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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 10:00

L'oeil de Stendhal

 

L'actualité de notre grenoblois est à nouveau pleine de bonnes surprises. Après le Stendhal brillant des fêtes (Revue critique du 29 décembre 2009), c'est l'observateur, le moraliste  et le touriste qui sont sous les feux de la rampe.

Un retour rapide sur Filosofia Nova, Pensées, Marginalia, par Stendhal (Ressouvenances, juillet 2009, 334 p.), signalé trop rapidement dans notre précédente chronique. Tout beyliste doit se procurer la réédition de ces deux recueils de notes, publiés pour la première fois dans les années 1930 par l'excellent Henri Martineau. Il y trouvera une véritable mine de pensées, de réflexions et d'annotations que Stendhal conservait précieusement pour des ouvrages futurs, et qui finissent par former une sorte de "théorie intérieure", d'où l'appelation fantaisiste, moitié latine, moitié italienne de Filosofia nova. "Le but de la Filosofia, nous dit-il, est de faire goûter le plus possible plusieurs vérités morales que j'ai découvertes et que je crois neuves. Cet ouvrage sera composé de descriptions et de vérités". Rien de moins. Ce qui fascine, c'est la constance du personnage et cette volonté, en permanence de se percer à jour. Ainsi " Je suis peut-être l'homme dont l'existence est la moins abandonnée au hasard parce que je suis dominé par une passion excessive pour la gloire à laquelle je rapporte tout." (1804), ou encore "La principale crainte que j'ai eue en écrivant ce roman, c'est d'être lu par les femmes de chambre et les marquises qui leur ressemblent." (1828), et enfin "Il semble que l'ennui est un malheur qui vient des choses extérieures. On n'a pas assez d'esprit pour voir que l'ennui provient des exclusions prononcées par l'excessive vanité. " (1830). Un Stendhal comme l'aimait Jacques Laurent, voyeur, assez menteur, émouvant même (ou surtout) lorsqu'il se joue la comédie. Trois qualités du bon romancier.

On lira avec plaisir la petite plaquette consacrée à Londres (Magellan, mars 2010, 76 p). Un mélange de textes extraits du Journal, de la Correspondance ou de Souvenir d'égotisme sur les séjours de Stendhal outre Manche. Beyle oscille en permanence entre admiration, exaspération et mépris pour ces pauvres anglais. Il se jette à Londres le plus souvent pour oublier Paris ou Milan, mais la petite musique du lieu le prend assez vite et il se laisse aller à cette terre de contraste où Shakespeare et  les outrances de Kean voisinent avec le plus plat conformisme. Londres suscite aussi chez Stendhal une forme d'ironie particulière, moins joyeuse, moins "littéraire", plus féroce et plus vraie qu'ailleurs. Là bas, il se défoule et ne se passe rien.

Pour les amateurs de beaux portraits stendhaliens, Martial Daru, baron d'Empire, maître et bienfaiteur de Stendhal, par Henri Daru (Editions RJ, décembre 2009, 535 p.). On se souvient de la haute figure d'administrateur et de militaire, personnage mi sévère, mi indulgent, qui entraîne dans ses fourgons son jeune cousin Henri Beyle, en Allemagne, en Italie et en Russie et qui lui sert d'hôte à Paris. Daru, c'est un bloc de force, de fermeté et de volonté, le type même de l'homme supérieur de l'épopée napoléonienne. Et c'est en même temps l'élégance, le plaisir de vivre et la curiosité qui sont pour Stendhal les trois vertus françaises. Un ouvrage écrit avec aisance, des notes pleines d'érudition, une iconographie peu connue, ainsi que desux inédits de Stendhal. A découvrir absolument.

Nous signalons enfin le colloque international organisé les 3, 4 et 5 juin prochains par l'Université de Grenoble sur Stendhal, historien d'art (renseignements ici) et la parution prochaine d'un Stendhal de Philippe Berthier, professeur à la Sorbonne, grand spécialiste de Beyle et animateur de la revue de référence l'Année stendhalienne.

Nous aurons l'occasion de revenir sur cet ouvrage annoncé comme important ainsi que sur le recueil d'articles de Michel Crouzet, Regards de Stendhal sur le monde moderne (Editions Kimé, février 2010, 482 p.).

Eugène Charles.


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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 10:30

La fin de l'euro                         

 

de Christian Saint-Etienne
Mis en ligne : [17-05-2010]
Domaine : Idées 

la fin de l'euro

 

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la chaire d'économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers, professeur à l'université Paris-Dauphine et membre du Conseil d'analyse économique (CAE).  Il a été économiste au Fonds monétaire international et à l'OCDE. Christian Saint-Etienne a publié récemment L'Etat efficace (Perrin, 2007) et La France est-elle en faillite ? (Bourin Editeur, 2008).

  


Christian Saint-Etienne, La fin de l'euro, Paris, Bourin éditeur, avril  2009, 152 pages.


Présentation de l'éditeur.
L'euro, qui vient de fêter ses dix ans, passe pour être une monnaie forte, rivale du dollar, et à la pérennité assurée. Ce n'est pas l'avis de Christian Saint-Étienne. Non seulement la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale, mais son avenir lui paraît gravement compromis. Au lieu d'accroître la coopération entre les pays membres, les disparités et les rivalités s'aggravent. Une concurrence fiscale de plus en plus exacerbée s'est installée. Mais plus inquiétant encore, l'Allemagne ne cherche-t-elle pas à faire éclater la zone euro pour en reprendre le contrôle ? Aujourd'hui, quel est l'avenir de l'euro ? Quel impact va avoir la crise économique et financière sur lui? Que penser de sa probable implosion? Que vont faire les grands pays concernés ? Dans cet essai court et limpide, Christian Saint-Etienne nous décrit la situation actuelle de l'euro, les risques qu'il court et les différents scénarios possibles pour éviter le pire, s'il en est encore temps.

Recension de Michel Drancourt.
Futuribles - mai 2010
.
Christian Saint-Etienne est un économiste qui sait chercher les réalités derrière les apparences. Ainsi, à l'occasion du dixième anniversaire de l'euro, il constate, dans un ouvrage publié en 2009, que cette monnaie est souvent présentée comme forte et étant une rivale possible du dollar US, alors que, faute d'assise politique réelle, son avenir n'est pas du tout assuré. Elle devait favoriser une croissance économique harmonieuse au sein de la zone euro; or les divergences entre les pays membres se sont accentuées, et la crise n'a rien arrangé.
Le livre est articulé autour de cinq chapitres. "La zone euro est-elle optimale?" d'abord. Elle le serait si l'on se penchait sur les questions suivantes :
- Les performances économiques des pays membres de la zone euro sont-elles satisfaisantes ? Elles sont très divergentes selon les pays. En dehors de l'Allemagne et des Pays-Bas, les exportations, notamment françaises et italiennes, ont été médiocres entre 2002 et 2008.
- Sont-elles meilleures que dans les pays non membres de la zone euro ? Non. La part de l'euro dans la facturation du commerce mondial est restée faible, de l'ordre du quart. Si l'on exclut le commerce intra-européen - très important, heureusement - cette part est plus faible encore.
La Banque centrale européenne (BCE) a mené une politique de renforcement de l'euro qui eût exigé une compétitivité des pays membres comparable à l'Allemagne. Christian Saint-Etienne rappelle que l'euro a été précédé par le système monétaire européen (SME) qui, de 1979 à 1999, a permis de réduire les fluctuations des monnaies des pays membres avant les crises de change de 1992-1993, largement dues aux difficultés de la France à ratifier le traité de Maastricht de septembre 1992 (devant mener à l'euro).
- Si l'euro a tant de faiblesses, pourquoi certains pays veulent-ils faire partie de la zone ? "Ce sont, écrit l'auteur, des pays fragiles qui veulent cacher leur faiblesse en bénéficiant des avantages apparents d'une monnaie forte sans en connaître les coûts réels. "
Le deuxième chapitre pose la question de la survie de l'euro. La crise actuelle va provoquer des débats considérables  dans l'économie réelle. Et les divergences de performances entre les pays membres de la zone euro risquent de s'accentuer. Pour les surmonter, il faudrait que la France et l'Allemagne aient une vue commune sur la politique à mener. Ce n'est pas le cas. La France, en raison de ses structures industrielles, préfère un euro faible. L'Allemagne le veut fort.
Le troisième chapitre s'interroge sur l'avenir de la construction européenne. L'auteur souligne plusieurs points : l'Union européenne (UE) manque de volonté commune; des erreurs on été commises; on n'a ni fixé de frontières à l'Europe ni chercher à harmoniser le contrat social; la construction européenne a été imaginée comme un processus "apolitique". L'UE ne se veut pas une puissance, elle se trompe de monde. La part des grands ensembles économiques évolue vite: la zone européenne pourrait ne plus représenter que 13% du produit intérieur brut (PIB) mondial en 2015.
A partir de là, Christian Saint-Etienne pose deux questions qui s'enchaînent (bien que dans des chapitres différents) : sur quelles bases reconstruire l'UE ? Aujourd'hui, l'Europe "magma", telle que l'aiment les Britanniques, risque de se prolonger. Or, pour que l'Europe existe, il faut être au coeur de "l'économie monde" ou acteur incontournable. Où est le projet stratégique réellement européen? Sur quelles bases reconstruire la zone euro? Ce chapitre est technique et passe en revue des transformations possibles qui renforceraient la position européenne, par exemple en pratiquant un fédéralisme fiscal et, surtout, en lançant des initiatives  en vue de position communes, quitte à demander aux récalcitrants de sortir de la zone euro.
Pour conclure, l'auteur s'interroge sur ce que peut faire la France face au risque d'implosion de l'euro. Après des recommandations relatives à l'efficacité des entreprises, à la créativité, à l'attractivité du pays, il évoque l'hypothèse, en cas de crise de l'euro, d'un retour au SME renforcé (qui semble assez sa préférence). Son raisonnement est cohérent. Mais le comportement récent de la BCE dans la crise prouve que la zone euro évolue. Il est vrai cependant que sans un plus politique, le risque existe d'un retour en arrière.

