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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 22:43
Liberté
du monde
 
 
  Tesson-Sylvain-S-abandonner-a-vivre-copie-1.gif

 

LETTRES
S'abandonner
à vivre.
Sylvain Tesson.
Gallimard.
Janvier 2014.
220 pages.
 

   
Sylvain Tesson, né en 1972, est écrivain, journaliste et grand voyageur. Il est l'auteur de nombreux reportages pour la presse écrite et la télévison. Prix Goncourt de la nouvelle en 2009 et prix Médicis essai en 2011. Il a récemment publié: Vérification de la porte opposée. (Phébus, 2010), Dans les forêts de Sibérie. (Gallimard, 2011), Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit. (Ed. des Equateurs, 2011), Géographie de l'instant. (Ed. des Equateurs, 2012)
 
Présentation de l'éditeur.
Devant les coups du sort il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre. C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.
 
L'article de Tristan Savin. - Lire. - février 2014.
Le monde selon Tesson. S'abandonner à vivre ... Sous ce beau titre, que chacun pourra interpréter selon son humeur, Sylvain Tesson a rassemblé dix-neuf nouvelles. La brièveté va comme un gant au plus talentueux de nos bourlingueurs - on se souvient du recueil Une vie à coucher dehors, prix Goncourt de la nouvelle en 2009. A eux seuls, les noms de ces histoires courtes dessinent l'univers tessonien : "L'Exil", "L'Ermite", L'Insomnie", "Le Bar", "La Lettre", "La Gouttière", "Les Trains" ... Les personnages sont des touristes en voyage de noces, des jeunes femmes de Sibérie, un Nigérien en quête de travail, des alpinistes, des marins, des guerriers ou de simples amants. Ils "s'abandonnent à vivre" au Sahara, en Afghanistan, en Yakoutie, au Texas, à Paris, en Bretagne ou à Riga. Et, précise le facétieux Tesson dans sa présentation de l'ouvrage, "ils auraient mieux fait de rester au lit". Ces récits forment un état du monde, un constat plus sombre, presque désespéré, de la condition humaine à l'heure de la mondialisation. Dans "Le Barrage", joli conte philosophique qui ouvre le recueil, l'écrivain souligne la contradiction entre la sagesse de Lao-tseu et la destruction de l'environnement par la société chinoise. Sa critique du monde moderne, de sa cupidité, n'est jamais virulente, plutôt nostalgique - celle d'un poète déplorant l'annexion d'un verger par des promoteurs rêvant de construire un complexe commercial. "Les Amants" est une réflexion sur le temps : "Seuls l'artiste et l'amant nourrissent le sentiment de vivre dans le temps long". Dans "La Gouttière", on découvre que "la mort à crédit, c'est le mariage". "L'Exil" est une parabole sur l'immigration clandestine : il est "moins douloureux d'être une bête" - et quelle absurdité de laver les carreaux d'une agence de voyages parisienne quand on vient du pays du soleil. Dans "L'Ennui", la jeune Tatiana passe six mois à attendre "que quelque chose se passe" et fume pour donner vie à un rond de fumée : "Ici, seul le fatalisme permettait de supporter la vie." "La Bataille" oppose les nostalgiques de Napoléon à un homme politique corrompu. Et le narrateur de "L'Ermite" s'interroge sur le vol - non algébrique - des hannetons. La chute de chacune de ces histoires édifiantes résonne comme la morale d'une fable. Sylvain Tesson n'est pas seulement un géographe, un aventurier amoureux des mots, qui se contenterait de nous raconter le monde. C'est surtout un observateur des hommes. Un moraliste, un conteur.  
 
Autre article recommandé : Bernard de Saint Vincent, "Des hommes aux semelles de vent." - Le Spectacle du Monde, février  2014. 
 
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la Revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 21:16
 
 
ailleurs et jadis
 
 
 
A Maurice Allem.
 
Dans certains jours trop longs, trop lourds,
Je connais deux voix familières
Qui m'arrivent, à la manière
De ces voix des chanteurs des cours.

Elles s'élèvent en moi-même
Et j'écoute, en fermant les yeux,
Les appela trop ingénieux
De ces deux cadences que j'aime.

L'une évoque ce qui n'est plus
(Qu'elle est douce ! Qu'elle est troublante !)
La seconde aussitôt me vante
Ce que je n'ai pas encor vu.

C'est Jadis et ses nostalgies!
C'est Ailleurs avec ses trésors!
Et tout à coup prennent l'essor
Mille songes, mille magies …

Je suis tout agité d'élans
Qui s'entreheurtent, qui se brisent
Et mon âme tremble, indécise,
Et se consume dans le vent.

Le « Jamais plus » m'emplit d'ivresse,
D'une ivresse triste à mourir,
Mais « La-bas » offre à mes désirs
Ses aurores enchanteresses.

Non, non ! je ne renonce à rien !
Je veux, tout en pleurant encore
Les formes que le temps dévore,
Courir vers l'inconnu qui vient.

J'entends toujours les deux sirènes;
Je les écoute avidement
Sans voir que mon ravissement
Est stérile autant que ma peine.

