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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 23:21
La France qui se bat
 
Mercredi 1er juin
- L’arrêt prématuré de la fabrication du nouveau sèche-linge Whirlpool suscite de vives inquiétudes chez les 370 salariés employés par le groupe dans son usine d’Amiens. Devant "l’absence de réponses sur les raisons de cette décision", les syndicats de salariés annoncent leur volonté de déclencher un droit d’alerte lors du prochain comité d’entreprise de fin juin.
Vendredi 3 juin
- La direction de l'équipementier automobile MBF Technologies, basé à Saint-Claude (Jura), annonce 199 suppressions de poste sur 450 salariés. Les employés du site, très en colère, ont occupé l'usine et retenu le directeur et plusieurs cadres.
- Le groupe GPV, un des principaux fabricants européens d'enveloppes et d'emballages postaux, situé en Ardèche, est placé en redressement judiciaire. Confronté à la concurrence d'Internet, GPV enregistre des pertes depuis plusieurs années. Le groupe emploie 640 salariés en France.
- Le dernier fabricant français de batteries, Steco Power, installé à Outarville (Loiret), est placé en redressement judiciaire. L'entreprise, qui emploie 193 salariés, est dans une phase critique (forte concurrence étrangère, carnet de commande vide).
Lundi 6 juin
- 176 ex-salariés précaires de la Sofres, licenciés du jour au lendemain, sans indemnités, engage un contentieux contre leur ancien employeur. L'intersyndicale, qui soutient le mouvement, demande la mise en place d'un plan de sauvegarde de l'emploi que la direction refuse.
- La papeterie Grégoire de Saint-Nabord (Vosges), spécialisée dans la production de papier graphique, est mise en liquidation judiciaire. Elle employait 84 salariés. 
Mardi 7 juin 
- L'usine Arjowiggins de Rives (Isère), spécialisée dans la fabrication de papier technique, fermera ses portes fin 2011. Un tiers de la production sera réparti entre les usines d'Ecosse et d'Espagne et le reste sera relocalisé sur le site proche de Charavines. 47 postes de travail, sur 220 dans les deux sites français, seront supprimés. 
- La fonderie LF Tech située à proximité de Bayonne (Pyrenées Atlantiques) est mise en liquidation judiciaire. Elle employait encore une quinzaine de salariés.
L'entrepreneur voyou Philippe Jarlot a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 90 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières, pour banqueroute, détournements et abus de biens sociaux. Une peine insuffisante aux yeux des 130 anciens salariés du fabricant de boulons Lenoir-et-Mernier, qui avaient entamé une action en justice contre leur ex-PDG à la suite de la mise en liquidation de l’usine de Bogny-sur-Meuse en 2008.
Mercredi 8 juin
- L'entreprise Mémométal Technologies, spécialiste des implants chirurgicaux, installée à Bruz (Ille et Vilaine) est reprise par le groupe de santé nord-américain Stryker Corp. La société, qui emploie 120 personnes, connaît une croissance très rapide mais manque de capitaux, d'où le choix fait par les actionnaires de s'adosser à un  groupe international important.
Vendredi 10 Juin
- Un note interne de la direction du groupe PSA suggère la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) qui emploie 3600 salariés. Le site Sevel Nord de Hordain (Nord) qui regroupe 2800 emplois serait également menacé à terme. 
Mardi 14 juin
- Des débrayages importants ont lieu au sein du groupe de distribution Carrefour. La CGT, qui est à l'origine du mouvement, considère que 300 à 350 supermarchés sur 540 sont touchés. Les salariés demandent des hausses de salaire.
Jeudi 16 juin
- Le tribunal de commerce de Marseille prononce la liquidation judiciaire de la chocolaterie NetCacao et rejette le plan de reprise proposé par les salariés. Les 188 employés ont immédiatement occupé le site et les syndicats poursuivent les discussions avec des repreneurs pour une poursuite de l'activité.
Mardi 21 juin
- la CGT annonce son intention d'organiser fin septembre ou début octobre une journée d'action interprofessionnelle unitaire "pour un nouveau partage des richesses" avec des revendications axées sur les salaires et le pouvoir d'achat. Elle lance le mot d'ordre d'un SMIC à 1700 euros. Le prochain congrès de la centrale est prévu au printemps 2013.
- Le tribunal de commerce d'Epinal prononce la mise en liquidation de la société papetière Novacare-Riboth de Laval-sur-Vologne (Vosges). L'entreprise, qui comptait 105 salariés, était spécialisée dans la production de changes pour bébés et de culottes hygiéniques.
-  Le fabricant de linge de maison D. Porthault France (SNDPF) de Fontaine-Notre-Dame (Nord) est menacé d'expulsion par le bailleur de son site. L'entreprise venait de rembourser ses dernières créances, après une longue pérode de redressement judiciaire. Elle emploie 65 salariés sur le site. Les élus et les syndicats sont très mobilisés
Jeudi 23 juin
- La société de vente à distance Quelle, reprise par le groupe 3 Suisses en 2010, subit un nouveau plan social. L'effectif passera de 124 à 48 salariés et le site d'Orléans sera fermé au début de l'année 2012.
Vendredi 24 juin 
- L'intersyndicale de l'usine PSA d'Aulnay exige de la direction du groupe automobile un engagement écrit sur l'avenir  du site de Seine-Saint-Denis. L'option de fermeture envisagée par PSA soulèvent de vives inquiétudes chez les partenaires sociaux et dans la classe politique.
Lundi 27 juin
- Le groupe pharmaceutique américain Abbott lance un plan social sur son site dijonnais (ex Laboratoires Fournier). 64 postes seraient supprimés et une vingtaine d'emplois transférés à Bâle, en Suisse. Cette décision s'inscrit dans un plan de restructuration mondial du groupe qui envisage 3000 suppressions d'emplois dans le monde d'ici à 2012.
Henri Valois.
 
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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 18:35

Orwell et la question de la liberté

En me plongeant à nouveau dans l’excellent livre de Jean-Claude Michéa, Orwell anarchiste-tory [1], je trouve ce passage plein d'intelligence sur la liberté chez l’auteur de 1984. Tout y est dit, ou presque, en quelques paragraphes. D’abord ce que n’était pas la liberté pour Orwell : cette petite révolte sèche, immature, adolescente, pleine de ressentiment, cette stérile poussée de l’ego qui sent son Sartre, son Gide, et avant eux, son Kant et son Rousseau. Le rappel de Goethe (« l’esprit qui toujours nie ») est particulièrement bien vu (il est vrai qu’il y avait un peu de Méphistophélès chez Sartre, un côté pion diabolique !). Face à cette liberté racornie, presque mort-née, on trouve d’emblée le concept orwellien sympathique. On devine qu’il émane d’un homme qui a vécu ailleurs que dans les livres, au contact du peuple et des combattants, et qui a eu l’occasion de s’interroger à de multiples reprises sur l’utilité de la liberté. La liberté, pourquoi faire ? Pour vivre, simplement, à son gré, à son aise, répond Orwell. Vivre debout, parmi les siens, au sein d’un peuple libre.
Paul Gilbert.

 

Animal Farm et 1984 (les deux romans qui ont valu à Orwell sa célébrité internationale) doivent naturellement être lus comme une défense intransigeante de la liberté individuelle et une exhortation à refuser toutes les formes de l’oppression totalitaire. C’est là leur sens premier et le plus évident. Il y a cependant, dans ce constat indiscutable, l’origine d’une partie des malentendus dont l’œuvre d’Orwell continue à être l’objet. Nous avons tendance, en effet, probablement sous l’influence plus ou moins consciente de Sartre, à nous représenter la liberté comme ce pouvoir métaphysique qu’aurait l’homme de « nier » toute situation constituée, de « transcender » le donné, en un mot, de « s’arracher » à tout ce qui est. Ce pouvoir est généralement présenté comme le fondement de la dignité de l’homme (en le séparant par exemple du monde animal) et comme la source de ses droits politiques. Dans cette optique, qui remonte en fait à Rousseau et à Kant, le combat pour la liberté a donc pour socle, plus ou moins bien explicité, l’aptitude de l’homme à se déraciner perpétuellement.

Chez Orwell, l’intuition ordinaire qui supporte son concept de liberté est d’un ordre passablement différent. Avec lui, nous n’avons plus affaire à un imaginaire de « l’arrachement », à une figure quelconque du combat héroïque du sujet contre lui-même et contre les pesanteurs du donné ; ce qui est en jeu tout au contraire, c’est une problématique du « lien » et de « l’attachement ».

Ainsi, dans The Lion and the Unicorn [2], après avoir pris soin de distinguer la liberté qu’il faut défendre de cette « liberté économique qui est le droit d’exploiter les autres à son profit », il en décrit quelques formes typiquement anglaises de la manière suivante : « C’est la liberté d’avoir un intérieur à soi (a home of your own), de faire ce que vous voulez du temps libre, de choisir vos distractions au lieu qu’elles soient choisies pour vous d’en haut. » Et les horizons concrets de cette liberté incarnée, ce sont, par exemple, « le pub, le match de football, le jardinet derrière la maison, le coin de la cheminée et the nice cup of tea [3] ». Ainsi définie, la liberté n’est nullement le fait de « l’esprit qui toujours nie » (selon la formule de Goethe reprise par Hegel). Elle est d’abord, pour chaque individu comme pour chaque communauté, une somme de fidélités et d’habitudes composant un univers personnel qu’il s’agit à la fois de protéger et de partager. Son principe n’a donc rien à voir avec la révolte orgueilleuse de celui qui s’insurge contre la totalité de l’existant. Le désir d’être libre ne procède pas de l’insatisfaction ni du ressentiment mais d’abord de la capacité d’affirmer et d’aimer, c’est-à-dire de s’attacher à des êtres, à des lieux, à des objets, à des manières de vivre.