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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Idées
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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 18:00
Liberté des mers


L'homme passe sa vie à lancer des amarres,
Puis, quand il est saisi dans le calme du port,
Pour peu qu'à l'horizon une fumée l'appelle,
Il regrette à nouveau la liberté des mers;


La liberté des mers, avec leur solitude,
Qui parleront toujours au sel de notre sang,
Où, plus que le printemps enchanteur de
[la terre,
Tardif est l'alizé pour le coeur qui l'attend.


corsaire

 Louis Brauquier (1900-1976). -  Eau douce pour navires. (1930).


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la revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 10:40

Mourir pour l'euro ?


Laocoon ardenses summa decurrit ab arce,
et procul : "(...); equo ne credite, Teucri.
Quicquid id est, timeo Danaos et dona ferentis."

Virgile, Enéide, Livre 2, 40-49.


Les Eurocrates devraient apprendre à se méfier des Grecs et de leurs cadeaux. Mais ces gens-là ont-ils seulement le temps de lire Virgile ? Depuis quelques semaines, ils assistent, impuissants, à l'effondrement de l'Euroland. La crise grecque a créé un gigantesque effet de dominos. Elle a fait éclater comme des baudruches tous les mensonges, tous les dogmes, toutes les supercheries dont on nous a rebattu les oreilles depuis des mois, voire des années : la solidité de la monnaie unique, l'horizon indépassable de l'euro, la convergence des économies permises par le vertueux traité de Lisbonne, la solidarité sans faille des gouvernements de l'Union. De tout cela, il ne reste rien, plus rien, qu'un petit tas de ruines encore fumantes. Faut-il s'en réjouir ? Oui, diront certains, car on ne construit pas sur le vent ou sur le sable et il est un moment où la réalité reprend ses droits. Non, disons nous, car  les raisonnements absurdes qui ont conduit à désarmer les États, à ouvrir les marchés, à supprimer les régulations, à faire disparaître les contrôles et les frontières nous placent aujourd'hui dans la pire des situations. Le monstre qu'est la spéculation mondiale, car c'est un monstre, a parfaitement cerné nos faiblesses et il peut, d'un moment à l'autre, nous déchirer à belles dents. Face à lui, nos gouvernants en sont encore à se disputer sur les raisons de leur échec. Combien de temps leur faudra-t-il pour comprendre qu'il va falloir se battre ?

Oui, l'euro était un projet imbécile, peut-être même un projet criminel. L'Europe ne remplissait aucune des conditions pour s'engager dans un pareille aventure, à supposer qu'elle fut souhaitable. Penser qu'il suffisait d'unifier les banques centrales, d'harmoniser les droits de la concurrence et de supprimer quelques frontières pour créer un espace économique viable était une vue de l'esprit. Comme le rappelait il y a quelques jours encore le prix nobel d'économie, M. Joseph Stiglitz : " La suppression des barrières légales à la mobilité des travailleurs a créé un marché du travail unique, mais l'instauration d'une mobilité à l'américaine est un objectif irréalisable en Europe en raison des différences linguistiques et culturelles" [1].  Or, c'est exactement le contraire que l'on constate:   la mobilité  a tendance à se réduire à l'échelle de l'Europe et dans la plupart des grands pays européens! De la même façon, qui pouvait sérieusement penser que le modèle économique allemand, celui de la France, de la Grèce ou du Portugal, fruits de réalités industrielles, géographiques, ethniques différentes, arriveraient à converger en aussi peu de temps. L'Europe s'était-elle d'ailleurs donné les moyens de faire face aux tiraillements que la monnaie unique produiraient inévitablement ? Qu'a t'elle fait pour aider un pays comme l'Espagne à juguler un chomage grandissant, comment entendait-elle répondre aux situations économiques difficiles du Portugal, de l'irlande, de la Grèce, de Chypre ou de la Slovénie? Sans doute par la politique des taux d'intérêt élevés mené par la BCE, sous l'influence de l'Allemagne, qui aggrave  la situation économique de ces pays et qui les étouffe financièrement!

En réalité, rien n'a été sérieusement pensé, ni préparé. La course à l'euro à laquelle nous avons assisté depuis 1999 n'avait in fine qu'une seule et unique préoccupation : distordre le cours de l'histoire, imposer à toute force et dans le minimum de temps l'unification politique et économique du continent, cette Europe fédérale, libérale, patronale qui se dissimule depuis 1950 derrière chacun des traités, et que les peuples rechignent à accepter. Du Plan Delors à Maastricht, du sommet de Nice à celui de Lisbonne, c'est toujours la même mauvaise potion que les classes dirigeantes cherchent à nous faire avaler, et l'euro n'en est qu'un ingrédient. La crise grecque a, en quelque sorte, marqué la fin de cette précipitation effrénée. Elle a cruellement montré que derrière les discours, les traités et les règlements, rien de solide n'existait : aucun gouvernement économique de l'Euroland, mais qui en voulait ? Aucun dispositif de redistribution ou de péréquation, mais qui le souhaitait ? Aucun encadrement de la concurrence fiscale et sociale, mais qui était en situation de l'imposer ? Personne. Il faudra, un jour, faire le procès des irresponsables qui nous ont entraînés dans ce désastre. L'histoire les a sans doute déjà jugés.

Les réponses concoctées pour répondre à la crise grecque et tenter d'enrayer sa progression sont du même acabit : mal conçues, péniblement mises au point, in fine sans effet. Par quel miracle un prêt de 110 milliards d'euros, consenti dans le plus grand désordre, à des conditions à peine favorables, pourrait-il sauver un pays déjà insolvable ? C'est évidemment reculer pour mieux sauter. Et qui peut croire  une seconde à un mécanisme de garantie des dettes des pays membres, bricolé en quelques heures et qui n'a  reçu qu'un appui du bout des lèvres des pays d'Europe du Nord, à commencer par l'Allemagne. Tout cela ne tient pas. La seule solution viable pour Athènes, et demain sans doute pour Madrid, pour Lisbonne et pour Rome, c'est un très large rééchelonnement de leur dette publique et sans doute un moratoire sur une partie des remboursements. Tout le monde le sait parfaitement, mais qui veut l'entendre ?  - Ce serait la fin de l'euro et le retour aux monnaies nationales, nous dit M. Trichet. - Sans doute, mais n'y va t'on pas tout droit ? - Ce sont de grosses pertes  à provisionner pour les banques allemandes et françaises, qui sont les premiers créanciers de la Grèce ? - Certes, mais la correction arrivera tôt ou tard. N'est-il pas préférable de l'anticiper ? - Vous n'y pensez pas ! Les actionnaires de ces banques viennent de sacrifier deux ans de dividendes, ils n'accepteront pas d'aller plus loin !