Chanteuses folles, taisez-vous !
Je vous ai trop longtemps suivies
Et ce qui me reste de vie
Je veux le vivre tout debout,

Non point penché sur les images
Des moments perdus à jamais,
Non point tendu vers des palais
Qui ne sont rien que des mirages.

C'est avec toi, Réalité,
Que je veux conclure alliance …
Mais j'ai peur, vois-tu, quand j'y pense,
Que tu ne saches pas chanter !
 
 
 
noël nouet (1885-1969). Poéme inédit. (La Muse française, février 1926).
 
 
à pierre camo
 
 
 
Heureux qui, comme vous, dans les îles lointaines,
A su garder présente au plus profond du cœur
L'image du vallon, du bourg, de la fontaine
Dont ses premiers regards ont connu la douceur !

Heureux qui, retrouvant la voix de la sirène,
A chanté ces amours avec tant de ferveur,
Leur prêtant, dans l'exil, des grâces souveraines,
Que leurs noms ennoblis charment les connaisseurs !

Heureux, heureux surtout, qui riche d'aventures,
Lassé des ciels, des mers, des peuples, des natures,
Regagne un jour sa terre et n'en est point déçu,

Qui, maître dans un art qui pare et transfigure,
Ecrit, sans y penser, pour les races futures
Et rend à son pays plus qu'il n'en a reçu !
 
 
 
noël nouet (1885-1969). Poéme inédit. (La Muse française, janvier 1931).
 
 
hymne pascal
 
 
 
Alleluia ! Chantons, chrétiens, cloches, oiseaux !
Un nouveau jour paraît comme un lis sur les eaux
Et c'est un matin plein d'allégresse angélique !
La terre va lancer d'elle-même un cantique :
Ecoutons, admirons, saluons, bénissons !
Chœurs du monde et des cieux montant à l'unissons
Au lever du soleil sur les plaines en joie !
Tout le printemps terrestre est en fête et verdoie,
Et le printemps des chœurs s'évanouit en lui
Comme un iris humide et frais parmi les buis.

Bonheur d'âme parmi le grand bonheur des choses!
O double renouveau ! Aube en apothéose !
L'espoir miraculeux de la vie à jamais
Eclôt divinement dans l'herbe des sommets
Et s'unit aux frissons perpétuels des sèves.
Les rejetons noueux sont plus forts que les glaives
Et l'Amour t'a vaincue, ô Mort, au bord des cieux !

Alleluia ! Chantons ! le nuage est joyeux,
La vapeur virginale est comme une bannière,
Le cri de l'alouette est rempli de lumière
Et les saints carillons volent parmi les bois,
Au milieu des bourgeons entr'ouverts, sur les toits,
Et sur la haie en fleurs, l'eau de la mare pleine,
La brune giroflée et la fraîche fontaine,
Comme des drapeaux clairs emportés par le vent.
A l'odeur des jasmins va se mêler l'encens,
Et nous disperserons en des strophes pieuses
Nos émerveillements dans les nefs glorieuses,
Tandis que les coteaux que va dorer l'été
Frémiront en l'honneur du pur Ressuscité !
 
 
 
noël nouet (1885-1969), Les Etoiles entre les feuilles (1911)
 
 
 
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la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 08:36
Apaisement
et reconstruction
 
 
  YVERT Benoit La restauration

 

HISTOIRE
La Restauration.
Les idées et
les hommes.
Benoît Yvert.
CNRS Editions.
Octobre 2013.
262 pages.
 

   
Benoît Yvert, né en 1964, est historien et éditeur. Spécialiste du XIXe siècle, il a longtemps enseigné l'histoire politique à l'Institut catholique de Paris avant de rejoindre le ministère de la culture. Il dirige aujourd'hui les éditions Perrin. Il a récemment publié : Dictionnaire des ministres de 1789 à 1989. (Perrin, 1990), Histoire de la Restauration (1814-1830). (avec Emmanuel de Waresquiel, Perrin, 1996)
 
Présentation de l'éditeur.
Assise sur une conception politique et mystique de la légitimité royale, croisant le cynisme de Talleyrand et le christianisme de Chateaubriand, période extraordinairement féconde en histoire politique et littéraire, et en bouleversements économiques, la Restauration confronte trois générations : celle des survivants de l’Ancien Régime, celle des jeunes nés avec l’Empire, celle enfin des enfants de la révolution industrielle en devenir. Elle brasse les hommes et les pensées : romantiques contre classiques, gallicans contre ultramontains, ultras contre libéraux. Sans oublier la naissance des doctrinaires, l’invention du bonapartisme par la publication du Mémorial de Sainte-Hélène et celle du premier socialisme par Fourier et ses disciples. Reflet de ce bouillonnement, le passionnant essai de Benoît Yvert montre que tous les grands principes relatifs à la souveraineté ou à la séparation des pouvoirs sont alors posés et débattus… De la Terreur blanche à la Révolution de 1830, du double-jeu de Fouché aux théories institutionnelles de Chateaubriand, des origines de l'orléanisme à la pensée politique d’Auguste de Staël, cet ouvrage fait revivre une époque foisonnante où la liberté de ton n’avait d’égale que l’élévation dans l’esprit et l’art, oratoire ou écrit, de les mettre en mots.
 
