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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 18:42
Sauvons la nécropole
des Rois de France !           
necropole-rois

 

Nos amis des Manants du Roi et du Cercle Hernani lancent une pétition en ligne pour sauver la basilique de Saint-Denis, nécropole de nos Rois et haut-lieu de la mémoire française. En cette année de la célébration d'Henri IV, il est inconcevable que la République s'associe aux festivités et que dans le même temps elle n'entreprenne aucune action pour restaurer Saint-Denis et le patrimoine royal. Signez, faites signer cette pétition,  faites connaître partout cette excellente initiative.

La Revue Critique.



Pétition en ligne : Sauvons la nécropole des Rois de France !

  A l'initiative des Manants du Roi et du cercle Hernani.


Peut-on sans inconséquence aimer la France et œuvrer à son rayonnement, en reniant dans le même temps les racines de son passé ? A cette interrogation, essentielle en ces temps où l’inconstance des convictions le dispute à l’incertitude des esprits, il est des renoncements qui en disent davantage que bien des discours.

La basilique Saint Denis abrite une nécropole où reposent 43 rois, 32 reines, des princes et des chevaliers, qui incarnent pareillement les mille cinq cents ans de l’histoire de France. Dagobert, Pépin le Bref, Hugues Capet, Saint Louis, François Ier, Henri IV, Louis XIV, tous les rois qui ont fait France y sont inhumés, dans un commun témoignage de la vocation fondatrice de la monarchie française. Plus que tout autre, ce lieu emblématique symbolise et récapitule, dans une continuité généalogique impressionnante, une histoire de France qui se confond puissamment avec la destinée de ses souverains, dont  beaucoup ont marqué à jamais notre imaginaire national.

Dans un heureux reportage paru dans son édition du 7 mai 2010, sous le titre alarmiste « La seconde mort des Rois de France », le Figaro Magazine nous fait découvrir l’état de délabrement avancé de ce prodigieux lieu de mémoire, laissé aujourd’hui à l’abandon dans la parfaite indifférence des pouvoirs publics. Sous l’effet des travaux de construction du RER B, qui ont profondément modifié le cours de rivières souterraines, le sanctuaire royal est miné par de redoutables infiltrations dont l’action irrésistible se conjugue aux désordres dramatiques nés autant de la dissémination sournoise des sels de salpêtre que de la pollution moderne.

Les conséque nces en sont épouvantables.La solidité des caveaux est gravement fragilisée et, atteints par une inexorable humidité, des cercueils, brisés, gisent éventrés, laissant sans protection leurs précieuses reliques…..

Signe de l’incurie patente du Ministère de la Culture, chargé de la conservation des lieux, aucun plan de sauvetage n’a été programmé pour préserver un site qui, par ailleurs, ne bénéfice plus, depuis vingt ans, des crédits budgétaires qui lui permettraient de financer la reprise d’un chantier de fouilles archéologiques, pourtant jugées prometteuses par tous les historiens. Conséquence logique de ces innombrables inerties, opposées dans la plus grande opacité : le projet d’inscrire la basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale au patrimoine mondial de l’UNESCO demeure plus que jamais en panne.

Que penser de tout ce gâchis ?

Tandis que nos amis russes redécouvrent lucidement la splendeur de l’histoire tsariste de leur pays, en mettant au cœur de leurs préoccupations contemporaines la protection d’un patrimoine historique monumental inséparable de sa dimension religieuse et que, outre-Rhin, nos voisins s’apprêtent à reconstruire à Berlin le Palais des Hohenzollern, en ne se dissimulant plus le rôle décisif de la dynastie impériale dans la construction de la nation allemande, la France tourne  manifestement le dos à une période insigne de son histoire, celle que l’on désigne communément sous le vocable d’Ancien Régime.

En vérité, ce n’est pas tant la France que ses élites qui, malmenant à ce point son identité millénaire, entendent abolir, dans une rage amnésique, un passé jugé encombrant, au nom d’une vision idéologique de l’histoire. Comment en l’espèce comprendre autrement la carence à agir dont, en effet, la rue de Valois fait preuve avec autant de constance, sinon par la volonté opiniâtre, qui anime inlassablement nos innombrables oligarchies, de détourner les Français d’une composante aussi essentielle de leur passé ?

Sur cette question, disons le tout net, une fois de plus : la France n’est pas née sous X en 1789 !! Les Français se doivent de le rappeler résolument, encore et toujours, et affirmer partout, loin de toute conception hémiplégique de leur mémoire, que l’Histoire de France ne saurait débuter aux prémices de la Révolution française.

Défendons le caractère indivisible de notre histoire, en désavouant dans ce registre toute manipulation intellectuelle, et manifestons notre indéfectible attachement au souvenir de la monarchie française.

Dans l’effort incessant des peuples à préserver et à transmettre l’intégrité de leurs identités séculaires, il est des querelles à affronter qui honorent un peuple et qui attestent, en son sein, d’une vitalité en rien défaillante. Le sauvetage de la nécropole des Rois de France est de ces combats valeureux.

Au rendez-vous permanent de leur histoire, il appartient aux Français de rappeler fermement à leurs devoirs les pouvoirs publics autant que l’ensemble des élus de la Nation, en les invitant à agir pareillement, sans plus tarder, afin de sauver définitivement cet extraordinaire berceau de la mémoire de la France.

L’auteur de ces lignes souhaite que cet appel solennel, qui a valeur de pétition, soit entendu, diffusé et soutenu auprès des Français, le plus largement possible.

Karim Ouchikh, Avocat
9 mai 2010


SIGNEZ LA PETITION EN LIGNE...

En lien avec
Le « Cercle Hernani »

http://cerclehernani.over-blog.fr/


Contact :
françoise.buyrebaud@laposte.net
 ou
cerclehernani@gmail.com


Téléphone: 06.76.83.42.75


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la revue critique des idées et des livres - dans Histoire
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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 18:00
Spleen

Dans un vieux square où l'océan
Du mauvais temps met son séant
Sur un banc triste aux yeux de pluie
C'est d'une blonde
Rosse et gironde
Que je m'ennuie
Dans ce cabaret du Néant
Qu'est notre vie.

Fargue (Léon-Paul)

 Leon-Paul Fargue (1876-1947). -  Les Ludions. (1930).


