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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 22:00
Nos consignes
 
A quelques heures du premier tour, il est difficile de tirer un bilan de cette campagne présidentielle: l'abondance d'offre, de programmes, de candidats donne un peu le vertige. On ne discernera vraiment les propositions essentielles que dans la confrontation du second tour. Le sentiment général est que l'on a beaucoup proposé et peu débattu, que les propositions ont été peu confrontées avec la réalité et que les Français n'y ont pas trouvé leur compte. Etonnant régime que cette démocratie où une débauche d'argent, de mots, de propagande et de discours débouche sur autant de déception, de frustration et de mécontentement !
Mais on aurait tort de croire qu'il n'est rien sorti de ces quelques six longs mois de précampagne, puis de campagne. On a assisté au contraire à des évolutions intéressantes et à quelques bonnes surprises qui ont permis de clarifier et, disons-le, d'assainir le débat politique.
Certaines de ces clarifications sont venues de la gauche. L'affaire Strauss-Kahn fait partie des coups du sort qui montrent que la Providence continue à veiller sur le destin de ce pays. Il suffit de  mettre en parallèle les scores que DSK faisait en mai dernier dans les sondages et ce que l'on sait aujourd'hui de lui pour prendre conscience du danger auquel nous avons échappé.  Le succès remporté par M. Montebourg lors de la primaire socialiste atteste qu'un nouveau corpus d'idées, inspiré de Proudhon et de la deuxième gauche, est en train d'émerger au sein du PS. Nous ne pouvons que nous féliciter de l'échec de Mme Joly et du courant euro-écologiste, comme nous nous réjouissons du retour d'une gauche de la gauche, eurosceptique, anticapitaliste, qui peut aiguillonner la social-démocratie vers des voies qu'elle avait désertées. 
D'autres clarifications sont venues de la droite. M. Bayrou, que l'on a présenté à un moment comme le troisième homme, voire comme le concurrent de M. Sarkozy, n'a pas su reconstituer autour de lui la dynamique qu'il avait créée en 2007. Son discours est apparu pour ce qu'il est réellement, celui de la vieille démocratie chrétienne, européiste et atlantiste, moralisante, dure avec les classes populaires et indulgente avec les puissants. Cette élection sera sans doute son chant du cygne. Ni M. Bayrou, ni M. Borloo, ni a fortiori M. Morin ou M. Raffarin, n'ont su redonner vie à une voie centriste qui rame désormais à contre-courant de l'histoire. Leur seul espoir repose sur un éclatement de l'UMP et sur le reflux d'une partie des dirigeants libéro-conservateurs vers le centre. Mais dans cette hypothèse, que pèsent un Bayrou ou un Borloo face à un Juppé ou à un Fillon? 
Ce premier tour peut être lui aussi porteur de bonnes nouvelles. La première, et la plus attendue des patriotes, serait celle d'un échec cuisant de M. Sarkozy. Il le mérite doublement. Parce que l'homme qui a trahi pendant tout son mandat les millions de Français de bonne foi qu'il a entraînés derrière lui en 2007 est un imposteur. Et que l'homme qui a sciemment, volontairement, abaissé l'Etat, affaibli notre défense nationale, sacrifié notre diplomatie, celui qui a fait de nous les vassaux de l'Amérique et les obligés de l'Allemagne ne mérite aucune indulgence. Il laisse derrière lui un bilan calamiteux, l'un des pires que la France ait eu à subir depuis la Libération. Les patriotes ne doivent égarer aucun vote, aucun bulletin, aucun suffrage sur le candidat de la honte et de l'abaissement de la France.
Nous les incitons en revanche à porter leurs suffrages sur les candidats qui s'élèvent contre le système et que l'affrontement largement factice entre une droite libérale et une social-démocratie molle ne satisfait plus. Ils plébisciteront les candidats qui portent un regard critique sur l'Europe telle qu'elle se construit, qui refusent la mondialisation financière, ruineuse pour notre économie et pour nos emplois, et qui remettent en cause le dogme de l'euro. Même si ces candidats se situent aux deux extrémités de l'échiquier politique, même s'ils ne portent pas les mêmes valeurs et quand bien même nous réfuterions certaines de ces valeurs, le nombre de leurs électeurs, le poids des suffrages qui se sera porté sur eux aura une signification profonde. Ils exprimeront la colère du peuple français, son refus de la société marchande, sa volonté de rupture avec l'Europe libérale et sans frontière qu'on cherche à lui imposer.
Nous les inviterons enfin à privilégier la candidature de M. Nicolas Dupont-Aignan. Car il propose, tout comme nous, une France libre de ses alliances, une sortie rapide de l'euro et de l'OTAN, une rupture avec l'idéologie libre-échangiste et libérale. Car il défend, tout comme nous, le principe d'un Etat fort, indépendant du jeu des partis, garant et arbitre et capable d'agir dans la durée. Et parce qu'il refuse, tout comme nous, la logique de ceux qui cherchent à dresser nos concitoyens les uns contre les autres, à diffuser la haine et à divertir les Français du seul combat qui vaille, celui du redressement national et du retour de la France dans le monde.
Le groupe de la Revue Critique. 

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la Revue critique des idées et des livres - dans Politique
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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 21:43
Un petit mufle irréaliste
                                      
 
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M. Eric Neuhoff a-t-il déjà péché à la ligne ? Nous n’en sommes pas sûr. D’un corps animé de beaux mouvements, souples et sensuels, l’auteur écrit qu’il « s’agitait comme un poisson sorti de l’eau ». Devant les dons d’observation de ce romancier dans le domaine, assez peu fouillé dans l’ensemble, de la sensualité mêlée de pisciculture, nous sommes restés perplexe.
Notre embarras cependant s’est bientôt étendu à la totalité, ou quasi, des comparaisons de ce très mince roman [1]. Chez M. Neuhoff, en effet, la tristesse et l’angoisse ne se contentent pas d’être bêtement tristes et angoissantes : la « tristesse saute à la gorge avec la vitesse du cobra », et « l’angoisse s’insinue dans les veines comme une armée de vietcongs rampant dans leurs souterrains » ; cela vaut aussi pour les manifestations extérieures des sentiments, où un homme en sueur ne transpire pas mais se révèle « en proie à une mousson intime », tandis que son lit devient « une mare, un pédiluve ». – Cobra, mousson et vietcong... on est prié de noter le tropisme extrême-oriental de l’auteur, avec la croissance de notre perplexité.
Cependant, toutes les jungles où sifflent, rampent et sévissent reptiles, mercenaires et paludisme métaphoriques, toutes les jungles vous le diront dès qu’elles pourront parler : les serpents venimeux, les soldats asiatiques et les moiteurs tropicales, quel que soit le rôle disproportionné qu’on entend leur faire jouer, témoignent d’une volonté de renouveler son stock de clichés – entreposé dans le hangar symbolique où circulent les caristes de l’allégorie,comme dirait à peu près M. Neuhoff si ses goûts le portaient plus vers la manutention que vers l’Asie.
Or ce renouvellement n’a pas été constant ; et l’auteur a eu soin de laisser sa place aux bonnes vieilles perles des nanars de M. Gérard de Villiers. Ainsi, l’amour, c’est toujours un « visage tordu de plaisir » sous des « coups de boutoir », entre autres prouesses de canapé-lit qui ne dépareilleraient pas un antique S.A.S. des Presses de la Cité (Guêpier en Angola ou Panique au Zaïre, par exemple, et bien que nos goûts personnels nous porteraient plutôt vers Opération Matador et Putsch à Ouagadougou[2]).
Dans un autre genre, juste avant que les visages ne se tordent de plaisir, les « baisers » ont eu tendance à « sentir le vertige » : on ne sait pas ce que cela veut dire, mais c’est impressionnant. On sent surtout que l’on a quitté Gérard de Villiers pour la collection Harlequin.
« Il avait du mal à s’installer en plein réalisme », écrit l’auteur de son héros. Nous aussi, nous aussi... – Par souci d’objectivité, nous nous sommes mis en quête d’une comparaison originale, c’est-à-dire, donc, réaliste. Nous avons trouvé celle-ci : « sauvegarder leur union, comme on regonfle un oreiller aplati ». Elle est bien vue, assez jolie (on pense aux « joues de l’oreiller », chez Proust) ; et elle témoigne surtout que, avec quelques efforts, l’auteur aurait pu faire son travail proprement. (Avec simplicité, M. Neuhoff dit aussi de son héros qu’il a peur de « mourir comme un con ». Ce n’est pas original, mais c’est préférable aux excès auxquels il nous avait habitués.)
 