Recension. - L'Histoire. - février 2014.
Un âge d'or. En dépit de quelques travaux récents et bienvenus, comme la somme de Francis Démier (Gallimard, « Folio », 2012), la Restauration demeure confinée, écrit Benoît Yvert en préface de son ouvrage, « entre oubli et mépris », en raison de ses origines, liées à des défaites françaises, et de sa chute, obtenue au nom de la liberté portée par les Trois Glorieuses. L'appellation même de Restauration, qui laisse penser à un rétablissement des institutions et des moeurs d'Ancien Régime, n'avait rien pour populariser ce qui fut pourtant tout autre chose : l'établissement d'un gouvernement constitutionnel et l'apprentissage du système représentatif, fondés sur l'égalité civile et les libertés individuelles. Il n'est donc pas sûr que, le 2 juin 2014, la commémoration du bicentenaire de la promulgation de la Charte fasse grand bruit. Pourtant, comment ne pas être frappé, avec l'auteur, de l'extraordinaire floraison intellectuelle à laquelle a donné lieu l'entrée de la société française dans des eaux nouvelles et apaisées après les tourments et les excès de la Révolution et de l'Empire ? Ce fut l'âge d'or de la littérature politique et de l'éloquence parlementaire. Offrant un résumé saisissant des destinées politiques de la Restauration, les deux études centrales du livre, consacrées à Decazes et à Polignac, qui tinrent en quelque sorte les deux bouts de la chaîne chronologique et politique, montrent la tension entre les deux monarchies possibles, l'une qui consistait à rendre la royauté populaire en la «désultracisant » par l'injection des libertés, l'autre qui imaginait pouvoir corseter l'interprétation de la Charte jusqu'à en anéantir l'esprit.
 
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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 15:57
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Hiver 2013/2014
1914, la fin
d'un monde

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- Le monde arme, l'Europe s'endort, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- Hollande et l'Allemagne, par Hubert de Marans. [lire]
Tout comme Nicolas Sarkozy en 2007, François Hollande s'était présenté, durant sa campagne de 2012, comme le meilleur rempart de la France face à Berlin. C'était sans compter sur la vieille fascination que l'Allemagne exerce depuis toujour sur la social-démocratie française. Après deux ans de faux semblants et d'hésitations, la France a tout cédé à Angela Merkel, y compris l'orientation de la diplomatie européenne. Echec stratégique ou renoncement volontaire ? 

- L'industrie, malade du sous-investissement, par Henri Valois. [lire]
La faiblesse de l'investissement pèse lourdement sur les performances de notre industrie. Equipements vestustes ou obsolètes, faible niveau de robotisation, effort de R&D insuffisant, formation des salariés au rabais... Le bilan est accablant pour un patronat davantage préoccupé d'allègement de charges que d'innovation. Alors que le Japon et l'Allemagne relancent leurs industries, la France s'enferme dans les mauvais choix de la politique de l'offre. Et si les responsables du déclin français se trouvaient d'abord au Medef et à Bercy ?

- Salut à Jean-François Mattéï, par Vincent Maire. [lire]
"La philosophie doit avoir une sainte horreur de la précipitation", aimait dire Jean-François Mattéi. De son oeuvre, forte, exigeante, et qui s'efforce de faire le lien entre les Grecs et les penseurs critiques de la modernité - de Nietzsche à Camus et à Harendt, nous retiendrons plus particulièrement trois grands livres : La Barbarie Intérieure, Le Regard vide et Le Sens de la démesure, qui dévoilent, l'un après l'autre, les ressorts du nihilisme contemporain et l'épuisement de l'idée européenne d'universalité. 

- 1914, la fin d'un monde, textes présentés par Claude Arès. [lire]
Qui aurait pu imaginer que le souvenir de la Grande Guerre susciterait l'intérêt d'un aussi vaste public ? Et une telle profusion de publications, de documentaires et de débats, aussi passionnants que passionnés ? Si les journées tragiques d'août 14 nous parlent encore, si elles résonnent aussi fortement dans la mémoire collective, c'est qu'elles marquent un tournant de notre histoire. La fin d'un monde, né dans la tourmente de la Révolution et de l'Empire, et le début d'un autre, cette ère des masses, de l'argent et des machines, qui inquiétait Péguy, Bloy et Bernanos, et dans laquelle la France cherche encore sa place.

- Le monde d'Auguste, par Jacques Darence. [lire]
Il y a deux mille ans disparaissait Auguste. Le Musée du Louvre célèbre avec faste le souvenir du premier empereur de Rome et la révolution politique que constitua son avènement. Après des décennies de guerres civiles, le monde romain prend conscience de son destin mondial, organise sa puissance et soumet les peuples à ses lois. D'Autun à Actium, de Cordoue à Méroé, l'exposition parisienne rassemble les vestiges d'un des rêves les plus longs de l'Histoire. 

- Manquer le train, une nouvelle de Marcel Aymé. [lire]
Le petit monde d'avant-guerre selon Marcel Aymé : le jardin d'un casino dans une ville de cure, une vieille dame qui tricote, un rentier qui s'asoupit, une vie qui parait hésiter et qui reprend son cours...

