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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 22:00



La Revue critique vous souhaite
une belle année 2016


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la Revue critique des idées et des livres - dans au gui l'an neuf
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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 10:43
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Décembre 2015
Louis XIV et
la France moderne
 
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- L'héritage de Louis, par François Renié.  [lire]
- Louis XIV et la France moderne, par Paul Gilbert.  [lire]

La Nation et l'Etat

- Le Roi et le diplomate, par Hubert de Marans.
- Colbert, l'organisateur, par Georges Rivain.
- Louvois et la guerre, par Claude Arès.
- Une Europe française, par Vincent Lebreton.
- La France sur terre et sur mer, par Henri Valois.
- Unité et diversité française, par Claude Cellerier.

Les idées et les hommes

- Grands capitaines, par Jean d'Aulon.
- Le sourire de La Fontaine, par Eugène Charles.
- Molière politique, par Antoine Longnon.
- Pascal, Bossuet, Descartes, par Vincent Maire.
- Classicisme et discipline, par Rémi Clouard.

Revue des livres et des revues

- Portraits de Louis, présenté par Jacques Darence.

Etudes

- Louis XIV et la Ve République, par Paul Gilbert.
- Vues d'Amérique, par René La Prairie.
- Ressentiments allemands, par Henri de la Barre de Fréville.
- Permanences espagnoles, par Jean Bellai.

Documents

- Odes à Louis XIV.
- Mémoires et lettres aux princes de l'Europe.
- Bibliographie, par Paul Gilbert.

Conte de Noël

- Le fifre rouge, un conte de Paul Arène.

 

Accès à la revue

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la Revue critique des idées et des livres - dans Sommaire Revue
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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 21:40
Effel Noël
 

La rédaction de la Revue critique des idées et des livres souhaite à Monseigneur le Comte de Paris, à la Famille de France et à tous ses lecteurs un joyeux Noël.