Tout cela explique pourquoi, chez Orwell, l’expérience de la liberté n’est pas séparable de la common decency, c’est-à-dire de ce jeu d’échanges subtil et compliqué qui fonde à la fois nos relations bienveillantes à autrui, notre respect de la nature et, d’une manière générale, notre sens intuitif de ce qui est dû à chacun. C’est en somme la même réalité substantielle mais exprimée sous deux attributs différents en une infinité de modes. Et le creuset où toutes ces institutions de base viennent se fondre, c’est « la sociabilité primaire », cette instance de la civilité quotidienne dont l’univers des travailleurs et des humbles est apparu à Orwell comme le support privilégié au sein du monde moderne.

Jean-Claude Michea.



[1]. Jean-Claude Michéa, Orwell Anarchiste-Tory (Climats, 1995).
[2]. George Orwell, Le Lion et la Licorne, in Chroniques du temps de la guerre 1941, 1943 (Editions Gérard Lebovici, 1988).  
[3]. Le Lion et la Licorne. On notera que pour Orwell la liberté ne peut donc jamais être décrite indépendamment de ses formes d’inscription dans une culture donnée.
 
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la Revue critique des idées et des livres - dans Idées
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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 14:22
En guise de conclusion...
LOUIS-XIV-statut-equestre-Louvre-copie-1.jpg

 

Après avoir consacré trois beaux articles à la Méditerranée et aux couleurs diverses qu’elle prend chez Braudel, Jean-Claude Adrian nous livre une conclusion. Et cette conclusion est politique. C’est un programme ou plutôt c’est un manifeste. Dans cet espace méditerranéen dont les lignes bougent à nouveau et qui va rester un des centres, si ce n’est le centre du monde qui vient, la France a sa place et elle peut avoir un grand dessein. Ce dessein n’est ni atlantique, ni asiatique, il est européen, latin et donc universel. Il participe d’un monde qui retrouve ses repères, ses lignes de force, ses frontières qui protègent et qui personnalisent, ses mers et ses océans qui unissent et qui humanisent. Ce dessein français est possible, sous des conditions qui nous sont – somme toute - assez familières lorsque nous avons fait le pari du renouveau et de la grandeur : une nation unie, un Etat fort, des idées susceptibles d’entrainer l’adhésion de tout un continent et de susciter des amitiés partout dans le monde.

Le projet de Jean-Claude Adrian n’est pas complètement le nôtre ? Peu importe. Il y a dans cette libre revue des opinions de toutes natures touchant à l’histoire, à la philosophie, aux religions, jusqu’à la littérature, jusqu’à l’art, jusqu’à la musique. Alors pourquoi pas en politique ? Nous comptons parmi nous des royalistes, quelques-uns républicains, sans parler des socialistes et des libertaires. Le colbertisme de notre ami Adrian est sans doute un peu trop « jacobin » à notre goût. Nous lui voudrions des couleurs plus traditionnelles, plus régionales, plus représentatives de cette diversité française qui est une force et une richesse. Ce colbertisme ne va pas de soi, il a besoin d’être soutenu, tisonné, aiguillonné et nous voudrions être sûrs que les institutions de la Ve République ont encore le ressort suffisant pour donner cette impulsion dans la durée. Quant à l’Europe puissance qu’il décrit, avec son euro et ses « autorités » politique et financière, elle ressemble un peu trop à celle qui se défait actuellement sous nos yeux. Nous pensons que l’ère des empires est révolue – en tous cas pour un temps – et nous  avons en tête une autre Europe, une libre confédération d’Etats souverains, à partir de laquelle la France pourrait manœuvrer et grandir dans le reste du monde.

Ces différences existent, elles ont leur importance. Mais pour l’essentiel l’ambition est la même et les conditions de sa réalisation sont partagées. Nous œuvrons dans la même direction.

R. C.

 

 

 

Un grand dessein français, la Romanité retrouvée

 

Buvons un coup, buvons en deux
A la santé des amoureux
A la santé du Roi de France,
Et merde pour le Roi d'Angleterre,
Qui nous a déclaré la guerre. 
Air connu.

Le génie d'un peuple a beau plier sous une influence étrangère, il se redresse; car elle est temporelle et il est éternel.
Hyppolyte Taine, Philosophie de l’art, t. 2, 1865.

 

Avec l’esprit de panache qui dans nos meilleures heures nous donne cet air hardi inimitable, les marins français répondent à l’agression anglaise.

Aujourd’hui, mauvais temps pour la France. L’air corrosif attaque les deux piliers de notre génie, l’Etat, la culture.

L’Etat « a fabriqué la France, lui a donné son espace, ses frontières, sa langue » (Braudel). Partout, il dépérit, la volonté politique cède devant la toute puissance de l’économie. Le citoyen qui exerçait le pouvoir à travers la souveraineté collective n’est plus qu’un individu nombriliste.

La culture française a rayonné sur le Monde, tenu des siècles durant la première place, à la Renaissance, du milieu du règne de Louis XIV jusqu’aux années cinquante. Quel rôle joue-t-elle aujourd’hui dans un monde indifférencié où le présent, tel un trou noir, absorbe le passé et l’avenir ? Sans repère historique, la culture, c’est le journal télévisé et Facebook.

*

*   *

 

L’esprit de panache vient à notre rescousse, la France se sauvera en s’engageant, à nouveau, dans un grand dessein.

Mais avant, il s’agit de se rassembler, tel un perchiste s’élançant vers la barre à six mètres pour conquérir la médaille d’or, d’imiter Mirabeau qui, nous dit Michelet, « se ramassa sur lui-même, comme le lion qui médite un bond »

Être français n’est pas un état civil mais un état d’esprit. Résistons aux modes, engouements, dérives sociétales, à la repentance, au culte de l’Autre, aux fausses idées ; le fonds de notre population est présent depuis des millénaires ; l’immigration, européenne, n’a commencé qu’à la fin du dix neuvième siècle.

Réhabilitons notre héritage historique et culturel. Chacun s’inscrivant dans la continuité française prend place dans une Histoire plus vieille que lui, se réapproprie son passé, sa culture. Ainsi, selon le beau mot d’Ortega Y Gasset, se constitue un « peuple qui circule dans tout son temps », matrice d’une élite soucieuse de l’intérêt national. Un geste symbolique, la restauration d’un véritable service militaire, creuset à la française.

Politiquement, la France reste une puissance militaire, diplomatique, économique, culturelle. La Défense Nationale est une priorité budgétaire. La force de frappe sera maintenue, non en l’état, mais constamment modernisée afin que nous restions la troisième puissance nucléaire mondiale. La sortie de la structure militaire intégrée de l’OTAN décidée. Le choix en faveur du nucléaire civil, garant de notre indépendance énergétique est renouvelé. Notre politique étrangère s’appuiera sur le rayonnement de nos Ambassades, Centres Culturels, Lycées français, …..

Economiquement, rompons avec la pensée économique dominante. Renouons avec le Colbertisme, système économique le plus conforme au génie de notre pays où l’Etat a joué un rôle prépondérant. Lui seul, peut permettre à la France de se donner les moyens nécessaires à la poursuite d'un grand dessein.

Inefficace, le colbertisme, à la base des Trente Glorieuses ? Dépassé par le libéralisme responsable de notre désindustrialisation ? Inadapté à l’époque moderne ?

Rappelons l’action de Colbert. Certes, il n'était pas aimable. Mais ce mal aimé crée l’administration française avec le réseau des intendants, réorganise les provinces. Le Roi règne et gouverne le royaume depuis Versailles, où il assigne la noblesse à résidence ; la réaction nobiliaire de la Fronde est vaincue. Il jette les bases de l’industrie française avec les manufactures royales, tel Saint-Gobain, où travaillent des centaines d’ouvriers organisés en corporations qui veillent à la qualité de la fabrication. Il développe un réseau d’infrastructures, routière et fluviale (le canal du Midi), favorise l’essor de la marine de guerre et marchande française qui devient la première du monde. Il finance les guerres de Louis XIV en maîtrisant la dette (les guerres coûtant dix fois plus que de la construction de Versailles).

*

*   *

 

Quels seraient les grands axes d’une politique colbertiste moderne ?

- restaurer l’Etat jacobin interventionniste. Sans déclarations tapageuses et d’annonces provocatrices. En mettant de la viscosité dans la fluidité de l’économie. Puisque l’Etat, ce sont les fonctionnaires, négocier avec eux sur la base d’un contrat: être moins nombreux, mieux payés, accepter d’être notés sur les résultats – cela valant pour l’Education Nationale, un professeur bien noté étant plus respecté du corps social, donc des élèves.

- pratiquer un patriotisme économique, fondé sur une dose de protectionnisme et de préférence nationale, intelligent, discret, efficace. En sélectionnant nos interventions : les entreprises françaises rachètent plus de firmes étrangères que l’inverse – ne pas confondre protectionnisme avec le « care » !

- oser une politique industrielle, en rejetant le mythe des services créateurs d’emploi. Inciter les entreprises à relocaliser une partie de leurs centres de production.