Plusieurs raisons justifient que nous nous attardions sur ces images. Ce bref roman est d’abord minimaliste, écrit en phrases très brèves elles-mêmes cousues sur cet unique patron : sujet, verbe, comparaison. Autrement dit, le récit est quasi entièrement composé de métaphores, et c’est pourquoi celles-ci sautent aux yeux : le regard ne pouvant se porter sur la syntaxe ni sur le choix des mots, également élémentaires, il n’y a que les images à observer.
La seconde raison est que le regard ne peut pas se porter davantage sur l’intrigue elle-même, qui est sans péripéties (ce n’est pas un reproche). Il s’agit du récit d’une obsession : un homme apprend que sa maîtresse le trompe, l’a toujours trompé. Il en devient malade, il en souffre, il en crève ; on comprend sa maladie, sa souffrance, sa crevaison.
On les comprend et on s’en fout ; car, pour rendre cette jalousie monomaniaque, l’économie grammaticale (que l’on rappelle : sujet, verbe, comparaison), qui montre moins un parti pris littéraire que la conscience de moyens esthétiques limités, a obligé l’auteur à rendre tout hyperbolique, et conséquemment cocasse, si l’on veut sombrer dans la gentillesse – notre pente naturelle, comme on ne s’en doute peut-être pas.
Tous ces baisers qui sentent le vertige, ces Vietcongs qui rampent dans les veines, ces lits qui ressemblent à des mares, n’ont d’autre but que de donner chair à des sentiments. Or ceux-ci restent aussi loin du lecteur que la Terre est loin de Saturne ; et M. Neuhoff lui-même de la littérature.
Bruno Lafourcade. 
   

[1]. Mufle, Éric Neuhoff, Albin Michel, 2012.
[2]. Guêpier en Angola, Plon / Presses de la Cité, 1975 ; Panique au Zaïre, Plon / Presses de la Cité, 1978 ; Opération Matador, Plon / Presses de la Cité, 1979 ; Putsch à Ouagadougou, Plon / Presses de la Cité, 1984.
 
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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 18:36
Une campagne diplomatique
 
Alors que la France est paralysée pour de longues semaines encore par ses rites démocratiques, l’Allemagne engage une vaste offensive diplomatique en Europe pour  placer ses pions et reconstruire son jeu d’alliances.
La présidence de l’Eurogroupe – la réunion des ministres des finances de la zone euro – fait partie des objectifs de cette campagne. C’est dans ce cénacle en effet que s’élabore la doctrine économique et financière de l’Euroland et il n’est pas question pour Mme Merkel que sa direction passe entre des mains hostiles. L’actuel titulaire du poste, l’insubmersible M. Juncker, est un vieil ami de l’Allemagne. Elu d’un petit pays, chrétien-social à la mode du Benelux, il a été placé là pour servir d’homme de paille aux banques, à la Commission et aux gouvernements d’Europe du nord. Mais M. Juncker a pris son rôle un peu trop au sérieux dans la dernière période. En se portant en première ligne dans la négociation des plans d’austérité grecs et italiens, il s’est fait beaucoup d’ennemis parmi les dirigeants des pays du sud. Fatigué, décrié, il vient d’annoncer son intention de passer la main à l’été 2012. Il faut donc songer à le remplacer.
Mme Merkel s’y emploie activement. Elle a décidé de soutenir la candidature de son propre ministre des finances, M. Schäuble, qui fait déjà figure de favori. Il est vrai que le profil de M. Schäuble a tout pour séduire les tenants d’une Europe à poigne. Autoritaire, fanatiquement libéral, considéré comme un des représentants de la ligne dure de la CDU, il est connu pour ses furieuses diatribes contre les Grecs, les Italiens et, tout récemment, contre le gouvernement espagnol, coupable à ses yeux de laxisme budgétaire.  Partisan intransigeant de l’indépendance de la BCE, M. Schäuble mène également campagne depuis des mois pour qu’on mette les budgets des Etats membres sous le contrôle de la Commission. Son arrivée à la tête de l’Eurogroupe est donc dans l’ordre des choses. Elle ne ferait que traduire la domination qu’exerce aujourd’hui l’Allemagne sur l’ensemble du système financier européen. Certains s’étonnent même que le passage de témoin avec M. Juncker n’ait pas encore eu lieu et ils souhaitent que le processus s’accélère.
Cet empressement ne fait pas les affaires du gouvernement français. Non pas que la candidature de M. Schäuble déplaise d’une quelconque façon au clan sarkozyste. Bien au contraire. Lui et M. Baroin sont devenus les meilleurs amis du monde et les désidératas de Mme Merkel sont généralement des ordres. Seulement voilà, la France est en pleine fièvre électorale et les Français ont retrouvé dans cette campagne quelques vieux reflexes antiallemands. D’où le souci de l’Elysée de renvoyer le sujet à plus tard, afin  que cette nomination n’apparaisse pas comme une nouvelle reculade de la France devant Berlin. « Sur l’Eurogroupe, rien n’est fait et les décisions ne seront prises qu’après le 6 mai » a confirmé M. Baroin, en marge de la dernière réunion de l’Eurogroupe à Copenhague. M. Schäuble ne semblait pas particulièrement  inquiet de ce contretemps. Les Allemands ont-ils reçu des assurances côté Sarkozy que le dossier se débouclerait très vite après la présidentielle ? On le dit. Et côté Hollande ? Certains le murmurent.
Mais l’offensive de Mme Merkel vise également à redorer le blason de l’Allemagne vis-à-vis des pays de l’Europe du Sud. La Chancelière a perçu très négativement le mémorandum rédigé par M. Monti et plusieurs autres chefs de gouvernement en faveur d’une initiative de croissance européenne. Ce texte prend en effet clairement le contrepied de la « culture de stabilité » chère à la Bundesbank. Berlin craint que la France ne finisse par se joindre au mouvement, au cas, désormais probable, où M. Hollande l’emporterait. Tout cela est de nature à compliquer, à retarder, voire à remettre en cause l’approbation du nouveau pacte budgétaire européen, ce que l’Allemagne ne veut à aucun prix. On comprend mieux, dans ces conditions, les récents « messages d’amitié » envoyés par la Chancelière allemande au gouvernement grec et l’engagement qu’elle a pris de le soutenir coûte que coûte en cas de nouvelles attaques des marchés. Cet éclairage permet également de mieux comprendre pourquoi Berlin a accepté fin mars d’assouplir fortement sa position sur le renforcement des moyens du Fonds Européen de Stabilité Financière, ce qui a comblé d’aise les pays du sud en difficultés, et pourquoi Mme Merkel joue à fond la carte d’une coopération très médiatisée avec M. Monti. L’Allemagne craint un isolement préjudiciable à ses plans. Elle est disposée à consentir de nouveaux moyens et à accepter un certain partage des pouvoirs au sein de la zone euro, pour peu qu’on reste dans sa ligne générale de rigueur et d’austérité. On va voir, dans les mois qui viennent, jusqu’où elle est prête à lâcher du lest dans cette direction.
M. Cameron est également courtisé. On veut minimiser son refus de rejoindre le nouveau pacte budgétaire européen. Le Royaume-Uni a décidé de faire cavalier seul sur les questions budgétaires ? Libre à lui ! « La Grande Bretagne doit savoir qu’en Allemagne nous voulons une Grande-Bretagne forte dans l’UE, c’est ce que nous avons toujours souhaité et ce que nous souhaiterons toujours », déclarait fin mars la Chancelière allemande dans un entretien télévisé à la BBC. Manœuvre là encore, et manœuvre habile. On sait que M. Cameron est dans une passe assez difficile. Son plan d’austérité est vivement contesté et l’aile libérale de sa majorité ne le soutient plus que d’un doigt. En outre, il doit se débattre avec l’empoisonnante question écossaise. Le Premier ministre anglais a besoin de retrouver des appuis en Europe, et tout particulièrement auprès des grands Etats. Ce que l’Allemagne veut éviter par-dessus tout, c’est un rapprochement entre la France et le Royaume Uni après la présidentielle française. Le risque existe. M. Sarkozy avait fait quelques pas dans cette direction l’été dernier. Et ce n’est sans doute pas un hasard si M. Hollande a choisi Londres pour son premier déplacement de candidat. Quel axe privilégiera M. Cameron ? Voilà une des questions-clés de ces prochains mois.
Reste la France. Mme Merkel était persuadée, jusqu’à ses dernières semaines, que M. Sarkozy serait réélu haut la main. Elle n’avait sans doute pas mesuré jusqu’à cette campagne l’ampleur du sentiment antiallemand dans l’opinion française. Mais elle pense que ce sentiment n’aura pas d’influence sur l’attitude de nos futurs dirigeants. Elle est persuadée qu’ils seront, comme les précédents, velléitaires et chimériques.  Elle s’attend à ce qu’ils lui demandent des gages sans importance, des inflexions de pure forme qu’elle s’empressera de leur concéder en échange de leur signature au bas de ses mauvais traités. Mme Merkel n’est pour autant pas dupe de la situation actuelle. Elle perçoit bien les points de faiblesse de l’Allemagne en Europe. Et les risques que ferait courir à l’Allemagne une France forte, manœuvrière, sûre d’elle-même, fédérant autour d’elle les puissances de changement qui agitent l’ensemble du continent. Mais elle repousse pour le moment cette perspective, comme on chasse un mauvais rêve. Rien, pense-t-elle, ni personne ne pourra changer le poids des habitudes. Quels hommes, quelles forces nouvelles se chargeront-ils de contredire son jugement ?
François Renié.
 