 
Le fifre rouge
------
Un conte de Noël 
 
 
«
 Hé ! petit fifre, que fais-tu là ? » cria le sergent La Ramée qui s’en allait à la ville voisine quérir la fricassée d’un porc, pour le réveillon du colonel.
– Voici ce que c’est, monsieur le sergent, répondit le petit fifre : Sa Majesté le roi, se trouvant dans un besoin pressant d’argent et désirant offrir un château tout neuf en étrennes à sa nouvelle reine, il a été décidé par la Cour des comptes que le régiment, musiciens et soldats, ne toucherait pas encore de solde ce mois-ci. Alors, comme mère-grand est pauvre et que je n’avais pas un liard en poche pour lui acheter sa dinde à Noël, je suis venu jusqu’à la courtine casser la glace du fossé et voir s’il n’y aurait pas moyen de pêcher un plat de grenouilles.
– Compte là-dessus ! dit La Ramée, en hiver, les grenouilles dorment.
– Je le sais bien, répondit le petit fifre, mais le ciel est bleu, malgré la gelée; peut-être que ce beau soleil les réveillera !
Et tandis que le sergent La Ramée reprenait sa route en grommelant, le petit fifre, avec courage, se remit à casser la glace.
Ce petit fifre, qui aimait tant sa mère-grand, était bien le plus joli petit fifre que l’on pût rencontrer. Pas plus haut qu’une botte et vêtu de rouge, du tricorne aux guêtres comme tout le monde au régiment, il avait si bonne grâce, avec ses yeux bleus et ses cadenettes, à siffler des airs, en marquant le pas, devant les hallebardiers barbus, que pour le voir passer, dans les entrées de ville, les dames aux fenêtres oubliaient de regarder le tambour-major.
Presque autant qu’aux rythmes guerriers, le fifre s’entendait à la pêche aux grenouilles. Aussi quand la glace fut percée, le trou déblayé et qu’un joli rond d’eau claire apparut, le fifre eut-il bientôt fait d’improviser sa ligne avec un peu de fil qu’il avait apporté et un roseau sec qu’il coupa. L’appât seul manquait au bout du fil. D’ordinaire, notre pêcheur ne s’en inquiétait guère, se servant pour cela du premier coquelicot venu, car les grenouilles sont goulues au point que tout objet rouge les attire. Mais les coquelicots ne fleurissent pas sous la neige, et vainement il en chercha quelqu’un d’attardé, le long des glacis, dans l’herbe transie.
Il allait partir, fort ennuyé, quand précisément, au-dessus de l’eau une grenouille leva la tête. Paresseuse, comme endormie, elle posa ses pattes de devant sur les bords, ouvrit l’un après l’autre ses jolis yeux d’or au soleil, puis gonfla doucement sa gorge blanche, et poussa un léger coax auquel, par-dessous la glace, dans toute l’étendue des fossés gelés aussi vastes qu’un grand étang, d’autres coax lointains répondirent.
– Ce doit être la mère des grenouilles, se dit le petit fifre, qui n’avait jamais vu une grenouille si grosse; quelle occasion et quel dommage de la laisser échapper ainsi !
Tout à coup il eut une inspiration :
– Si je prenais, en guise d’appât, la patte qui serre mon haut-de-chausses ? Elle est en beau drap rouge d’ordonnance, et certes ! les grenouilles y mordraient.
Aussitôt dit, aussitôt fait; et la patte en drap rouge d’ordonnance se met à danser sur l’eau claire, qu’égayait un joyeux rayon, devant le nez de la grenouille. La grenouille mord, le pêcheur tire, le fil casse, et la grenouille plonge, emportant le drap. Par bonheur, la patte était double : on pouvait hasarder la seconde moitié. La grenouille reparaît sur l’eau, mord encore, le fil casse encore, et la seconde moitié va rejoindre la première.
– Bah ! songea le pêcheur, quel mal y aurait-il à couper un tout petit morceau de ceinture ? Personne ne viendra regarder sous les basques de mon justaucorps. Et, tirant son couteau, il coupa un petit morceau de ceinture que la grenouille, hélas ! emporta comme les autres, et puis encore un, et puis un encore plus bas ; puis, il entama le gras des chausses tant qu’à la fin, la nuit arrivant, il s’aperçut que sa chemise flottait ; et que l’énorme échancrure petit à petit faite au drap laissait largement passer la bise.
Le sergent La Ramée, qui revenait par là avec une charge de victuailles, trouva le malheureux petit fifre assis sur son derrière et pleurant.
– Qui est-ce qui m’a fichu un soldat qui pleure ?
Pour toute réponse, hélas ! le petit fifre se dressa et se retourna.
– Mauvaise affaire ! murmura le vieux La Ramée, après avoir longuement considéré le corps du délit : détérioration d’effets d’équipement et d’habillement fournis par le gouvernement, c’est un cas de conseil de guerre. »
Puis, ces mots prononcés, il s’en alla en reniflant les poils de sa moustache.
Le petit fifre pleura plus fort. Il se voyait déjà arrêté quand il passerait le pont-levis, mis dans un cachot noir, amené, entre deux gendarmes, devant ses juges, Vainement il essayait de les attendrir, disant :
– Ce n’était pas pour moi, c’était pour apporter un plat de grenouilles à grand-mère, qui est vieille et pauvre et n’a pas de quoi faire son réveillon.
Le code militaire restait inflexible. On le dégradait, on lui brisait son fifre et sa petite épée, on le conduisait dans une prairie où, deux mois auparavant, il avait défilé avec la garnison, musique en tête, devant un conscrit fusillé… Alors, songeant à sa grand-mère, transi par le froid, la tête perdue, il eut comme l’envie de mourir tout de suite et se laissa glisser sur le sol gelé vers le trou d’eau noire où déjà des étoiles luisaient…
Dans quel merveilleux paysage le petit fifre se trouva ! À perte de vue les voûtes de glace laissaient filtrer une lumière blanche et douce; et de longues herbes vêtues de cristal, montant du fond en fines colonnettes, puis s’emmêlant aux mousses des bords toutes frangées de barbes d’argent, formaient mille promenoirs à jour et des architectures brodées les plus magnifiques du monde. À droite, à gauche, le long des berges, dans les petites grottes, trous de rats aquatiques ou d’écrevisses, que font sous l’eau les racines et la terre éboulée, des grenouilles de toute espèce, en nombre innombrable, dormaient. Il en remplissait d’immenses paniers qu’il destinait à mère-grand… Le conseil de guerre ne l’effrayait plus. Il ne se rappelait plus que vaguement le désastre de son haut-de-chausses. Une seule chose l’étonnait un peu : d’avoir si chaud sous la glace et dans l’eau… Puis il se sentit très heureux et comprit qu’il allait dormir comme les grenouilles.
Le petit fifre dormit longtemps. Tout à coup une voix connue l’éveilla. C’était la voix de mère-grand :
– Chut, disait-elle, il ouvre les yeux… Oh ! le méchant garçon qui vous fait des transes pareilles !
Le petit fifre fut repris de peur quand il aperçut au pied de son lit les yeux embroussaillés et les longues moustaches de La Ramée.
– Le haut-de-chausses ! le conseil de guerre !…. Ne me laissez pas emmener !…
Et il s’accrochait avec désespoir au casaquin de sa grand-mère. Mais sa grand-mère le rassura : ce bon La Ramée l’avait tiré de l’eau, à moitié gelé et tremblant de fièvre, puis il avait raconté l’aventure au colonel, et le colonel attendri venait précisément d’envoyer, par un homme à cheval, une aune de boudin, pour le réveillon, avec une paire de chausses neuves.
Le boudin chantait dans la poêle, des chausses intactes pendaient à un clou. Et voilà, telle que ma nourrice me l’a apprise, l’histoire du petit fifre rouge qui, par amitié pour sa grand-mère, pêchait les grenouilles à Noël.
Paul Arène.
 
 
Effel Noël 2
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:17
Despax
 
 
carpe diem
 
 
 
Aime la vie. Et cueille au penchant de la treille,
Le matin clair, le midi fauve et le soir blond,
De l'heure transparente où sortent les abeilles,
A l'heure déjà trouble où rentrent les frelons.

Les Heures aux beaux pieds, dans leurs danses vermeilles,
Mènent au ciel nacré la ronde des saisons.
Suivant le mois, jouis en paix dans ta maison,
De l'âtre en feu, des fleurs, de l'ombre ou des corbeilles.