Comme ces demi-mesures ne sont pas de nature à convaincre les marchés, les dirigeants européens se sont jetés têtes baissées, jeudi dernier, dans un piège plus redoutable encore. Sous la pression de l'Allemagne, chacun a fait de la surenchère sur la réduction de ses déficits et de son endettement : gel des salaires, réduction drastique des budgets sociaux, moratoire des dépenses publiques sur deux, trois, voire quatre ans, augmentation de la TVA. La France, qui n'a pas voulu être en reste, a annoncé un plan de stabilisation sur 3 ans, qui prend effet dès le budget 2010. Or, comme le soulignait le lendemain l'éditorialiste du Monde, la médecine risque d'être bien pire que le mal : l'Europe s'apprête à subir une récession massive, alors même qu'une reprise timide commençait à poindre. Dans les pays les plus exposés - Grèce, Portugal, Espagne -,  les augmentations d'impôt envisagées pourraient se traduire par des baisses de consommation et de croissance telles que la dette publique continuera à flamber. Les opinions publiques sont-elles capables d'accepter ces cures d'austérité ? La réponse est non, si l'on en juge par ce qui se passe actuellement dans les rues d'Athènes. L'acharnement contre nature à défendre l'euro peut-il justifier des millions de chomeurs en plus, des années de stagnation, un climat de trouble qui va se répandre dans toute l'Europe ? La réponse est encore non.

Qui est en situation d'arrêter ces folies ? Certainement pas les dirigeants européens, confits dans leurs dogmes ou tétanisés par la peur de prendre leurs responsabilités. Les marchés, quant à eux, poursuivent leur offensive: vendredi et samedi, l'euro a continué à perdre du terrain et les bourses européennes ont clôturé à nouveau en forte baisse, preuves supplémentaires que la "confiance" n'est pas rétablie, malgré les annonces de la semaine dernière.  On s'attend  à d'autres mauvaises nouvelles la semaine prochaine. En réalité, les milieux financiers ont parfaitement analysé que l'austérité va aggraver la situation en Europe et que les gouvernements du Vieux Continent n'ont plus les moyens politiques et intellectuels de controler quoique que ce soit. Paradoxalement, c'est des Etats-Unis et d'Asie que pourrait venir la solution. On sait que l'administration Obama a donné la semaine dernière des signes d'inquiétude, de même que le gouvernement chinois. La crise européenne menace de contaminer Wall Street et ses banques et d'étendre la récession à l'ensemble de la planète. Un conseiller de la Maison Blanche parlait ouvertement samedi "d'en finir rapidement avec l'expérience de l'euro" et il n'était contredit que du bout des lèvres par le secrétaire d'Etat au Trésor. Cette idée chemine également à Pékin et à Tokyo. Le pire serait qu'elle nous soit imposée par les autres. S'en serait alors fait d'une certaine fiction européenne, ouverte il y a 60 ans par le Traité de Rome.

  François Renié.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, Peut-on encore sauver l'euro ?, Les Echos, 10 mai 2010.

  

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 18:42
Vive Tintin...
au Congo et ailleurs!                  
tintin au congo

Nos amis du Lyon Royal relataient hier les derniers épisodes de ce qu'il faut bien appeler l'affaire "Tintin au Congo". Le Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN) vient en effet de s'associer à l'action engagée par un ressortissant congolais résidant en Belgique, M. Bienvenu Mbutu Mondondo, qui demande depuis plusieurs mois aux tribunaux belges "le retrait de la vente ou à défaut, l'ajout d'un avertissement" sur l'album d'Hergé, parce qu'il considère qu'il est "raciste à l'égard des Africains".  La justice belge devrait se prononcer sur la recevabilité de ces plaintes le 31 mai prochain. Le CRAN envisage également de porter l'affaire devant les tribunaux français, afin d'obtenir l'insertion d'un avertissement de même nature dans tous les exemplaires diffusés dans l'hexagone.

On est effondré devant un tel déferlement de conformisme, de sottise et de mauvaise foi. Le blog du Nouvel Observateur, que l'on peut difficilement taxer d'indifférence vis à vis du racisme, n'hésitait pourtant pas la semaine dernière à qualifier M. Mbutu Mondodo, "d'étrange étudiant en sciences politiques animé par une hargne qui ne l'est pas moins" et de laisser entendre qu'il cherchait surtout la popularité dans cette affaire. L'écrivain Alain Mabanckou, interrogé par le même blog, reflétait l'opinion de l'immense majorité des intellectuels français ou francophones en déclarant : "Je ne suis pas partisan d'une interdiction de cette bande dessinée. Elle doit rester une trace de l'esprit belge de ces années trente. Elle est une des preuves historiques d'une certaine pensée occidentale (...). Ce n'est pas à partir de « Tintin au Congo » que la pensée du Blanc sur le Nègre s'est formée. Lorsque Tintin est « arrivé au Congo », l'idéologie raciste et coloniale sur le Noir était déjà bien établie. Il est ridicule de songer à rajouter un texte pédagogique dans l'album « Tintin au Congo ». Pourquoi ne pas, alors, le faire aussi dans « l'Esprit des lois »  de Montesquieu, où il est dit que les gens du sud sont faibles comme des vieillards et que les gens du nord sont forts comme des jeunes hommes ? A ce train-là il va falloir relire tous les livres du monde et rajouter des pages pédagogiques ici et là !" Dans ces conditions, en effet, on ne voit pas pourquoi on n'interdirait pas tout simplement l'ensemble des oeuvres de Voltaire, de Diderot, de Balzac ou de Gobineau, au prétexte qu'elles sont très largement entachées d'antisémitisme ou de racisme. Sans parler, plus proche de nous, de l'infâme Céline, dont les éditeurs, de gauche comme de droite, s'arrachent journaux et carnets, alors qu'ils exhalent souvent l'antisémitisme le plus abject.

Faut-il le rappeler au petit nombre de Français qui ne l'ont pas (encore) lu : Tintin n'est pas raciste, bien au contraire. Si les premiers albums (Au pays des soviets, au Congo, en Amérique) reflètent une certaine vision  de l'époque - il était difficile pour un jeune français ou un jeune belge des années 30 de penser la colonisation autrement qu'à travers l'image qu'en donnaient les manuels scolaires - le héros d'Hergé n'hésite pas à se démarquer des préjugés coloniaux et à prendre la défense du jeune africain, du jeune chinois ou du petit indien maltraités par le blanc arrogant. Cette posture, habituelle aujourd'hui, était courageuse pour l'époque. Elle fait évidemment partie du charme et de la légende de Tintin, des raisons qui font que Tintin a été, est et sera toujours le héros de l'enfance généreuse. C'est pour celà que le procès qu'on lui fait aujourd'hui est particulièrement infâme !

Il faut faire confiance à la justice belge et à celle de notre pays, et plus généralement à l'esprit de liberté qui prévaut encore chez nous. Les flics de la pensée, les gueules de vache de la bien pensance, les censeurs du communautarisme imbécile n'y ont pas encore acquis les positions qu'ils tiennent ailleurs. S'ils osent s'attaquer à Tintin, gageons qu'ils seront bien reçus !

En attendant ces perspectives martiales, nous renvoyons nos lecteurs au bel article publié en octobre 2007 par Gabriel Matzneff dans Royaliste, à la gloire de notre ami reporter.

Paul Gilbert.

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 13:40

Tirs croisés sur l’art contemporain

 

Tous les grands magasins vont devenir des musées et tous les musées vont devenir des grands magasins.

Andy Warhol.

 

Deux articles, publiés récemment dans des revues que pourtant tout oppose, Le Monde diplomatique d’une part, Commentaire de l’autre, ouvrent joyeusement le feu sur l’art contemporain. Cette vieille baudruche de nos sociétés post modernes n’est donc plus intouchable; elle attire désormais les coups de bâton des deux côtés de l’échiquier intellectuel. On s’en félicitera. On y verra même un nouveau signe des changements en cours dans la République des arts et des idées.