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la Revue critique des idées et des livres - dans International
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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 23:11
Aventures extraordinaires
d'Arsène Lupin
 
de Maurice Leblanc
Mis en ligne : [16-04-2012]
Domaine : Lettres  
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Maurice Leblanc (1864-1941). est écrivain. Publications récentes : Jacques Derouard, Dictionnaire Arsène Lupin (Encrage, 2001).  
 

Maurice Leblanc, Les Aventures extraordinaires d'Arsène Lupin, Paris, Jean-Claude Gawsewitch, novembre 2011, 368 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
" Le talent, le génie des malfaiteurs modernes semble prendre à notre époque, où tout se civilise, même le mal, des proportions grandioses. Qui peut se vanter d'échapper aux criminelles entreprises d'un coquin de l'envergure de celui dont le récit que nous publions expose " : ainsi commence L'Arrestation d'Arsène Lupin, la toute première aventure du célèbre gentleman cambrioleur publiée en juillet 1905 dans le magazine "Je sais tout". A l'origine, cette histoire ne devait pas connaître de suite. Mais l'accueil enthousiaste des lecteurs incite Maurice Leblanc, le père d'Arsène Lupin, à imaginer une suite, puis une autre. En quelques années, " le plus grand des voleurs " devient l'un des plus grands héros de la littérature. A travers vingt nouvelles accompagnées de leurs illustrations d'époque, les lecteurs du XXIe siècle vont découvrir, pour la première fois, l'Arsène Lupin de leurs (arrière) grands-parents, le seul, le vrai, celui publié dans Je sais tout entre 1905 et 1911. Dans ces Aventures extraordinaires, on croisera l'inspecteur Ganimard, Miss Nelly Underdown, la blonde et brune Clotilde Destange, le chef de la Sûreté Mr Dudouis, les agents de police Dieuzy et Folenfant ou Sherlock Holmes ! Le lecteur, qu'il soit lupinien averti ou non, retrouvera surtout le séduisant Arsène, ce virtuose de la cambriole, si élégant, si chevaleresque et si inoubliable.
 
Article de Delphine Peras, L'Express - novembre 2011.
Le grand retour d'Arsène Lupin. Pour le 70e anniversaire de la mort de Maurice Leblanc, les premières aventures du gentleman cambrioleur sont rééditées dans leur version d'origine. Une renaissance!  L'Arrestation d'Arsène Lupin: c'est le titre de la toute première des aventures du gentleman cambrioleur, publiée en juillet 1905 dans le sixième numéro de Je sais tout. Un mensuel créé par Pierre Lafitte, ancien journaliste sportif devenu directeur de journaux, qui prétend en faire le "roi des magazines". Il demande donc à son ami Maurice Leblanc, ancien journaliste aussi - né à Rouen en 1864 et décédé le 6 novembre 1941 - de lui trousser une histoire haute en couleur. Son héros, bien sûr, devra au moins rivaliser avec le Sherlock Holmes de Conan Doyle, déjà très célèbre au Royaume-Uni. Travail de commande, L'Arrestation d'Arsène Lupin n'appelle aucune suite. De fait, la carrière du "fantaisiste gentleman qui n'opère que dans les châteaux et dans les salons" y débute très mal: au terme d'une traversée en transatlantique, il échoue à conquérir le coeur d'une belle Américaine, perd son butin dans le port de New York et se fait menotter par son ennemi de toujours, l'inspecteur Ganimard! Mais Arsène Lupin séduit d'emblée les lecteurs de Je sais tout, qui en redemandent, et Pierre Lafitte convainc Maurice Leblanc de continuer à mettre en scène son "homme aux mille déguisements". Vingt aventures du "plus grand des voleurs", prompt à s'évader de prison, paraîtront ainsi sous la forme d'un feuilleton à rebondissements entre 1905 et 1913, assurant la bonne fortune de la revue, qui ne mégote pas sur les annonces accrocheuses - "Arsène Lupin revient!". Voici ces épisodes republiés aujourd'hui pour la première fois dans leur version initiale, avec les illustrations d'origine. "C'est un Arsène Lupin comme vous ne l'avez jamais lu !" assure Gilles Bouley-Franchitti, à l'initiative de ce très beau livre - avec le concours de l'Association des amis d'Arsène Lupin. De fait, Maurice Leblanc, dont l'oeuvre tombera dans le domaine public le 31 décembre, a réécrit, remanié et complété ces textes lors de leur réédition en romans. A commencer par Arsène Lupin, gentleman cambrioleur, paru en 1907, qui reprend les neuf premiers épisodes de Je sais tout.  Il a aussi modifié le septième, Sherlock Holmes arrive trop tard: puisqu'il fallait tenir la dragée haute à Conan Doyle, à qui on eut tôt fait de le comparer, Maurice Leblanc n'a pas hésité à lui emprunter son détective. Si l'écrivain français évoque dans cette nouvelle le "grand policier anglais pour qui il n'est point de mystère" et le "plus extraordinaire déchiffreur d'énigmes que l'on ait jamais vu", il le met en échec face à son classieux vide-gousset et finit par le ridiculiser. Le procédé a si fortement déplu à Conan Doyle qu'il portera plainte. Qu'à cela ne tienne: Maurice Leblanc rebaptisera Sherlock Holmes en Herlock Sholmès et le Dr Watson en Dr Wilson! Elémentaire, mon cher Arsène...  
 