Le silence, coulant de la lande au verger,
Posera son poids bleu sur ton sommeil léger.
Vis sans douleur. Écoute et vois. Sache sourire.

Et bénis la beauté de la vie, en pensant
Que ton coeur est pareil au jardin, où l'on sent
Tant de roses s'ouvrir et tant d'ailes bruire.
 
 
 
emile despax (1881-1915). La Maison des glycines (1905).
 
 
la maison
 
 
 
La pente du jardin coule vers le ruisseau.
Sous un dernier rayon le sable craque et brille.
Entends, dans le chemin, ces voix de jeunes filles.
Le puits grince en un bruit de chaînes et de seaux.

Les bois mouillés avaient comme une odeur de cèpes.
Ils sentaient, à la fois, l'automne et le printemps.
Le tilleul tiède est plein d'une ombre bleue. Entends
Le cytise qu'emplit le murmure des guêpes.

Par les chemins des champs, nous sommes revenus
Vers le troène en fleurs, la vigne et les glycines.
Nous avons écouté, vers les berges voisines,
Le cri des gabarriers qui rament d'un bras nu.

Les bois ont étagé leurs masses violettes;
Mais la teinte des pins se trouble et se confond
Avec les mille bruits des aiguilles, qui font
Que le soir énervant, en s'endormant, halète.

Que je l'aime, la paix grave de ta maison
Mon coeur loin de la mort, ton cœur loin de la vie
A sa bonté profonde, en rêvant, se confient.
Est-ce le train, est-ce la mer, à l'horizon ?

Est-ce le train, est-ce la mer ? Silence. Écoute.
Vois monter, de l'Adour, le retour des troupeaux.
Prends cette lampe. Écarte, avec soin, ces rideaux.
Silence. On n'entend plus les chansons de la route.

Crois-moi, souris. Nous n'aurons pas perdu ce jour,
Et si quelque ombre, au fond de notre coeur, persiste,
C'est qu'aux cœurs les mieux faits il est doux d'être tristes,
Dans le désir ou dans le regret de l'amour.

Les rosés du jardin s'ouvrent à la rosée,
Un désir dé fraicheur me caresse et me mord.
Vois trembler cette étoile et vois cette autre encor.
Soyons sages, fermons à l'air froid la croisée.

Crains le parfum trop lourd de cet acacia,
Et regardons venir riant, brisant les branches,
Giflant les rosiers fous qui la mordent aux hanches,
Les bras chargés de fruits et de fleurs, Lucia.
 
 
 
emile despax (1881-1915). La Maison des glycines (1905).
 
 
ultima
 
 
 
Il pleut. Je rêve. Et je crois voir, entre les arbres
De la place vide qui luit,
Un buste en pierre et le socle de marbre.
Mon frère passe et dit : C’est lui.

Mon frère, vous aurez aimé les ports, les îles
Surtout le ciel, surtout la mer;
Moi les livres, les vers parfaits, les jours tranquilles.
Et nous aurons beaucoup souffert.
 
 
 
emile despax (1881-1915). La Maison des glycines (1905).
 
 
 
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 11:23
Naissance du
classicisme
 
 
 

 

HISTOIRE
Le roi et
l'architecte.
Louis XIV, le Bernin et
la fabrique de la gloire.
Laurent Dandrieu.
Le Cerf.
Novembre 2015.
197 pages.
 

 
Laurent Dandrieu, né en 1963, est journaliste et critique littéraire. Auteur d’essais sur l’histoire, l’art et le cinéma, bon connaisseur de Gustave Thibon et des Hussards, il dirige les pages culturelles de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Il a récemment publié : Woody Allen, portrait d'un antimoderne. (CNRS éditions, 2010), Dictionnaire passionné du cinéma. (Ed. de l’Homme nouveau, 2013), La Compagnie des anges. Petite vie de Fra Angelico. (Le Cerf, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
Enivré de fête, de théâtre, de faste et d’ores et déjà passionnément épris de grandeur, le jeune Louis XIV avait tout pour être séduit par le cavalier Bernin. Pourtant la rencontre du jeune roi de gloire et du maître de la splendeur baroque allait s’achever piteusement, par une rebuffade qui n’osait pas dire son nom. Mais cet échec fut curieusement fécond, et peut-être aura t-il fallu la visite à Paris du plus grand des artistes italiens pour que Louis XIV prenne pleinement conscience que la grandeur du royaume à laquelle il entendait si passionnément travailler ne pouvait se faire qu’en créant les conditions d’éclosion d’un art proprement français, qui ne dût rien à personne.
 