- échapper à la férule de l’Organisation Mondiale du Commerce, le bras armé mondial du libre-échangisme. Ainsi, entre un Marché Commun méditerranéen, dont la France favoriserait l’instauration, et l’Europe, l’on pourrait négocier des accords commerciaux et douaniers, en s’exonérant des dictats de l’OMC

- parier sur l’intelligence. Le budget de la recherche doit être considérablement augmenté, l’Université rénovée. Les moyens financiers existent, des arbitrages s’imposent

- travailler plus, abandonner les 35 heures, néfastes pour l’économie.

- s’appuyer sur les corps intermédiaires, comme Colbert sur les corporations. Ainsi, favoriser les syndicats avec lesquels il faudra négocier.

*

*   *

 

Comme Colbert a financé les guerres de Louis XIV, ce Colbertisme nouvelle manière supporterait les coûts élevés du grand dessein que la « Nation turbulente » se donnerait. 

 

Lequel ? Examinons quelques possibilités.

- L’Occident. Nous nous incorporons à un vaste groupe fondé sur une supposée communauté de valeurs entre les Etats Unis et l’Europe de l’Ouest, le libéralisme politique et économique. Devenant les vassaux d’un suzerain chancelant, nous aurions le déshonneur et la décadence. A oublier.

- Le libéralisme à tout va. Selon ses partisans, nous le critiquons sans le connaître, faute de ne l’avoir pratiqué qu’avec timidité. Ils feignent d’oublier l’impossibilité d’acclimater dans un pays où l’Etat est essentiel une doctrine qui prône son effacement dans la vie économique. De plus, ils omettent de remarquer que les expériences de Reagan et Margaret Thatcher se sont déroulées avant la mondialisation et l’émergence de la Chine, de l’Inde et du Brésil. Hors sujet.

- La Nation dominante des « cigales du Sud ». La zone Euro éclate ; deux groupes se constituent, les fourmis industrieuses du Nord, autour de l’Allemagne ; les laissés pour compte, autour de la France. Cela rappelle feue l’Union Latine dissoute en 1927 sur un constat d’échec (notons que la Grande-Bretagne et l’Allemagne étaient restées en-dehors).

Nous éloignant du centre de l’économie-monde, nous deviendrions un pays de deuxième ordre, le niveau et la qualité de vie baisseraient. Isolé du monde germanique, tourné vers le monde arabe, cet ensemble romprait avec ce qui est l’une de nos forces et originalités, la synthèse des apports latin, celte et germain. Il s’engagerait dans un dialogue étroit avec l’islam, civilisation distante, sinon hostile, l’avenir des « printemps arabes » restant en suspens. Artificiel ; déjà dépassé.

- La tête de pont de la démondialisation. Là, c’est un avenir possible que nous proposent, avec des arguments solides, structurés, des économistes de talent, tel Jacques Sapir. Le scénario repose sur un triptyque, dévaluation, protectionnisme, réglementation. Il évoque le combat mené par de Gaulle contre le dollar et le recyclage du déficit américain en eurodollars. Nous voilà en terrain connu, pensons-nous.

Pas tout à fait. Dévaluations et réglementations ont été très utilisées par la France de la IVe République, mais la Ve rompît avec ce tandem. La dévaluation de 1959 fût accompagnée du Plan Rueff-Armand de modernisation et d’ouverture de notre économie, le Nouveau Franc symbolisant l’ambition retrouvée. De Gaulle, qui passait pour un adversaire de l’Europe, ratifia le Traité de Rome de 1957 et lança la France dans l’aventure de la concurrence - sans abolir toute réglementation. Quant à la lutte contre le dollar, qui sait si le Général ne verrait pas dans l’euro une arme plus efficace que l’étalon-or ?

- Alors, l’Europe quand même ? Oui, mais pas n’importe laquelle.

Nous vivons la crise constitutive de l’Europe. Elle ne se construira ni par « le fer et le feu » comme l’Allemagne de Bismarck, ni dans la douce euphorie rêvée par les europhiles béats. Comme toutes les grandes réalisations politiques, elle naîtra dans la violence, celle de la plus grave crise financière de l’après-guerre.

Trichet, les grands banquiers sont trop intelligents et bien placés pour s’illusionner sur la capacité de remboursement de la Grèce. Ils décaissent des milliards pour acheter du temps, tel un trader d’option sur les marchés.

Du temps, pour quoi ? Profiter de la crise et de l’urgence vitale à la résoudre, en couronnant l’euro d’une autorité politique et financière, volontairement oubliée lors de sa création.

Souverainistes, vous croyez à leur implosion, vous aurez plus d’euro et d’Europe !

Nombreux, nous avons espéré une autre Histoire, et nous voici confrontés à une alternative historique. L’enjeu ? La survie en tant que Nation, le mode de vie de chacun d’entre nous.

- D’un côté, la France ne peut rester en-dehors de l’Histoire, ou ce ne sera plus la France.

- De l’autre, dès le XIIIème siècle, le juriste Jean de Blanot proclame que « le Roi de France est empereur en son royaume ». Le ton est donné. La France placera son indépendance au-dessus de tout.

Comment concilier ces impératifs ? Une chicane s’ouvre. Trois virages.

1°) Avancer sans complexe. Se convaincre que l’Europe a plus besoin de la France que l’inverse – donc ne pas jouer petit bras. De Gaulle bluffait, pratiquait la « politique de la chaise vide ». Emportait la mise. A notre tour soyons intelligents. Comme depuis 1870, l’Allemagne sera sur notre chemin. Une Allemagne qui a gagné beaucoup de batailles mais perdu les guerres. Aujourd’hui encore, sa force est trompeuse, son modèle efficace sur le court terme seulement, sa démographie en berne. Mais allons vite. L’Histoire avance au grand galop en ces jours.

2°) Jouer notre atout. L’Europe ne peut s’inspirer d’aucun modèle. La voie américaine, création à partir de rien (« from scratch ») n’est pas transposable à une association d’Etats multi centenaires, batailleurs, concurrents, de style et de langues différents. D’où l’obligation d’inventer Or inventer, nous savons faire. La Monarchie Absolue, la Révolution, la Nation, les Droits de l’Homme, nous avons toujours été aux avant-gardes. Il nous revient d’imaginer, de concevoir la nouvelle architecture européenne, qui ressemblera plus à Versailles qu’à la porte de Brandebourg, de donner le ton, devant plus à Debussy ou Bizet qu’à Wagner.

3°) Imposer notre objectif : l’Europe, première puissance politique et économique mondiale, l’euro, monnaie de réserve internationale, la croissance, priorité de la BCE nouvelle – sinon, à quoi bon.

*

*   *

 

Mais qui guidera la France dans cette chicane délicate à négocier ? En 1806, Hegel avait vu passer "l’esprit du monde" à cheval ! Moins héroïque, nombre d’historiens estiment que le grand homme n’est que le délégué interchangeable d’une grande cause. Quelle que soit la vision retenue, nul héros ou délégué du grand dessein ne se profile à l’horizon.

Tout dépendra du monarque républicain de la Ve République ; il a plus de pouvoir qu’un Roi constitutionnel, dépasse le rôle d’arbitre [1]. Sera-t-il grandi par le grand dessein que la Nation chargera d’accomplir ?

*

*   *

 

Dernière interrogation. Comment tout au long du parcours susciter l’enthousiasme des français pour un grand dessein européen, alors que l’attitude de l’Europe évoque plus le Père Fouettard que Saint Nicolas, que beaucoup la jugent responsable de notre abaissement ?

- Tactiquement, assumer le paradoxe d’être le fer de lance d’une construction européenne à la française et de s’opposer à Bruxelles, au besoin en prenant des décisions scandaleusement incorrectes aux yeux des eurocrates inspirés par les démocraties du Nord de l’Europe, restaurer une hiérarchie gauloise entre les principes de plaisir et de précaution, avoir le courage de s’exonérer de manière unilatérale de la convention de Schengen et décider souverainement de notre politique de contrôle des flux migratoires, …

- Stratégiquement, expliquer que nous avons bien vécus parce que la France et l’Europe avaient formé, grâce à leur expansion commerciale et coloniale, une économie-monde dominante, berceau historique du capitalisme. Plus tard, les Etats-Unis la rejoignirent et en devinrent le centre. Les avantages du centre rejaillissaient sur la France, même légèrement décalée, accumulation de richesse, pouvoir, savoir, en raison d’une division internationale du travail favorable.

De nouvelles puissances émergeant, la Chine, notamment, l’économie-monde occidentale a perdu sa suprématie. Le capitalisme a profité de la mondialisation pour organiser, avec succès, une nouvelle division du travail visant à la restauration des profits. 

Une Europe puissante, interventionniste et raisonnablement protectionniste – colbertiste en un mot- seule peut casser cette mécanique, reprendre la main sur les marchés financier, restaurer, non plus les profits, mais le niveau de vie des peuples européens.

 

Allons plus loin, puisque cette série d’articles a été placée sous l’égide de la Méditerranée et de ses civilisations. Cette Europe rayonnante, équilibrée entre le Nord et le Sud, c’est notre vieille civilisation, plus de deux fois millénaire, restaurée, la Romanité latine puis chrétienne, avec la France comme pivot culturel et politique.

Jean-Claude Adrian.



[1]« Il y a un président de la République, élu au suffrage universel, qui définit les grandes orientations de la politique nationale. Il y a un Premier ministre, nommé par le président de la République, qui dirige le gouvernement et il y a une majorité qui soutient le gouvernement » - déclaration de Raymond Barre.