Dans le Monde diplomatique d’avril 2010 [1], c’est le philosophe Dany-Robert Dufour, l’excellent auteur du Divin Marché [2], qui ajuste son tir sur les créateurs en mal de provocation. L’ouverture de l’article réjouira plus d’un de nos lecteurs :

L’art contemporain est révolutionnaire ; en conséquence, ceux qui ne l’apprécient pas sont soit de francs réactionnaires, soit des réactionnaires qui s’ignorent, c’est-à-dire des néo-réactionnaires. De telles étiquettes sont aujourd’hui systématiquement posées sur tous ceux qui osent encore s’interroger devant certaines œuvres et pratiques de l’art contemporain. Plutôt que de courir le risque d’être soupçonné de populisme, d’incompétence ou de sottise, rien d’étonnant si l’on choisit le plus souvent de taire ses réserves. Vous préférez-vous réactionnaire ou révolutionnaire ? Du côté de la modernité ou de l’académisme ? Ce procédé, qui clôt tout débat avant qu’il ne commence, a une remarquable efficacité, dont les ressorts et les objectifs méritent assurément d’être élucidés : car, s’il est déployé aussi bien dans un certain type de discours sur l’art que dans un certain type d’art indissociable de ce discours, de façon bien plus large il opère également dans le vaste domaine de la rhétorique politique. Le champ artistique examiné ici sert donc de « modèle », destiné à en éclairer les enjeux.

Qui y a-t-il réellement derrière cet esprit « révolutionnaire », cette volonté de provocation ?  Aucune quête du sens ou de la vérité, mais un plaisir purement nihiliste, celui d’imposer au spectateur ses passions et ses bassesses et de le placer devant le choix impossible de la connivence ou de la ringardise. Les provocations d’un certain art contemporain ne reposent plus alors que sur le vide, le snobisme et l’argent, nous dit Dany-Robert Dufour. Et notre philosophe d’aligner une belle brochette de talents surfaits ou faisandés, où Koons (le bien nommé), Fabre et quelques autres trouvent logiquement leur place.

Cet art de la manipulation, caractéristique de la publicité, s’applique aujourd’hui aussi dans l’art contemporain, quand il devient un lieu où se cherchent tous les moyens possibles de compromettre le spectateur : intérêt, intéressement, connivence. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de penser aux œuvres des artistes parmi les plus réputés de notre époque. Du belge Jan Fabre, qui présentait récemment au Louvre un choix d’excrétions diverses du maître lui-même, à Jeff Koons, fameux pour ses divers caniches géants, la bonne vieille recette compromission-connivence déploie sans faiblir dans l’art postmoderne la stratégie dûment payante du « second degré » : 1) provocation sans tabou ; 2) qui ne produit aucune autre signification ; 3) d’où s’ensuit la rumeur médiatique qui en enclenchera…4) une intéressante spirale spéculative.

S’appuyant sur les analyses de Jean Baudrillard [3], qui étrilla lui aussi en son temps cet art « aussi nul qu’insignifiant », M. Dufour met à jour les ressorts d’une certaine modernité « démocratique » où artiste et spectateur consentant partagent en réalité la même morale, celle du refus des valeurs…

Cet art « narcynique », à la fois narcissique et cynique, est difficile à démasquer parce qu’il repose sur une prémisse « ultradémocratisme » très en vogue : il serait impossible de distinguer un objet réellement artistique d’un objet quelconque parce qu’il faudrait alors introduire une hiérarchie. Or toute hiérarchie impose des valeurs, ce qui revient à faire preuve d’un penchant plus ou moins avoué pour l’ordre, tout ordre étant ordre étant en puissance porteur de totalitarisme : banalités dignes des brèves de comptoir, on agite alors le spectre du fascisme ou du stalinisme, dans le champ politique, tandis que, dans le champ philosophique, le « totalitarisme » menacerait avec le criticisme hérité d’Emmanuel Kant par exemple. (…) Donc, pour éviter le tribunal, la Terreur et autres dictatures, on se refuse à toute hiérarchie critique, ce qui permet de donner à un tas d’excréments la dignité de l’objet artistique, dans la mesure où il est supposé avoir autant de valeur que n’importe quelle œuvre – voire davantage, dans la mesure où, ayant renoncé à la re-présentation, qui implique une coupure nette entre ce qui est « présenté » et la réalité, cet art contemporain présente directement, sans mise en distance symbolique, la provocante pulsion, celle de l’artiste, ou celle par laquelle il a été investi comme objet d’art, ce qui est le rôle des collectionneurs, dont l’un des plus emblématique est certainement M. François Pinault.

… à l’exception de celles de l’individualisme, de la satisfaction des pulsions et de l’argent. On retrouve ici - et Dany-Robert Dufour y fait référence -  cette « comédie » de la subversion, chère à Philippe Muray, qui n’est en réalité que la face cachée du conformisme postmoderne.  

On voit comment la rhétorique perverse mène à l’obscénité : s’y affirme qu’on peut, qu’on doit pouvoir tout constituer en objet vendable. Si exhiber ce qu’on ne saurait montrer, ce que seule la pulsion  justifie, fait de l’art et fait de l’argent, chacun est alors libre d’agir en fonction d’une intériorisation individuelle de la loi du marché, cette loi qui s’appuie sur la demande de satisfaction des pulsions, et ne se souvient que de la jouissance, directe, revendiquée, exhibée, étant bien entendu qu’il est d’autres jouissances que sexuelle. C’est là ce qui se joue dans l’art en régime ultralibéral. Cette tolérance de l’art contemporain pour le n’importe quoi n’est pas anodine. Puisque c’est au nom de la liberté d’expression que les propositions les plus intolérables devront être tolérées, comment ne pas voir que cet ultradémocratisme est exactement, sur le plan politique, ce qui peut directement conduire à la tyrannie – on sait d’ailleurs possible cette conversion depuis La République de Platon ? On a ainsi assisté à une sacralisation de l’acte… fumiste, qui s’est longtemps justifié par référence au geste de Marcel Duchamp exposant, en 1917, le readymade Fontaine, un urinoir standard ainsi rebaptisé. (…) Les nombreux artistes qui, à partir des années 60, s’en sont réclamés, se sont contentés de reproduire ce geste, duplication vide de tout enjeu : nous sommes entrés dans l’ère du « comme si », qui ne pouvait conduire qu’à la « comédie » de la subversion (le mot est du romancier et essayiste Philippe Muray). (…) Mais cette subversion ne consiste qu’à affirmer le principe libéral fondamental : il n’existe aucune autre réalité que celle de l’individu ; tout ensemble social n’est que le résultat de l’action des individus ; enfin, les hommes visent toujours dans leurs échanges la maximisation de leurs gains. L’alter ego n’est donc plus compris comme la condition de la réalisation de chacun, mais comme un risque permanent d’empêchement : art et civilisation du « tout à l’ego », revendiquant sourdement qu’il n’y ait pas de limite à ce à quoi l’individu a droit. Quelle belle subversion, qui veut confondre l’aliénation même et la libération !

On ne peut pas s’empêcher de rapprocher les propos de Dany-Robert Dufour de l’article que publie l'historienne d'art Christine Sourgins dans la livraison de l’hiver 2009-2010 de Commentaire [4]. Mme Sourgins n’en est pas à son coup d’essai contre ceux que Muray appelaient les subversifs subventionnés ou les transgresseurs disciplinaires. Elle instruit depuis longtemps le procès du nouvel ordre esthétique, avec infiniment de finesse et de rigueur. De chronique en chronique, de livre en livre [5], son réquisitoire s’enrichit et s’épaissit. Elle suspecte, elle aussi, derrière les dérives de l’art contemporain, autre chose que le simple appât du gain ou le piège à gogos. Son propos est moins idéologique que celui de M. Dufour, elle ne partage sans doute pas complètement sa critique de l’ultra libéralisme, mais elle flaire, tout comme lui, sous les délires néo-esthétiques, la culture de mort et l’odeur de l’argent, l’un n’allant d’ailleurs jamais sans l’autre. L’intérêt de son article est précisément de remonter aux sources, puisqu’elle nous fait redécouvrir le film que Roberto Rossellini consacra en 1977 à l’ouverture de Beaubourg. Il s’agit d’un document presque brut, sans aucun commentaire, qui montre à la fois ce que fut l’émergence du Centre Pompidou dans un Paris éventré par la rénovation urbaine, les propos lénifiants de ses concepteurs et le désarroi de la foule des visiteurs, perdue dans cet immense supermarché culturel. On devine que le maître du néoréalisme italien a pris beaucoup de plaisir à filmer toutes ces contradictions de la modernité :