- Le jardin français, poèmes de L. Vérane, A. Lafon, N. Nouët. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Défiances - Le tournant Hollande. - L'UMP s'enfonce - Front républicain, l'agonie.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Traité secret. - La puissance russe. - Réveils indiens et japonais.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Sortir de l'euro. - Front syndical.  - Révoltes ouvrières.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Le Guillou. - C. Saint Laurent. - Tesson. - Sollers. - Stendhal.

- Idées et histoire, par Jacques Darence et Paul Gilbert.
Védrine. - Jerphagnon. - Yvert. - Pline. - Jünger.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Jean du Fresnois.
Fêtes galantes. - Poliakoff. - Marivaux.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Corruption. - Elites. - R. Aron. - Giraudoux. 

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
1914-2014, l'Europe sortie de l'Histoire. (Jean-Pierre Chevènement). - La fin du salariat. (Jean-Pierre Gaudard). - La quatrième guerre mondiale.  (Constanzo Preve). - Les lumières de l'an mil. (Pierre Riche). - Les droites et la rue. (Danielle Tartakowsy). - Composite. (Léon-Paul Fargue). - Arsène Lupin. (Maurice Leblanc). - La Provence gourmande de Giono. (Sylvie Giono). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 16:41
bainville
 
1914-2014 : notre Péguy
 

L'équipe de la Revue Critique des idées et des livres présente à Mgr le Comte de Paris, à la Maison de France, à ses lecteurs et à tous ses amis ses voeux de bonheur et de prospérité pour l'année 2014.

 

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 10:09
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Décembre 2013
Hommage à
Frédéric Mistral
        
 Mistral 5
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- A Maillane, par Claude Cellerier.  [lire]

- Hommage à Mistral, par Jean-Jacques Bernard.  [lire]

Lectures et témoignages 

- Le poète Mistral, par Alphonse Daudet.
- Chez Mistral, par Maurice Barrès.
- Un nouveau poète, par Barbey d'Aurevilly.
- L'amitié de Mistral , par Léo Larguier.
- Mistral et Virgile, par Pierre Lasserre.

Hommages

- L'eau vive, par Jean Giono.
- Mistralismes, par Charles Maurras.
- Sagesse de Mistral, par Gustave Thibon.
- La République du soleil, par Albert Thibaudet.
- Mistral civilisateur, par Gabriel Boissy.

Enquête

- Mistral aujourd'hui, textes présentés par Jean-Jacques Bernard.

Etudes

- La politique de Mistral, par Pierre Gilbert.
- Mistral en Italie, par Jean-Gabriel Faure.
- Réceptions catalanes, par Jean Bellail.
- Mistral et l'Amérique latine, par Francisco Cantilo.
- Les débuts du félibrige, par Rémi Clouard.
- Mistral et l'idée latine, par Antoine Longnon.
- De la petite patrie à la grande, par Claude Cellerier.
- Les secrets de Calendal, par Eugène Charles.

Documents

- Poèmes de Frédéric Mistral.
- Discours pour la Sainte Estelle.
- Bibliographie, par Paul Gilbert.

Conte de Noël

- Les Rois, un conte de Mistral.

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 21:16
 
 
invocations d'automne
 
 
 
Automne merveilleux. Automne qui me dores
L'horizon de la vie encore cette fois,
Toi qui, si doux, épands les feux de tes aurores
Et ceux de tes couchants aux limites des bois,

Mélancolique Automne, avec qui l'on voyage
En des mondes de songe et de sérénité,
Bel Automne pour qui, sous le dernier feuillage,
Un oiseau, mais tout bas, poursuit son chant d'été.

Toujours tu m'exaltas, saison harmonieuse ;
Ta flamme brûle encore en mes hymnes anciens:
Tu m'as tout pénétré d'une ardeur sérieuse...
Dis que tu le savais et que tu t'en souviens !

Pourtant, si je t'invoque aujourd'hui, cher Automne,
Ce n'est pas pour revivre aux luttes du passé,
Pour remettre à mon front une vaine couronne.
Et rendre un peu de lustre à mon nom effacé.

Que, dans l'apaisement de cet octobre, meure
Ce qui n'est pas en moi le vierge attrait du Beau;
Que, la Gloire ayant fui, le seuil de ma demeure
Semble à jamais le seuil délaissé d'un tombeau

Loin l’orgueil, espérant des revanches tardives !
Uniquement épris d'un rêve aérien,
Je ne regarde plus vers les ingrates rives
Du monde aveugle et sourd, dont je n'attends plus rien.

Je ne veux contempler que de pures images :
Mon calme enivrement, c'est l'ampleur de tes cieux.
C'est ton azur à peine offensé de nuages,
Saison noble au divin rire silencieux.

Ta tendresse me parle et ma ferveur t'écoute :
Automne inspirateur, fais encor sous tes lois
Tomber, comme un cristal, mes heures, goutte à goutte
Mets invisiblement des cordes sous mes doigts ;

Et que, la mélodie affluant dans mes veines.
Ardente comme aux jours de ma jeune vigueur,
Sans désir de frapper les oreilles humaines,
Je chante seulement pour enchanter mon cœur.
 