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la revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 10:00
Un Tartuffe
 
Plus on connaît M. Bayrou, moins on l'aime. Les Français ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : après la présidentielle de 2007, il y a eu une sorte d'"effet Bayrou", on l'a vu sur tous les plateaux de télévision, on l'a lu à longueur de colonnes dans nos magazines et dans nos journaux  et, une fois ses idées mieux connues ou moins mal dissimulées, le résultat ne s'est pas fait attendre : chute libre dans les sondages, scores de plus en plus médiocres au fil des scrutins, crise ouverte au sein du MODEM, départ des nouveaux venus... C'est sans doute pour ces raisons que M. Bayrou a choisi, aux lendemains des régionales de mars, de prendre un peu de champ. Le temps de refaire son image d'homme providentielle et de régénérer son stock d'idées nouvelles, nous disaient ses proches. Le voilà qui reparaît sur la scène politique. Quid novi ?
Si l'on en juge par l'entretien qu'il a donné lundi dernier au Monde (1) , le résultat de la cure de silence est loin d'être probant. C'est en effet un Bayrou des plus conformistes qui nous parle des déficits, de la crise européenne et de la situation internationale. D'emblée, il se range dans le camp des rigoristes, des déflationnistes, des récessionnistes. N'a-t-il pas "inlassablement, depuis dix ans" décrété la guerre aux déficits publics et proposé qu'on les mette hors la loi ? Un bon référendum, interdisant à vie les déficits de fonctionnement, voila la réponse "pertinente" que propose M. Bayrou à la crise qui risque d'emporter les économies européennes. Assorti, bien entendu d'une bonne purge d'austérité.
Certains ne manqueront pas de lui faire valoir que la vertu budgétaire n'a que peu de choses à voir avec la situation qui nous préoccupe. L'Espagne, qui s'est voulu pendant dix ans le bon élève de l'Union en matière de finances publiques, n'est-elle pas passé en quelques mois d'un excédent confortable à un déficit abyssal sous l'effet de la crise? Et les Etats-Unis, champions du monde des déficits budgétaires depuis au moins trois décennies, ont ils cessé de dominer pour autant l'économie mondiale? D'autres rappelleront à M. Bayrou que, si déficit il y a, c'est sans doute davantage du côté des recettes que des dépenses qu'il faut regarder, que les niches fiscales qui font perdre à l'Etat près de 80 milliards par an au profit des plus favorisés, que les dizaines de milliards d'euros gaspillés en pure perte pour compenser les charges sociales d'une partie des entreprises sont plus à incriminer que le budget de l'éducation nationale, celui de la recherche ou de la défense. Que l'Etat dépense mal, qu'il investisse souvent à contre-sens parce qu'il est devenu trop gros et qu'il est mal géré est un fait, hélas trop avéré. Mais il est surtout un mauvais collecteur de la ressource, démagogue et clientéliste à souhait lorsqu'il s'agit d'exonérer, de faire des largesses, voire - comme on l'a vu avec la restauration - de récompenser sans scrupule certaines catégories d'électeurs !
De tout cela M. Bayrou n'a cure. Son combat n'est ni financier, ni politique. Il est d'abord moral. A quoi sont dus nos déficits ? A l'engouement des Français pour les dépenses, l'inflation, la facilité, répond très sérieusement le Béarnais. "Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets", "Dans la culture française, il y a l'idée profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme" "Pour moi, il est bon que notre pays ouvre les yeux devant la réalité". Voila enfin des idées nouvelles : les Français victimes d'eux mêmes, de leurs mauvaises moeurs, de leurs tares incurables, entre la danse de Saint Gui et les écrouelles : la dissipation, la prodigalité et le gaspillage. On n'avait rien entendu d'aussi neuf et d'aussi frais depuis... Pinay, certains diront même depuis Vichy !  Les millions de nos concitoyens qui se serrent la ceinture à la fin de chaque mois apprécieront !
Mais, si l'on suit M. Bayrou, comment nous libérer de tous ces mensonges qui nous ont fait tant de mal ? On ne peut pas dire, là encore, que ses réponses soient très innovantes. Il faut faire comme les autres : réduire les dépenses, les réduire et les réduire encore. Et revenir, s'il le faut, sur les avantages acquis. A cet égard, le Pyrénéen n'hésite pas à souligner ses convergences avec cet autre grand maître de la dissimulation et de la mystification politique qu'est l'actuel directeur général du FMI : "Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là!". On imagine le programme social d'un gouvernement libéral-socialiste comprenant Strauss-Kahn, Bayrou et Cohn-Bendit ! plus besoin d'opposition de droite pendant au moins vingt ans.
Outre M. Strauss-Kahn, M. Bayrou a deux autres modèles, plus classiques. L'Allemagne d'abord. L'Allemagne, à qui nous n'avons pas de leçons à donner : "Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière, Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schaüble, sont des dirigeants de grande dimension qui prennent légitimement en compte la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être, leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé dans l'inflation. Si on ne comprend pas cà, on ne comprend rien". Pauvres Allemands qui ne se sont toujours pas remis de la crise de 1929 et pauvre Bayrou qui croit encore à de pareils bobards !  Quant à la Commission européenne, l'autre modèle incontournable de notre démochrétien, elle a évidemment tous les droits, celui de se tromper sur tout, de n'être sanctionné sur rien et celui d'examiner si cela lui chante les budgets nationaux : "On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens français. Pourquoi pas aux partenaires étrangers ? Je souhaiterais pour aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de garantir la vérité sur les comptes des différents Etats". En commençant, cela va de soi, par les Français, qui sont non seulement jouisseurs, dépensiers et prodigues mais aussi menteurs comme des Grecs! 
  Il faut garder dans nos portefeuilles cet entretien de M. Bayrou. Au  cas où il nous arrive un jour, par extrême faiblesse mentale, par lassitude ou par distraction, d'envisager de voter pour lui ou pour l'un des siens. Nous en avons désormais la preuve : le bayrouisme, au delà des apparences et des coups de menton, est une imposture comme seule la démocratie chrétienne sait en mitonner. Une grosse dose de conservatisme, une louche de libéralisme et d'européisme, le tout recouvert d'une bonne couche de morale à deux sous. Soyons sûr qu'au prochaines échéances politiques on nous proposera cette affreuse mixture comme une alternative au sarkozysme, alors qu'elle en est le prolongement sous d'autres formes. Il nous faudra alors alerter l'opinion sur la réalité de ce nouveau Tartuffe et sur ses tartuffades. Mais, d'ici là proclamons haut et fort, en cette année de célébration d'Henri IV, que tous les Béarnais ont du talent... à l'exception notable de François Bayrou. 
 Hubert de Marans.
 

(1). François Bayrou : "Il faut consulter les Français par référendum sur les déficits", Le Monde. - 23 et 24 mai  2010.


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la revue critique des idées et des livres - dans Politique
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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 18:42
San Miniato
 
Un récit d'Edouard Schneider
Edouard Schneider.jpg
La revue Le Divan publiait en 1922 ce très bel hymne à la Toscane du dramaturge  Edouard Schneider (1880-1960). L'homme de théâtre  a complètement disparu de nos scènes. Les bibliothèques ne conservent de lui qu'une histoire des monocales (Heures bénédictines, 1925) et de somptueux récits de voyages transalpins (Promenades d'Italie, 1926. -  Sur les traces de Saint François, 1926. -  Assise, 1933.). L'évocation des heures et des saisons qui passent sur le couvent des Olivétains rappelle insensiblement deux autres amoureux de Florence, plus proches de nous, Michel Déon et Jean d'Ormesson.
 
