Traité secret. - La puissance russe. - Réveils indiens et japonais.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Sortir de l'euro. - Front syndical.  - Révoltes ouvrières.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Le Guillou. - C. Saint Laurent. - Tesson. - Sollers. - Stendhal.

- Idées et histoire, par Jacques Darence et Paul Gilbert.
Védrine. - Jerphagnon. - Yvert. - Pline. - Jünger.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Jean du Fresnois.
Fêtes galantes. - Poliakoff. - Marivaux.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Corruption. - Elites. - R. Aron. - Giraudoux. 

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
1914-2014, l'Europe sortie de l'Histoire. (Jean-Pierre Chevènement). - La fin du salariat. (Jean-Pierre Gaudard). - La quatrième guerre mondiale.  (Constanzo Preve). - Les lumières de l'an mil. (Pierre Riche). - Les droites et la rue. (Danielle Tartakowsy). - Composite. (Léon-Paul Fargue). - Arsène Lupin. (Maurice Leblanc). - La Provence gourmande de Giono. (Sylvie Giono). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

Accès à la revue

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 16:41
bainville
 
1914-2014 : notre Péguy
 

L'équipe de la Revue Critique des idées et des livres présente à Mgr le Comte de Paris, à la Maison de France, à ses lecteurs et à tous ses amis ses voeux de bonheur et de prospérité pour l'année 2014.

 

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 10:09
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Décembre 2013
Hommage à
Frédéric Mistral
        
 Mistral 5
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- A Maillane, par Claude Cellerier.  [lire]

- Hommage à Mistral, par Jean-Jacques Bernard.  [lire]

Lectures et témoignages 

- Le poète Mistral, par Alphonse Daudet.
- Chez Mistral, par Maurice Barrès.
- Un nouveau poète, par Barbey d'Aurevilly.
- L'amitié de Mistral , par Léo Larguier.
- Mistral et Virgile, par Pierre Lasserre.

Hommages

- L'eau vive, par Jean Giono.
- Mistralismes, par Charles Maurras.
- Sagesse de Mistral, par Gustave Thibon.
- La République du soleil, par Albert Thibaudet.
- Mistral civilisateur, par Gabriel Boissy.

Enquête

- Mistral aujourd'hui, textes présentés par Jean-Jacques Bernard.

Etudes

- La politique de Mistral, par Pierre Gilbert.
- Mistral en Italie, par Jean-Gabriel Faure.
- Réceptions catalanes, par Jean Bellail.
- Mistral et l'Amérique latine, par Francisco Cantilo.
- Les débuts du félibrige, par Rémi Clouard.
- Mistral et l'idée latine, par Antoine Longnon.
- De la petite patrie à la grande, par Claude Cellerier.
- Les secrets de Calendal, par Eugène Charles.

Documents

- Poèmes de Frédéric Mistral.
- Discours pour la Sainte Estelle.
- Bibliographie, par Paul Gilbert.

Conte de Noël

- Les Rois, un conte de Mistral.

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 21:16
 
 
invocations d'automne
 
 
 
Automne merveilleux. Automne qui me dores
L'horizon de la vie encore cette fois,
Toi qui, si doux, épands les feux de tes aurores
Et ceux de tes couchants aux limites des bois,

Mélancolique Automne, avec qui l'on voyage
En des mondes de songe et de sérénité,
Bel Automne pour qui, sous le dernier feuillage,
Un oiseau, mais tout bas, poursuit son chant d'été.

Toujours tu m'exaltas, saison harmonieuse ;
Ta flamme brûle encore en mes hymnes anciens:
Tu m'as tout pénétré d'une ardeur sérieuse...
Dis que tu le savais et que tu t'en souviens !

Pourtant, si je t'invoque aujourd'hui, cher Automne,
Ce n'est pas pour revivre aux luttes du passé,
Pour remettre à mon front une vaine couronne.
Et rendre un peu de lustre à mon nom effacé.

Que, dans l'apaisement de cet octobre, meure
Ce qui n'est pas en moi le vierge attrait du Beau;
Que, la Gloire ayant fui, le seuil de ma demeure
Semble à jamais le seuil délaissé d'un tombeau

Loin l’orgueil, espérant des revanches tardives !
Uniquement épris d'un rêve aérien,
Je ne regarde plus vers les ingrates rives
Du monde aveugle et sourd, dont je n'attends plus rien.