L'article de Jean-Marc Bastière. - Le Figaro littéraire. - 10 décembre 2015.
Louis XIV-Le Bernin : le rendez-vous manqué. Un rendez-vous manqué qui se révéla fécond pour l’art français : ainsi pourrait se résumer le séjour à Paris, de juin à octobre 1665, du célébrissime Gian Lorenzo Bernini, architecte de Saint-Pierre de Rome et plus grand sculpteur de tous les temps, à la demande de Louis XIV. Laurent Dandrieu nous offre sur cette péripétie artistique un petit livre ciselé et intelligent qu’on peut qualifier d’essai historique. De la matière qu’il pétrit avec fermeté, une idée forte se dégage. Le passage en tornade du maestro catalyse le désir de l’art français de se trouver une voie originale. Ce qu’on reproche à ce dernier, sa manière trop étriquée, sera intégré en partie par les architectes français. Telle la colonnade de Perrault. Si la réalité historienne est toujours buissonnante, la thèse est assez convaincante. En 1665, donc, le tout jeune « Dieudonné » demande au pape de bien vouloir se séparer quelques temps du Cavalier Bernin pour venir s’occuper de l’achèvement du Louvre. Louis paraît alors sous le charme du vieux sculpteur. Son séjour se termina pourtant dans les rancœurs et les soupçons. Car si le maître fut traité avec honneur, ce projet grandiose ne se concrétisera jamais. Il sortit tout de même du magicien un buste en marbre de Louis XIV, qui dégage prestance, assurance et majesté. Vingt ans plus tard, en 1685, le roi découvre aussi sa propre statue équestre, commandée jadis à l’artiste, dans l’Orangerie de son château de Versailles. Le Bernin est mort depuis cinq ans. Louis éprouve alors une déception si vive qu’il a la tentation de détruire l’œuvre. Il se contentera de l’exiler au fond du parc. Triste épilogue de cette méprise entre le roi-artiste tout puissant et le maître de la splendeur baroque. L’auteur doit une partie de son inspiration à l’académicien Philipe Beaussant auquel il rend un juste hommage. Ses livres Vous avez dit baroque ? et Vous avez dit classique ? furent le bréviaire d’une génération de baroqueux. Durant les années 1980 et 1990, le musicologue et romancier, qui avait cofondé le Centre de musique baroque de Versailles, conceptualisait avec finesse tandis qu’un William Christie mettait en scène avec faste l’Atys de Lulli ou que le public découvrait les accents délicats de la viole de gambe dans le film Tous les matins du monde. Comme le rappelle Dandrieu, le baroque et le classique, loin de s’opposer, entretiennent des rapports subtils. Ce qui fait de la France de Louis XIV, selon Tapié, « une réussite classique (…) bien souvent vivifiée par la ferveur baroque ». Ce n’est pas seulement l’histoire d’un fiasco que décrit l’auteur, en s’appuyant notamment sur le Journal du maître d’hôtel Paul Fréart de Chantelou (il servit de guide au Bernin pendant son séjour parisien). Si l’on n’ignore rien de la cabale des architectes, de la mésentente avec Colbert, des courbettes diplomatiques ni non plus de l’arrogance d’un génie, l’ouvrage garde l’empreinte d’un éblouissement, entre extase baroque et sérénité classique, qui dissipe les mesquineries du temps.
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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 09:30
Divoire
 
 
ronde des signes
 
 
 
Hé ! Hé ! Si Mars est dans la Lune,
Tu peux rire de ma colère
Hé ! si la Lune est dans Saturne,
Crains ce rêve qui persévère.

Hé ! Qu'arrive-t-il, compagnons ?
Hé ! par les cornes du Taureau,
C'est le soleil qui tombe à l'eau,
A l'eau qu'habitent les Poissons

Et je ne sais, Soleil et Lune
Qui me regardez à cette heure,
Si je me noie ou si je brûle
Et si je raille ou si je pleure.

Douze Maisons sont tout en rond
Et les danseurs y sont nombreux.
S'ils se bousculent ? Hé non, non !
Mais quel danseur chérir le mieux ?

Hé ? toi qui n'aimes point voir double
Et qui tranches tout avec morgue,
Me choisiras-tu dans la troupe
Une seule âme, ô psychologue ?
 
 
 
fernand divoire (1883-1951). Inédit (1913).
 
 
rondel de certains chats
 
 
 
Ces grands chasseurs câlins qui rêvent de conquêtes
Sommeillent, ongles fins crispés dans le velours,
Mais dans l'ombre où leurs corps s'étirent, chauds et lourds,
Ils ont l'orgueil malin des revanches secrètes.

Bourgeoisement, au pied des grands fauteils honnêtes,
Limités aux murs clos, goûtant le demi-jour,
Ces grands chasseurs câlins qui rêvent de conquêtes,
Sommeillent, ongles fins crispés dans le velours.

Ils gardent pour eux seuls leurs rites et leurs fêtes,
Souvenirs de galops éperdus et d'amours
Dont ils guettent, soumis et têtus, le retour,
Les muscles attentifs et les vingt griffes prêtes,
Ces grands chasseurs câlins qui rêvent de conquêtes.
 
 
 
fernand divoire (1883-1951). Le Divan (1910).
 
 
le voyage de l'âme
 
 
 
En deux troupes vont les âmes des morts.
L'une s'attache, obstinée, à la terre;
Autour de nous, lourde, affligée, elle erre.
Et l'autre, au sûr et prompt essor,
Forme des chœurs et des rondes splendides
Dans la lumière où vit pour le total accord
Chaque étoile et son nombre et son chantant essor.

Errant, errant, avoir un guide !
 
 
 
fernand divoire (1883-1951). Orphée, (La Renaissance du Livre, 1922).
 
 
 
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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 15:23
Chronique d'une
France affaiblie
 
 
 

 

IDEES
Doit-on le dire ?
Jacques Bainville.
Les Belles Lettres.
Mars 2015.
366 pages.
 