San Miniato al Monte
 
I. – D'inverno.
 
Comme un visage aux traits trop doux qu’il faut longuement interroger, il convient de fixer la colline sainte avec toute l’attention de notre curiosité recueillie. A cette condition, sans hâte, sans souci étranger, nous la laisserons gagner notre regard, puis chacun de nos sens, puis notre cœur, ce mystère de nous-mêmes qui ne cesse de nous étonner par son pouvoir d’intelligence spontanée.
Devant ma fenêtre, sous laquelle le fleuve roule son lourd fot d’ambre porteur d’herbes et de limons, dominant de haut les maisons couleur de terre du Lungarno Serristori, voici le sein gonflé de la colline. Des toits s’y étagent, aux tuiles roses, brunes, grises, des villini aux façades blanches ou boucanées de soleil, parmi la forêt moutonnante des oliviers, des pins verts dont les rameaux évoquent le temps de Noël, des peupliers, des cyprès surtout, des cyprès issus de cent jardins, qu’on dirait morts au monde extérieur. Stylisés dans l’attitude de la méditation, voici monter les arbres de la prière, en procession, d’une marche au pas invisible, vers le sommet où les attendent le temple consacré et la découverte des espaces parmi lesquels l’âme, libre de toute chaîne, prend le large.
Les beaux cyprès de Toscane, cierges sveltes et graves, sculptés dans l’air par la Puissance et par la Grâce, surgis en leur relief linéaire sur l’argent bleu de lune des oliviers, avec quelle netteté ils prennent ici leur sens et leurs valeurs ! Ici, comme à Fiesole, ils composent l’un des éléments forts de l’atmosphère liturgique. Avec eux, au milieu d’eux, soutenue par leur geste spirituel, l’âme gravit le flanc de la colline et d’un mouvement d’adagio joint la crête verte et rousse.
Voici le sein dormant, soulevé du rythme des joies calmes, couché au reposoir de sa paix mystique. Voici, ceinte de ses cyprès, la chiesetta de San Salvatore, et la tour, et la basilique aux marbres blancs et noirs, et le palais crénelé où s’abritèrent évêques, bénédictins, moines olivétains. Voici encore, voici toujours les cyprès et les peupliers, et les pins infléchissant la file de leurs cimes duvetées pour remonter aussitôt la pente voisine de San Giorgio .
Le ciel de janvier qui nimbe cette nature, même quand les vapeurs de pluie se sont dissipées et que tremble le jour dans sa flamme limpide, le ciel de janvier s’offre sans tache, en sa teinte d’azur qu’irise le gris de la perle. Le dôme céleste vers quoi, pareille au souffle d’un plein amour, se hausse l’oraison de la colline monacale, répond par le jeune sourire de sa lumière. C’est l’heure, c’est le lieu d’une harmonie entre la terre et le ciel. Si la mélancolie traîne ici sa vie ralentie, la main de l’exil ne nous oppresse plus, et cette frêle étreinte qui nous enserre le cœur, c’est la nostalgie qui porte en elle la promesse de guérison.
A s’oublier parmi la douceur de ces courbes féminines sur quoi brûle la flamme des cyprès immobiles, n’éprouve-t-on pas soudain, au fond de soi, un sentiment qui ne se peut comparer qu’à la seule Amitié ? Il semble alors qu’on découvre un trésor dont bien souvent nous avons parlé, mais parlé sans savoir, et de qui  le visage se lève pour nous du sein de la colline, frais de sa tendresse matutinale, indemne encore de toute atteinte humaine.
L’Amitié, il n’est pas d’autre mot. Une amitié, ce mystère du bon silence qui vient nous trouver dans la retraite sûre ou les choses essentielles ne se devinent et ne s’unissent qu’au-delà de la parole. Une amitié, cette chaleur secrète où de rares heures nous font glisser sur l’eau aérienne de la musique, au sein de quoi deux voix humaines ne sont plus qu’un chant prenant son vol sur un plein, sur un tendre accord. Une amitié, cet instant où le jour décline, où les nerfs tombent, où le regard ébloui par le vertige des horizons s’ouvre indéfini, absorbe l’espace livide des mourantes lumières, et ne voit plus qu’un petit sanctuaire, une tour, une basilique blanche et noire, un cloître immergé en la nuit des pins et des cyprès, puis se fixe sur l’océan du ciel, dans l’attente de l’étoile qui, tout à l’heure, y va jeter  le feu de son agrafe d’or.
 
II. – Di notte.
 
Soir sans lune. Abîme de velours. Nulle lueur au flot des ténèbres. J’entends mourir le trébuchement de bascule des derniers tramways sur les rails.  Le fleuve dort entre les quais taciturnes. Je ne le vois plus, mais je respire son haleine humide. Les lignes modelées sur la courbe de seins purs se dérobent à mon regard. Pourtant, l’ombre est lavée et fraîche. Une alerte présence y frémit à laquelle je ne puis donner un nom ni prêter une image. Vers l’ouest, un sifflet ouaté hurle, long cri d’exil au silence de l’espace.
Des tremblements d’or sablent le ciel, s’y noient le temps d’un éclair, scintillent de nouveau. Défiant tout calcul, la vie de l’éternel mystère palpite. Et plus bas, devant moi, ces points lumineux dont la flamme se lamente, ne sont-ils pas les rares flambeaux où se guideront cette nuit les promeneurs attardés sur les pentes de l’Erta Canina, au long des cyprès à présent invisibles, par l’allée d’oraison qui monte, dolent soupir, à la piazza déserte ?
Minuscules lanternes, de vieillards ou d’enfants, qui, dans l’heure avancée ont froid, grimpent, lierre de lumière, vers le dôme sans limites, y abordent enfin, s’y glissent avec humilité, étoiles pauvres parmi les astres limpides et durs.
 
III. – Al tramonto.
 
Six heures. L’angélus règne. Des vols hâtifs s’incurvent et se croisent. Un monde de pépiements ocelle la nue. S’éveillent les cloches dont les bourdonnantes lames moutonnent par l’espace en un concert à la majesté triste. Santa Felicità, San Spirito, Santa Maria del Carmine, Ogni Santi, Santa Croce, Santa Maria del Fiore, de tous les campaniles, de toutes les coupoles, de toutes les flèches, roule l’armée de bronze.
A la cime de ma terrasse, je suis au cœur de la symphonie. Chaque vibration assaille mes nerfs, ébranle mon sein. Ample beauté sonore ! Liquide clarté ! Les murs vieillis, les toits centenaires plongent en une mer aux ondes de musique. Et les choses qu’on croyait mortes s’ouvrent à l’universel émoi.
La rumeur du jour n’est point tombée que déjà ce baume du chant apaise les fatigues. Du montant crépuscule nagent aux horizons les premières cendres. Et pourtant, au-dessus des plans brouillés, limpide sur le ciel, se découpe la tendre arête des collines. De Fiesole j’aperçois la Rocca, la Badia, le palais médicéen. Je distingue l’étoile grise que forment les maisons de Settignano. Le reflet lunaire des cimes de Vallombrosa n’est pas encore fondu dans le soir. Et plus près de moi, de l’ancienne tour San Niccolo à l’église posée là comme un émail, voici les cyprès de San Miniato que coupe, en une libre clairière, la piazza Michelangelo au sein de quoi jaillit, comme une eau d’airain le jeune corps de David.
De ma terrasse qui veille au flanc de la Costa di San Giorgio, je saisis un aspect nouveau de San Miniato. On dirait que la colline, d’un mouvement souple et tranquille, descend au fleuve afin de s’y baigner. Mais, par la détente de cette heure d’angélus, rien se fait-il plus désirable que la paix de San Salvatore lové dans ses cyprès et les écartant d’un geste timide pour tendre au soir le front nu de sa façade ?
De lentes fumées montent de la ville. Leurs ouateuses colonnes d’ombre, voici que soudain un souffle les renverse, fantomatiques pins parasols qu’emporte le mol balancement de l’air. Des langues de cuivre mauve lèchent la crête des horizons. Les lilas du soir dénouent leur gerbe sur les nacres du ciel, s’essaiment au-dessus des collines et des toits. Le battement d’une cloche s’obstine, cœur mélancolique que n’étourdit point le bonheur de vivre, mais où résonne le volontaire appel d’une petite mort.
Et sous mes pieds, tandis que deux ailes apeurées rasent mon front, voici éclore aux bords obscurs du Lungarno deux rampes fraîches d’étoiles.
 