 
 
louis le cardonnel (1862-1936). Poèmes. (Mercure de France, 1904).
 
 
près du cloître
 
 
 
Près du cloître où la vigne est blonde de lumière,
Oublieux du cruel passé qui fut le mien,
J'abandonne, en priant, mon Ame tout entière
Aux attraits de ce beau printemps italien.

Dans mon ravissement je crois marcher à peine :
Je sens comme bondir la terre sous mes pieds.
Ce matin, dans la claire église franciscaine,
J'ai compris le bonheur des cœurs sacrifiés.

La jeunesse du monde, en sa candeur divine,
Emplit autour de moi l'air brûlant et vermeil :
Une autre adolescence éclôt dans ma poitrine,
Et je voudrais livrer ma poitrine au soleil.

J'ai respiré l'esprit de l'insensé d'Assise,
Tenant, même aux oiseaux, des discours ingénus.
Dans l'ardeur qui m'exalte à la fois et me brise,
Je rêve de partir, sanglant, et les pieds nus.

Apôtre, que Jésus secrètement prépare,
Pour qu'il porte la paix à ses frères humains,
Au-devant de celui qui souffre ou qui s'égare,
Je répandrais mon cœur à travers les chemins.

Je serais le semeur d'immortelle espérance,
Dont l'hymne vibrant monte avec l'aube du jour :
Et, saintement joyeux, même dans la souffrance,
J'irais, mon Dieu, j'irais vers l'extatique amour.
 
 
 
louis le cardonnel (1862-1936). Carmina Sacra (1912).
 
 
méditation romaine
 
 
 
Oh ! s'égarer tout seul par la Voie Appienne,
Plein de mélancolie ou de recueillement,
Et, des mortes splendeurs de la Rome païenne,
A la chrétienne aller, comme insensiblement.

Surtout lorsque le soir va les teinter de rose,
Contempler ces champs nus, au vide interminé,
Que, par instants, domine un profil grandiose
D'aqueduc, à la fois solide et ruiné.

Seul toujours, aspirer sous la sublime flamme
Des blancs étés, qui font poudroyer les chemins,
Afin do se grandir héroïquement l'âme,
La tristesse et la paix des horizons romains.

Ou, penché vers le Tibre, aux eaux lourdes et fauves,
Évoquer ces longs jours d'histoire qu'il a vus
Fuir, après les Catons et les Scipions chauves,
Sans en garder pour nous, même un reflet confus.

Sol à jamais sacré, qui n'est fait que de tombes,
Labyrinthes massifs du profond Palatin,
Arcs triomphaux, dressés après les hécatombes
Des peuples que la Ville immole à son destin.

Obélisques sur qui le Temps brisa ses griffes
Et que la Croix surmonte, elle invincible à tout
Basiliques, fonds d'or, monuments des Pontifes,
Qui méditent assis ou bénissent debout.

De ces choses trouver la secrète harmonie,
La recueillir, malgré la rumeur des passants ;
S'agenouiller dans quelque antique Diaconie,
Où traînent des odeurs de cires et d'encens.

Par les mourants juillets, du haut du Janicule,
Alors que le soleil décroît sur les gazons,
Suivre d'un long regard cette lueur qui brûle
Aux dômes éloignés, aux vitres des maisons.

Escorté, pas à pas, par des Ombres illustres,
Fuyant partout les bruits profanes et grossiers,
Longuement s'accouder sur l'appui des balustres,
Ou marcher, seul encore, à travers les sentiers.

Et, dans son cœur roulant ce que l'auguste Rome
Y verse de noblesse et de détachement,
Méditant la grandeur avec le rien de l'homme,
Qui sont ici venus s'inscrire également,

Tandis que le couchant fait flamber sa fournaise,
Qui s'éteindra bientôt au fond du ciel pâli,
Voir se dorer là-bas, tes pins, Villa Borghèse,
Ou s'empourprer les tiens, ô Villa Pamphili.
 
 
 
louis le cardonnel (1862-1936). Carmina Sacra (1912).
 
 

 
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 23:39
Mistral
 
Deux sonnets de Mistral
 
Mistral a parsemé son œuvre poétique de petites pièces - chansons, hymnes, contes en vers, satires, historiettes - qui donnent à ses recueils beaucoup de charme et de fraicheur. Parmi celles-ci figurent une vingtaine de sonnets, réunis pour l’essentiel dans les Iles d’Or et les Olivades. Il s’agit de poèmes de circonstance, destinés à saluer un ami, à remercier d’un présent, à fixer une image, un souvenir, ou à livrer des confidences. Mistral adopte la forme italienne du sonnet, plus libre, plus légère, mieux adaptée à la langue provençale que la forme française codifiée par Banville. Nous reproduisons ci-dessous deux de ces pièces. La première, adressée à une admiratrice, pastiche malicieusement la littérature courtoise du Midi que Mistral remit à l’honneur. Dans la seconde, d’inspiration plus élégiaque et plus rustique, on retrouve dans les derniers vers des accents proches du Bellay des Regrets.
 
 
 
à dono guihaumouno,
qui m'avié manda de figo
 
Davans de figo comme aquéli,
Madamo, que m'avès mando,
Aurié segur canta Vergéli
E Teoucrite aurié bada.

