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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 19:00
Naissance
du XXe siècle          
              



  
                  


Il faut aller voir l'exposition que les Galeries du Grand Palais consacrent à la dernière période de Renoir. Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, il faut même s'y précipiter car elle se termine dans quelques semaines. Et parce qu'on y découvrira à nouveau que le talent et l'indépendance d'esprit, conjugués avec une parfaite assimilation de l'héritage du passé, font le meilleur de l'art français.  

On a beaucoup calomnié le dernier Renoir. Il est vrai qu'à partir de 1890, il prend ses distances avec l'impressionnisme, qu'il entre au musée et devient la coqueluche des collectionneurs, qu'il se met en quelque sorte en réserve de la modernité. Mais c'est oublier que Renoir n'a jamais été un impressionniste de la stricte obédience. Son amitié pour Manet, pour Courbet et pour Monet n'a en rien entamé sa volonté de rester libre  et de parcourir un chemin bien à lui. Toute son oeuvre des années 1860 et 1870 en témoigne : si les effets de lumière et la virtuosité des couleurs, traits dominants de l'impressionnisme, sont bien là, la trame du dessin reste parfaitement apparente et le sujet ne s'évanouit jamais complètement sous la couleur. C'est que Renoir est à la fois un peintre de la liberté et un élève de la tradition. Ses maîtres s'appellent Watteau, Fragonard, Ingres, et ce Raphaël, dont il admire les fresques à Rome, et qui lui donne envie de réapprendre la peinture à quarante ans !

Si Renoir donne brusquement cette inflexion à son oeuvre, s'il décide de "rentrer dans le rang", ce n'est aucunement pour tomber dans l'académisme. Il est à la recherche d'une synthèse que la maturité de son art lui permet maintenant d'envisager et de réussir : concilier l'impressionnisme avec le meilleur du passé et avec un certain bonheur de peindre et de vivre. Comme Cézanne, c'est la lumière de la Méditerranée qui lui permet de toucher au but. A partir de la fin des années 1890, il séjourne régulièrement dans le sud, pour s'installer définitivement à Cagnes sur Mer. Il retourne également à l'atelier, au dessin. " Le dessin est l'âme de la sculpture, comme il est l'âme de la peinture" écrit-il, "rien n'aide le goût comme l'habileté de voir vite et de dessiner rapidement. Quand vous avez beaucoup dessiné, que vous pourrez rendre rapidement ce que vous voyez, rien de plus facile que de faire des groupements ou arrangements nécessaires à la décoration". Il cherche enfin, là encore comme Cézanne, à renouer avec ce qu'il y a d'éternel dans l'art, en déclinant inlassablement les mêmes thèmes, à la recherche de cette nature vivante, de ces  êtres de chair et de sang qui le fascinent dans la peinture italienne.

Voici des paysages, tous ou presque inspirés par le sud méditerranéen, voici des scènes mythologiques, où Renoir met en scène sa vision idyllique du monde, voici des figures familières, parents, amis, collectionneurs, et tous ces grands portraits de baigneuses qui révèlent une maîtrise du dessin et une pureté du trait si proche de Ingres. L'art de Renoir n'a plus rien à voir avec celui du "peintre de l'immédiateté", qui caractérisait ses années impressionnistes, il est très construit, très maîtrisé. L'artiste passe des heures devant son chevalet, il corrige, il reprend, il prend l'avis des nombreux amis qui viennent le visiter à Cagnes, sa nouvelle Arcadie. Jusqu'à la nuit, Renoir travaille et peint. Il s'essaie même un instant à la sculpture, à l'occasion d'une rencontre avec le jeune artiste catalan Richard Guino, que lui recommande Maillol. De cette collaboration naîtront des oeuvres d'une grande originalité, dessinant là encore un trait d'union entre l'antique et la modernité.

Ce qui frappe surtout chez ce Renoir tardif, c'est l'empreinte qu'il va laisser sur ses successeurs. Matisse et Bonnard ont régulièrement fait le pèlerinage à Cagnes et passé de longues heures à converser avec le maître. Matisse gardera le souvenir des figures de fantaisie peints par Renoir à la fin des années 1910, dont on retrouvera l'écho dans la série des odalisques qu'il réalise à Nice à la fin des années 1920. Pierre Bonnard partage, quant à lui, avec Renoir le rêve d'une Arcadie classique et ensoleillée qui hante sa première période. Il en est de même pour  Maurice Denis, ami et confident, qui trouve dans la thébaïde de Cagnes avis, encouragements et réconfort. Mais c'est bien sûr chez Picasso que l'empreinte de Renoir est la plus forte. Les nus picassiens du début du siècle, monumentaux, rosés, ont plus qu'un air de famille avec les dernières baigneuses de Renoir. L'expérience des deux artistes est marquée, presque sur la même période, par les mêmes évolutions : retour à l'atelier, au dessin, à la construction, influence de la tradition et dans les deux cas de Raphaël.... Ce n'est pas un hasard si Picasso, qui surnommait Renoir " le pape de la peinture", en a fait, avec Matisse, l'artiste le plus représenté dans sa collection personnelle. Il savait ce que ce "classique" tardif avait de profondément moderne et ce que lui devait l'aventure picturale du XXe siècle.