Firenze, janvier-mars 1922.
edouard schneider.  
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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 10:00
A mes prochains                     

d'Antoine Blondin
Mis en ligne : [25-05-2010]
Domaine : Lettres
Blondin.gif

 

Antoine Blondin (1922-1991) fut à la fois un de nos meilleurs romanciers,  un journaliste plein de verve et un chroniqueur sportif souvent inattendu.  Parmi ses ouvrages récemment publiés : Mon Journal (La Table Ronde, 1993), Un malin plaisir (La Table ronde, 1993), La Semaine buissonnière (La Table Ronde, 1999), Tours de France (La Table Ronde, 2001), Mes petits papiers (La Table ronde, 2006).
  

Antoine Blondin, A mes prochains. Paris, La Table Ronde, octobre 2009, 218 pages. 


Présentation de l'éditeur.
Antoine Blondin n'écrivait pas à la légère. L'auteur d'Un singe en hiver pesait ses mots — ses bons mots — jusque dans ses cartes postales. Inédites, ces lettres sont adressées à des proches : ses parents, ses éditeurs Catherine et Roland Laudenbach, avec lesquels il se montre aussi angoissé que fraternel, son grand complice Roger Nimier, amateur comme lui de plaisanteries et de grivoiseries, son ami Michel Déon, Kléber et Caroline Haedens, à qui il manifeste une déférente affection : « Nous avons dû nous croiser de peu à travers la Charente. Votre souvenir est tapi dans ces grottes, comme un bernard-l'hermite... Dégoûté d'écrire, mais non de vous aimer, je m'arrête là pour vous embrasser. »  

La critique de Thierry Richard. - Le magazine des livres, janvier-février 2010.
Antoine Blondin, homme de lettres. C'est un vrai petit régal de lecture auquel nous convie Alain Cresciucci en rassemblant, aux éditions de la Table Ronde, la correspondance inédite d'Antoine Blondin. A vos prochains, c'est toute une vie concentrée en 130 lettres et cartes postales, dessinant le portrait d'un écrivain mélancolique et drôle, finalement aussi peu productif dans sa correspondance que dans son oeuvre romanesque (cinq romans en 21 ans : "Aux approches de la cinquantaine, je suis resté mince, mon oeuvre aussi", écrira-t-il avec humour).
Tout commence en 1943 avec les lettres envoyées par Blondin, alors en Allemagne pour le S.T.O., à sa famille, pour s'achever en 1984, sur une courte missive à Roland Laudenbach, son éditeur à La Table Ronde, faisant état d'une "gêne" financière, phénomène devenu alors pour l'auteur de L'Europe buissonnière aussi coutumier que les gueules de bois et les ennuis de santé.
Deux choses frappent en premier lieu le lecteur de cette correspondance ténue. Le faible nombre de destinataires, tout d'abord. Blondin ne s'y adresse, outre sa famille, qu'à un petit cercle de proches et de fidèles avec qui il a tissé des liens d'amitié puissants et durables : Catherine et Roland Laudenbach, Roger Nimier, Michel Déon, Caroline et Kléber Haedens. Le second étonnement vient de ce que l'auteur de Monsieur Jadis y adopte une grande variété de tons : affectueusement déférent avec les Haedens, amicalement respectueux avec Déon, confident avec Laudenbach et potache avec Nimier.
On découvre au fil de ces pages un portrait de Blondin par lui-même, avec sa cargaison de lieux communs, ami fidèle et aimant, casanier contrarié, coureur de jeunes jupons, amateur forcené de bonne chère, menteur, farceur impénitent, alcoolique bagarreur, mais aussi cruel pour lui-même que pour ses livres ("une connerie très affligeante", voilà pour lui le résumé d'Un singe en hiver). C'est que sous la fantaisie (il invente pour Nimier un nouveau signe de ponctuation, le "point et virgule d'interrogation (...) pour emmerder ceux qui tapent à la machine") perce rapidement la mélancolie d'une âme tourmentée qui trouvera dans l'alcool de quoi s'apaiser.
Arrivent les années 1960 et l'humeur se fait plus maussade encore ("Je me sens triste, je ne bois pas, je n'écris pas non plus"). Elles verront la mort de son ami, de son frère d'armes, Roger Nimier, dont Blondin ne se remettra jamais ("J'ai peur, dans l'état où je suis, de faire de Roger un mystérieux personnage. Or, il était tout le contraire, dans ses sentiments, dans ses actes profonds, dans ses fidélités, il était la limpidité même"). Se multiplieront aussi les ennuis de santé et les problèmes financiers. "Il faudrait une existence autrement structurée que la mienne pour franchir cette passe sans dégâts", écrit-il. Mais malgré cette morosité nostalgique souvent présente ("Je me sens de plus en plus dans les marges de la vie"), c'est la gaieté de ce vieux singe espiègle que l'on a plaisir à retrouver au fil des pages. Les traits d'esprit fusent sans répit  (à la montagne avec le Tour de France, il veut "tourner l'alpage"). L'humour qui lui était une faible armure jaillit périodiquement ("Nous avons lâché lamproie pour l'omble"; à Bordeaux il écrit : "Dites à Roland que je ne suis pas un vignoble individu mais le Médocain malgré lui".)
Il faut également noter le remarquable travail effectué dans les notes de bas de page par Alain Cresciucci, éclairant les faits, les circonstances, les sous-entendus et les jeux de mots permanent lâchés au coin des lignes par l'auteur de L'Humeur Vagabonde.
La lecture de cette correspondance nous rappelle à quel point le style de Blondin n'avait rien d'un artifice. Son talent d'écriture lui était une seconde nature, il se posait même au dos des cartes postales : "Je me demande ce que je fais là au lieu d'écrire des romans au calme parmi des gens que j'aimerais. C'est donc au livre que je vais demander mes revanches". Nul ne doute qu'il les ait obtenues. Fusse au compte-gouttes.

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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 22:00

MM. Stiglitz et Rosa persistent et signent.