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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:29
Inévitable protectionnisme
 
de Franck Dedieu et alii
Mis en ligne : [9-04-2012]
Domaine : Idées 
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Franck Dedieu, né en 1972, est grand reporter au magazine L'Expansion. Il a récemment publié : 150 idées recues sur l'économie (L'Express, 2012). 
 

Franck Dedieu et alii, Inévitable protectionnisme. Paris, Gallimard, janvier 2012, 244 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Le protectionnisme est le dernier tabou des élites européennes. Malgré la violence de la crise, la suprématie du libre-échange demeure une croyance indiscutée. C’est cette interdiction de débattre que les auteurs, journalistes économiques de la nouvelle génération, ont voulu lever dans ce livre sans a priori idéologique. Le constat est cruel : l’idéologie libre-échangiste, devenue hégémonique à la fin du siècle dernier, est aujourd’hui battue en brèche par les faits. Dans les pays en développement, l’amélioration du niveau de vie, réelle dans certains cas, s’est avérée illusoire dans beaucoup d’autres. Dans les pays développés, la mondialisation a creusé des inégalités qui menacent de corroder le tissu social de nos sociétés. Le temps est donc venu pour l’Europe de définir un protectionnisme positif, européen, social et écologique, à l’opposé du nationalisme et du repli sur soi. C’est ce à quoi s’emploie cet ouvrage, qui étudie les conditions de la mise en oeuvre d’un tel dispositif et la manière dont il pourrait s’appliquer concrètement dans la vie des Européens.
 
Recension de Pierre Le Vigan. - Spectacle du Monde, mars 2012.
 Un sondage ifop réalisé en mai 2011, à l’initiative de l’association pour un débat sur le libre-échange avait montré que l’immense majorité des Français, toutes préférences partisanes confondues, était favorable à des barrières douanières autour de l’Europe. C’est que le constat ne fait plus de doute : la vieille Europe se vide de sa base productive. Les auteurs de cet ouvrage montrent que, contrairement à la théorie de Ricardo, le libre-échange, dans un monde non homogène en matière de protections sociales et environnementales, aboutit à une loi des désavantages comparatifs. C’est le triomphe du moins-disant salarial et social, au détriment à la fois de l’Europe et des pays émergents. Supposée « globalement positive » (Pascal Lamy) ou « heureuse » (Alain Minc), la mondialisation sans frontières ni écluses s’avère, au contraire, perdant-perdant. Le mérite des auteurs est triple : ils n’ont pas une vision exclusivement européocentrée ; ils ne dissimulent pas qu’il peut y avoir un mauvais usage du protectionnisme, qui serait mis au service d’un laxisme monétaire ou budgétaire ; enfin, ils envisagent divers scénarios d’une sortie du libre-échange mondial. Un ouvrage au cœur du débat.

 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 10:30
En lisant, en écoutant Jean-Luc Mélenchon MELENCHON-Jean-Luc.jpg
 
Jusqu’où ira M. Mélenchon ? Il y a quelques semaines encore, personne n’aurait parié un rouble sur sa présence dans le tiercé de la présidentielle. Et voilà brusquement que le lait monte sur le feu et qu’il devient la coqueluche des médias et des sondages. Feu de paille ou phénomène durable ? On ne sait pas encore très bien mais le candidat du Front de Gauche crée incontestablement la surprise. On attendait Mme Le Pen et son patriotisme social, mais elle a gâché ses chances en faisant la même campagne que son père, sectaire et sécuritaire. M. Bayrou aurait pu, lui aussi, jouer le troisième homme mais il a préféré défendre l’Europe et la Commission au moment où en France tout le monde déteste et l’Europe et la Commission. M. Sarkozy n’amuse plus personne et M. Hollande endort tout le monde. L’heure est donc à M. Mélenchon.
L’homme n’est pas sans qualités. Son goût pour les idées, son sens de la formule nous changent des platitudes officielles et apporte au débat politique un air vivifiant. M. Juppé lui trouve du charisme et M. Moscovici du génie, eux qui en sont également dépourvus. M. Mélenchon a-t-il pour seule fonction de relancer une campagne présidentielle particulièrement morne ? Son trop plein d’idées est-il destiné à compenser l’hébétude des autres candidats ? On soupçonne qu’il vaut mieux que ça et que le soupir de satisfaction qui parcourt l’assistance lorsqu’il monte à la tribune a une signification plus haute. S’il a du style, du répondant, du panache et une vraie culture, s’il parle au cœur et à l’esprit, il suscite aussi la bonne humeur. Et nos Français, qui sont parmi les derniers peuples à croire que la politique peut être à la fois une science, un art et une fête, y trouvent leur compte et le font grimper dans les sondages. De là à adhérer à son corps de doctrine, il y a un pas. Beaucoup ne le franchiront pas.
Le candidat du Front de gauche n’est d’ailleurs pas dupe de son succès. Il sait qu’il est plus populaire que ses idées et que certaines d’entre elles n’ont rien de populaire. C’est  pour cela qu’il ne faut pas se contenter de l’entendre. Il faut l’écouter avec une oreille attentive. Il faut le lire avec application, le crayon à la main. C’est alors que, le charme de l’orateur ne jouant plus ou opérant moins, les contradictions de M. Mélenchon finissent par apparaître et qu’on découvre un personnage beaucoup plus ambigu qu’on ne pouvait le penser de prime abord. Qu’on l’écoute sur l’Europe, sur la Nation et sur la République et on lui trouve vite un autre visage.
 