Je ne veux contempler que de pures images :
Mon calme enivrement, c'est l'ampleur de tes cieux.
C'est ton azur à peine offensé de nuages,
Saison noble au divin rire silencieux.

Ta tendresse me parle et ma ferveur t'écoute :
Automne inspirateur, fais encor sous tes lois
Tomber, comme un cristal, mes heures, goutte à goutte
Mets invisiblement des cordes sous mes doigts ;

Et que, la mélodie affluant dans mes veines.
Ardente comme aux jours de ma jeune vigueur,
Sans désir de frapper les oreilles humaines,
Je chante seulement pour enchanter mon cœur.
 
 
 
louis le cardonnel (1862-1936). Poèmes. (Mercure de France, 1904).
 
 
près du cloître
 
 
 
Près du cloître où la vigne est blonde de lumière,
Oublieux du cruel passé qui fut le mien,
J'abandonne, en priant, mon Ame tout entière
Aux attraits de ce beau printemps italien.

Dans mon ravissement je crois marcher à peine :
Je sens comme bondir la terre sous mes pieds.
Ce matin, dans la claire église franciscaine,
J'ai compris le bonheur des cœurs sacrifiés.

La jeunesse du monde, en sa candeur divine,
Emplit autour de moi l'air brûlant et vermeil :
Une autre adolescence éclôt dans ma poitrine,
Et je voudrais livrer ma poitrine au soleil.

J'ai respiré l'esprit de l'insensé d'Assise,
Tenant, même aux oiseaux, des discours ingénus.
Dans l'ardeur qui m'exalte à la fois et me brise,
Je rêve de partir, sanglant, et les pieds nus.

Apôtre, que Jésus secrètement prépare,
Pour qu'il porte la paix à ses frères humains,
Au-devant de celui qui souffre ou qui s'égare,
Je répandrais mon cœur à travers les chemins.

Je serais le semeur d'immortelle espérance,
Dont l'hymne vibrant monte avec l'aube du jour :
Et, saintement joyeux, même dans la souffrance,
J'irais, mon Dieu, j'irais vers l'extatique amour.
 
 
 
louis le cardonnel (1862-1936). Carmina Sacra (1912).
 
 
méditation romaine
 
 
 
Oh ! s'égarer tout seul par la Voie Appienne,
Plein de mélancolie ou de recueillement,
Et, des mortes splendeurs de la Rome païenne,
A la chrétienne aller, comme insensiblement.

Surtout lorsque le soir va les teinter de rose,
Contempler ces champs nus, au vide interminé,
Que, par instants, domine un profil grandiose
D'aqueduc, à la fois solide et ruiné.

Seul toujours, aspirer sous la sublime flamme
Des blancs étés, qui font poudroyer les chemins,
Afin do se grandir héroïquement l'âme,
La tristesse et la paix des horizons romains.

Ou, penché vers le Tibre, aux eaux lourdes et fauves,
Évoquer ces longs jours d'histoire qu'il a vus
Fuir, après les Catons et les Scipions chauves,
Sans en garder pour nous, même un reflet confus.

Sol à jamais sacré, qui n'est fait que de tombes,
Labyrinthes massifs du profond Palatin,
Arcs triomphaux, dressés après les hécatombes
Des peuples que la Ville immole à son destin.

Obélisques sur qui le Temps brisa ses griffes
Et que la Croix surmonte, elle invincible à tout
Basiliques, fonds d'or, monuments des Pontifes,
Qui méditent assis ou bénissent debout.

De ces choses trouver la secrète harmonie,
La recueillir, malgré la rumeur des passants ;
S'agenouiller dans quelque antique Diaconie,
Où traînent des odeurs de cires et d'encens.

Par les mourants juillets, du haut du Janicule,
Alors que le soleil décroît sur les gazons,
Suivre d'un long regard cette lueur qui brûle
Aux dômes éloignés, aux vitres des maisons.

Escorté, pas à pas, par des Ombres illustres,
Fuyant partout les bruits profanes et grossiers,
Longuement s'accouder sur l'appui des balustres,
Ou marcher, seul encore, à travers les sentiers.

Et, dans son cœur roulant ce que l'auguste Rome
Y verse de noblesse et de détachement,
Méditant la grandeur avec le rien de l'homme,
Qui sont ici venus s'inscrire également,

Tandis que le couchant fait flamber sa fournaise,
Qui s'éteindra bientôt au fond du ciel pâli,
Voir se dorer là-bas, tes pins, Villa Borghèse,
Ou s'empourprer les tiens, ô Villa Pamphili.
 