 

Un déluge d'obus continue à tomber sur le quartier général européiste. C'est d'abord Joseph Stiglitz qui enfonce le clou dans Le Monde daté de dimanche-lundi. Non content d'avoir annoncé, il y a deux semaines, l'effondrement de l'euro, le Prix Nobel d'économie américain lance maintenant un cri d'alerte contre les mesures déflationnistes lancées par Bruxelles et les dirigeants de l'Euroland. "L'austérité mène au désastre" proclame M. Stiglitz. C'est par la solidarité et l'investissement et non pas par une chimérique défense de l'euro, que l'Europe sortira de la crise. Écoutons-le plus avant :

"L'Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les pays membres ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d'intérêt. Il leur fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s'adapter à la conjoncture si nécessaire. D'autant que Bruxelles n'a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais l'Union européenne n'a rien prévu dans ce sens. Et aujourd'hui, elle veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons depuis la Grande Dépression des années 1930 que ce n'est pas ce qu'il faut faire. "

[Sur la situation des pays du sud] " Le déficit structurel grec est inférieur à 4%. Bien sûr, le gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité. Mais c'est d'abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture qui a provoqué cette situation. Quant à l'Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être accusée d'avoir manqué de discipline. (...) Aujourd'hui, ces pays ne s'en sortiront que si la croissance européenne revient. C'est pour cela qu'il faut soutenir l'économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur. "

[Sur la perspective d'un défaut de paiement des pays du sud] " Le taux de chômage des jeunes en Grèce s'approche de 30%. En Espagne, il dépasse 44%. Imaginez les émeutes s'il monte à 50 ou 60%.  Il y a un moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s'il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le FMI et Bruxelles. Et s'il n'a pas intérêt à redevenir maître de sa politique monétaire. Rappellez-vous ce qui s'est passé en Argentine. (...) Les Argentins, l'ont fait, ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils en ont largement profité. Depuis six ans, l'Argentine croît à un rythme de 8,5% par an."

C'est au tour de Jean-Jacques Rosa de rentrer dans la danse. Il s'agit d'une des sommités de l'école française d'économie, professeur à l'Institut politique de Paris. M. Rosa est un libéral convaincu, ce qui ne l'a pas empêché d'être un des premiers pourfendeurs de l'euro, dans son livre l'Erreur Européenne, paru en 1998. Dans un entretien donné jeudi dernier au site Marianne2.fr, il dénonce à la fois le rôle de l'Allemagne dans la dégradation des économies sudistes, Allemagne qui joue aujourd'hui le rôle du pompier pyromane, et les mauvais docteurs qui veulent forcer l'Europe à mourir pour l'euro. Pour lui, la seule solution est la disparition rapide de l'euro et elle est assez inéluctable:

[Sur la sortie de l'euro] " Cela me semble être la seule solution. Entre partenaires trop différents, comme la Grèce et l'Allemagne, le système ne peut pas fonctionner. L'Allemagne estime que le gouvernement grec a « triché ». Mais la Grèce est en un sens victime de la monnaie unique. L'Euro fort l'a pénalisé en réduisant sa compétitivité envers les pays tiers, et les différences d’inflation ont étouffé ses exportations vers les autres pays membres. Tout cela conduisait nécessairement aux déficits.

[Sur le retour aux monnaies nationales] "Un retour à des monnaies nationales aurait un coût élevé dans la mesure où la dévaluation qui doit intervenir serait forte, majorant ainsi le montant de la dette extérieure nette. Mais une baisse substantielle de l’euro permettrait de réduire l’importance de la dévaluation nécessaire, et  de plus, rester dans le système euro coûte cher aux pays les plus inflationnistes en continuant à pénaliser leur croissance. Entrer en déflation pour plusieurs années, pour renverser la tendance, conduit droit à la dépression. Ce n’est pas envisageable, et entre deux maux il faut choisir le moindre. La sortie de la monnaie unique est donc le moindre mal, car si l'on continue dans la voie actuelle le pire n'est pas derrière nous, mais bien à venir. "

  La bataille se déplace maintenant vers le terrain proprement politique. De premières voix s'expriment depuis quelques jours pour la sortie de l'euro et le retour aux monnaies nationales: c'est le cas à gauche avec les disciples de Jean-Pierre Chevènement, avec Jean-Luc Melenchon et les communistes. A droite, le Front national et les souverainistes de Nicolas Dupont-Aignan estiment que le sujet n'est plus tabou. Les écologistes, d'ordinaire assez suiveurs sur les sujets européens, commencent à se diviser au vu des conséquences sociales prévisibles des plans d'austérité. Les socialistes sont de plus en plus mal à l'aise : si les oligarques qui peuplent la direction autour de l'héritière Delors ne sont pas prêts à abjurer leur foi européiste, la base, au contact des milieux populaires, s'inquiète très fortement. Elle s'inquiète également pour l'avenir politique de M. Strauss-Kahn. Celui-ci était jusqu'à présent très prudent. Voila qu'il  sent son heure de gloire mondiale venir, ce qui le conduit  à se piquer au jeu du FMI: son soutien sans appel aux mesures d'austérité, ses déclarations au sujet du plan de rigueur en Roumanie, ont été particulièrement mal accueillis par les syndicats et les fonctionnaires. Si la crise de l'euro pouvait aussi nous débarrasser de M. Strauss-Kahn, ce serait trop beau !

Paul Gilbert.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, L'austérité mène au désastre, Le Monde, 23-24 mai 2010.

[2]. Jean-Jacques Rosa, Pourquoi faut-il revenir au franc !, Marianne2.fr, 20 mai 2010.
 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 10:40

Convergences

 

L'article publié samedi dernier par notre confrère François Renié ("Mourir pour l'euro?", Revue critique du 15 mai) a fait le tour du net et suscité de nombreuses réactions, le plus souvent favorables. Nous reviendrons prochainement sur ces commentaires mais il nous faut sans attendre prendre le pouls de l'opinion médiatique car il s'y passe des choses importantes.

Alors qu'il y a encore 15 jours, la presse française baignait dans un océan de conformisme sur les causes et les répercussions de la crise grecque, les langues se délient, les éditoriaux, les tribunes et les chroniques se font infiniment plus critiques à mesure que la crise s'amplifie. Critiques sur la façon dont cette crise a été gérée (ou plutôt non gérée) par des dirigeants européens enfermés dans leurs dogmes. De plus en plus critiques également sur la conception de l'euro, sur l'intérêt même d'une monnaie unique dans un espace, celui de l'Europe, qui n'a rien du marché pur, homogène et ouvert décrit par les économistes.

Le plus significatif c'est que les coups de boutoir qui ébranlent jour après jour l'édifice européiste sont le fait d'économistes français, allemands ou américains dont la réputation n'est plus à faire. Il est significatif que ce soit le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, qui ait le premier ébranlé le consensus en publiant le 10 mai dans Les Echos un article ravageur intitulé "Peut-on encore sauver l'euro ? " [1]. Cette tribune était relayée quelques jours plus tard dans Le Monde par un autre article tout aussi sanglant, signé par l'économiste Christian Saint-Etienne, qui mettait en garde l'opinion contre les mesures déflationnistes qui se préparaient [2]. Notre grand quotidien suisse de langue française sortait lui-même de sa réserve en rappelant lundi, dans son supplément économique, que "l'analyse de plans de consolidation budgétaire antérieurs montre que les chances de succès des politiques d'austérité sont faibles" [3] et mardi, dans ses pages économie, que "l'union monétaire n'inspire plus confiance, la chute de l'euro s'accélère" [4]. Un flot de critiques devait se répandre dans cette brèche. Que nous disent elles ?