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la Revue critique des idées et des livres - dans Idées
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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 08:36

Après le bourrage de crâne

Le sommet de Bruxelles a jeté ses derniers feux et la fanfare médiatique qui l’a bruyamment accompagné pendant trois jours est passée. Il va être enfin possible de commenter l’évènement avec un peu plus d’objectivité et de sérénité. Et de mesurer ce qu’il y a d’utile et d’artificiel dans l’accord trouvé vendredi dernier.

Après une semaine d’angoisse, c’est d’abord avec soulagement que les milieux économiques ont accueilli le nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Le montant des financements mobilisés – 160 milliards d’euros – était là pour frapper les esprits et il a très vite fait le tour des marchés. De la même façon, les opérateurs ont été rassurés par le niveau relativement modeste des «contributions volontaires » demandées au secteur privé – de l’ordre de 50 milliards d’euros – alors que les Allemands, vibrants promoteurs de cette mesure, avaient laissé filtrer un chiffre de plus du double. A Bruxelles et à Athènes, on soulignait à l’envie que les besoins de financement grecs étaient désormais couverts jusqu’en 2020, même si personne n’était réellement en mesure de confirmer ce calcul. En bref, on a eu très peur et on a pris pour argent comptant tous les signes favorables et toutes les bonnes nouvelles qui passaient. L’heure était à la méthode Coué.

Il n’est pas sûr que cette bonne impression persiste. Dès vendredi soir, l’agence de notation Fitch envoyait un premier signal d’alerte en plaçant la dette grecque en « défaut partiel », ce qui commençait à troubler la fête. Lundi, c’est l’agence Moody’s qui procédait à la même décote [1]. On sait que les conseils des autres agences de notation doivent se réunir cette semaine pour décider si elles emboitent ou non le pas. Sur les marchés, les indices n’ont repris qu’une partie du terrain perdu depuis huit jours et les opérateurs restent prudents. L’euro retrouvait un peu de couleur lundi à clôture des bourses, sans toutefois remonter au-dessus du cours d’1,44 dollar. Visiblement, la situation reste marquée par énormément d’incertitudes, à commencer par les mauvaises nouvelles qui viennent d’Amérique. On verra dans les jours qui viennent dans quel sens tourne le vent.

D’ici là, les premiers commentaires que l’on peut faire à froid restent en ligne avec ce que nous avions indiqué ici mardi dernier (La Revue Critique du 19 juillet). La réunion de Bruxelles avait pour premier – et d’ailleurs unique – objectif d’éteindre l’incendie, en repoussant à plus tard les solutions de fond sur lesquelles tout le monde diverge. Elle a rempli assez complètement sa mission. A ceci près que les engagements financiers publics ne sont pas aussi colossaux que les communiqués veulent bien le dire. Si l’on retire des 160 milliards d’euros annoncés la part des fonds privés ainsi que des financements déjà acquis dans le cadre du premier plan de mai 2010 – 45 milliards d’euros – l’apport net est d’environ 65 milliards d’euros. Si l’on ajoute à cela qu’il s’agit de prêts, rémunérés presque normalement, et que les Etats n’interviennent que sous forme de garanties, on a une vision plus juste des risques encourus par les pays de l’Euroland. On sait que l’Allemagne et les Pays Bas ont veillé de près à ce que les effets de ces mesures restent très raisonnables.

Tous les commentateurs confirment également que l’accord s’est fait autour des positions allemandes et que Mme Merkel a presque toujours imposé ses vues. Au grand dam de la Commission et des doctrinaires de l’euro, les dirigeants européens ont fini par admettre que la Grèce était dans l’incapacité de rembourser sa dette et que les mesures d’austérité mises en place en 2010 étaient totalement absurdes. La dette d’Athènes sera profondément restructurée, malgré l’opposition de la BCE et du lobby des banques. Ses emprunts seront lissés sur un beaucoup plus grand nombre d’années, ses taux d’intérêt fortement abaissés et des dispositions seront prises pour relancer l’économie grecque. Quant aux créanciers privés, que Berlin considère comme largement responsables de la situation actuelle, ils devront racheter à leurs risques une partie de la dette publique grecque. Enfin, ultime point sur lequel l’Allemagne a pesé de tout son poids, toute idée de « communautarisation » de la dette publique via le recours à des « eurobonds » est définitivement écartée, à la consternation des fédéralistes de tous poils.

Pour la BCE et M. Trichet, la potion est particulièrement difficile à avaler. On sait que le Président de la Banque Centrale Européenne a eu, à plusieurs reprises, la tentation de quitter la table des négociations. En particulier lorsque les Etats membres, sous la pression de l’Allemagne, ont admis le risque d’un « défaut partiel » de la Grèce. C’est toute une conception de l’Europe, de la monnaie unique et du rôle de la BCE qui est soudainement partie en fumée. M. Trichet s’est un peu consolé en défendant les intérêts des banques privées et en obtenant que leur contribution se limite au dossier grec. Mais pour combien de temps ? Quant au FMI, il n’a pas particulièrement brillé par sa présence. Il est vrai que Mme Lagarde a un peu de mal à prendre le tempo de ses nouvelles fonctions : il y a quelques jours encore elle appelait les Grecs à respecter les mesures d’austérité imposées par le FMI et voilà qu’on lui demande de voter un plan qui prend le contre-pied de ces mesures et redonne des marges à Athènes. On comprend qu’elle n’ait pas été en situation de dire combien le FMI apporterait à ce nouveau plan !

Et la France ? Egal à lui-même, M. Sarkozy a agi comme s’il était à l’origine de toutes les décisions. Il a surtout revendiqué le renforcement du fonds de sauvegarde crée en mai 2010, lors du premier plan grec, en évoquant « l’amorce d’un fonds monétaire européen ». Mais que pèserait ce Fonds européen de stabilité financière (FESF), même doté de 440 milliards d’euros – en cas de défauts de paiement cumulés du Portugal et de l’Irlande ou de crise financière majeure de l’Espagne ou de l’Italie [2] ? Rien, à peu près rien. Surtout avec les conditions que Berlin et Bruxelles ont posées à son utilisation. L’autre mesure préconisée par M. Sarkozy, celle d’une taxe acquittée par l’ensemble des banques pour alimenter le FESF, s’est heurtée à l’hostilité des milieux financiers et Mme Merkel l’a écartée d’entrée de jeu parce qu’elle pouvait donner au FESF une trop grande autonomie vis-à-vis des Etats.   

Rien n’est donc vraiment réglé, ni au plan financier, ni sur le fond. Si un certain nombre de tabous sont tombés, et notamment celui des plans d’austérité qu’on cherche depuis deux ans à imposer à l’ensemble de l’Europe, le ressort essentiel de la crise n’est pas mis en avant. On sent toutefois qu’il est sur le bout des lèvres. Mais comment l’Allemagne pourrait-elle reconnaitre que le fonds de l’affaire réside dans la conception même de l’euro qu’elle a cherché à imposer à l’Euroland ? Un euro qui n’est compatible qu’avec la puissance industrielle allemande et avec les contraintes de compétitivité qu’elle seule – ou à peu près – peut accepter. Un euro qui asphyxie progressivement le reste du continent et notamment les pays faiblement industrialisés du sud qui n’ont pas d’autres choix que la faillite ou la régression sociale. Voilà la réalité sur laquelle les dirigeants européens se cachent les yeux – pour quelques temps encore – mais qui finira assez vite par les rattraper. C’est pour cela que l’on peut dire, sans beaucoup de risque d’être démenti, que le 21 juillet aura été un sommet européen comme les autres.

L’été grec n’est pas pour autant terminé. Les annonces faites vendredi dernier doivent être encore ratifiées dans les différentes capitales et Mme Merkel sait que la compatibilité des plans de sauvegarde de la Grèce avec les traités européens fait débat en Allemagne [3] et que la Cour constitutionnelle de Francfort s’en est déjà saisie. Les autres fronts nuageux se situent à Lisbonne, à Dublin, à Madrid et, dans une moindre mesure, à Rome. Les analystes financiers constatent en ce début de semaine que le plan grec n’a pas fait baisser la pression sur les taux d’intérêt qui rémunèrent la dette de ces pays. Ils ont même tendance à poursuivre leur ascension [4]. En cas de contagion de la crise grecque, il n’y a aucune raison pour que ces quatre Etat-membres ne demandent pas à bénéficier du même traitement qu’Athènes : défaut partiel de paiement, contribution massive du fonds de stabilité et des créditeurs privés. Vu l’énormité des besoins financiers en jeu, c’est tout l’équilibre de l’accord trouvé vendredi dernier à Bruxelles qui serait remis en cause. On risque alors de s’acheminer rapidement vers une explosion de la zone euro.

L’Allemagne le sait. Elle a clairement fait son deuil de la monnaie unique et elle plaidera de plus en plus ouvertement pour sa disparition à plus ou moins brève échéance [5]. En brisant le tabou du défaut de paiement – aujourd’hui pour la Grèce, demain pour tous les autres pays en crise –, en limitant dans le même temps le recours aux fonds publics et la « communautarisation» du dossier des dettes souveraines, elle a orienté le débat vers la solution qui s’imposera d’elle-même demain : la sortie de l’euro des pays fragiles, la constitution d’une nouvelle zone mark, la vassalisation progressive de l’économie française dans le cadre de cette zone mark. Le piège se referme pour la France. Ou elle continue à rêver d’un modèle d’Europe fédérale qui a fait son temps ou elle reprend son destin en main en sortant au plus vite de la nasse de l’euro. Il nous reste peu de temps pour réfléchir, guère plus pour agir.

François Renié.