Enfin, nous voilà au musée proprement dit. On avait oublié (Orsay n’état pas encore ouvert) qu’il débutait avec des œuvres XIXe, celles de Gustave Moreau ou Odilon Redon. En face, le douanier Rousseau : « des œuvres 1900, dit un conférencier, qui ont donné un sens à la génération future ». Flagrant délit d’anthropocentrisme typique de la contemporanéité absolutisée : aujourd’hui est plus qu’hier et bien moins que demain (à ce compte là, Xavier Veilhan dépasse Le Brun ipso facto) et finalement le monde n’a été créé que pour aboutir à nous… Le musée est chronologique, précise une voix. C’est précisément ce qui désoriente le public, sans doute plus désireux d’aller à la rencontre de la personne d’un artiste. La chronologie des histoires de l’art est trop distanciée, l’homme de la rue n’est pas familier : il tâtonne, essaie d’identifier… Et là commence un catalogue d’inepties justifiant la petite histoire qui veut que l’objet qui entende le plus de bêtises soit une œuvre d’art. Ce « machin » est un De Chirico, tandis que les disques colorés de Delaunay passent pour des oreilles de Mickey… Certains s’énervent, voudraient donner des coups de pied, d’autres « se régalent », employant le vocabulaire des gourmets. (…) Avec Beaubourg cependant, Rossellini retrouve une thématique qui l’intéresse : la « confrontation avec une réalité tellement énigmatique dans sa différence qu’elle fait scandale », le héros rossellinien étant incapable de « l’assimiler, de lui donner un sens dans son code, de résorber l’écart qui le sépare d’elle » Le cinéaste a toujours aimé filmer la mise en présence « d’êtres d’espèces, de milieux ou de cultures radicalement hétérogènes, absolument opaques et énigmatiques l’un à l’autre »

Le documentaire de Rossellini exprime à la fois la distance et l’absence. Distance entre les œuvres et le public. Absence des créateurs, comme si l’art n’était plus qu’une succession d’objets anonymes, labellisés, à consommer :

Dans ce film, la masse des visiteurs passe à l’écran et parle, le monde de la conservation et des décideurs aussi : tout accrochage du musée en est l’expression. Mais les artistes ? Certes, ils se sont exprimés chacun dans leur œuvre, mais sur l’usage qui en est fait, sur le regard que le musée porte sur elles et sur eux ? A aucuns moment ils n’interviendront ni n’auront la parole. Ils ne sont pas là. Paradoxe d’un musée d’art moderne, qui, à une époque où beaucoup d’artistes sont encore vivants, les exclut du grand jeu d’un art contemporain qui va commencer à virer au label, au genre, et à ne plus désigner simplement l’art d’une temporalité précise.

La conclusion de la critique d’art rejoint celle du cinéaste et du philosophe. Elle dépiste derrière Beaubourg autre chose qu’une succession de fautes de goût. Le Centre Pompidou fait corps avec son époque, il exprime ce nihilisme fin de siècle que dénonçait Nietzsche à la fin du siècle précédent. En refusant bien évidemment  de se voir dans le miroir que lui tend le cinéaste :

Fracture avec le public, exclusion des artistes, désacralisation de l’art et sacralisation de l’instrument de monstration… Ce que filme Rossellini pourrait s’appeler Art contemporain, année zéro, soit l’émergence d’un nouvel ordre muséal qui s’est voulu un idéal et donc… incritiquable. Comment s’étonner que ce film ait été oublié ? Si Beaubourg est un des totems du monde contemporain, l’ultime œuvre de Rossellini en est le tabou. Jusques à quand ?

Sainte Colombe.

 


[1]. Dany-Robert Dufour, Créateurs en mal de provocation, Le Monde diplomatique, Avril 2010.

[2]. Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché. (Denoël, 2007)

[3]. Jean Baudrillard, Le complot de l’art, Libération, 20 mai 1996.

[4]. Christine Sourgins, Rossellini à Beaubourg, Commentaire n°128, Hiver 2009-2010.

[5]. Christine Sourgins, Les mirages de l’art contemporain (La Table ronde, 2005). On consultera également avec profit ses chroniques dans les revues Commentaire, Conflits actuels, Liberté politique, Catholica, Kephas.

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 10:30

Médias, la faillite

d'un contre-pouvoir                 


Par Philippe Merlant et Luc Chatel
Mis en ligne : [9-05-2010]
Domaine : Idées

 

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Philippe Merlant est journaliste depuis 1975 (France Inter, L'Equipe, Libération, Autrement, L'Entreprise, L'Expansion, Transversales Science Culture), aujourd'hui à l'hebdomadaire La Vie. Luc Chatel est rédacteur en chef de l'hebdomadaire Témoignage chrétien.



Philippe Merlant et Luc Chatel, Médias, la faillite d'un contre-pouvoir, Paris, Fayard, septembre 2009, 326 pages.


Présentation de l'éditeur.
Combien faudra-t-il encore d'affaires comme celles du "bagagiste de Roissy" ou du "RER D" pour que les journalistes s'inquiètent du fossé qui se creuse entre eux et les citoyens? Pourquoi ces derniers ont-ils de plus en plus le sentiment que les médias, passés du côté des puissants, ne constituent plus un contre-pouvoir susceptible de les défendre? Pour tenter de comprendre les raisons de cette défiance, Philippe Merlant et Luc Chatel nous invitent à visiter l'envers du décor. Nourrie de leur propre expérience de journalistes, leur enquête ne se contente pas de pointer les dérives - "suivisme", course au scoop, autocensure... Elle décrit de manière très concrète les conditions de formation des journalistes et de fonctionnement des rédactions, montrant notamment comment les impératifs de rentabilité et de rapidité ont des impacts sur les différents maillons de la chaîne. Une plongée au coeur du monde de l'information, qui ouvre des pistes vers un journalisme enfin réconcilié avec son public.

Recension de Antoine de Tarlé.
  Etudes - mars 2010
.
La littérature critique sur les médias est très abondante. Toutefois, le présent ouvrage retient l’attention à plus d’un titre. Tout d’abord, il est écrit par deux professionnels expérimentés qui s’appuient sur de nombreux cas concrets. Par ailleurs, Ph. Merlant et L. Chatel se gardent de tout discours idéologique sur les pouvoirs et les médias. Ils considèrent à juste titre qu’avant de fustiger des pressions exté­rieures d’origine politique ou écono­mique, il conviendrait que les journalistes reconnaissent leurs propres faiblesses. Ils mettent notam­ment en cause l’absence d’imagination et le côté moutonnier des rédactions, ce qu’ils appellent le mimétisme. Cela conduit les journaux à traiter tous de la même façon et en même temps les mêmes sujets. Or, de nombreux thèmes, tout aussi intéressants pour le lecteur, sont négligés parce qu’ils ne sont pas dans l’air du temps et qu’il faudrait déployer un effort de réflexion et d’écoute qui semble rebuter les respon­sables des rédactions. On saura gré aussi aux auteurs de ne pas proposer de solution toute faite à cette dérive préoccupante des médias. Ils se conten­tent d’ouvrir des pistes pour inciter les journalistes à mieux accepter la diver­sité de la société et à rester à l’écoute des lecteurs. Ils soulignent que le jour­nalisme citoyen prôné par certains ne peut être efficace que si des profession­nels prennent en charge la production de l’information. Ce livre empreint de bon sens devrait être étudié dans toutes les écoles de journalisme. 


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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Idées
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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:42
La Savoie 
et la France               
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Le 150ème anniversaire du rattachement de la Savoie et de Nice à la France était l'occasion pour le gouvernement de rendre hommage à ces deux belles provinces qui ont tant contribué à l'histoire récente de notre pays. Il n'en a rien été. A peine quelques commémorations officielles, la plupart d'ailleurs à l'initiative des collectivités territoriales ou des associations locales. Rien ou presque de la part de l'Etat, si ce n'est un discours particulièrement insipide de M. Sarkozy, fin avril à Chambéry.

Et pourtant le 22 avril 1860, c'est avec enthousiasme que les Savoyards et que les Niçois se donnèrent à la France.  Les cloches sonnèrent à pleines volées à Chambéry, à Annecy, à Bonneville et à Moutiers lorsque, le 14 juin, les représentants de l'Empereur prirent officiellement possession de la province. "Nous étions des Français de coeur, nous sommes désormais des Français de droit", voilà ce que disaient les discours de bienvenue des nobles montagnards, voilà ce que disaient les foules rassemblées pour accueillir dans la joie les émissaires de la France...