Européiste impénitent
 
Notre candidat s’est largement exprimé sur l’Europe et souvent dans des termes qu’ici-même nous n’aurions pas reniés. Lorsqu’il pointe le capitalisme financier et la mondialisation comme les causes principales de nos malheurs, lorsqu’il démontre, chiffres, faits, perspectives historiques à l’appui, que la crise de l’euro et des dettes souveraines ne sont que les ultimes avatars de la « financiarisation du monde », nous le suivons sans réserve. Lorsqu’il cogne à tour de bras sur les banques, les technocrates de Bruxelles, les nains de la BCE et du FMI, tous les « affameurs », toutes les fausses élites qui font leur miel du malheur des peuples, nous accourons pour lui prêter main forte. Et lorsqu’il fait huer les « ours savants » de la social-démocratie, ces capitulards qui ont déjà voté en acte ou en pensée les mauvais traités que l’Allemagne veut nous imposer à toute force, nous les conspuons avec lui de bon cœur.
Mais si le réquisitoire est bon, les réponses de M. Mélenchon sont étonnamment faibles au regard des orages qu’il annonce : pas question de toucher à l’euro, au prétexte que c’est aujourd’hui « la monnaie des Français et pas seulement celle du gouvernement conservateur allemand », pas question non plus de revenir sur la BCE - même si on laisse entendre qu’il faudra un jour envisager sa mise « sous contrôle démocratique » -, presque rien sur le protectionnisme, sinon qu’il doit surgir dont ne sait quel « consensus européen », une vague déclaration de principe sur les pouvoirs de la Commission qu’il faudra réduire « au profit du Parlement européen », sans que l’on sache d’ailleurs si ce serait un vrai progrès... Au final, beaucoup de bruit pour rien ! Lorsque M. Mélenchon reproche à M. Hollande d’attaquer le capitalisme et la finance « avec un pistolet à bouchons », c’est l’hôpital qui se moque de la charité ! Lui, c’est avec un canon à patates qu’il monte à l’assaut des Grosses Bertha des marchés, des Goldman-Sachs et des agences de notation.
Pourquoi tant de prudence et de faux semblants ? Parce que M. Mélenchon est d’abord et avant tout un démocrate. Il est persuadé que l’Europe ne changera que si elle vire à gauche. Il prophétise que les électeurs européens vont porter au pouvoir des coalitions progressistes en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs et que la gauche radicale sera en situation de peser dans ces coalitions pour imposer un changement de cap. Illusion, triste illusion, amère illusion ! Quand M. Jospin et ses amis gouvernaient à Paris, qui tenait les rênes à Berlin sinon M. Schroeder ? A Londres sinon M. Blair ?  A Madrid sinon le mirobolant M. Zapatero ? A Rome sinon l’austère M. Prodi ? Qu’ont fait ces brillants représentants de l’internationale Socialiste pour s’opposer aux visées libérales de la Commission ? Rien, absolument rien. Bien au contraire, ce sont eux qui ont distillé le venin du Traité constitutionnel que M. Mélenchon s’est employé à combattre de toutes ses forces. Quant à la gauche radicale, il suffit de voir comment la social-démocratie traite l'équivalent local du Front de Gauche en Sarre, au Bade-Wurtemberg ou en Andalousie pour se convaincre que M. Mélenchon a encore du chemin à faire.
Ce n’est pas en redonnant le pouvoir à ceux qui ont fait Maastricht et préparé Lisbonne que l’on changera le rapport des forces en Europe. L’émancipation des nations européennes – M. Mélenchon devrait le savoir - sera l’œuvre des nations elles-mêmes. C’est en sortant de l’euro, en nationalisant leurs propres établissements de crédits, en recouvrant leur propre souveraineté financière et douanière, que nos pays seront en mesure de faire bouger l’ensemble du continent. Mais ce discours est étranger à M. Mélenchon. Son vieux fond trotskiste et internationaliste s’insurge contre un tel schéma. Le candidat du Front de Gauche demeure, quoi qu’il en dise, prisonnier des vieilles lunes européistes, du mirage des Etats Unis d’Europe, du traité de Rome et des chimères de MM. Monnet et Schumann. S’il veut supprimer Lisbonne, il ne renie pas Maastricht et ses constructions improbables. S’il n’aime pas Mme Merkel, il est persuadé que le peuple allemand est prêt à changer de cap, alors que Mme Merkel est aujourd’hui l’esprit et l’âme du peuple allemand. S’il déteste la Commission et ses sbires, il n’est pas prêt à faire son deuil du mythe d’un continent sans frontières, bien lisse, sans histoire, débarrassé de ses différences et de ses peuples.
 
Patriote sans patrie
 
M. Mélenchon aurait-il un problème avec la Nation ? C’est un mot qu’il a visiblement du mal à prononcer. On ne le trouve ni dans ses discours, ni même dans l’abondante littérature du Front de Gauche. Il lui préfère le mot de Patrie, qu’il affuble systématiquement de l’adjectif « républicaine », au cas où certains viendrait à penser qu’il verse dans un nationalisme de mauvais aloi.
Il n’y a pourtant aucun risque que le candidat du peuple cède à d’aussi dangereuses sirènes. Sa patrie présente en effet toutes les qualités du républicanisme le plus intègre. Elle ne démarre qu’en 1792, s’épanouit avec la Terreur, survole l’Empire et les Restaurations pour faire une nouvelle mais courte apparition en 1848. C’est cette même « patrie républicaine » qui revient après Sedan en 1870, qui soutient la Commune et qui fonde la République sur nos faiblesses et sur nos défaites. Au XXème siècle, son panthéon est tout aussi sélectif : on y célèbre Jaurès, Blum, Thorez, Mitterrand et Mendès, mais ni Clémenceau, ni Foch, ni Poincaré, ni de Gaulle, ni Leclerc ou de Lattre n’y ont véritablement leur place. On y préfère les périodes d’affrontements, de luttes, de ruptures et de divisions aux moments où la France se rassemble, où elle se reconstruit et où elle repart en avant. La patrie de M. Mélenchon respire le sang et la poudre. C’est le fil rouge qui relie, depuis deux siècles, toutes nos luttes intestines et nos guerres civiles. C’est l’histoire d’un peuple sans mémoire longue, profondément divisé et qui, au fond, ne s’aime pas.
On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi les propositions de M. Mélenchon sur l’Europe ou sur la remise en ordre du monde sont si peu crédibles. Parce qu’elles sont de l’ordre du discours, de l’incantation et non pas de l’ordre de l’action. Si l’on veut engager, comme il le propose, une lutte à mort contre le libéralisme sauvage, le capitalisme débridé et les marchés en furie, encore faut-il s’en donner les moyens. Cela suppose un Etat fort, respecté, habile à trouver des alliés de par le monde, manœuvrier, organisé pour agir vite, pour frapper là où on ne l’attend pas. Or, un tel programme suppose l’union, l’union des Français autour d’objectifs clairs, d’un gouvernement ferme, de perspectives solidement tracées. Un tel programme suppose aussi la confiance, c’est-à-dire la paix civile, l’assurance que tous, citoyens de bonne volonté, de gauche comme de droite, bleus, blancs ou rouges, croyants ou incroyants, tireront la barque dans le même sens. Tel n’est pas l’esprit du programme de M. Mélenchon : sa « révolution citoyenne », son « insurrection démocratique » ont beau être présentées sous les dehors les plus pacifiques, elles ne visent qu’à rouvrir le chemin de nos vieilles discordes, qu’à épuiser la France dans des débats stériles, qu’à affaiblir l’Etat et la nation, à l’heure même où il faut les conforter.
En voulez vous des preuves ? Prenons la question de la laïcité : alors que les religions ne menacent en rien la paix civile, alors qu’elles peuvent être, au contraire, un formidable allié dans la lutte contre l’argent facile et la société de consommation, pour quelles raisons revenir sur le Concordat, pourquoi agiter à nouveau les spectres de la loi de 1905 et de la loi Falloux, pourquoi inquiéter les esprits avec l’islam ? Les immenses défilés des années 80 contre la loi Savary n’ont-ils pas suffi à ouvrir les yeux des plus enragés des laïcards ? Et faudra-t-il que les juifs, que les musulmans s’en mêlent et qu’ils entraînent derrière eux tous les agnostiques de ce pays. N’avons-nous pas d’autres choses à faire que de donner au monde le spectacle de nos guerres de religion ?
Prenons maintenant la question du nucléaire militaire : alors qu’un consensus s’est établi chez nous depuis des décennies autour de la force stratégique, pourquoi vouloir le rompre en annonçant une dénucléarisation unilatérale de nos forces ? Pourquoi rouvrir, là encore, des débats qui ont été heureusement tranchés et qui font que la France, malgré sa taille moyenne, fait partie des puissances qui compte dans le monde actuel ?  Au nom de quelle idéologie mondialiste absurde, de quel pacifisme aveugle vouloir nous désarmer dans un monde où les autres ne désarment pas et qui n’a jamais été aussi menaçant ? En rouvrant ce débat, M. Mélenchon cherche en réalité à recréer les vieilles divisions droite-gauche de l’époque de la guerre froide. Il joue également avec le sentiment antigaulliste et atlantiste qui existe encore aujourd’hui au sein d’une partie de la gauche française. En réintroduisant ces querelles d’un autre temps, il montre les limites de son « patriotisme », mal assimilé, peu réfléchi, largement superficiel.
 