 


[1].  Moody’s estime, comme beaucoup d’autres analystes financiers, que le nouveau plan de sauvetage est trop faible et trop restreint. Son impact sur la réduction de la dette grecque est beaucoup trop limité (moins de 20%, alors qu’il faudrait réduire la dette d’au moins 40% pour sortir l’économie grecque de l’asphyxie)

[2]. Les analystes financiers estiment à plus de 2 000 milliards d’euros les besoins de financement en cas de crise de la dette italienne. Sans compter l’effet domino d’une telle crise sur l’ensemble des économies européenne.

[3]. Mme Merkel doit composer avec l’aile libérale de sa majorité qui s’oppose farouchement à toute idée de « fédéralisation des dettes souveraines » ainsi qu’avec les eurosceptiques qui pèsent de plus en plus lourd au sein de la CDU/CSU.

[4]. Les bourses de Milan et de Madrid étaient en forte baisse mardi matin et les taux d’intérêt des dettes espagnoles, italiennes et portugaises repartaient nettement à la hausse.

[5]. Il est savoureux de découvrir que le feuilleton d’été du journal Le Monde s’intitule «Terminus pour l’euro» et qu’il envisage ce scénario sous forme de fiction. Comme quoi, même chez les "cabris", cette perspective travaille les esprits.


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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 21:49
L'été en enfer
Napoléon III dans la débâcle
 
de Nicolas Chaudun
Mis en ligne : [25-07-2011]
Domaine : Histoire
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Nicolas Chaudun, né en 1962, est écrivain et éditeur. Il a dirigé la rédaction de Beaux-Arts Magazine avant de créer sa propre maison d'édition d’art. Il a récemment publié : Le Promeneur de la Petite Ceinture (Actes Sud, 2003), La Majesté des centaures (Actes Sud, 2006), Haussmann, Georges Eugène, préfet-baron de la Seine (Actes Sud, 2009).  



Nicolas Chaudun, L'été en enfer, Napoléon III dans la débâcle. Paris, Actes Sud, janvier 2011, 176 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Août 1870, l'armée impériale est pulvérisée, le trône renversé, le territoire envahi. L'effondrement instantané du Second Empire abasourdit l'Europe entière ; il inaugure pour la France un siècle de déclin convulsif. On a beaucoup glosé depuis, et d'autant plus que la gabegie du printemps 1940 a reproduit en détail la "débâcle" de l' "année terrible". Dans cette avalanche de commentaires, rien sur l'empereur. Rien, sinon cette sempiternelle rengaine d'un souverain défait, errant sur les champs de bataille en quête d'une mort qui lui épargnerait le déshonneur. L'inanité d'un chef dépossédé du pouvoir, puis dépouillé du commandement militaire, peut justifier ce silence. L'impeccable réserve que s'imposèrent les compagnons d'infortune l'explique encore. Cependant, Napoléon III incarne ici le parfait héros des tragédies classiques. La prémonition du désastre mais aussi son acceptation, les souffrances physiques qu'il endure, une pierre grosse comme le poing lui obstrue la vessie, et la cruauté de ses relations avec l'impératrice soutiennent une tension dramatique qui s'installe dès le brutal début de la crise. Un règne s'alanguit sous le soleil de l'été, et soudain s'époumone dans une folle course à l'abîme. On croirait un roman ; ce n'est qu'une tranche d'histoire.
 
La critique de Jérôme Garcin. - Le Nouvel Observateur, 6 juillet 2011.
Et Napoléon III pleura... «Ca un empereur? En voilà une bête!» L'exclamation répugnée est d'une lavandière de Raucourt (Lorraine) qui, le 30 août 1870, vient de laver le linge de Napoléon III. Souffrant de la maladie de la pierre et ravagé par la dysenterie, sa majesté s'en va par le bas. Il gargouille et coule. La veille, on l'a entendu pleurer. De douleur autant que de désespoir. Moins il est sur le trône, plus il est sur le pot. Le calvaire touche à sa fin. Dans trois jours, après le désastre de Sedan, il aura capitulé. Cela fait plus d'un mois que Napoléon le Petit se traîne et qu'on le traîne sur les lignes de front, battant sans cesse la retraite de Metz à Verdun et de Mourmelon à Tourteron. Dépossédé du pouvoir par la régente, l'impératrice Eugénie, qui lui interdit de revenir aux Tuileries et lui suggère de mourir sur le champ, démis du commandement suprême des armées, entouré de généraux incompétents, ignoré ou raillé par ses propres soldats, Napoléon III n'a plus rien d'un souverain. Même les canons Krupp et les fusils Dreyse ne veulent pas de lui. On dirait qu'ils ont pitié de cet homme de 62 ans au teint jaunâtre et aux cheveux blancs qui ressemble à un vieillard, et dont un calcul gros comme un calot d'agate obstrue la vessie.Il arrive aussi qu'on le sorte de sa calèche pour le hisser sur un cheval, alors qu'il souffre le martyre au moindre soubresaut. Le plus souvent, le roi mage somnole, assommé par l'opium, et toujours au bord du coma. Même sous le soleil d'août, il est couvert de châles et de paletots, avec des culottes bourrées de serviettes éponge. Il ne tremble pas de lâcheté, il grelotte de froid. Jour après jour, défaite après défaite, Nicolas Chaudun relate la marche funèbre de l'empereur. Dans son exercice de reconstitution, il a la précision d'un officier d'ordonnances, l'oeil d'un chirurgien, l'exactitude d'un météorologue et la justesse d'un écuyer. Il décrit la débâcle de la France à travers la faillite de son chef. Un chef humilié, dont seuls le cortège des voitures boueuses appartenant à ses maisons militaire et civile, l'escouade des piqueurs galonnés et la troupe de cuisiniers rappellent la hautaine fonction. Il ne mange plus, il se vomit. Il pisse du sang, lui qui ne supporte pas de verser celui de ses hommes. Quand il ne crie pas, il gémit. S'il parle, c'est pour reconnaître qu'il est en effet «bien délabré» et invoquer la fatalité. Au front, il semble moins lutter contre l'ennemi que contre son mal. D'ailleurs, personne ne le consulte plus, sauf les médecins. En attendant la mort, qui ne vient pas, il finit par se rendre à Guillaume de Prusse. Nicolas Chaudun a l'intelligence de ne pas jouer au justicier d'escalier. Il n'accable ni ne juge le vaincu de Sedan. Il lui suffit de montrer comment la chute du Second Empire s'incarne dans la déroute d'un cadavre ambulant. Aucun historien n'avait si bien écrit la relation journalière de cette agonie. Le plus étonnant est que Chaudun le fasse avec un tel brio. Comme si le style avait le pouvoir d'élever une débâcle pathétique à la hauteur d'une tragédie shakespearienne.

Recension. - Critiques de livres, mars 2011.
«Comment voulez-vous que les choses marchent dans ce pays ? L’Impératrice est légitimiste ; Morny est orléaniste ; moi-même je suis républicain ; il n’y a qu’un seul bonapartiste, c’est Persigny, mais il est fou» (p.90). C’est en ces termes que Napoléon III répondit, un jour, à un donneur de leçons qui, revendiquant une sorte de droit d’inventaire, lui détaillait chacune des lacunes du régime impérial. Cruellement fondée, la boutade rend compte d’une réalité persistante, qui ne fera que s’accentuer au cours de la débâcle.
Dans son dernier ouvrage L’Eté en enfer, l’ancien directeur de la rédaction de Beaux-Arts Magazine retrace la débâcle du Second Empire face à l’Allemagne nouvellement unifiée. Alors que la crise diplomatique entre les futurs belligérants avait d’abord été surmontée, elle fut ravivée in extremis. Si cuisante fut-elle, la défaite impériale qui s’ensuivit n’avait même pas été envisagée lors de la déclaration de guerre. S’abusant et abusant un Empereur souffrant, le Ministre Lebœuf affirma sans ambages : «nous sommes prêts, archiprêts ; (…) la lutte dût-elle durer deux ans, nous n’aurions pas un bouton de guêtre à acheter» (p.35). Les Français plastronnaient et se voyaient déjà déferler sur Berlin.
Pourtant, l’impréparation – voire l’amateurisme – était de mise. D’ailleurs, comme chacun le sait, le sort des armes fut tragiquement défavorable à l’armée française. «Début août, la France alignera quatre-cent-trente-cinq mille hommes en état de se battre ; l’Allemagne unifiée, pas loin du double». Du côté français, d’aucuns s’indignèrent de n’avoir «encore ni cantines ! ni ambulances ! ni voitures d’équipage pour les corps et les états-majors ! Tout est complètement dégarni» (p.56) ! L’armée manquait, il est vrai, de tout. Particulièrement lucide, dès le début de la conflagration, Napoléon III télégraphia à l’Impératrice : «rien n’est prêt, nous n’avons pas suffisamment de troupes, je nous considère comme d’avance perdus» (p.57).
La catastrophe que pressentait secrètement Napoléon III allait se concrétiser de façon fulgurante. Voguant funestement d’échec en désastre, l’Empereur continua de s’affaiblir physiquement. Souffrant de calculs rénaux, demeurés négligés envers et contre tout, le prince avait «dans les reins comme une pelote d’aiguilles qui lui perfor[ai]ent les intestins». Dès les premières chevauchées, nous raconte l’auteur, «il lui a fallu mettre pied à terre à plusieurs reprises ; par-delà les haies derrière lesquelles il s’isolait, on l’entendait à peine réfréner ses plaintes. Et au terme du premier simulacre d’offensive, il a éprouvé de telles difficultés à descendre de cheval que, une fois à terre, il a dû s’appuyer sur arbre, comme hors d’haleine» (pp.70-71).
Dans une très belle langue, l’auteur retranscrit la longue agonie du Second Empire ainsi que le terrible supplice du souverain. Pour ce faire, N. Chaudun rapporte notamment le témoignage de l’écrivain Paul Lindau : «je n’avais jamais vu une personnification si complète de l’apathie. Ce n’était pas une figure vivante, une figure humaine que je voyais, c’était un masque sans vie et sans expression. (…) je ne pouvais pas me persuader que la ruine que j’avais devant les yeux était l’homme dont la voix, quelques semaines auparavant, s’entendait d’un bout à l’autre du monde» (p.153). Défait, Napoléon III erre sur les champs de bataille en quête d’une mort qui lui épargnerait le déshonneur. D’abord dépossédé du pouvoir politique par son épouse la régente et les «Mamelouks» (p.61), l’Empereur sera ensuite privé du commandement militaire. Avec toute sa suite, au gré des retraites, il sera traîné par l’état-major comme un fardeau, «un boulet d’or» (p.104).
Semblable à «ces eaux grossies, qui emportent d’un même élan les glaces de l’hiver et l’arrogance des princes» (p.9), la débâcle du Second Empire parait annonciatrice d’une tragédie pire encore, celle de la Seconde Guerre mondiale. Rien dans la malheureuse campagne militaire de 1871 n’a su inspirer autre chose que colère et mépris auprès des soldats, si ce ne sont les charges héroïques de la cavalerie emmenée par Galliffet, auxquelles l’ennemi lui-même ne demeura pas insensible. «Depuis les hauteurs de la Marfée (…), écrit N. Chaudun, on observe l’assaut, puis son ressac. Guillaume Ier, pour l’heure roi de Prusse, ne lâche pas un instant sa lorgnette, ému d’un panache dont les dogues qui le flanquent, Moltke et Bismarck, n’ont que faire. Et quand, sans plus d’espoir de succès que de salut, les escadrons s’élancent pour l’ultime charge, le roi s’exclame : «Oh, les braves gens !» Des ordres fusent, des estafettes s’agitent : il faut que les honneurs soient rendus aux miraculés de cet élan désespéré. De fait, quand Galliffet et ses diables bigarrés s’esquivent à nouveau, le 81e régiment d’infanterie prussienne qui les tient à sa portée suspend son feu. Crânement, chasseurs et hussards saluent du bout du sabre et de ce cri : «Vive l’Empereur !» C’en est fait. Jamais plus soldat français ne s’égosillera de la sorte» (p.133).
 