En premier lieu, que les mesures annoncées pour venir au secours de la Grèce avaient un objectif beaucoup moins désintéressé qu'il n'y paraissait. "Ce sont les banques que l'on a sauvées, pas la Grèce", nous confirme l'économiste Paul Seabright, dans une chronique publiée par le Monde de l'économie [5]. Nous le disions nous-mêmes mais laissons la parole à cet excellent spécialiste toulousain : "Or, qui, précisément, sont les créanciers de la Grèce ? Selon un rapport de Barclays Capital du 28 avril, il y a quelque 28 milliards d'euros de dette grecque sur le bilan  d'institutions financières allemandes. La moitié appartient à des banques détenues ou contrôlées par le gouvernement allemand. (...) Le même rapport de Barclays Capital indique que les institutions financières françaises auraient quelque 50 milliards d'euros de dette grecque sur leur bilan. Il ne s'agit donc plus d'un problème purement budgétaire ni purement grecque. La solidarité franco-allemande, si bien mise en avant le 9 mai, n'est pas fondée sur l'hellénophilie. Loin d'être une nouvelle crise, la crise de l'euro n'est qu'un épisode du feuilleton bancaire que l'on voulait nous faire croire terminé. " [6]. Voilà qui est parfaitement dit.

Aurait-on pu faire autrement ? Oui, nous répondent de multiples voix, là encore convergentes. "La seule alternative au grand plan de sauvetage lancé par l'Union européenne le même jour que les élections allemandes aurait été une restructuration dans la foulée de la dette grecque"  [7], assure M. Seabright. "Il est toutefois difficile de croire que la Grèce puisse échapper à la restructuration de sa dette", nous dit en écho M. Martin Wolf, éditorialiste du Monde et du Financial Times [8], car "vu la très forte austérité budgétaire prévue et l'absence de compensation en termes de taux de change ou de politique monétaire, il est probable que la Grèce va subir un ralentissement prolongé", qui ne lui permettra plus de rembourser quoi que ce soit. Même son de cloche du côté de l'économiste Jacques Sapir : "J'ai dit personnellement qu'il y avait un doute sur le plan de sauvetage des banques européennes se faisant par l'intermédiaire de la Grèce et que l'on appelle abusivement plan de sauvetage de ce dernier pays. Je n'ai pas été le seul et c'est d'ailleurs une évidence. Il aurait bien mieux valu organiser un défaut partiel de la Grèce, quitte à utiliser une partie de l'argent mis dans le plan pour compenser les pertes des banques européennes." [9]. Que nous dit de son côté Michel Aglietta, un de nos meilleurs experts en économie monétaire internationale ? La même chose, bien entendu : " le manque de courage politique et surtout l'enfermement de l'Allemagne dans son splendide égoïsme ont conduit à clamer pendant des mois : "pas de défaut, pas de sauvetage, pas de sortie de l'Union économique et monétaire". Or la réponse politique la plus prudente, donc la plus raisonnable au sein d'une crise globale, mais aussi la plus juste, était de reconnaître la nécessité d'une restructuration de la dette grecque et d'organiser un plan dès le dernier trimestre 2009. Car un plan de restructuration permet de diminuer le coût d'un défaut s'il se produit" [10]. Si l'Europe ne s'est pas sagement rangée à de telles évidences, c'est qu'elles conduisaient à une sortie de l'euro et cela ni Mme Merkel, ni M. Junker, ni M. Trichet, ni M. Barroso ne voulaient en entendre parler.

Quel prix allons nous payer cet aveuglement ? Celui de la récession, du chômage et, qui sait, d'une révolte sociale dont les conséquences peuvent être imprévisibles. Michel Aglietta souligne  que les mêmes erreurs furent commises en Amérique du Sud dans les années 80, ce qui coûta une décennie de malheur à l'ensemble de ce continent :  " Les pays ont été épuisés par  les plans d'austérité stériles imposés par le Fonds monétaire international pour préserver les banques créancières" [11]. Le blog Marianne 2 nous donnait, lundi dernier, un avant goût de ce qui pourrait nous attendre dans un billet intitulé "Avant la Grèce, l'Europe et le FMI ont déjà sauvé la Lettonie" [12]. Ce charmant pays balte a du recourir il y a 2 ans à la sollicitude du FMI et de Bruxelles. Résultat : des salaires amputés de 30 à 50%, des dépenses de santé réduites d'un tiers et pour quels résultats : une baisse du PIB de 26% en deux ans, près de 20% de chômage, des milliers de Lettons qui quittent leur pays, une démographie en chute effrayante. "Et ce n’est pas fini… Mark Griffiths, chef de la mission du FMI à Riga, juge inévitable une nouvelle cure d’austérité – équivalent à environ 7% du PIB- pour  2011-2012... Ainsi, le pays exsangue répondra aux critères de Maastricht et pourra adhérer à l’euro dès 2014, assure-t-il !" Dieu nous préserve de ces nouveaux Diafoirus qui nous préfèrent morts et guéris !

Puisqu'on évoque les médecins fous du FMI, où en sont leurs collègues de Bruxelles ? A l'heure où l'incompétence et l'aveuglement pathologique de la Commission apparaissent en pleine lumière, la décence, la prudence ou la peur des coups voudraient qu'ils se cachent. Eh bien pas du tout ! Les gnomes du Berlemont  continuent leur sale travail. Voilà qu'ils réclament même le droit de contrôler les budgets de chaque Etat membre, au prétexte de faire la chasse aux déficits. En France, si le Parlement pousse des cris d'orfraie, le gouvernement a déjà intellectuellement capitulé. Gageons que le Bundestag allemand - très sourcilleux sur ses prérogatives, comme on l'a vu  pendant l'épisode du traité de Lisbonne - n'acceptera pas cette atteinte à  sa souveraineté. Quant aux Britanniques, ils ont déjà poliment dit non. Barroso et ses sbires n'en sont d'ailleurs pas à une provocation près. Alors que les Vingt-Sept multiplient les plans d'économie, la Commission vient de plaider, sans aucun scrupule, pour une augmentation de 6% des dépenses communautaires en 2011 ! Christine Lagarde et ses collègues, quelque peu agacés, ont laissé entendre qu'ils auraient du mal à justifier une telle hausse devant leurs Parlements. Quand finira-t-on par chasser cette bande de fous et d'irresponsables !

Ce faisceau de critiques et de tirs convergents sur l'européisme et ses duperies marque un changement. Il suffisait de lire la semaine dernière les éditoriaux des principaux titres de la presse nationale pour constater qu'il ne s'agit pas là d'un feu de paille. Les faits sont tenaces, l'échec de l'euro patent et une vague de suspicion s'abat sur les fondements même de la chimère bruxelloise. Ce mouvement, que l'on sentait poindre depuis 2005, depuis l'échec du référendum français sur le traité constitutionnel, va s'amplifier et son épicentre est en bonne partie chez nous. Il mérite d'être souligné, approfondi et scruté de façon permanente. La Revue critique s'est précisément fixée pour objectif de mettre en lumière ce mouvement des idées qui, depuis une dizaine d'années, avec l'avènement de ce siècle, marque un retour à la raison, à la raison politique contre la folie de l'économisme, à la raison des nations contre les oligarchies mondialisées. Nous nous y emploierons, parmi d'autres, avec d'autant plus d'entrain que "les puissances de sentiment", comme disait Barrès, sont en train de changer de camp.