Républicain sans tête
 
Mais c’est sur les institutions que M. Mélenchon est le plus inquiétant. On sait que le candidat du Front de Gauche tient tout particulièrement à ses idées de changement de régime. Elles sont au centre de tous ses discours, elles furent le point de ralliement du rassemblement qu’il organisa il y a quinze jours de la République à la Bastille. Avec sa VIe République, nous passons de l’ambigüité, du risque au danger réel, immédiat, mortel. Il est clair que si M. Mélenchon devait participer demain à une coalition de gauche, c’est sur cette partie de son programme qu’il mettra la pression la plus forte sur ses partenaires. Autant ses idées sur l’Europe et sur l’économie peuvent gêner ses futurs alliés sociaux-démocrates, autant ils sont prêts à se rallier à un « aggiornamento » constitutionnel qui fait partie de leur propre héritage politique. Voilà un domaine où l’on peut faire la révolution à bon compte, la conscience tranquille, sans mécontenter les marchés, et en prenant sa revanche sur plus d’un demi siècle de monarchie républicaine. Une partie du PS autour de M. Montebourg n’est-elle pas prête à pousser dans le même sens ?
C’est sur cet aspect crucial que nous appelons la vigilance de nos lecteurs et que nous leur recommandons une lecture attentive du programme du Front de Gauche. La constitution de la VIe République y figure presque in extenso. On y retrouve toutes les tares, tous les travers, tous les vices de nos précédents régimes parlementaires, la IIIe et la IVe République, de sinistre mémoire. Régime d’assemblée, privé de toute stabilité par l’introduction généralisée de la proportionnelle, livré au grenouillage incessant des partis, des groupuscules, des sociétés de pensée et des lobbies, la république mélenchonienne est le condensé de ce que cinquante ans d’antigaullisme et d’héritage de la SFIO peuvent produire de pire. Même le Mitterrand de 1965, celui du « coup d’Etat permanent » n’aurait pu imaginer, avec un pareil luxe de détails, une machinerie aussi parfaite pour priver la France de toute forme de gouvernement, d’action publique et d’Etat.
Cette rêverie – ou plutôt ce cauchemar – démocratique procède, comme il se doit, du républicanisme le plus obtus et le plus archaïque : on y encense les départements, « impérissables conquêtes de la Révolution française », on s’y méfie des Régions, résurgences potentielles de l’Ancien régime, réputées faire de l’ombre à la République une et indivisible, on y proscrit naturellement toute forme de tutelle d’une collectivité sur une autre, on y chante un hymne passionnée aux 36000 communes de base françaises, menacées, comme on le sait, par les affres de l’intercommunalité ! Bref, un pays ingouvernable des pieds à la tête, livré aux délires de tribunes des rhéteurs et des avocaillons, un régime velléitaire, bouffi d’idéologie et de mythes, mais sans force, sans cerveau, dépourvu de durée et de volonté.
Tout cela est si comique, si grotesque, que certains d’entre nous pourraient être tentés de dire : Chiche ! Allons-y ! Vaccinons une fois pour toute le pays de ces fantasmes de démocratie modèle ! C’est oublier que nous avons subi cette anarchie légale dans deux périodes récentes de notre histoire, de 1874 à 1940 et de 1946 à 1958, et que l’expérience s’est achevée dans chacun des cas par la ruine du pays, l’effondrement de l’Etat, la discorde civile, doublés en 1940 par la défaite et l’occupation du territoire national. Plus jamais ça ! Plus jamais l’humiliation, la honte et le déshonneur ! Voilà la supplique des générations qui nous ont précédées. Pas de VIe République, leur répondons-nous. En attendant de pouvoir leur dire un jour : Plus de République, du tout !
 
*
*   *
 
Voilà M. Mélenchon tel qu’en lui-même. Voilà ce qu’il en est de ses idées, une fois qu’on les a débarrassées du charme des formules et des bons mots, du brillant de la rhétorique et de l’éloquence. Le candidat du Front de Gauche n’est pas « l’homme au couteau entre les dents ». Mme Parisot et M. Copé peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Il n’est pas non plus Robespierre, ni Saint Just, ni Lénine, ni Trotski, même si ces figures font partie de son panthéon personnel. Il y a trop de santé, d’amour de la vie, d’alacrité, de gout de la liberté, de vraie culture chez le personnage Mélenchon pour qu’on puisse le confondre avec ses idoles sanglantes.
Sa vraie figure de référence, c’est Jaurès. Jaurès, le bourgeois et l’intellectuel venu au peuple, le républicain venu tardivement au socialisme, mais resté foncièrement et avant tout républicain, Jaurès, profondément, authentiquement français, mais que le jeu des idées et des figures de rhétorique a souvent ébloui, au point d’aveugler son patriotisme. Jaurès, persuadé, tout comme M. Mélenchon, que le monde court vers son unification et que les idées nationales, les faits nationaux sont des réalités d’hier. Jaurès et Mélenchon, convaincus l’un et l’autre, qu’au nom d’une liberté formelle, la France peut tenter le diable politique sous toutes ses formes : le retour au parlementarisme, le jeu des partis, l’abaissement de l’Etat.
Nous croyons, tout au contraire, que le monde dans lequel nous vivons est plus incertain et plus dangereux que jamais. Et que la France a besoin, pour y vivre et pour y grandir, d’un Etat fort, d’un chef légitime et de la paix civile. Dans l’état actuel des choses, la Constitution de la Ve République garantit ces conditions impératives. La force que représente aujourd’hui la gauche radicale, les jeux d’alliances auxquels elle participera demain peuvent les compromettre. C’est le seul point sur lequel la percée de M. Mélenchon peut légitimement inquiéter les patriotes.
Hubert de Marans.
 
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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 11:40
Contre la pensée unique
 
de Claude Hagège
Mis en ligne : [2-04-2012]
Domaine : Idées 
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Claude Hagège, né en 1936, est un des plus éminents linguistes contemporains. Professeur honoraire au Collège de France, il est titulaire de  la chaire de théorie linguistique. Il a récemment publié : Halte à la mort des langues (Odile Jacob, 2001), Combat pour le français : au nom de la diversité des langues et des cultures (Odile Jacob, 2006), Dictionnaire amoureux des langues ( Plon-Odile Jacob, 2009). 
 

Claude Hagège, Contre la pensée unique. Paris, Odile Jacob, janvier 2012, 256 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Ce livre est un plaidoyer contre la pensée unique. Ce livre est un appel à la résistance. Quand l'essentiel n'est plus distingué de l'accessoire, quand les projets intellectuels de haute volée se heurtent à la puissante inertie de la médiocrité ambiante et des petits desseins, quand l'uniformisation s'installe dans les goûts, les idées, dans la vie quotidienne, dans la conception même de l'existence, alors la pensée unique domine. La langue anglaise domine le monde et sert aujourd'hui de support à cette pensée unique. Mais le français est bien vivant. Et nombreux sont ceux, de par le monde, qui en mesurent l'apport au combat de l'homme pour la liberté de l'esprit. C'est l'objet de ce livre que de proposer de nouvelles pistes pour déployer encore plus largement de nouvelles formes d'inventivité et de créativité.
 