Dévié penja, douço coume éli,
La frucho d'or au mount Ida ;
E, quand prechavo l'evangéli,
Aurien au bon Diéu agrada.

Ansin, dins la Prouvénço antico,
Li castelano pouëtico,
Quand lou troubaire avié fini,

Em' un sourrire l’estrenavon
Divinamen, e iè dounavon
La bluio four dou souveni.
 
Maiano, pér Caléndo de 1873.
 
 
 
 
à madame guillaumon,
qui m'avait envoyé des figues
 
Devant des figues comme celles, - madame, que vous m'avez envoyées, - Virgile aurait chanté certainement, - et Théocrite eût crié merveille.
 
Doux comme elles, devaient pendre - au mont Ida les fruits d'or, - et, lorsqu'il prêchait l'Évangile, - au bon Dieu elles auraient plu.
 
Ainsi, dans l'antique Provence, - les châtelaines poétiques, - quand le troubadour avait fini,
 
Avec un sourire le guerdonnaient - divinement, et lui donnaient - la fleur bleue du souvenir.
 
Maillane, à la Noël de 1873.
 
 
 
frédéric mistral (1830-1914). Les Îles d'or. (1875).
 
 
 
lou gaudre
 
Coulo e trespiro l'aigo de plueio dedins lou gaudre :
Li cardelino vènon ie béure sus lou risènt ;
Lis erbo folo se ié refrescon toutis ensèn ;
E la feruno, singlié vo luri, n’en fai soun pautre.

Mai jour que trempon, jour que destrempon,
   après l'un l'autre.
La secaresso vuejo lou vabre : l'estièu se sènt.
La bourdigaio vai sus li ribo se passissènt
E nuso et tristo, li gravo rèston… Ansin de nautre.

Tant que sian jouine, vivo la roio, vivo l'amour !
Dis esperanço nous embelino la reflamour,
Di jouïssuro noste foulige bèco à la leco.

Ma vèngue l'age, touti li joio, las ! prenon fin ;
Sus la carcasso li braio toumbon, meme au plus fin:
E de la vido rèsto lou vabre que s'entre-seco.
 
 
 
 
le torrent
 
L'eau de la pluie suinte et coule dans le torrent : - les oisillons viennent y boire au flot rieur ; - les herbes folles s'y rafraichissent toutes ensemble ; - les bêtes fauves, sangliers et loutres, en font leur bauge.
 
Mais se succèdent les jours qui trempent et qui détrempent. - La sécheresse vide le ru : on sent l'été. - l'algue des berges sur le rivage déjà flétrit, - et, nue et triste, la grève reste. Ainsi de nous.
 
Tant qu'on est jeune, vive l'orgie, vive l'amour ! - les espérances nous illusionnent de leur mirage, - des voluptés notre folie succombe au leurre.
 
Mais vienne l'âge, toutes les joies, las ! prennent fin ; - les chausses tombent sur la carcasse du plus habile : - et de la vie, ravin aride, toi seul nous restes !
 
 
 
frédéric mistral (1830-1914). Les Olivades. (1914).
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 22:32
Effel Noël
 

La rédaction de la Revue critique des idées et des livres souhaite à Monseigneur le Comte de Paris, à la Famille de France et à tous ses lecteurs un joyeux Noël.