On se doute que ce changement du cours des choses n'est pas du goût de tout le monde. Jacques Sapir réagissait, avant hier, sur Marianne 2 [13], à une agression particulièrement fielleuse où quatre journalistes du Nouvel Observateur s'en prennent à ces intellectuels inconscients qui "entraînent la nervosité des marchés" [14] et seraient presque, à les écouter, à l'origine des mésaventures de l'euro. Et nos observateurs-policiers de la pensée de désigner pêle mêle : "les éditoriaux des prix Nobel Paul Krugman ou Joseph Stiglitz dans la presse américaine... Une idéologie anti-euro, incarnée en France par les économistes Jacques Sapir, Christian Saint-Etienne ou Jean-Jacques Rosa, professeur à l'Institut d'Etudes politiques..." comme les prémices d'un vaste complot anglo-saxon contre l'euro ! Tissu d'âneries lorsqu'on sait que la plupart de ces économistes ont adopté, depuis de nombreuses années,  une attitude plus que critique - quasiment hostile pour Sapir et Stiglitz - vis à vis de la pensée dominante anglo-saxonne. Jacques Sapir a raison de rappeler à l'égard des auteurs de ce mauvais papier le vieux proverbe chinois qui veut que "quand le Sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt". Mais cette nervosité des européistes et de leurs supports médiatiques est aussi bon signe. Elle montre que l'édifice est touché dans ses oeuvres vives. Comme le disait un de nos maîtres: "En nous frappant, ils nous désignent". Continuons à rendre coup pour coup.

Paul Gilbert.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, Peut-on encore sauver l'euro ?, Les Echos, 10 mai 2010.
[2]. Christian Saint Etienne, Comment s'en sortir de la crise de l'euro, Le Monde, 12 mai 2010.
[3]. Le Monde Economie, 11 mai 2010.
[4]. Marie de Vergès, L'Union européenne n'inspire plus confiance..., Le Monde, 18 mai 2010.
[5]. Paul Seabright, Ce sont les banques que l'on a sauvées, Le Monde de l'économie, 18 mai 2010.
[6]. Paul Seabright, Ce sont les banques que l'on a sauvées, Le Monde de l'économie, 18 mai 2010.
[7]. Paul Seabright, Ce sont les banques que l'on a sauvées, Le Monde de l'économie, 18 mai 2010.
[8]. Martin Wolf, Grèce, pourquoi le plan échouera, Le Monde de l'économie, 10 mai 2010.
[9]. Jacques Sapir, Réponse au Nouvel observateur, Marianne.fr, 19 mai 2010.  
[10]. Michel Aglietta, La longue crise de l'Europe, Le Monde, 18 mai 2010.
[11]. Michel Aglietta, La longue crise de l'Europe, Le Monde, 18 mai 2010.
[12]. Avant la Grèce, l'Europe et le FMI ont déjà sauvé la Lettonie, Marianne 2, 17 mai 2010.
[13]. Jacques Sapir, Réponse au Nouvel observateur, Marianne.fr, 19 mai 2010.  
[14]. Le Nouvel Obsevateur, 12 mai 2010.

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 10:00

L'oeil de Stendhal

 

L'actualité de notre grenoblois est à nouveau pleine de bonnes surprises. Après le Stendhal brillant des fêtes (Revue critique du 29 décembre 2009), c'est l'observateur, le moraliste  et le touriste qui sont sous les feux de la rampe.

Un retour rapide sur Filosofia Nova, Pensées, Marginalia, par Stendhal (Ressouvenances, juillet 2009, 334 p.), signalé trop rapidement dans notre précédente chronique. Tout beyliste doit se procurer la réédition de ces deux recueils de notes, publiés pour la première fois dans les années 1930 par l'excellent Henri Martineau. Il y trouvera une véritable mine de pensées, de réflexions et d'annotations que Stendhal conservait précieusement pour des ouvrages futurs, et qui finissent par former une sorte de "théorie intérieure", d'où l'appelation fantaisiste, moitié latine, moitié italienne de Filosofia nova. "Le but de la Filosofia, nous dit-il, est de faire goûter le plus possible plusieurs vérités morales que j'ai découvertes et que je crois neuves. Cet ouvrage sera composé de descriptions et de vérités". Rien de moins. Ce qui fascine, c'est la constance du personnage et cette volonté, en permanence de se percer à jour. Ainsi " Je suis peut-être l'homme dont l'existence est la moins abandonnée au hasard parce que je suis dominé par une passion excessive pour la gloire à laquelle je rapporte tout." (1804), ou encore "La principale crainte que j'ai eue en écrivant ce roman, c'est d'être lu par les femmes de chambre et les marquises qui leur ressemblent." (1828), et enfin "Il semble que l'ennui est un malheur qui vient des choses extérieures. On n'a pas assez d'esprit pour voir que l'ennui provient des exclusions prononcées par l'excessive vanité. " (1830). Un Stendhal comme l'aimait Jacques Laurent, voyeur, assez menteur, émouvant même (ou surtout) lorsqu'il se joue la comédie. Trois qualités du bon romancier.

On lira avec plaisir la petite plaquette consacrée à Londres (Magellan, mars 2010, 76 p). Un mélange de textes extraits du Journal, de la Correspondance ou de Souvenir d'égotisme sur les séjours de Stendhal outre Manche. Beyle oscille en permanence entre admiration, exaspération et mépris pour ces pauvres anglais. Il se jette à Londres le plus souvent pour oublier Paris ou Milan, mais la petite musique du lieu le prend assez vite et il se laisse aller à cette terre de contraste où Shakespeare et  les outrances de Kean voisinent avec le plus plat conformisme. Londres suscite aussi chez Stendhal une forme d'ironie particulière, moins joyeuse, moins "littéraire", plus féroce et plus vraie qu'ailleurs. Là bas, il se défoule et ne se passe rien.

Pour les amateurs de beaux portraits stendhaliens, Martial Daru, baron d'Empire, maître et bienfaiteur de Stendhal, par Henri Daru (Editions RJ, décembre 2009, 535 p.). On se souvient de la haute figure d'administrateur et de militaire, personnage mi sévère, mi indulgent, qui entraîne dans ses fourgons son jeune cousin Henri Beyle, en Allemagne, en Italie et en Russie et qui lui sert d'hôte à Paris. Daru, c'est un bloc de force, de fermeté et de volonté, le type même de l'homme supérieur de l'épopée napoléonienne. Et c'est en même temps l'élégance, le plaisir de vivre et la curiosité qui sont pour Stendhal les trois vertus françaises. Un ouvrage écrit avec aisance, des notes pleines d'érudition, une iconographie peu connue, ainsi que desux inédits de Stendhal. A découvrir absolument.