La Savoie a prospéré dans l'ensemble national, elle en est désormais une des régions les plus riches et les plus dynamiques. Elle attend à juste titre une reconnaissance et un hommage que l'Etat républicain ne lui a jamais donné que du bout des lèvres. L'article que nous reproduisons ci-dessous, extrait de la Revue critique du 25 septembre 1910, montre que le cinquantenaire du rattachement ne fut pas mieux fêté par le gouvernement de l'époque. Il est vrai que les Savoyards, profondément catholiques, n'étaient pas perçus comme de bons sujets par le pouvoir jacobin et anticlérical qui sévissait alors à Paris. Ils souhaitent désormais s'affranchir du vieux cadre républicain qui les a divisés en deux départements et se donner leurs propres institutions. C'est sans doute pour celà que la République regarde aujourd'hui encore ces hommes libres avec suspicion. 

  Claude Cellerier.

 

 

Les fêtes du cinquentenaire.

 

Moûtiers-Tarentaise, septembre 1910.

 

Le 24 mars 1860 fut signé à Turin l'acte de cession de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France. Le 22 avril, par 130.533 oui contre 235 non, le peuple de Savoie donna son assentiment enthousiaste au traité. Le 14 juin, le sénateur Laity prit officiellement possession de la nouvelle province française au nom de l'Empereur. Cinquante ans se sont écoulés; la commémoration s'imposait, les cœurs savoyards ne l'ont pas négligée. Quel jour choisir pour célébrer la fête ? Ces trois dates : 24 mars, 22 avril et 14 juin, en rappelant le pacte des souverains, l'assentiment populaire, la réalisation, marquaient des anniversaires précis. Mais on pouvait aussi bien commémorer l'annexion dans son ensemble en choisissant tout autre jour de l'année qui ne fût l'anniversaire d'aucune de ses étapes.

C'est des Savoyards de Paris qu'est venu le signal de nos fêtes. L’Alliance catholique savoisienne a fait coïncider son assemblée générale annuelle avec la célébration solennelle du cinquantenaire, et l'a placée sous le patronage de ceux qui furent les principaux promoteurs du mouvement de 1860. Elle a convoqué le 10 avril, à la salle des fêtes de Saint-Honoré d'Eylau, les Savoyards de Paris et les Savoyards de Savoie. Ce fut une journée parfaite, uniquement savoyarde. M. Jules Challamel, président de l'Alliance, en fut l'organisateur et l'âme. Tous nos pays : Savoie propre, Chablais, Faucigny, Maurienne, Tarentaise, y étaient représentés. Des discours sur l'annexion furent prononcés par M. Hippolyte Perret et par M. Antoine Pillet. Le baron du Bourget lut une étude sur la fameuse brigade de Savoie. On chanta les chansons du pays : la Pernette, la Marion et le bossu, Mon père avait cinq cents moutons; on grignota des rioutes apportées de Chambéry en les arrosant de vin blanc de Savoie. Un Te Deum solennel, un banquet où M. Emmanuel Dénarié et le chanoine Lavorel, d'Annecy, parlèrent au nom de tous, terminèrent la journée. 

En Savoie, la fête eut lieu le 12 juin. C'était le dimanche le plus rapproché du 14, et ce jour était en outre l'anniversaire de la ratification du traité par le Sénat français. A Chambéry, la journée fut joyeuse, la fête vraiment populaire. Des drapeaux et des guirlandes aux maisons, des jeux dans les rues, une joie franche, unanime et sans apprêt, égayèrent la vieille capitale du duché. L'archevêque avait prescrit un Te Deum dans toutes les paroisses de son diocèse ; il présida lui-même celui de la cathédrale et prononça un discours sur l'annexion. Au théâtre, sous la présidence du maire, qu'entouraient, avec le général Borson seul survivant du groupe de l'annexion, les représentants des familles Greyfié de Bellecombe, Costa de Beauregard, Dénarié, M. Antoine Pillet rappela dans une conférence la longue suite de notre glorieuse histoire et les faits précis qui motivèrent et légitimèrent notre réunion à la France. On ne parla pas d'opinions politiques. Le maire, qui est à la tête d'un conseil municipal entièrement gouvernemental, présida avec tact et uniquement en Savoyard cette réunion de Savoyards. Emmanuel Dénarié, qui a tant d'esprit et tant de cœur, fit une allocution charmante. « Au fond, dit-il, nous sommes bien tous de la même famille ; il en est où l'on se querelle beaucoup, où chacun, quand il n'y a pas de chef, croit avoir la meilleure méthode pour organiser la maison, et nous sommes un peu de ces familles-là. Mais dans les anniversaires tristes ou joyeux, la famille se réunit sous le poids d'une même pensée ou dans l'exaltation d'un même sentiment. » Là, comme à Paris le 10 avril, l'âme savoyarde eut sa journée et nous l'avons sentie revivre.

A Annecy, la fête fut plus bruyante. On avait annoncé à grand fracas une cavalcade dont le succès fut médiocre, ses organisateurs n'ayant pas su lui donner le cachet local et historique que les circonstances commandaient. La garnison sortit de la ville et y revint aussitôt pour figurer l'entrée des troupes françaises en 1860. Le maire harangua la population du haut du balcon de l'Hôtel de Ville ; le préfet reçut le conseil municipal. L'évêque avait prescrit un Te Deum dans toutes les églises. Le Chablais, le Faucigny, la vallée de l'Arve, s'associèrent aux réjouissances et aux prières.

En Tarentaise, où notre évêque présida le Te Deum à la cathédrale, nous eûmes une journée retentissante. Le bruit que firent tous les pompiers du département venus à Moûtiers avec leurs musiques pour la réunion annuelle de leur fédération, accentua notre joie de fêter le cinquantenaire. Nos maisons étaient couvertes de drapeaux et de feuillages. Ceux qui pavoisent pour Jeanne d'Arc et ceux qui pavoisent encore pour la prise de la Bastille se trouvèrent unis dans le même sentiment de piété savoyarde.

En Maurienne, il n'y eut point de fête... L'évêque n'avait pas suivi l'exemple de ses collègues et n'avait prescrit aucun Te Deum. Les municipalités n'organisèrent rien... Cela prouve que chez nous chaque pays fait à sa tête, et c'est une ombre à notre tableau qui lui donne plus de relief. Il était bon que sur un point de la province le silence et l'abstention donnassent une leçon à nos maîtres...

Il faut le dire, sur toute cette joie du cinquantenaire, il a flotté non pas un regret de ce qui s'est fait il y a cinquante ans et qui est fait pour toujours, mais un sentiment de réserve, une sorte de gêne due à la façon dont le pacte de 1860 est exécuté par le gouvernement de la République. La Savoie s'est donnée et on la pille. Le parti conservateur et le clergé furent les artisans de l'annexion contre les libéraux qui n'en voulaient pas ; on les moleste et on les vole. Des engagements solennels avaient été pris de respecter les droits acquis de la province ; ces droits sont anéantis chaque jour un peu plus par la machine à voter que les Parisiens ont installée à la place du gouvernement... Qui s'étonnera que notre élan vers l'union des cœurs, en cette année 1910, ait été voilé de mélancolie? Le chanoine Lavorel l'a dit à l'un des derniers dîners des publicistes chrétiens : « Nous aimions bien nos princes, mais il fallait opter entre « la France et l'Italie. Découragés par la persécution que * Cavour avait fait subir depuis cinq ans à nos prêtres et « à nos religieux, nous nous portâmes du côté de la France « avec d'autant plus d'entrain que nous saluions en elle la « grande nation catholique et que nous comptions partager « ses gloires. Il est probable que si nous avions prévu les « persécutions dont nous avons été victimes dans le quart « de siècle qui a précédé le jubilé d'aujourd'hui nous aurions montré moins d'enthousiasme en 1860. Mais nous n'avons pas de contrition. Nous sommes de vrais Français... »

 

*
*  *


Telles furent les fêtes, les vraies fêtes du cinquantenaire. En face de cela il faut montrer et il faut flétrir l'attitude du gouvernement, qui a été hideuse.