 
Les Rois
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Un conte de Noël 
 
 
C
 'est demain la fête des Rois Si vous voulez les voir arriver, allez vite à leur rencontre, enfants, et portez-leur quelques présents.
Voilà, de notre temps, ce que disaient les mères, la veille du jour des Rois.
Et en avant toute la marmaille, les enfants du village ; nous partions enthousiastes à la rencontre des rois Mages, qui venaient à Maillane, avec leurs pages, leurs chameaux et toute leur suite, pour adorer l'Enfant Jésus.
- Où allez-vous, enfants ?
- Nous allons au-devant des Rois !
Ainsi, tous ensemble, beaux gars ébouriffés et petites blondinettes, avec nos calottes et nos petits sabots, nous filions sur le chemin d'Arles, le cœur tressaillant de joie, les yeux remplis de visions. Et nous portions à la main, comme on nous l'avait recommandé, des fouaces pour les Rois, des figues sèches pour les pages et du foin pour les chameaux.
C'était au commencement de janvier et la bise soufflait : c'est vous dire qu'il faisait froid. Le soleil descendait, tout pâle, vers le Rhône. Les ruisseaux étaient glacés, l'herbe était flétrie. Des saules dépouillés, les branches rougeoyaient. Le rouge-gorge et le roitelet sautaient, frétillants, de branche en branche, et l'on ne voyait personne aux champs, à part quelque pauvre veuve qui mettait sur sa tête son tablier rempli de souches, ou quelque vieillard en haillons qui cherchait des escargots au pied d'une haie.
– Où allez-vous si tard, petits ?
– Nous allons au-devant des Rois !
Et la tête en arrière, fiers comme Artaban, en riant, en chantant, en courant à cloche-pied, ou en faisant des glissades, nous cheminions sur la route crayeuse, balayée par le vent.
Puis le jour baissait. Le clocher de Maillane disparaissait derrière les arbres, derrière les grands cyprès noirs; et la campagne s'étendait tout là-bas, vaste et nue. Nous portions nos regards aussi loin que possible, à perte de vue, mais en vain ! Rien ne paraissait, si ce n'est quelques fagots d'épines emportés par le vent dans les chaumes. Comme cela a lieu dans les soirées d'hiver, tout était triste et muet.
Parfois, cependant, nous rencontrions un berger, pelotonné dans sa limousine, qui venait de garder ses brebis.
- Mais, où allez-vous, enfants, si tard ?
- Nous allons au-devant des Rois… Ne pourriez-vous pas nous dire s'ils sont encore bien éloignés ?
- Ah! les Rois ?... C'est vrai… Ils arrivent là-derrière. Vous allez bientôt les voir.
Et de courir, et de courir au-devant des Rois, avec nos gâteaux, nos petites fouaces et des poignées de foin pour les chameaux.
Puis le jour tombait. Le soleil, noyé dans un gros nuage, s'évanouissait peu à peu. Les babils folâtres se calmaient un brin. Le vent devenait plus froid. Et les plus courageux marchaient avec retenue.
Tout d'un coup : - Les voilà !
Un cri de joie folle partait de toutes les bouches. Et la magnificence de la pompe royale illuminait nos yeux. Un rejaillissement, un triomphe de couleurs splendides embrasait le couchant. D'énormes lambeaux de pourpre flambaient ; une demi-couronne d'or et de rubis, lançant dans le ciel un cercle de longs rayons, rendait l'horizon éblouissant.
- Les Rois les Rois !... Voyez leur couronne! voyez leurs manteaux, leurs drapeaux, leur cavalerie et leurs chameaux !
Et nous restions tout ébaubis !... Mais bientôt cette splendeur, cette gloire, dernière flambée du soleil couchant, se fondait, s'éteignait peu à peu dans les nuages ; et, stupéfaits, bouche béante, dans la campagne sombre, terrifiante, nous nous trouvions tout seulets.
- Où donc ont passé les Rois ?
- Derrière la montagne.
La chouette miaulait. La peur nous saisissait; et, dans le crépuscule, nous nous en retournions penauds, en grignotant les gâteaux, les fouaces et les figues que nous avions apportés pour les Rois.
Et quand enfin nous arrivions à nos maisons :
- Eh bien les avez-vous vus ? - nous disaient nos mères.
- Non !Ils ont passé d'un autre côté, derrière la montagne.
- Mais quel chemin avez-vous donc pris ?
- Le chemin d'Arles.
- Ah mes pauvres enfants, les Rois ne viennent pas de ce côté. C'est du Levant qu'ils viennent. Il vous fallait prendre le chemin de Saint-Rémy… Ah! comme c'était beau, si vous aviez vu !... si vous aviez vu, quand ils sont entrés dans Maillane ! Les tambours, les trompettes, les pages, les chameaux, quel brouhaha ! mon Dieu !... Maintenant ils sont à l'église, en adoration. Après dîner, vous irez les voir.
Nous dînions vite ; puis, nous courions à l'église. Et dans l'église comble, dès notre entrée, l'orgue, accompagnant le chant de tout le peuple, commençait lentement, puis continuait d'une voix formidable le superbe Noël :
 
Ce matin
J'ai rencontré le train
De trois grands rois qui partaient en voyage
Ce matin J'ai rencontré le train
De trois grands rois dessus le grand chemin.
 
Nous autres, affolés par la curiosité, nous nous faufilions entre les jupons des femmes, jusqu'à la chapelle de la Nativité ; et là, sur l'autel, nous voyions la belle Etoile! Nous voyions les trois rois Mages en manteaux rouge, jaune et bleu, qui saluaient l'enfant Jésus : le roi Gaspard avec sa cassolette d'or ; le roi Melchior avec son encensoir, et le roi Balthazar avec son vase de myrrhe ! Nous admirions les galants pages qui portaient la queue des manteaux traînants ; les chameaux bossus qui élevaient la tête sur l'Ane et le Bœuf; la sainte Vierge et saint Joseph ; puis, tout alentour, sur une petite montagne de papier barbouillé, les bergers, les bergères, qui portaient des fouaces, des paniers d'œufs et des langes ; le Meunier, qui tenait un sac de farine; la Fileuse, qui filait ; l'Ebahi qui s'émerveillait; le Rémouleur, qui remoulait ; l'Hôtelier ahuri qui, réveillé en sursaut, ouvrait sa fenêtre, et tous les santons qui figurent à la Crèche ; mais celui que nous regardions le plus, c'était le roi Maure.
Parfois, depuis lors, quand viennent les Rois, je vais me promener, à la chute du jour, sur le chemin d'Arles.
Le rouge-gorge et le roitelet y voltigent toujours le long des haies ; toujours quelque vieux cherche, comme jadis, des escargots dans l'herbe, et la chouette miaule toujours. Mais dans les nuages du couchant, je ne vois plus les illusions, je ne vois plus la gloire ni la couronne des vieux Rois.
- Où ont passé les Rois ?
- Derrière la montagne.
frédéric mistral.
Almanach provençal, 1886
 
Effel Noël 2
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 08:36
Naissance
d'un César
 
 
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HISTOIRE
Bonaparte.
1769-1802.
Patrice Gueniffey.
Gallimard.
Septembre 2013.
860 pages.
 