 
Jacques Bainville (1879,1936), historien et journaliste. Un des esprits les plus lucides et les plus visionnaires de son temps. Chroniqueur à l'Action française, où il commente chaque jour la politique étrangère, il est l'auteur de nombreux articles dans La Liberté, Le Petit Parisien ou La Revue universelle. Publications récentes : Jacques Bainville : Histoire de France. (Tallandier, 2007). - Christophe Dickès : Bainville. La Monarchie des lettres. (Robert Laffont, 2011). 
 
Présentation de l'éditeur.
« Ce volume, formé des articles qui paraissaient chaque semaine dans Candide, est l'un des plus représentatifs du talent de Jacques Bainville. La variété des sujets traités y est le signe de la curiosité et de l'étendue de l’esprit de son auteur. L’article court, genre qui oblige à une concentration de pensée et d’expression devait tout naturellement tenter un écrivain comme Jacques Bainville. A lire ce recueil, on verra qu’il y a excellé. Sur toutes les affaires, petites ou grandes, qui ont occupé Paris et la France depuis 1924, Jacques Bainville confie ici ses impressions. Une représentation théâtrale, une lecture, une publication des lettres de Napoléon, une candidature aux élections législatives, les déclarations d’un ministre, les crises financières, les difficultés diplomatiques, tout est objet de remarques pittoresques et de réflexions valables. Mais ce qui fait la valeur exceptionnelle de ces articles séparés, c’est que Jacques Bainville qui avait une vaste culture et qui avait beaucoup réfléchi savait qu’il n’y a pas de questions isolées. Ce recueil est le livre d’un historien et d’un philosophe d’où sa sérénité constante et son unité. » André Chaumeix, extrait de la préface d’origine, 1939.
 
L'article de Bernard Quiriny. - Causeur - 7 juin 2015.
Bainville chroniqueur. En 1924, l’éditeur Arthème Fayard (deuxième du nom) lance Candide, hebdomadaire d’actualité politique et littéraire, plutôt à droite, dirigé par Pierre Gaxotte. Y collaborent des plumes comme Albert Thibaudet, Benjamin Crémieux, Léon Daudet ou le caricaturiste Sennep, pilier de la rubrique humoristique. Avec un tirage de 80 000 exemplaires dès l’année du lancement, Candide est l’un des premiers hebdomadaires français ; sa diffusion passe 400 000 exemplaires au milieu des années 1930, presque autant que Gringoire et plus que Marianne ou Vendredi. Jacques Bainville, 45 ans à l’époque, célèbre pour ses livres d’histoire (Histoire de deux peuples, Histoire de France) et ses essais (Les conséquences politiques de la paix, fameuse dénonciation du Traité de Versailles), est invité à écrire par Fayard. Aguerri au journalisme (il écrira durant sa vie pour plus de trente titres), il se voit confier un billet de deux colonnes à la une, sous le titre « Doit-on le dire ? », pour parler de ce qu’il veut, vie politique et parlementaire, actualité diplomatique, mœurs, arts, littérature. La forme étant libre, Bainville s’en donne à cœur joie, testant tout : dialogue, saynète futuriste (un débat à la chambre en… 1975), commentaire, etc. Très lue, cette chronique donne lieu en 1939 à un recueil de 250 papiers chez Fayard, avec une préface d’André Chaumeix. C’est ce volume qu’exhume aujourd’hui Jean-Claude Zylberstein dans sa collection « Le goût des idées », avec un avant-propos de Christophe Parry.
Y a-t-il un sens à relire aujourd’hui ces chroniques de l’entre-deux-guerres ? Beaucoup d’événements dont elles parlent sont sortis des mémoires, on n’en saisit pas toujours les subtilités. Deux ou trois mots de contextualisation n’auraient pas été de trop. Mais quand même, quel plaisir ! Plaisir de voyager dans le temps, déjà : on respire dans ces billets l’atmosphère de la Troisième République, avec les grands députés, les inquiétudes devant le franc trop faible et l’Allemagne trop forte, la démission de Millerand, les polémiques, les scandales. Il n’y a pas que la politique qui passionne Bainville : tout lui est bon pour réfléchir et plaisanter, du dernier prix littéraire aux vacances des Français en passant par les séances de l’Académie (il y sera élu en 1935) et le politiquement correct qui, déjà, fait ses ravages. Ainsi Bainville ironiste-t-il en 1928 sur le remplacement du Ministère de la guerre par un Ministère de la Défense nationale, tellement plus rassurant… Quant à ses opinions, elles n’étonnent pas, pour qui connaît son parcours : Bainville défend le capitalisme, critique les dérives du du parlementarisme, et réserve ses meilleures flèches aux socialistes, adorateurs du fisc et de l’égalité, ainsi qu’à tous les opportunistes et à tous les utopismes, qu’il estime toujours trompeurs et dangereux.
Ses armes sont l’ironie, la fausse candeur, la banderille plantée l’air de rien. Les chutes de ses papiers, souvent, sont excellentes. « Je ne vois qu’une difficulté à la défense des écrivains contre le fisc, dit-il. L’organisation de leur grève se conçoit assez mal. Il y aurait bien celle des chefs-d’œuvre. Malheureusement elle est déjà commencée ». On glane dans ces pages beaucoup de petits aphorismes malicieux, toujours applicables aujourd’hui. « A condition de ne donner ni chiffres ni dates, vous pouvez conjecturer tout ce que vous voudrez » : ne dirait-on pas qu’il parle de la courbe du chômage dans nos années 2015 ? De même, voyez ce papier de 1934 où il cloue au pilori deux députés radicaux qui ont fait campagne contre « les congrégations économiques et l’oligarchie financière » : « Jamais on ne s’est moqué du peuple à ce point-là ». Toute ressemblance avec un certain discours au Bourget, etc. Comme on voit, il y a de quoi rire dans ce volume. On y voit un Bainville, léger, caustique, différent du Bainville des grands livres, le Napoléon, les Histoires, le Bismarck. C’est sa facette voltairienne, si l’on veut, lui qui si souvent fut comparé à Voltaire, et qui ne pouvait mieux exprimer cet aspect de sa personnalité que dans un journal intitulé Candide. La façon de Voltaire, il la résume d’ailleurs dans une chronique : tout oser et, pour cela, «joindre beaucoup de style à beaucoup d’esprit».
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la Revue critique des idées et des livres - dans Notes idées
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 00:04
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Automne 2015
Actualité
de Proudhon
 