Recension de Christophe Mory. - Famille chrétienne, mars 2012.
Hagège contre la pensée unique. « La France doit rentrer en résistance », lance Claude Hagège à la fin de son livre. « Il ne s’agit pas, aujourd’hui, d’extermi­nation physique, précise le célèbre linguiste, mais d’asservissement intellectuel, politique et économique. » Professeur au Collège de France, cet inlassable défenseur du français n’en manie pas moins des tas de langues, de l’arabe à l’hébreu, du russe au mandarin, en passant par toute la palette linguistique européenne. Contre quoi résister ? Contre la pensée unique véhiculée par un même langage, l’anglais, au nom de la mondialisation. Une langue véhiculaire ne produit pas de pensée, explique en effet Hagège. Tandis qu’une langue vernaculaire (propre au pays) se fonde sur un corpus qui ­suscite nuance et réflexion ; qui est aussi la langue des rêves et de la création, de la formation de soi. L’hégémonie américaine est réelle et historique. Elle se manifeste dans une « idéologie néolibérale dont le vecteur est l’anglais  ». Elle relève d’une volonté politique organisée : l’Usia (United States Infor­mation Agency), créée en 1953, le Peace Corps, l’US International Communication Agency (créée sous Jimmy Carter), etc. Dans les années 20, raconte Hagège, le cinéaste Claude Autant-Lara, alors à Hollywood, notait déjà la volonté farouche des dirigeants des compagnies d’imposer un « american way of thinking ». L’industrie audiovisuelle américaine n’a depuis pas changé. Plus puissant encore que le cinéma, l’ordinateur s’est invité dans le quotidien des gens. Le logiciel de présentation PowerPoint façonne la pensée. Utilisé du collège à l’Onu, il empêche les digressions, le dialogue, par « un cadre très contraignant » : « Cet outil annihile la capacité de réaction, interdit tout esprit critique et neutralise ce qui fait le travail de la pensée ». Dans le domaine des sciences, « l’imposition d’une langue scientifique unique peut produire un effet d’aliénation  ». Et l’auteur de citer des découvertes qui n’eurent de reten­tissement mondial qu’après avoir été traduites et parfois volées par le seul fait de la traduction. Dans l’éducation, le master a remplacé la maîtrise. Désormais, les grandes écoles enseignent en anglais et encouragent une vision mondiale de l’activité humaine, reléguant le français à un patois familial… Le ministère ne veut-il pas que l’apprentissage de l’anglais commence dès la maternelle, alors que la langue justement maternelle demande à se développer pour que la ­pensée s’émancipe ? Il ne nous sera pas interdit, mais impossible, de penser librement. Telle est la thèse d’Hagège. Doit-on accepter « un consensus mou, sur des avantages matériels pleins de promesses illusoires, et sur des schémas intellectuels tout prêts, qui donnent congé à l’esprit critique, au recueillement lucide et à la méditation créatrice ? » C’est refuser le « cheminement vers la lumière » auquel l’homme est invité pour remplir sa mission d’homme. Cheminement qui passe par… le langage ! Que faire face à cette américanisation des mœurs ? D’abord, prendre conscience de cette invasion politique et économique qui marque les esprits. Ensuite, mais Hagège est un peu court là-dessus, encourager la lecture, qui développe l’imaginaire et la raison. Aussi est-il urgent de rétablir le réseau des Alliances françaises et le personnel culturel des ambassades tant mis à mal par des politiques successives de réduction des budgets. Enfin, la restriction du nombre de bourses destinées aux étudiants étrangers doit être revue.

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 09:39
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Printemps 2012       
Faut-il sauver
la Ve République ?             
        
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- La Ve et son fantôme, par François Renié.  [lire]

Les idées et les livres

- Perspectives pour la défense, par Claude Arès.  [lire]
La réforme de la défense engagée sous le précédent quinquenat se solde par un échec. Deux rapports, le premier issu du Sénat et le second de la Cour des comptes, mettent en avant une ambiance de "désorganisation générale" dans les armées et le moral des militaires est au plus bas. Il faut sortir à l'évidence d'une vision purement comptable des questions de défense et traiter les enjeux de fond : quelles alliances, quelles coopérations industrielles, quelles missions privilégier à l'extérieur, quel avenir pour la dissuasion, pour notre marine ? Le pouvoir actuel saura-t-il, aura-t-il le courage politique de prendre ces sujets essentiels à bras le corps ?

- Faut-il sauver la Ve République ?  Textes présentés par Hubert de Marans.
On parle à nouveau de reviser la constitution de 1958. A gauche, on rêve d'instituer une VIe république et à droite on fait valoir les mérites du régime présidentielle. Les Français, lorsqu'on les interroge, sont plus prudents. L'imense majorité reste attachée aux idées gauliennes d'Etat fort et de gouvernement stable. Faut-il, comme certains le proposent, renforcer le Parlement, supprimer le cumul des mandats ou évoluer vers une démocratie plus participative?  Et si l'essentiel était ailleurs ? Et d'abord dans la définition des rôles du chef de l'Etat, du gouvernement et du parlement. Alors, Ve République ou modèle anglais ? 

- Poutine et la transition russe, par Boris Koltchak.  [lire]
L'opinion publique évolue en Russie et la popularité du couple Poutine-Medvedev n'est indiscutablement plus la même qu'il y a dix ans. Pour autant les deux hommes peuvent s'enorgueillir d'un bilan extrêmement flatteur : de 1997 à 2010, le PIB a augmenté de plus de 6% par an, les finances ont été assainies et la dette extérieure réduite au minimum. Avec une manne pétrolière qui ne peut que s'accroitre, le pays dispose d'un atout considérable pour préparer son avenir. La Russie, qui a repris le contrôle de toute l'asie centrale, est de retour au proche-orient et son alliance avec la Chine la replace dans le jeu mondial. Sera-t-elle à nouveau une très grande puissance ? A quel prix et selon quel processus politique ?

- Jeanne d'Arc en majesté, par Antoine Longnon.  [lire]
La vie de Jeanne d'Arc, c'est d'abord une formidable leçon de clairvoyance politique : le rétablissement du pouvoir royal, le réarmement moral du pays, la mobilisation des chefs militaires, le passage à l'offensive et les victoires ... On retrouve dans son histoire le cycle classique des grands moments de notre histoire nationale. En cette année anniversaire, on s'étonne du silence des pouvoirs politiques et religieux. Le message de Jeanne les dérangerait-il ? Au moment même où les chimères européistes s'estompent et que d'autres destins s'ouvrent à la France ? Sans doute. Raison de plus pour signaler tous ces évènements, petits ou grands, qui auront permis cette année d'honorer la mémoire de Jeanne.

- Le souvenir de Roger Nimier, par Eugène Charles.  [lire]
Roger Nimier nous a quittés il y a près d'un demi siècle, mais son fantôme continue de hanter les rédactions, les diners littéraires, les coquetelles mondains et les déjeuners entre amis. Selon la belle formule d'Antoine Blondin, inconsolable, il nous manque comme au premier jour de sa disparition. Sa jeunesse, son éclat, son pouvoir de surprendre expliquent le vide qu'il a laissé. Ainsi que sa capacité à jouer plusieurs personnages en même temps, à vivre plusieurs vies. Ecrivain, journaliste, scénariste de cinémas, éditeur, il mettait dans chacune de ces occupations ce "goût aristocratique de déplaire", cher à Baudelaire. 