   
Patrice Gueniffey, né en 1955, est historien. Spécialiste de la Révolution française et de l'Empire, il dirige actuellement le Centre d'études politiques Raymond Aron au sein de l'EHESS. Il a récemment publié : Le Dix-huit brumaire. L'épilogue de la Révolution française. (Gallimard, 2008), Les derniers jours des rois. (Perrin, 2014), ainsi qu'une remarquable préface au Napoléon de Jacques Bainville (Gallimard, 2005)
 
Présentation de l'éditeur.
Thiers, Bainville, Lefebvre, Tulard. Napoléon ne manque pas de biographes. On s'en étonnerait à tort. Les hommes qui ont laissé une empreinte aussi profonde sur leur temps sont-ils si nombreux ? L'histoire de Napoléon, son souvenir, son mythe ont littéralement obsédé le XIXe siècle et une partie du XXe. Aujourd'hui, la légende a pâli, le monde a changé. L'épopée guerrière de l'Empire ne fait plus guère rêver nos contemporains, pour qui la guerre apparaît l'incarnation du Mal.  Mais Napoléon n'a pas été seulement un conquérant. Stratège hors pair, il est aussi le plus doué des élèves de Machiavel dans l'art de gouverner. Plus que le guerrier, c'est le Premier consul qui, pour avoir fini la Révolution et fondé les institutions dont elle avait eu l'idée, fascine encore. A la fois héros ancien et bourgeois moderne, il occupe une place unique dans l'histoire universelle. Ce premier volume, Bonaparte, retrace l'histoire du jeune Napoléon, de la Corse aux Tuileries, des années obscures de l'enfance jusqu'à la proclamation du Consulat à vie en 1802 où, sans encore porter le titre d'Empereur, il rétablit à son profit la monarchie héréditaire. S'il est dans la vie de chaque homme, comme dit Jorge Luis Borges, un moment où il sait "à jamais qui il est", ce livre s'attache à le déterminer pour comprendre comment Napoléon est devenu Napoléon.
 
L'article de Thierry Lentz. - L'Histoire. - octobre 2013.
Moderne Bonaparte. Couvrant la période 1769-1802, de la naissance au Consulat à vie, la brillante biographie de Patrice Gueniffey révèle un Bonaparte authentiquement révolutionnaire. Ce premier des deux volumes que Patrice Gueniffey entend consacrer à Napoléon comble un vide paradoxal : il y a longtemps que n'avait pas été publiée une biographie stricto sensu de ce personnage multiforme qui a tellement envahi son temps qu'il est difficile de suivre sa carrière et son destin sans s'écarter à tout bout de champ du chemin. Ce Bonaparte couvre la période 1769-1802, de la naissance au Consulat à vie : ce choix de la coupure de 1802 est l'occasion d'une éblouissante mise au point introductive qui replace le livre dans les grands courants historiques auxquels ce personnage écrasant n'a cessé depuis deux siècles de faire problème. Patrice Gueniffey réussit le pari de ne quasiment jamais le quitter des yeux, tout en se permettant sur l'époque quelques haltes fort éclairantes. En prenant son temps (dix ans) pour nous livrer cette première partie, l'auteur a porté sa réflexion à maturation et domine remarquablement son sujet. Avec un sens du récit qui ajoute du plaisir de lecture au profit intellectuel, il nous accompagne sur la route au fond pas si tortueuse de ce fils, acteur et héritier de la Révolution, qui voulut la « finir » tant au sens de la « terminer » que de la rendre « parfaite ». Après de brillants chapitres consacrés à la période corse dans lesquels il ne se laisse aveugler ni par les légendes insulaires ni par les mythes (comme celui de Paoli), s'appuyant sur une documentation entièrement revisitée, Patrice Gueniffey démontre que le parcours du jeune Bonaparte est authentiquement français et révolutionnaire, sur fond d'idées politiques moins mouvantes qu'on le dit parfois. Avec raison, l'auteur montre que si Bonaparte admira Robespierre, il ne fut robespierriste qu'à la marge et par une passagère nécessité. Bonaparte s'inscrit au contraire, presque sans accrocs, dans une modération dont, fort du laboratoire italien et égyptien, il ne se départira jamais, y compris après son accession au pouvoir. Ce « Bonaparte et la Révolution » s'achève par une analyse serrée des deux premières années du Consulat qui rappelle à la fois l'oeuvre accomplie, sa cohérence idéologique et sa modernité. Patrice Gueniffey raconte, analyse, donne à réfléchir et, finalement, aide à comprendre ces naissances successives mais logiquement emboîtées, en montrant comment, dans des circonstances qui en ont perdu plus d'un, ce petit bout d'homme se saisit de sa propre vie, passa finalement sans regret de la Corse à la France, de la guerre à la politique, de l'ambition au pouvoir de faire, sans négliger jamais des événements plus personnels, qui ne sont pas sans retentissement sur le reste : la vie, la famille, l'amour, l'argent.
  
Autre article recommandé : Marc Riglet, "Napoléon, revu et réinventé." - Lire. - octobre 2013. 
 
 
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