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- Le socialisme de Proudhon, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- Trois idoles médiatiques, par Hubert de Marans. [lire]
Qui peut nous faire croire que Macron, Valls et Juppé symbolisent le renouveau politique que le pays appelle de ses vœux ? Entre les deux ambitieux aux dents longues et le vieux cheval de retour, il y bien peu de place pour les convictions et pour les idées neuves. Jusqu’où peuvent-ils faire illusion ? Et jusqu’à quand peuvent-ils assurer la survie d’un système dont les Français ne veulent plus ?

- Intelligence et production, par Henri Valois. [lire]
Le programme économique du MEDEF, ardemment soutenu par le gouvernement et par la droite, est d’une pauvreté affligeante. Baisse des charges, réforme du marché du travail, TVA social… ces mesures seront ruineuses pour les finances publiques et n’auront aucun effet durable. Sinon d’exonérer le patronat de ses responsabilités dans l’affaiblissement de notre système productif, par manque d’investissement, d’innovation, de formation des hommes et d’anticipation de l’avenir.

- Actualité de Proudhon, textes présentés par Paul Gilbert. [lire]

- Charles d'Orléans, prince et poète , par Jean-Jacques Bernard. [lire]
Une ascendance royale, une tête bien faite, une grande cause à défendre, tout destinait Charles d’Orléans à la gloire militaire et à la grande politique. La vie en décida autrement. L’amertume de la défaite, une longue captivité, l’éloignement des êtres chers métamorphosèrent le bouillant prince en un poète délicat, témoin attentif d’un monde où le cycle des saisons et le travail des hommes ordonnent la vie intérieure et guident paisiblement les âmes vers la sagesse, l’espérance et le salut.

- Poussin à Rome, par Sainte Colombe. [lire]
Rome fut la grande passion de Nicolas Poussin, l’aiguillon de son génie. Chez lui, aucune mélancolie des ruines, aucun regret du passé. Ce qu’il trouve à Rome, le long des rives du Tibre, sur les terrasses du Pincio ou des monts Albains, c’est un air vif, une durée, une incitation à créer. C’est là qu’il redécouvre toutes les nuances de la peinture - composition, dessin, harmonie, jeu des couleurs – et qu’il réussit la synthèse des deux sources du génie latin, le ciel d’Italie et la rigueur française

- Le voyage à Lyon, un conte d'André Billy. [lire]
Si la littérature aggrave la méchanceté naturelle de l'homme, elle peut avoir l’effet inverse sur le charme et l’esprit des femmes. Ce petit vaudeville d’André Billy est là pour en témoigner.

- Le jardin français, poèmes de G. Charles, F. Divoire, E. Despax. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Peur sur la République. - FN, un pont trop loin. - L'effet Morano - Révolution en Corse.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Ruptures à l'est - Cameron à Bruxelles - Moscou à Damas. - Kirchner, après Chavez et Lula.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Défense : l'épreuve. - Renault, scandale d'Etat. - Air France. - Reconversions industrielles.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Leroy. - Taillandier. - Montal. - Maubert. - Aragon. - Jaccottet.

- Idées et histoire, par Jacques Darence et Vincent Maire.
Manent. - Bainville. - Cervantès. - Dandrieu.- Debray.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe.
Fragonard. - Mme Vigé-Lebrun. - Picasso.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Retour de l'Histoire. - Septennat. - Bergson. - Littérature romande.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Que faire ? (Alain Badiou, Marcel Gauchet). - Ce pays qui aime les idées. Histoire d'une passion française. (Sudhir Hazareesingh). - Crépuscule de l'Histoire. (Shlomo Sand). - George Orwell. La politique de l'écrivain. (Emmanuel Roux). - Louis XI. (Joël Blanchard). - Les aventures de Sherlock Holmes. (Arthur Conan Doyle). - Une génération perdue. Les poètes guerriers dans l'Europe des années 30. (Maurizio Serra). - Petite sélection stendhalienne. - Livres reçus.