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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 22:53
Louange de Paris
             (fragment)
 
 
O Paris ! ô couronne ! ô fleur !
J'ai quitté mon ciel et ma mère,
Ma mère et sa pâle douleur,
Mon ciel, le plus pur de la terre !

Et, depuis, si j'ai regretté
Et ma Provence et ma jeunesse,
Chaque fois, Paris, ta beauté
M'a séparé de ma tristesse!...

Tes bois, tes parcs m'ont révélé
La grandeur de l'âme française,
L'ordre par le rythme voilé,
La force qu'une grâce apaise !

Mais je fus aussi pénétré,
O Paris, de clartés intimes,
Et l'amour que tu m'as montré.
M'aura conduit sur d'autres cimes !

Car, sous ton ciel, le sentiment
Comme une fleur embaume et passe
Et tu recherches seulement
Le plaisir de toute une race !

Et j'ai subi l'enchantement
Que tu verses aux cœurs, ô ville,
Qui revêts par ton mouvement
La splendeur d'un astre immobile !
 
jardin du luxembourg

 

Paul Souchon. (1874-1951), La Beauté de Paris. (1904)

 

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 22:08
Un été grec
 
Rien ne va plus ! L'Euroland retient son souffle. Le sommet européen prévu jeudi 21 juillet risque d'être celui de la dernière chance pour le "plan grec" et pour l'euro. S'il échoue, Athènes ne sera plus en situation d'honorer ses prochaines échéances et il y aura, selon toute vraisemblance, défaut de paiement. Alors ? Alors tout est possible, y compris la sortie de la Grèce de la zone euro, suivie sans doute d'assez près par celle du Portugal. D'autres vont même plus loin et envisagent un effet de domino sur l'ensemble des économies européennes. L'Irlande et l'Espagne, réputées fragiles, sont déjà dans la ligne de mire des marchés. Si la contagion devait atteindre l'Italie - dont le poids économique est hors de portée des mécanismes de sauvegarde européens - ce serait sans doute la fin de l'euro à brève échéance. Les banques françaises et allemandes paieraient alors au prix fort les conséquences de ce terrible été grec.
Quelles sont les chances pour que ce sommet débouche sur des décisions solides ? Assez minces, disent les spécialistes. En réalité, malgré les fausses informations diffusées par la presse européiste, les positions de l'Allemagne et de la Banque Centrale Européenne ne se sont pas rapprochées d'un iota. On est même tenté de penser qu'à Berlin on n'exclut plus du tout la perspective d'un défaut grec et qu'on est encore moins disposé qu'avant à faire payer le contribuable allemand pour sauver la mise des banques. La réunion des ministres des finances européens des 11 et 12 juillet, censée dessiner l'esquisse d'un compromis, s'est d'ailleurs conclue par un nouvel échec. Ce qui était impossible mardi dernier a peu de chance de devenir acceptable jeudi prochain. Mme Merkel n'avait-elle pas exclu de boycotter le sommet si celui ci devait se réduire à de vaines parlottes ?
L'attitude de l'Allemagne est parfaitement claire. Après avoir cédé un temps aux envoûtements de la monnaie unique, elle est maintenant persuadée que l'Euroland n'est pas viable à long terme. Les pays d'Europe du sud ne sont plus compétitifs, ils n'auront jamais les moyens de rembourser leur dette et les politiques d'austérité qu'on essaie de leur imposer va les déstabiliser davantage encore. La seule solution est leur sortie de l'euro et le recentrage de l'Euroland sur l'ancienne "zone mark". La Grèce, le Portugal et quelques autres n'échapperont pas à une restructuration de leur dette à très brève échéance. Dans ces conditions, on pense à Berlin qu'il est inutile de continuer à engager de l'argent public dans des mesures de renflouement complètement inefficaces.
On est également persuadé outre-Rhin que l'heure de vérité a sonné pour les banques La correction est devenu inévitable et les tests de performance réalisés la semaine dernière ont montré, qu'à l'exception de l'Espagne et de la Grèce, le système bancaire européen a les moyens de l'encaisser. Alors pourquoi attendre ? D'autant qu'on constate que certaines banques continuent à jouer un jeu trouble : en exigeant des Etats qu'ils  renflouent les pays fragiles afin de diminuer leurs risques, tout en alimentant la spéculation contre ces pays. D'où l'insistance de l'Allemagne à ce que les créditeurs privés participent au rétablissement des comptes des Etats qu'ils ont sinistrés. Sur ce point, Berlin ne capitulera pas, car il sait que la morale et la raison sont pour lui. Il est dommage que l'on n'ait pas pas adopté le même discours de fermeté à Paris !
Alors ? Alors il est vraisemblable que le sommet de jeudi débouchera sur un compromis boiteux et sur des mesures molles. Comme personne ne voudra perdre la face, on fera place aux demandes de chacun : l'Allemagne obtiendra, du moins en paroles, des garanties que les banques prendront leur part du fardeau grec, la BCE veillera, dans les termes de l'accord, à ce que cette participation privée soit la plus réduite possible. Quand à M. Sarkozy, on lui laissera faire le discours sur l'unité européenne retrouvée. Et rien de plus. Sur le fond, rien ne sera réglé. La fébrilité qui agite les marchés depuis quelques jours montre que ce scénario de sortie est le plus vraisemblable.
L'éclatement de la zone euro est à ce point inévitable qu'on commence, ici ou là, à chercher des boucs émissaires. Les Grecs sont naturellement tout désignés pour jouer ce rôle. Non contents d'avoir manger leur blé en herbe, ils ne jouent pas le jeu des mesures de rigueur qu'ils ont pourtant adoptés avec enthousiasme ! C'est en tous cas ce que pense Mme Lagarde. A peine installée dans son fauteuil doré du FMI, elle s'agite déjà dans tous les sens. "Il faut en faire plus", martèle-t-elle à l'intention des Grecs, dont les efforts sont jugés insuffisants. Plus de coupes sombres sociales, plus de privatisations, moins d'emplois publics et des salaires plus bas pour tous. Avec ce remède de cheval digne des Diafoirus, gageons que les malheureux Grecs seront bientôt morts et guéris. Mais pour sauver l'euro, Mme Lagarde est prête à combattre jusqu'au dernier grec !
Autre créature agité, M. Trichet. Lui aussi a envie de passer ses nerfs sur quelqu'un. Celui que les salles de marché ont affublé du surnom de "Foutrichet" pour sa gestion ubuesque des taux d'intérêt s'est trouvé de nouveaux ennemis : les Etats. Puisque les gouvernements de la zone euro n'ont voulu en faire qu'à leur tête, au point même d'imaginer de taxer les banques, ce sera à eux de payer l'addition du défaut grec. "J'ai prévenu plusieurs fois en détail les chefs d'Etat et de gouvernement qu'en cas de défaut de paiement d'un pays, la BCE ne pourra plus accepter ses obligations comme des garanties normales. Dans ces conditions, les gouvernements devraient alors eux-mêmes s'engager pour corriger la situation". "Ce sera leur devoir" s'est-il senti obligé de préciser. Quand aux banques, qui n'ont, comme tout le monde le sait, que des droits et aucun devoir, elles pourront continuer à dormir sur leurs magots et à faire tomber les bénéfices, comme avant. Quoi de plus normal !
On dit que M. Trichet, qui va sans doute faire les frais du sommet de jeudi, pourrait quitter plus vite que prévu la présidence de la BCE. Quant à Mme Lagarde, tout le monde attend avec intérêt - certains avec gourmandise - l'issue de ses démêlés avec la Cour de Justice de la République au sujet de l'affaire Tapie. Si ce triste été grec pouvait nous débarrasser  des Lagarde, des Trichet et de quelques autres faces de carême, il aurait au moins servi à quelque chose. 