Nous signalons enfin le colloque international organisé les 3, 4 et 5 juin prochains par l'Université de Grenoble sur Stendhal, historien d'art (renseignements ici) et la parution prochaine d'un Stendhal de Philippe Berthier, professeur à la Sorbonne, grand spécialiste de Beyle et animateur de la revue de référence l'Année stendhalienne.

Nous aurons l'occasion de revenir sur cet ouvrage annoncé comme important ainsi que sur le recueil d'articles de Michel Crouzet, Regards de Stendhal sur le monde moderne (Editions Kimé, février 2010, 482 p.).

Eugène Charles.


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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 10:30

La fin de l'euro                         

 

de Christian Saint-Etienne
Mis en ligne : [17-05-2010]
Domaine : Idées 

la fin de l'euro

 

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la chaire d'économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers, professeur à l'université Paris-Dauphine et membre du Conseil d'analyse économique (CAE).  Il a été économiste au Fonds monétaire international et à l'OCDE. Christian Saint-Etienne a publié récemment L'Etat efficace (Perrin, 2007) et La France est-elle en faillite ? (Bourin Editeur, 2008).

  


Christian Saint-Etienne, La fin de l'euro, Paris, Bourin éditeur, avril  2009, 152 pages.


Présentation de l'éditeur.
L'euro, qui vient de fêter ses dix ans, passe pour être une monnaie forte, rivale du dollar, et à la pérennité assurée. Ce n'est pas l'avis de Christian Saint-Étienne. Non seulement la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale, mais son avenir lui paraît gravement compromis. Au lieu d'accroître la coopération entre les pays membres, les disparités et les rivalités s'aggravent. Une concurrence fiscale de plus en plus exacerbée s'est installée. Mais plus inquiétant encore, l'Allemagne ne cherche-t-elle pas à faire éclater la zone euro pour en reprendre le contrôle ? Aujourd'hui, quel est l'avenir de l'euro ? Quel impact va avoir la crise économique et financière sur lui? Que penser de sa probable implosion? Que vont faire les grands pays concernés ? Dans cet essai court et limpide, Christian Saint-Etienne nous décrit la situation actuelle de l'euro, les risques qu'il court et les différents scénarios possibles pour éviter le pire, s'il en est encore temps.

Recension de Michel Drancourt.
Futuribles - mai 2010
.
Christian Saint-Etienne est un économiste qui sait chercher les réalités derrière les apparences. Ainsi, à l'occasion du dixième anniversaire de l'euro, il constate, dans un ouvrage publié en 2009, que cette monnaie est souvent présentée comme forte et étant une rivale possible du dollar US, alors que, faute d'assise politique réelle, son avenir n'est pas du tout assuré. Elle devait favoriser une croissance économique harmonieuse au sein de la zone euro; or les divergences entre les pays membres se sont accentuées, et la crise n'a rien arrangé.
Le livre est articulé autour de cinq chapitres. "La zone euro est-elle optimale?" d'abord. Elle le serait si l'on se penchait sur les questions suivantes :
- Les performances économiques des pays membres de la zone euro sont-elles satisfaisantes ? Elles sont très divergentes selon les pays. En dehors de l'Allemagne et des Pays-Bas, les exportations, notamment françaises et italiennes, ont été médiocres entre 2002 et 2008.
- Sont-elles meilleures que dans les pays non membres de la zone euro ? Non. La part de l'euro dans la facturation du commerce mondial est restée faible, de l'ordre du quart. Si l'on exclut le commerce intra-européen - très important, heureusement - cette part est plus faible encore.
La Banque centrale européenne (BCE) a mené une politique de renforcement de l'euro qui eût exigé une compétitivité des pays membres comparable à l'Allemagne. Christian Saint-Etienne rappelle que l'euro a été précédé par le système monétaire européen (SME) qui, de 1979 à 1999, a permis de réduire les fluctuations des monnaies des pays membres avant les crises de change de 1992-1993, largement dues aux difficultés de la France à ratifier le traité de Maastricht de septembre 1992 (devant mener à l'euro).
- Si l'euro a tant de faiblesses, pourquoi certains pays veulent-ils faire partie de la zone ? "Ce sont, écrit l'auteur, des pays fragiles qui veulent cacher leur faiblesse en bénéficiant des avantages apparents d'une monnaie forte sans en connaître les coûts réels. "
Le deuxième chapitre pose la question de la survie de l'euro. La crise actuelle va provoquer des débats considérables  dans l'économie réelle. Et les divergences de performances entre les pays membres de la zone euro risquent de s'accentuer. Pour les surmonter, il faudrait que la France et l'Allemagne aient une vue commune sur la politique à mener. Ce n'est pas le cas. La France, en raison de ses structures industrielles, préfère un euro faible. L'Allemagne le veut fort.
Le troisième chapitre s'interroge sur l'avenir de la construction européenne. L'auteur souligne plusieurs points : l'Union européenne (UE) manque de volonté commune; des erreurs on été commises; on n'a ni fixé de frontières à l'Europe ni chercher à harmoniser le contrat social; la construction européenne a été imaginée comme un processus "apolitique". L'UE ne se veut pas une puissance, elle se trompe de monde. La part des grands ensembles économiques évolue vite: la zone européenne pourrait ne plus représenter que 13% du produit intérieur brut (PIB) mondial en 2015.
A partir de là, Christian Saint-Etienne pose deux questions qui s'enchaînent (bien que dans des chapitres différents) : sur quelles bases reconstruire l'UE ? Aujourd'hui, l'Europe "magma", telle que l'aiment les Britanniques, risque de se prolonger. Or, pour que l'Europe existe, il faut être au coeur de "l'économie monde" ou acteur incontournable. Où est le projet stratégique réellement européen? Sur quelles bases reconstruire la zone euro? Ce chapitre est technique et passe en revue des transformations possibles qui renforceraient la position européenne, par exemple en pratiquant un fédéralisme fiscal et, surtout, en lançant des initiatives  en vue de position communes, quitte à demander aux récalcitrants de sortir de la zone euro.
Pour conclure, l'auteur s'interroge sur ce que peut faire la France face au risque d'implosion de l'euro. Après des recommandations relatives à l'efficacité des entreprises, à la créativité, à l'attractivité du pays, il évoque l'hypothèse, en cas de crise de l'euro, d'un retour au SME renforcé (qui semble assez sa préférence). Son raisonnement est cohérent. Mais le comportement récent de la BCE dans la crise prouve que la zone euro évolue. Il est vrai cependant que sans un plus politique, le risque existe d'un retour en arrière.

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 18:00
Liberté des mers


L'homme passe sa vie à lancer des amarres,
Puis, quand il est saisi dans le calme du port,
Pour peu qu'à l'horizon une fumée l'appelle,
Il regrette à nouveau la liberté des mers;


La liberté des mers, avec leur solitude,
Qui parleront toujours au sel de notre sang,
Où, plus que le printemps enchanteur de
[la terre,
Tardif est l'alizé pour le coeur qui l'attend.


corsaire

 Louis Brauquier (1900-1976). -  Eau douce pour navires. (1930).


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