 

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 10:22
Gilbert Charles
 
 
odelette
 
 
 
Folle fille de la terre,
Que n'est-ce ton doux profil
Cette étoile sur un fil
Qui tremble dans les ténèbres !

De la profondeur des nues
Tu jaillis riante et nue
Comme une rose qui chante
Et qui danse
Sur la pointe d'un jet d'eau.

Une merveilleuse aurore
Illumine ton regard
Mais quand vient le crépuscule
C'est le flot de l'amertume
Qui ruisselle sur ton cœur.
 
 
 
gilbert charles (1907-1944). La Muse française (1937).
 
 
épigramme
 
 
 
Tes yeux ont la couleur du sable
Et tes cheveux l'odeur du vent;
Comme l'air ton âme est instable,
Comme l'eau ton cœur décevant.

La bise chasse la poussière
De nos anciennes amours
Qui danse sur le cimetière.

Quand reverrons-nous les beaux jours ?
 
 
 
gilbert charles (1907-1944). La Muse française (1937).
 
 
épigramme
 
 
 
Ni la princesse Coraline
Qui sait les secrets de l’amour
Et les rites de la divine
Sagesse qui se rit du jour,

Ni ce mandarin hors d’haleine
Sous un ciel immobile et dur
Ne pourront apaiser la peine
Qui naquit d’une robe d’azur.

Dans un bleu palais de faïence
Qu’on te parle de Kouong-Tseu
Et que la plus pure science
Te vienne consoler un peu,

O toi qui sais que dans cette ombre
Où le pavot s’épanouit
Rien n’existe plus, ni le sombre
Amour, ni la mort – ni l’ennui.
 
 
 
gilbert charles (1907-1944). Le Divan (1928).
 
 
 
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 15:49
Une leçon politique
 
 
 

 

IDEES
Situation
de la France
Pierre Manent.
Desclée de Brouwer.
Août 2015.
176 pages.
 

 
Pierre Manent, né en 1949, est philosophe. Normalien, directeur d’études à l’EHESS, fondateur avec Raymond Aron de la revue Commentaire, ses réflexions sur la pensée politique sont au cœur des débats contemporains. Il a récemment publié : Cours familier de philosophie politique. (Fayard, 2001). - La Raison des nations. (Gallimard, 2006). - Les Métamorphoses de la cité. (Flammarion, 2010). – Montaigne. La vie sans loi. (Flammarion, 2014).
 
Présentation de l'éditeur.
La réponse aux attentats de janvier 2015 appelait un renouvellement des idées, des dispositions et des actions de notre pays. Perdurent au contraire les manières de penser les plus paralysantes : la "laïcité" serait la solution au "problème de l'islam", l'effacement de la présence publique du religieux serait la solution au problème des religions. Tout est faux dans cette thèse. Au lieu de chercher une neutralité impossible, qui couvrirait en fait une guerre sournoise, nous devons accepter et organiser la coexistence publique des religions, leur participation à la conversation civique. En entrant dans la communauté nationale, l'islam est entré dans une nation de marque chrétienne, où les juifs jouent un rôle éminent. Toute politique qui ignore cette réalité court à un échec cuisant, et met en danger l'intégrité du corps civique. Il s'agit donc, tout en préservant la neutralité de l'Etat, de faire coexister et collaborer ces trois "masses spirituelles". Loin que la mondialisation réclame l'effacement de la nation et la neutralisation de la religion, c'est son indépendance politique et spirituelle, et son ouverture au religieux, qui permettront à la France de franchir en sûreté et avec honneur la zone de dangers dans laquelle elle est entrée.
 