Au mois de janvier, quand se constitua à Chambéry, « pour répondre au désir exprimé par les représentants des familles qu'on avait vues en 1860 à la tête du mouvement annexionniste », un comité chargé de préparer la commémoration, ce comité voulut prendre contact avec la préfecture et lui marqua son désir d'agir en communion avec elle ; il fut nettement éconduit. Dès ce moment le gouvernement manifesta sa volonté de ne s'associer en rien à ce que nos fêtes allaient avoir de proprement savoyard et de faire sa fête à part. Le 12 juin, quand nos populations, sous la pression de leur sentiment guidé par les évêques et par les municipalités, célébraient joyeusement l'annexion, le préfet de Chambéry et ses fonctionnaires demeurèrent, par ordre, étrangers à la fête. Le dimanche 12 juin, toutes les maisons de Chambéry furent pavoisées, toutes sauf le palais ducal qui sert de logement au préfet et les demeures des employés de l'Etat. En revanche, le mardi 14, quand chacun de nous avait repris son travail de chaque jour, le préfet fit pavoiser et illuminer...

Le mot d'ordre venait de Paris. Le 10 juillet, on réunit au grand palais les Savoyards de Paris et là, dans un banquet que présidait M. Antonin Dubost, sénateur du Dauphiné, assisté de M. Brisson, député de Marseille, et de M. Briand, le Nantais, on prétendit commémorer l'annexion. « Des vertus savoisiennes, de ce qui distingue notre nation des autres provinces françaises, de ce qui fait notre honneur et notre orgueil, de nos grands hommes et de nos plus chers souvenirs historiques, pas un mot n'a été dit par ces tristes politiciens », nous rapportait au lendemain de cette cérémonie la Savoie républicaine. En revanche, Gambetta et Garibaldi furent exaltés et M. Pichon célébra comme gloires savoyardes Lamartine et Jean-Jacques Rousseau. Rien ne se peut imaginer de plus honteux pour nous.

Enfin, pour accentuer cela, pour essayer de noyer dans le marais de la politique républicaine notre réveil savoyard, le gouvernement, s'appuyant sur la complicité toute naturelle de nos Quinze-Mille, organisa ce voyage de M. Fallières, dont les journaux ont rapporté à la France les détails. Le seul choix de la date du 4 septembre constitue une grossièreté. Le 4 septembre était le seul jour de l'année qu'il fallût éviter. Le 4 septembre, c'est Sedan et la déchéance de l'Empire. Commémorer à la fois l'annexion, qui fut l'œuvre de Napoléon III, et la chute du même Napoléon III, inviter la Savoie à manifester la joie qu'elle éprouve d'être devenue française et l'inviter en même temps à piétiner la mémoire de celui qui la lui procura, une pareille pensée ne pouvait germer que dans des âmes sollicitées par la bassesse et fermées à toute pudeur. Les Savoyards qui furent députés à Paris en 1860 pour régler avec l'Empereur les questions de détail que soulevait l'annexion, furent entourés d'égards et comblés d'honneurs par Napoléon III et par l'impératrice. Le souvenir en est pieusement gardé dans nos familles. Et les représentants de ces familles, ils ont eu le front de les inviter à leur réjouissance du 4 septembre ! Auront-ils seulement compris la portée des refus qui leur ont été opposés ?...

Que pouvaient-ils imaginer encore pour donner à leur fête un caractère anti-savoyard ? Ils ont pensé à Jean-Jacques Rousseau. Oui, ils ont inauguré, le 4 septembre, à Chambéry, une statue de Jean-Jacques Rousseau ! Le souvenir des Charmettes n'implique nulle honte pour nous : nous ne sommes pas responsables. Mais c'est cette saleté qu'ils sont allés évoquer pour l'associer à leur fête en glorifiant le misérable « citoyen de Genève » qui n'est des nôtres ni par sa naissance, ni par sa mort, ni par ses idées, et dont les crimes furent exactement au contre-pied des vertus savoyardes. Dans la patrie de saint François de Sales, de Joseph de Maistre, de tant d'autres gloires moins éclatantes mais dont nous ne sommes pas médiocrement fiers, ils sont venus glorifier Jean-Jacques !

Ces honteuses cérémonies ont été accompagnées d'une revue des troupes acclamées au Champ de Mars et puis, d'Aix-les-Bains à la mer de glace, ils ont exhibé le triste représentant du « parti radical et radical-socialiste » et ils l'ont fait parler... voici comment. Voici qui est extrait, mot pour mot, du texte officiel du discours prononcé au banquet d'Annecy. Voici ce que M. Fallières nous a dit au nom de la France :

Croyez-vous donc qu'il n'y a pas avantage, pour un grand pays comme le nôtre, de pouvoir se parer aux yeux du monde des merveilles que la nature a accumulées sur votre sol, avec une incomparable prodigalité ? Des lacs enchanteurs, des vallées sans rivales, des glaciers éternels, des monts gigantesques, et par-dessus tous les pics qui l'environnent, notre Mont Blanc qui pousse dans les nues une cime tellement élevée qu'il faut traverser toute l'Europe et aller jusqu'au cœur du Caucase pour en trouver une qui soit plus haute que la sienne. Voilà ce que vous nous avez donné.

Cela mérite d'être conservé comme un modèle de bouffonnerie. Cependant ne rions pas. Il est bien fâcheux pour tous les Français que le « chef de l'Etat » s'exprime en adjectifs. Et il est humiliant pour nous Savoyards que, parce qu'on a oublié de seriner au pauvre homme quelques  « traits » de notre histoire, il ait dû se rabattre sur la géographie et nous louer du nombre de kilomètres qu'il faudrait parcourir en partant de chez nous pour trouver une montagne plus haute que la plus haute des nôtres...

 

*
*  *

 

 La morne indifférence de nos populations à de si cruels attentats contre leur nationalité pourrait faire croire à qui ne nous connaît pas que la Savoie est morte, broyée à jamais par la centralisation républicaine. Au contraire, de magnifiques symptômes de renaissance se manifestent. En cette même année 1910, Jules Challamel, à Paris, supprime la Savoie républicaine qu'il avait créée lui-même il y a cinq ans, renonce au ralliement et fonde le Réveil savoyard... Louis Dimier fait à l'Action Française son cours sur l'histoire de Savoie qui, reproduit par nos journaux, a porté partout la vérité historique... A Chambéry, le Bulletin Savoyard, sous la direction de François Grange, répand chaque mois dans la province la vérité politique... L'âpreté de nos vainqueurs à glorifier leur victoire et à en jouir marque aux yeux de tous leur impuissance à la fonder sur le sentiment populaire... L'ombre du grand Savoyard revient planer sur nos esprits; nous allons commémorer solennellement dans quelques semaines le centenaire des Considérations sur la France... Mattis est de chez nous. On a vu par lui comment le sang des enfants de la Savoie est capable de réagir sous l'étreinte de l'étranger de l'intérieur ; et l'on n'oubliera pas plus tard que le premier coup porté à la tête du régime fut d'un poing savoyard...

Rien n'est perdu.

Georges de Fonclare.

(Revue critique des idées et des livres, 25 septembre 1910)


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François Renié - dans Histoire
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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 17:47

La France qui se bat

 

Jeudi 1er avril 
- Technicolor (ex Thomson) a annoncé un plan social touchant sa filiale Grass Valley et concernant 625 salariés. En France, 327 postes sont supprimés, dont 182 postes à Rennes. Cette filiale avait été mise en vente sans succès par Technicolor.
- Après la suppression de quelque 800 postes de visiteurs médicaux en 2008, puis la fermeture de quatre centres de recherche en France, Sanofi-Aventis arrêtera son site de production de Romainville d'ici fin 2013 et supprime 207 postes de travail.  Le plan prévoit également l'abandon des activités chimiques du site de Neuville-sur Saône (Rhône), où travaillent près de 800 personnes.
Vendredi 2 avril
 
- Deux sociétés du groupe Bernard Krief Consulting, l'entreprise textile SAIC-Velcorex Concord et les meubles Authentika, ont été placées en liquidation judiciaire, entraînant la suppression de 210 emplois.
Samedi 3 avril

-  L'usine de l'équipementier automobile Sodimatex de Crépy-en-Valois (Oise), est occupée par une quarantaine de salariés qui menacent de mettre le feu à une citerne de gaz pour réclamer un plan social. La fermeture du site entraînerait 92 licenciements.
Mardi 6 avril
- Les salariés d'Arbel Fauvet Rail, l'un des derniers fabriquants français de wagons de marchandises, basé à Douai, sont en grève depuis près d'une semaine. L'entreprise, en difficultés, est à la recherche de repreneur. L'effectif a été réduit à 230 postes en 2009.  