 
 
louis le cardonnel (1862-1936). Carmina Sacra (1912).
 
 

 
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 23:39
Mistral
 
Deux sonnets de Mistral
 
Mistral a parsemé son œuvre poétique de petites pièces - chansons, hymnes, contes en vers, satires, historiettes - qui donnent à ses recueils beaucoup de charme et de fraicheur. Parmi celles-ci figurent une vingtaine de sonnets, réunis pour l’essentiel dans les Iles d’Or et les Olivades. Il s’agit de poèmes de circonstance, destinés à saluer un ami, à remercier d’un présent, à fixer une image, un souvenir, ou à livrer des confidences. Mistral adopte la forme italienne du sonnet, plus libre, plus légère, mieux adaptée à la langue provençale que la forme française codifiée par Banville. Nous reproduisons ci-dessous deux de ces pièces. La première, adressée à une admiratrice, pastiche malicieusement la littérature courtoise du Midi que Mistral remit à l’honneur. Dans la seconde, d’inspiration plus élégiaque et plus rustique, on retrouve dans les derniers vers des accents proches du Bellay des Regrets.
 
 
 
à dono guihaumouno,
qui m'avié manda de figo
 
Davans de figo comme aquéli,
Madamo, que m'avès mando,
Aurié segur canta Vergéli
E Teoucrite aurié bada.

Dévié penja, douço coume éli,
La frucho d'or au mount Ida ;
E, quand prechavo l'evangéli,
Aurien au bon Diéu agrada.

Ansin, dins la Prouvénço antico,
Li castelano pouëtico,
Quand lou troubaire avié fini,

Em' un sourrire l’estrenavon
Divinamen, e iè dounavon
La bluio four dou souveni.
 
Maiano, pér Caléndo de 1873.
 
 
 
 
à madame guillaumon,
qui m'avait envoyé des figues
 
Devant des figues comme celles, - madame, que vous m'avez envoyées, - Virgile aurait chanté certainement, - et Théocrite eût crié merveille.
 
Doux comme elles, devaient pendre - au mont Ida les fruits d'or, - et, lorsqu'il prêchait l'Évangile, - au bon Dieu elles auraient plu.
 
Ainsi, dans l'antique Provence, - les châtelaines poétiques, - quand le troubadour avait fini,
 
Avec un sourire le guerdonnaient - divinement, et lui donnaient - la fleur bleue du souvenir.
 
Maillane, à la Noël de 1873.
 
 
 
frédéric mistral (1830-1914). Les Îles d'or. (1875).
 
 
 
lou gaudre
 
Coulo e trespiro l'aigo de plueio dedins lou gaudre :
Li cardelino vènon ie béure sus lou risènt ;
Lis erbo folo se ié refrescon toutis ensèn ;
E la feruno, singlié vo luri, n’en fai soun pautre.

Mai jour que trempon, jour que destrempon,
   après l'un l'autre.
La secaresso vuejo lou vabre : l'estièu se sènt.
La bourdigaio vai sus li ribo se passissènt
E nuso et tristo, li gravo rèston… Ansin de nautre.

Tant que sian jouine, vivo la roio, vivo l'amour !
Dis esperanço nous embelino la reflamour,
Di jouïssuro noste foulige bèco à la leco.

Ma vèngue l'age, touti li joio, las ! prenon fin ;
Sus la carcasso li braio toumbon, meme au plus fin:
E de la vido rèsto lou vabre que s'entre-seco.
 
 
 
 
le torrent
 
L'eau de la pluie suinte et coule dans le torrent : - les oisillons viennent y boire au flot rieur ; - les herbes folles s'y rafraichissent toutes ensemble ; - les bêtes fauves, sangliers et loutres, en font leur bauge.
 
Mais se succèdent les jours qui trempent et qui détrempent. - La sécheresse vide le ru : on sent l'été. - l'algue des berges sur le rivage déjà flétrit, - et, nue et triste, la grève reste. Ainsi de nous.
 
Tant qu'on est jeune, vive l'orgie, vive l'amour ! - les espérances nous illusionnent de leur mirage, - des voluptés notre folie succombe au leurre.
 
Mais vienne l'âge, toutes les joies, las ! prennent fin ; - les chausses tombent sur la carcasse du plus habile : - et de la vie, ravin aride, toi seul nous restes !
 
 
 
frédéric mistral (1830-1914). Les Olivades. (1914).
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N°1 - 2009/01
 
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