L'article de Gérard Leclerc. - Royaliste - 22 septembre 2015.
Le diagnostic de Pierre Manent. En un essai court, mais d’une densité extrême, Pierre Manent opère un diagnostic un diagnostic impitoyable sur la situation de la France. Il aborde, en effet, toutes les questions qui fâchent, met le doigt où ça fait mal, mais à l’inverse des prophètes en désenchantement, il indique vers quelles solutions nous devrions nous diriger. Loin aussi de partager l’idée d’un déclin inéluctable des nations, il affirme leur caractère pérenne qu’aucune construction supranationale ne saurait suppléer. Il faut citer ici les quelques lignes décisives qu’il consacre au sujet : « Tandis que la vie politique nationale était de moins en moins satisfaisante, citoyens et gouvernants regardaient vers l’Europe comme vers le lieu naturel où la liberté et le gouvernement trouveraient également le repos. Le peuple mécontent du gouvernement et le gouvernement mécontent du peuple regardaient ensemble vers la terre promise de l’Europe où ils seraient enfin débarrassés l’un de l’autre. Cette douce espérance n’a plus cours. Gouvernants et gouvernés restent prisonniers les uns des autres, prisonniers aussi d’ailleurs d’une Union Européenne qui n’est désormais qu’un problème insoluble de plus. » Ce ne sont pas les plus récents événements qui démentiront ce jugement lapidaire : la crise migratoire a mis en évidence les contradictions insolubles d’une Europe incapable d’adopter une ligne de conduite commune. En d’autres termes, nous ne pouvons nous débarrasser de notre fardeau sur une instance qui nous en délivrerait. C’est d’abord à nous-mêmes, au peuple constitué que nous formons qu’il appartient de prendre son destin en main.
Mais ce n’est nullement évident d’accepter la lucidité qui conviendrait et les décisions qui s’imposeraient. Pour Pierre Manent, depuis le général De Gaulle, qui nous avait sorti du traumatisme de la défaite, c’est le renoncement qui s’est imposé : « Dans la Résistance s’incarne effectivement notre dernière grande expérience formatrice, mais en dépit des commémorations nous ne savons que faire de cette expérience depuis que nous avons renoncé à l’effort qui répondait à la défaite. Nous n’avons pas eu d’autre expérience politique significative, mais celle-ci a cessé de nous éduquer. » Ce regard sur le passé n’est nullement nostalgique, il invite à nous ressaisir au plus vite pour affronter nos défis présents qui ont changé de nature. Et l’auteur de pointer en priorité le phénomène religieux, qu’il faudrait enfin prendre au sérieux, en se dispensant de se retrancher derrière une laïcité de principe, parfaitement illusoire dès lors qu’elle ne constitue qu’un talisman qui nous cache l’objet très réel, en tant que fait social et politique. Inutile de biaiser pour se protéger du grief d’islamophobie, l’objet en question est bien l’islam qu’il ne s’agit pas de traiter en ennemi, en dépit des dérives terroristes auxquelles il donne lieu, mais précisément comme un phénomène spécifique, en sa désinence contemporaine. Il est vrai qu’un tel éclairage contredit nos préjugés à propos d’un religieux qui ne relèverait désormais que des convictions les plus intimes, en intervenant de moins en moins comme forme collective. Non, ce n’est pas la sortie du religieux qui a caractérisé l’évolution récente des pays musulmans, mais c’est sa réaffirmation. Pour ne l’avoir pas compris ou pas voulu l’admettre, c’est la terrible désillusion des printemps arabes qui nous est tombée dessus
Comment caractériser le phénomène religieux musulman dans une généralité qui s’impose à nous, avec la force d’évidence qu’impose l’existence d’une communauté qui est partie prenante de notre vie nationale, comme de notre vie la plus quotidienne ? « L’islam reste la règle évidente et obligatoire des mœurs. Cette règle est déclarée, explicitée, revendiquée comme telle. Elle est un thème constant de la vie quotidienne des musulmans, dont elle informe les dispositions sociales et morales, en particulier les dispositions selon lesquelles les hommes et les femmes conduisent leurs relations. Comme je l’ai déjà relevé, l’islam politique entend faire de la religion non seulement un état des mœurs, non seulement un thème insistant de vie commune, mais encore un projet collectif, une grande ambition, et cette perspective séduit des mouvements plus ou moins nombreux, plus ou moins radicaux, plus ou moins violents, qui agissent dans un registre inséparablement religieux et politique, parfois militaire. »
Ce phénomène nous atteint directement, sous des formes qu’il importe par ailleurs de distinguer, même si nous sommes contraints de les reconnaître toutes, et éventuellement de les contrer avec les moyens adéquats, donc policiers et militaires. Pas d’amalgame bien sûr, mais la reconnaissance, hors de l’extrémisme et a fortiori du terrorisme, du fait majeur que « nos concitoyens musulmans sont suffisamment nombreux, suffisamment assurés de leur bon droit, suffisamment attachés à leurs croyances et à leurs mœurs pour que notre corps politique soit substantiellement, sinon essentiellement transformé par leur présence. Encore une fois nous ne pouvons faire autrement que d’accepter ce changement. » Et cela implique d’admettre des habitudes qui ne sont pas les nôtres, auxquelles nous souffrons parfois de consentir. Il faudra bien qu’un compromis se dessine.
Il conviendrait de reprendre toute la démonstration de Pierre Manent, qui me paraît extrêmement convaincante et qui a ce mérite premier de dire les choses en vérité, sans les édulcorer et sans non plus les aggraver. Ce n’est pas la malveillance qui l’inspire, mais au contraire une sagesse civique qui recherche les moyens de redéfinition d’un bien commun perceptible à tous. On comprend à partir de là comment la laïcité à elle-seule ne répond pas à nos difficultés : « La laïcité est un dispositif de gouvernement qui n’épuise pas le sens de la vie commune, et qui d’ailleurs en donne une représentation abstraite et fort pauvre. On n’habite pas une séparation. » Voilà qui renvoie à des considérations historiques, en même temps qu’à des analyses très contemporaines. L’histoire à revisiter est celle de la Troisième République et de l’équilibre qu’elle avait établi, qui ne méconnaissait nullement le passé et donc l’identité chrétienne de la France : la preuve en est l’insistance mise sur le XVIIe siècle dans la culture de l’école républicaine. Le présent à interroger est celui des relations réciproques entre les grandes masses spirituelles aujourd’hui en mouvement. Pierre Manent relève qu’au sein de ces masses « l’Église catholique est la seule force spirituelle engagée dans une démarche qui prend en compte d’une manière délibérée et pour ainsi dire thématique les revendications et les vues des autres. » Il y aurait donc là une singularité à reconnaître et à utiliser dans un but de régulation d’une nation à faire vivre dans les conditions qui s’imposent à nous. Pour le meilleur, espérons-le.
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