Matisse ou la liberté, par Sainte-Colombe. [lire]
L'exposition "Matisse, paires et séries" de Beaubourg donne à voir un aspect peu connu du travail du peintre : son goût pour les reprises, les répétitions d'un même sujet, les digressions autour d'un même objet. Ces reprises n'illustrent pas seulement les différentes étapes d'une oeuvre; elles expriment également, lorsqu'il s'agit de deux moments simultanés d'une même création, l'étendue des talents de Matisse, sa capacité à passer, presque indistinctement, de la description à la simplification, du figuratif au schématique, sans tomber dans l'abstraction pure, dans le "dessèchement". On mesure mieux aussi, dans ces allers et retours, la forme de pensée positive de Matisse, sa fascinante liberté de création, loin de tous les conformismes. 

Les perdreaux d'Henri IV, une nouvelle d'Henri Pourrat. [lire]
Un charmant récit d'Henri Pourrat, l'auteur de Gaspard des montagnes. Où il est question d'Henri IV, de perdreaux, de gourmandise et de tant d'autres choses...

- Le jardin français, poèmes de P. Camo, E. Henriot, J.L. Vaudoyer  [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Nos consignes. - Disparition du centre ? - Une étape.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Sortir de Kaboul. - La Grèce déboussolée. - L'Allemagne en campagne.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Un inquiétant silence. - La crise de la CGT. - Démographie française.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Jules Verne. - Chataubriand. - Le Guillou. - Simon Leys. - Malaparte. - Benoît.

- Idées et histoire, par François Renié et Paul Gilbert.
Taine. - Debray. - Ellul. - Condé.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Philosophes. - Le débat présidentiel. - Maurras. - L'affaire Mallet.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Contre la pensée unique. (Claude Hagège). - Inévitable protectionnisme. (Franck Dedieu et alii). - Pour Genevoix. (Michel Bernard). - La Monarchie de Juillet. (Gabriel de Broglie). - Guerre de mouvement et guerre de position. (Antonio Gramsci). - L'invention de la France. (Hervé Le Bras). - Louis XIII et Richelieu. (Jean Castarèdel). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 15:42
 
 
dimanche soir
 
 
 
Un crépuscule tiède, lumineux et rose
tombe sur cette fin de dimanche parisien;
c'est un des premiers jours de mars. A peine on ose
croire à tant de douceur sous un ciel si câlin.

Et cependant on va, soudain léger et souple,
roi d'un pays féerique qu'on ne soupçonnait pas.
Rien ne nous meurtrit plus, ni la laideur des couples
ni le piétinement des pieds bêtes et las.

La joie de ne rien dire et d'être solitaire,
l'art aisé de la vie, tout s'éclaircit à voir
que le vrai et le seul bonheur qui soit sur terre
est de respirer l'air de ce paisible soir.

— Des bonnes passent à deux, chapeaux verts, confidences,
et mon cœur dur incline aux pires indulgences. —

Les cafés sont remplis de gens à l'air heureux
qui se disent des choses qu'ils estiment profondes;
les manilleurs échangent des mots connus entre eux...

Et ce soir simple et doux des premiers temps du monde !
 
 
 
guy-charles cros (1879-1956). Les Fêtes quotidiennes. (1912).
 
 
chant de septembre
 
 
 
Quel oiseau prisonnier dans la nuit d'équinoxe
regrette en soupirant les souffles de l’été ?
Quelle tremblante voix monte du cœur des phlox
et des géraniums qui bordent les allées ?

Cette plainte qui parle et s'enfle et se déchaîne
est-ce le cri perdu d'un arbre à mort frappé;
est-ce l'appel, là-bas, d'un dieu chargé de chaînes
et qui rugit en vain son grand désir ruiné ?

Ah ! ce n'est que le vent qui s'étire et qui rôde,
l’âpre vent voyageur qui n'a pas de patrie;
il se souvient d'avoir passé sur les mers chaudes
et de s'être couché sur les villes d'Asie.

Il se souvient des soirs où sous la lune ronde
il s'endormait, bercé aux cimes des forêts,
jusqu'à l'heure où l'aurore épanouie et blonde
posait les doigts sur son front nu et l'éveillait.

Et le vent, vagabond de la nuit automnale,
va tout droit son chemin à travers les espaces;
mais rien n'apaisera son implacable mal,
sa nostalgie brutale et cruelle et rapace.

Il arrache, en passant, les feuilles à poignées,
il courbe les rameaux qu'il dénude et les tord,
et pousse, en poursuivant ses courses effrénées,
son cri rauque et plaintif, chant de guerre et de mort.
 
 
 
guy-charles cros (1879-1956). Les Fêtes quotidiennes. (1912).
 
 
août s'achève
 
 
 
Les vertes feuilles, jaunies un peu, sur le ciel pur
bougent frileusement comme au temps de l'automne.
Qu'il a pâli, déjà, ce large et bel azur !
A l'orée de l'été son lapis nous étonne.

Il nous dit aujourd'hui que la douce saison
est fragile et blessée, que son bonheur la quitte,
qu'il est temps pour l'hiver de parer la maison
où tout amour humain se réchauffe et s'abrite.

Il dit encor ce pâle azur taché d'argent
que puisque cet été, tel un jour clair, s'achève
il te faut, faisant trêve aux soucis moins urgents
rappeler sous ton toit tes désirs et tes rêves.
 
 
 
guy-charles cros (1879-1956). Mercure de France. (novembre 1926).
 
 

 
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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 15:08
Pour Genevoix
 
de Michel Bernard
Mis en ligne : [26-03-2012]
Domaine : Lettres  
BERNARD-Michel-Pour-Genevoix.gif

 

Michel Bernard est écrivain. Il a récemment publié : La Tranchée de Calonne (La Table Ronde, 2007), La Maison du docteur Laheurte (La Table Ronde, 2009), Le Corps de la France (La Table Ronde, 2010) .  
 

Michel Bernard, Pour Genevoix, Paris, La Table Ronde, novembre 2011, 200 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
"J'ai écrit ce livre sur Maurice Genevoix pour que l'on se souvienne du temps où les mots étaient du côté des choses. L'écrivain de la Loire les a poussés, je crois, au plus près que l'on pouvait. Il avait, pour cela, au début de sa vie, dans un pays que je connais bien, payé un certain prix. C'est vers le mystère de cet écrivain, qui est peut-être le mystère de la littérature, que je me mets en route en commençant ces pages. "
 
Recension, Le Spectacle du Monde - janvier 2012.
A quinze ans, Michel Bernard découvrait les récits de guerre de Maurice Genevoix (1890-1980), ses souvenirs d’ancien combattant rassemblés en cinq volumes sous le titre Ceux de Verdun (1916-1923). Plus qu’une révélation, cette lecture a conditionné son attitude vis-à-vis de la littérature, qui se justifie, dit-il, si elle donne le sentiment d’une puissance palpable. Reprenant cette lecture des années plus tard, Michel Bernard ressent semblable urgence, le pouvoir d’approcher les personnages pris de frisson et de peur, d’entraîner le lecteur au combat, de l’amener aux éboulis, de faire voir les soldats pétrifiés dans leurs derniers gestes par un obus, d’entendre siffler les tirs invisibles, d’imaginer les morts en boule pelotonnés à d’autres morts. L’oeuvre entière de Genevoix entraîne l’adhésion totale de Michel Bernard, qui le suit pas à pas, soulignant ce qui le lie à son pays de Loire, sa tendresse pour les gens, les bêtes, les landes, les étangs. A travers ce livre hommage, il s’agit, à ses yeux, de sauver un pan d’histoire de France, de considérer la nostalgie comme un ferment.
 
A lire également : François Bott, "Michel Bernard, les cols d'un champion styliste", Service littéraire, novembre 2011.
 
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