Jeudi 8 avril
- Les employés de France Champignon, qui occupaient depuis le 2 avril le site de Beaufort-en Vallée (Maine-et-Loire) depuis l'annonce de sa fermeture, bloquent l'usine voisine de Longué. Les 150 salariés de Beaufort demandent une prime de départ de 50.000 euros.
Lundi 12 avril
- L'entreprise Lejaby, filiale du groupe autrichien Palmers Textill, présente un plan de fermeture de trois de ses quatre ateliers de production : Bourg-en-Bresse et Bellegarde dans l'Ain, Le Teil en Ardèche. L'arrêt de ces ateliers entrainera la suppression de près de 200 emplois.

Mardi 13 avril
- Reprise en 2009 par un groupe chinois, l'entreprise Plysorol, fabricant de contreplaqué okoumé, vient d'être placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lisieux (Calvados). Le groupe emploie 450 personnes sur trois sites (Lisieux, Epernay, Fontenay-le-Comte).
Mercredi 14 avril
- Les salariés du groupe de maintenance industrielle Isotherma, filiale du groupe Bernard Krief Consulting, ont décidé de suspendre le travail dans l'attente du paiement de leur salaire du mois de mars. Les sites de Montivilliers et Gonfreville-l'Orcher (Seine Maritime) sont  particulièrement touchés.
- Les syndicalistes de l'usine Thales Alenia Space de Cannes, qui occupaient les locaux depuis le 24 mars pour obtenir une hausse des salaires ont trouvé un accord avec leur employeur. Les négociations salariales se poursuivent.
- le groupe PSA annonce la fermeture de son site de pièces détachées situé à Melun-Sénart. 400 emplois sont supprimés, sans licenciement sec selon la direction.
Jeudi 15 avril
- Fin du conflit social chez Sodimatex à Crépy-en-Valois (Oise). Chacun des 98 employés concernés par la restructuration touchera une prime moyenne de 51000 euros. 
- Le groupe américain Steelcase (mobilier de bureau) annonce la fermeture d'une de ses trois usines françaises, celle de Marlenheim (Bas-Rhin), qui emploie 200 personnes. Le plan de restructuration présenté au comité central d'entreprises prévoit le reclassement de 130 à 150  salariés. 
 Vendredi 16 avril
 - Une trentaine de salariés de l'usine Essex de Mâcon, qui fabrique du fil de cuivre émaillé, retiennent le directeur du site et le directeur des ressources humaines dans leurs bureaux.  La direction a annoncé le 29 mars dernier la fermeture de l'usine et les salariés demandent une prime de départ de 120 000 euros par salarié.
Samedi 24 avril
- L'intersyndicale d'Airbus a appelé les salariés à la grève afin de soutenir les revendications  qu'elle présente en matière de politique salariale, de conditions de travail et de reprise des embauches. Les syndicats soulignent qu'Airbus s'apprête à procéder à 800 recrutements  en Allemagne et s'alarment d'un possible transfert d'activités de Toulouse vers Hambourg.
Jeudi 29 avril
- Les deux cadres et l'avocat du groupe Trèves (équipement automobile), séquestrés depuis le 26 avril par les salariés de l'usine PTPM d'Aÿ (Champagne-Ardennes), ont été libérés. Opposés à la fermeture du site annoncée en 2009, les salariés se battent pour des conditions décentes de départ et pour la réindustrialisation du bassin d'emploi. La direction s'est finalement engagée à ouvrir des négociations et à verser une prime de départ significative. 

Henri Valois.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 08:30
Louis-Philippe                          
Le prince et le roi
 
de Munro Price
Mis en ligne : [2-05-2010]
Domaine : Histoire
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Munro Price, spécialiste de l'histoire du XVIIIe et du XIXe siècle français, a été professeur associé à l'université de Lyon. Il est actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford. Il a récemment publié:  The fall of french monarchy (Pan Books, 2003), The perilous crown (Pan Books, 2007).


Munro Price, Louis-Philippe, le prince et le roi, la France entre deux révolutions, Paris, Editions de Fallois, novembre 2009, 478 pages.


Présentation de l'éditeur.
L'enseignement de l'histoire en France a eu tendance à négliger la Restauration et la monarchie de Juillet, régimes jugés à contre-courant puisqu'au lieu de conduire la France à la République, ils la ramenaient à la monarchie. Passe encore pour la Restauration, imposée par les puissances en guerre contre Napoléon, mais en juillet 1830, alors que la République était à portée de main, elle avait été en quelque sorte confisquée par Louis-Philippe et ses partisans. Or c'est à une tout autre lecture que nous convie cet ouvrage. Son premier mérite est de rappeler aux lecteurs quelques idées simples, mais que, tout à notre habituelle conception révolutionnaire de l'Histoire de France, nous avons tendance à oublier. En premier lieu, cette période, et plus particulièrement la monarchie de Juillet, a été essentielle à la formation politique de la France moderne parce qu'elle a posé les bases du système parlementaire. Par ailleurs, elle constitue la seule véritable mise en oeuvre en France d'une monarchie parlementaire, les tentatives des débuts de la Révolution française ayant rapidement échoué. Enfin, la monarchie de Juillet fut le moment où le système politique français se rapprocha le plus du système politique britannique. Nul n'est mieux placé qu'un historien anglais pour nous le faire toucher du doigt, tout en nous montrant la contradiction entre l'anglophilie de Louis-Philippe et le manque de pragmatisme dont il fit preuve à la fin de son règne, si français et si peu britannique.  

Article de Benoît Gousseau. - Politique magazine, janvier 2010.
Louis-Philippe et la France. La chose est bien connue : la Restauration et la Monarchie de juillet sont des périodes négligées par nos manuels scolaires, parce que cette partie de la vie nationale vient contredire l'idéologie officielle du "sens de l'histoire" et qu'elle est interprétée comme un "retour en arrière" par rapport à la Révolution, la Terreur et l'Empire jugés porteurs de progrès. Les bouleversements de 1789, les crimes contre l'humanité de 1793 et la boucherie des guerres napoléoniennes ont toute l'indulgence des professeurs hexagonaux, pour qui l'histoire du XIXe siècle commence avec celle de la République, c'est-à-dire en 1875. Mais il n'en est pas de même pour l'école historique anglo-saxonne dont les meilleurs représentants, par pragmatisme d'observateur et en raison d'une immersion culturelle radicalement étrangère à l'idéologie gallo-républicaine, ont toujours porté un regard aigu mais serein, clinique mais critique, ouvert mais croisé, sur l'histoire moderne de l'Europe.
Munro Price est l'un d'eux. Actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford, il s'est penché avec une perspicacité inégalée jusqu'à ce jour sur les presque vingt ans de règne du dernier roi, sinon du dernier monarque français. En bon anglais vivant dans une monarchie parlementaire, c'est à l'aune de ce démocratisme tempéré si typiquement anglo-saxon, que Munro Price, qui fut professeur associé à l'université de Lyon, décrypte dans la monarchie de juillet la formation politique de la France moderne, notamment à travers une première réelle expérience parlementaire que l'anarchie révolutionnaire n'avait pas permise à la première République. Ce point de vue tout britannique explique sans doute l'absence de Bainville, Marie de Roux et Halévy dans les références bibliographiques proposées et qui témoignent, nonobstant, d'une érudition de haute volée.
La mise en perspective originale de la politique de Louis-Philippe repose ici sur la révélation, par l'auteur, d'une entente particulier entre le monarque et sa soeur Adélaïde et ce, dès leur jeunesse. L'anglophobie du  jeune prince après le drame familial, son engagement dans l'armée nationale, sa présence à Jemappes et Valmy, son voyage dans la jeune fédération des Etats-Unis d'Amérique, son mariage, son retour avec les Bourbon dès 1814, son action politique entre 1815 er 1830, son accession au trône et son gouvernement, tout est scruté à travers la correspondance qu'il entretient avec sa soeur. Le dépouillement de ces archives quasi inédites constitue l'apport le plus considérable à cette étude capitale. Le livre de Munro Price est d'ores et déjà une référence incontournable.

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