François Renié.

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 08:30
Tous les grands ports ont
des jardins zoologiques                                               
de Marcel Thiry
Mis en ligne : [18-07-2011]
Domaine : Lettres  
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Marcel Thiry (1897-1977), poète et écrivain belge. Arrêtant ses études il s’engagea volontairement dans la Grande Guerre, et combattit sur le front russe. Après quoi, comme avait éclaté la Révolution de 1917, il dut faire un long périple pour rejoindre son pays : Sibérie, États-Unis... Cette expérience lui inspirera ses trois premiers recueils de poésie : Toi qui pâlis au nom de Vancouver, Plongeantes proues et L’Enfant prodigue. Il fut par la suite avocat, homme d’affaires, sénateur, continuant à publier abondamment poésies et romans.  Parmi ses derniers recueils : Le Jardin fixe (1969), Saison cinq et quatre proses (1969), L'Ego des neiges (1972), Songes et spélonques (1973), L'Encore (1975)
 

Marcel Thiry, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques, Paris, La Table Ronde, mars 2011, 435 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
"Comment, vous ne connaissez pas ? Ce n'est pas possible ! Un des plus remarquables poètes d'aujourd'hui ! " s'était exclamé Paul Éluard à propos de Marcel Thiry (1897-1977). La présente anthologie réunit plus de cent cinquante poèmes choisis parmi les dix-huit recueils qui composent une oeuvre d'une étonnante virtuosité prosodique construite à l'écart des grands courants poétiques de son temps. Tour à tour, ils mettent en lumière l'expérience du jeune soldat faisant le tour du monde malgré lui, le goût du voyage et le plaisir toujours intact de se perdre dans des villes étrangères, la célébration de l'amour de manière parfois très érotique, la conjugaison souvent pleine d'humour entre l'homme d'affaires, l'entrepreneur et le rêveur.
 
Présentation de Jean-Claude Pirotte, Lire - juin 2011
Quarante mille à ton compteur.

 

A Rethel au Sanglier,
A Meaux sous un néflier,
Où la table est-elle prête,
Où le soir où l'on s'arrête ?
 

 

Tu as tant mêlé tes routes
Que tu songes, que tu doutes
Si c'est Dôle ou si Auxonne
La tour où ton heure sonne.

 

Ce poème, je me le suis récité mille fois. Et il me semble, durant toute mon existence, n'avoir pérégriné que sur les traces de l'astrale automobile de Marcel Thiry. Et les noms sonores ou étouffés des lieux, villes et villages sonnent toujours dans ma mémoire comme si je les avais moi-même découverts, voire inventés avec leur charge sonore de romanesque :

 

Je nomme Carignan, je nomme Florenville
Sans dessein que de faire un écho à leurs noms,
Comme, pour faire au ciel sans couleur son répons,
La Lorraine accomplit sa tristesse inutile...
 


Et je cours à la rencontre de la poésie comme si ma propre vie en dépendait (et c'est au fond de cela qu'il s'agit) : je me redis la prose des forêts mortes en traversant les collines qui se chevauchent dans la haute vallée de la Marne, où s'élève la voix, dans mon souvenir, du courtier qu'il fut aussi par la force des choses : 


Tous les arbres que j'ai tués se mettront quelque jour à revenir,
Non tels que je les aurai mutés par commerciales métamorphoses,
Non pas distribués comme ils le sont par mes contrats et mes factures
Au large du grand monde avide et réceptif...
 

 

Et cette voix me poursuit entre les étagements des reliefs forestiers des pays d'entre-deux où règne encore un grand silence habité d'une longue mémoire, et j'entends ce dernier vers : 

 

C'est la vaste Vie qu'en la vivant j'aurai changée en éternité. 


Et puis je reprends ma route en compagnie de cette comptine qui ne me quitte pas : 

 

Quarante mille à ton compteur,
Encor combien pour le bonheur,
Cent cinquante pour Lunéville
Et pour la lune trois cent mille ; 

De Charleroi où je suis né
à Charleville pour dîner,
Les rois, les villes, les années,
A-t-on passé l'Epiphanie.

 

Et puis, un jour, je me décide pour le train où 

 

Les wagons de troisième étaient pleins de poètes 

 

et dans ces 

 

Wagons du mercredi, députés socialistes,
Courtiers en vrac, boursiers pavoisés de journaux,
Je me suis souvent mélangé à vos peuplades
Et, les yeux clos, parmi vos bancs de marchands tristes,
J'ai demandé l'absence à vos velours banaux...
 

 

Et je sais enfin qu'en soixante-seize (où je reçus dans mon havre clandestin la dernière lettre de Marcel Thiry) j'étais aussi là, fantôme inconsistant, dans ce train de Vichy à Paris : 

 

On est le trente et un mai mil neuf cent soixante-
Seize ; on est autrefois par la plaine française...
 

  
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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 22:53
Bucolique  
 
O toi qui me berças sous la vigne et les ormes
Et qui gonflas mon cœur de ce sang radieux,
Je t'inscrirai vivant en d'immortelles formes,
Mes vers auront la force et l'éclat de tes yeux

O mon père, le pré blanchi de fleurs brillantes,
Les épis parfumés du blé substantiel
Viennent, sous le soleil, baiser tes mains vaillantes,
— Tes calmes gerbes d'or ombrageront le ciel !

Sais-tu que ton regard auguste a la jeunesse
Des soleils printaniers, quand soudain tu souris ?
— Pour qu'un cœur de héros dans ma poitrine naisse,
Enfant, tu me guidais vers les lilas fleuris.

Quand les bouviers brunis sous leurs chemises blanches
M'apportaient un beau lys tombé sur les sillons
Une cigale chaude et vibrant sur les branches,
Des roses, des oiseaux, des fruits ou des grillons,

Tu souriais d'orgueil ! Ah! souris plus encore
Et longtemps vois jaunir et refleurir les bois ;
Sois fier ! sur le luth d'or et la flûte sonore
Toute ta race chante avec de belles voix !

 

Emmanuel Signoret. (1872-1900), Vers dorés. (1896)

 
CEZANNE Paul L'été 2

 

 

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 21:33
Ce cher George               ORWELL (George)
 
Le dossier George Orwell prend peu à peu de l’épaisseur. L’image que l’on avait de ce curieux socialiste s’est longtemps résumée à ses deux grands livres – 1984 et La Ferme des Animaux – et à l’épisode mythique du héros de la Guerre d’Espagne. Les essais publiés depuis une vingtaine d’années permettent maintenant de mieux saisir l’importance de l’écrivain et son apport original à l’histoire des idées. Orwell n’est pas seulement le prophète du totalitarisme et le dénonciateur des dérives révolutionnaires de son temps. C’est aussi un esprit positif, dont la doctrine s’est forgée moins au contact des livres que du peuple anglais, des humbles qu’il a côtoyés toute sa vie. Si Orwell a lu Marx, il en a retenu peu d’éléments. Son socialisme est largement pré-marxiste (ou postmarxiste). Il ressemble par beaucoup d’aspects à celui de Proudhon: c’est une morale des producteurs et une éthique de la vie en société. Sa doctrine dessine un monde d’hommes libres, dans lequel les nations et les traditions ont leur place, un monde qu’Orwell veut plus juste, meilleur, mais sans jamais sacrifier aux illusions du progrès et de la modernité. C’est en ce sens qu’il a pu se décrire lui-même comme un « anarchiste tory », un socialiste conservateur.
Ces essais récents permettent aussi de mieux comprendre les relations entre l’homme et son œuvre. Orwell était fait d’une seule pièce. Tous ceux qui l’ont connu confirment l’unité profonde qui existait chez lui entre le penseur, l’écrivain et l’homme d’action. Sa vie durant, il a sacrifié aux mêmes principes. Il ne pouvait pas imaginer la politique autrement qu’au service des gens simples et il avait les politiciens et leurs discours en horreur. La malhonnêteté intellectuelle le révulsait profondément. Il mettait dans le même sac les snobs de la gauche radicale et la social-démocratie « mielleuse ». La guerre d’Espagne l’avait définitivement vacciné contre le fascisme, le communisme et tous ceux qui veulent faire le « bonheur » des autres malgré eux. En revanche, il demeura jusqu’au bout d’un patriotisme intransigeant, sans renier ses opinions révolutionnaires : en 1940, il choisit sans aucune hésitation de soutenir Churchill et de servir l’Angleterre de toutes ses forces. Pour lui, la patrie, y compris dans ses traditions les plus anciennes comme la Couronne, était indissociable des intérêts du peuple.
Chaque saison apporte désormais des détails précieux sur l’homme et sur l’écrivain. Simon Leys, qui publia en 1984 un bel essai sur Orwell et la politique, livre dans le numéro d’été de la revue Commentaire [1] ses réflexions sur deux publications récentes concernant Orwell intime : l’une rassemble ses journaux, l’autre une sélection de lettres qui couvrent une grande partie de la vie de l’écrivain [2]. Les journaux sont à l’image d’Orwell, secs, précis, réalistes, décrivant la vie comme elle vient, sans confidences ni confessions particulières :
 
Ici, il note rarement ses émotions, impressions, humeurs ou sentiments ; et c’est à peine s’il consigne ses idées, jugements et opinions. Il s’attache presque uniquement à fixer des faits et des évènements, de façon sèche et concise ; ce qui se passe dans le vaste monde et ce qui se passe dans son petit jardin. […] En un sens, ces journaux pourraient porter en épigraphe la sympathique déclaration d’Orwell dans son essai Pourquoi j’écris (1946) : « Tant que je serai vivant, je continuerai à aimer la face de la terre et à faire mes délices des objets solides ainsi que de mille bribes d’informations inutiles. »
 
Mais Orwell est souvent rattrapé par son envie de commenter les évènements à chaud et de donner aux faits qu’il rapporte un caractère plus général et plus profond. Ses digressions, souvent d’une grande finesse, dénotent une vaste culture politique et littéraire. Ainsi, alors qu’il enquête sur la condition des ouvriers dans le nord de l’Angleterre, il ne peut s’empêcher de rapporter ce qu’il voit à ses lectures sur l’histoire du mouvement social :
 
« Pour cette même raison, dans les pays où il existe une hiérarchie de classes, les membres de la classe supérieure tendent toujours à prendre la tête dans les moments de crise, sans être nécessairement plus doués que les autres. Pareille situation est acceptée un peu partout, presque toujours. Dans l’Histoire de la Commune de Paris par Lissagaray, il y a un passage décrivant les exécutions qui suivirent la répression de la Commune : on fusillait les meneurs sans procès, et comme on ne savait pas exactement qui étaient les meneurs, on les identifiait en partant du principe que ceux qui appartenaient à une classe supérieure devaient être les chefs du mouvement. Ainsi un homme fut fusillé parce qu’il portait une montre, un autre parce qu’il « avait une physionomie intelligente. »
 
Si, à la lecture des journaux, on situe mieux les activités quotidiennes d’Orwell, ses préoccupations, ses curiosités et ses centres d’intérêt, la correspondance permet d’avoir une image plus juste du penseur et de l’écrivain. Les thèmes politiques y sont largement présents. Dans ce domaine, comme le souligne Simon Leys, l’attitude d’Orwell repose sur trois éléments simples : « une saisie intuitive des réalités concrètes ; une approche non doctrinaire de la politique allant de pair avec une profonde méfiance des intellectuels de gauche ; un sentiment de l’absolue primauté de la dimension humaine ». Si Orwell épistolier raffole des discussions d’idées, il n’a pas de mots assez durs pour le jeu des partis et pour ce sectarisme qu’il a vu à l’œuvre en Espagne et qui l’éloignera définitivement des idées communistes :
 
Son évolution politique prit un tournant crucial en Espagne, où il s’était porté volontaire pour combattre le fascisme : après qu’une balle fasciste eut manqué le tuer, il n’échappa que de justesse aux assassins de la police stalinienne : «  Ce que j’ai vu en Espagne, et ce que j’ai vu depuis des mécanismes internes des partis politiques de gauche, m’a donné l’horreur de la politique […]. Je suis définitivement « de gauche », mais je pense qu’un écrivain ne peut demeurer honnête que dans la mesure où il se garde de toute obédience partisane »
 
Horreur de la politique et des partis mais aussi détestation des intellectuels assis. Orwell n’a que mépris pour l’intelligentsia anglaise mais il est aussi très sévère pour les intellectuels français qu’il connait bien et pour lesquels il a un peu plus de considération. A l’exception signalée de Sartre : « Sartre est une grosse outre gonflée de vent », note-t-il dès 1945, ce qui n’est pas mal vu. Et d’Emmanuel Mounier qu’il considère, à l’instar de Bernanos, comme l’archétype du Tartuffe moderne, entouré de sa paroisse de « compagnons de route » chrétiens :
 
« C’est curieux, en 1945 ? Je n’avais rencontré Mounier que pendant dix minutes mais d’emblée je me suis dit : ce gaillard-là est un « compagnon de route ». Il dégage un relent qui ne trompe pas ».
 
On imagine la surprise d’Orwell en lisant aujourd’hui Esprit et ses dithyrambes enflammés pour DSK et pour François Hollande ! A tout prendre, Mounier et ses « curés rouges » étaient plus présentable que les petits marquis de la social-démocratie moderne !
Quant à la littérature, qui était la vraie passion d’Orwell, elle occupe de longs passages dans la correspondance. Les lettres de 1948 et 1949 attestent que la rédaction de 1984 fut une lutte épuisante, précisément comme le rappelle Simon Leys « parce qu’il s’efforçait de transformer une vision politique en une œuvre d’art ». Confrontation du politique et de l’esthétique qui donne à l’écriture une dimension presque tragique:
 
Dans son essai Pourquoi j’écris, il avait d’ailleurs déjà indiqué : « je ne pourrais pas travailler à la composition d’un livre, ni même à la rédaction d’un long article de revue, si ce n’était pas aussi une expérience esthétique. » Et si, en fin de compte, 1984 ne put pleinement satisfaire les hautes exigences littéraires de l’auteur, c’est pour la simple raison qu’il avait dû travailler dans d’impossibles conditions : il était talonné par le temps, et la maladie qui allait bientôt le tuer l’avait déjà réduit à la condition d’invalide. Qu’il ait réussi en pareil état à terminer à terminer une œuvre aussi ambitieuse constitue une prouesse peu ordinaire. […] Ecrire des romans devint sa profonde passion mais aussi une passion maudite : «  Ecrire un roman est une agonie ».
 
Le dernier numéro de la revue Agone [3] traite lui aussi des relations entre littérature et politique chez George Orwell. Les textes présentés sont de grande qualité. Nous conseillons vivement à nos amis la lecture de cette belle publication dont nous ne pouvons donner ici – faute de place – que quelques aperçus.
Signalons en premier lieu l’article très argumenté que M. Rosat, maitre de conférences au collège de France, consacre à « Orwell et la Révolte intellectuelle ». Non, nous dit M. Rosat, Orwell n’était ni « anarchiste » ni « tory », il n’avait rien d’un anticonformiste de droite façon Swift ou façon Evelyn Waugh. Utiliser cette formule – que l’écrivain anglais a lancée de façon un peu légère -, c’est prendre le risque de mutiler la pensée d’Orwell, de la positionner aux marges de la politique alors qu’elle peut constituer une vraie alternative au socialisme autoritaire. L’objection est sérieuse. Elle semble viser au premier chef le philosophe Jean-Claude Michéa, dont le livre « Orwell, anarchiste tory » [4] participa à la redécouverte d’Orwell à la fin des années 1990. On suivra M. Rosat lorsqu’il défend qu’Orwell est authentiquement socialiste, même s’il lui arrive de mettre la pensée conservatrice au service de ses idées. On approuvera M. Michéa lorsqu’il soutient que pour Orwell, comme pour Proudhon ou pour Péguy, le socialisme ne signifie ni rejet du passé ni des traditions et qu’il appelle une lecteur critique de la modernité. La controverse n’a donc pas lieu d’être.
On retiendra également la contribution de M. Crowley sur la référence au peuple chez Orwell, une notion omniprésente dans l’œuvre – politique mais aussi littéraire – du penseur anglais. Le peuple chez Orwell n’a rien à voir avec la masse indifférenciée des marxistes. Ce n’est pas un groupe social empirique, ni même une classe sociale, mais « une catégorie fondamentale dont la signification est à la fois politique, sociologique et morale ». Un peuple qui doit être pris tel qu’il est, avec ses vertus (une certaine méfiance vis-à-vis de la bonne conscience, de l’autosatisfaction), ses coutumes et ses contradictions. La peur du peuple, l’absence du peuple sont au cœur de la crise du socialisme et des gauches contemporaines. A l’époque d’Orwell, cette critique s’adressait au socialisme autoritaire.  Elle pourrait aujourd’hui tout aussi bien s’adresser à la social-démocratie européenne, tentée d’oublier le peuple au bénéfice des nouvelles classes bourgeoises :
 
Ce qui mérite d’être ravivé, dans ce monde mielleux de tolérance, de réforme modeste, de pluralisme et de « gauche propre sur elle », c’est la colère qu’Orwell puisait dans sa haine de l’indécence. […] Ceci montre à quel point les pauvres et les parias ont disparu du discours politique, et confirme la conviction profonde d’Orwell : la gauche, au bout du compte, accepte les distinctions de classe. Par conséquent, il nous faut réapprendre auprès d’Orwell cette décence qui naît de la colère ; son indignation face à l’état du monde, mais également face aux excès des gens de gauche et des intellectuels de gauche, qui, à bien des égards, ont l’indécence d’ignorer le peuple et ses contradictions.
 
Mais on doute qu’avant longtemps ce programme soit celui de la gauche française !
Paul Gilbert.


[1].  Simon Leys, « Orwell intime », Commentaire n°134, été 2011.
[2]. George Orwell, Diaries, Londres, Harvill Secker, 2009. - George Orwell, A life in Letters, Londres, Harvill Secker, 2010. 
[3]. « Orwell, entre littérature et politique ». Agone n°45, 2011 (www.agone.org)
[4].  Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, Climats, 1995.
 
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