Sainte Colombe.

 


Renoir au XXe siècle. Galeries nationales du grand Palais. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h30 à 22h, le mercredi de 10h à 22h, le jeudi de 10 à 20h. Jusqu'au 4 janvier 2010.
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Sainte Colombe - dans Arts
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 19:42
Il signor Marsan                      

 

Une sympathique petite maison de livres, l'Editeur singulier, vient de rééditer un bouquet oublié de textes d'Eugène Marsan, parmi lesquels ces Cannes de Monsieur Paul Bourget[1], qui firent, dans les premières années du siècle précédent, le délice des gens d'esprit et des amateurs de forme parfaite. On sait ce que cette revue doit à Eugène Marsan. Il en fut, avec Jean Rivain, le créateur, l'âme vivante et le génie attentif. Il en fut aussi l'aimant, celui qui sut rapprocher les talents, et, par une curieuse alchimie, faite d'amitié et de séduction, "faire lever la pâte". C'est donc par fidélité que nos lecteurs se procureront ce petit recueil. Mais sa lecture les poussera vers d'autres sentiments, l'admiration d'abord, puis le plaisir de découvrir une âme singulière.

Eugène Marsan n'était pas de son siècle et il aurait détesté le nôtre. Son raffinement extrême, sa courtoisie, son immense culture, ses exigences morales, concouraient à faire de lui le type représentatif d'une autre époque. Il avait tout de ces seigneurs italiens, joyeux et  affables, qu'on rencontrait au XVIIIe ou au XIXe siècles dans les rues de Rome, de Naples ou de Florence. Né à Bari, d'une mère italienne et d'un père provençal, Marsan était un vrai latin, esprit léger bien que lesté par deux mille ans de culture, ordonné bien qu'attiré par la fantaisie, curieux de toutes les formes de la vie et de l'intelligence. Il avait aussi un peu de sang espagnol dans les veines et la sensualité cohabitait chez lui avec une certaine mélancolie.

Cet atavisme, sa formation et les admirations de sa jeunesse devait faire de lui un ardent défenseur du classicisme, dans lequel il voyait le fond même de l'esprit français. "Je suis de ceux, écrivait-il, qui refusent de confondre esprit classique et routine. L'esprit classique ne s'oppose pas à la nouveauté. Sans se laisser séduire, il l'appelle". C'est assez dire qu'il ne limitait pas son classicisme au seul dix-septième siècle et que dans ses innombrables articles de la Revue critique, de l'Action française, du Figaro, du Temps ou de l'Echo de Paris, on saluait Carco, Gide, Montherlant, Cendrars, Ramuz, Proust ou Drieu au même titre qu'on honorait Racine, Corneille, Boileau ou La Fontaine. Stendhal était pour lui le modèle absolu, écrivain de la vitesse et de la légèreté, capable d'exprimer, dans une langue simple et superbe, l'exaltation de Fabrice à Waterloo et la nostalgie du consul de Civita-Vecchia.

Il signor Marsan fut aussi l'homme de curieux et de charmants essais sur le costume masculin, la mode féminine, les chapeaux, les cannes et les cigares. Mais ce serait se tromper sur sa vraie nature que de ne voir en lui qu'un être superficiel, une sorte de dandy français. Dans ses goûts littéraires comme dans ses fétichismes de collectionneur, ce qui touchait d'abord Marsan, c'était la beauté et la poésie des choses. Son esthétique était aussi très liée à la vision qu'il avait de l'ordre du monde. Comme l'écrivait son ami, le critique stendhalien Henri Martineau: "s'étant fait l'historiographe de la vie élégante, il a souvent répété que, sans raffinement du ton, des manières et de l'habitation, il ne saurait plus rien exister de cette aristocratie de la pensée qui est le signe le moins douteux de la civilisation".

Nous aurons l'occasion de revenir plus amplement sur l'oeuvre d'Eugène Marsan et de fournir à nos lecteurs l'accès à certains de ses écrits rares. D'ici là, procurerez vous sans attendre ce petit récit où il est aussi peu question de cannes que de M. Bourget, mais où l'on parle de mille autres choses tout aussi intéressantes. Vous ferez le bonheur d'un jeune éditeur méritant et vous compterez vite parmi les lecteurs passionnés d'un grand écrivain.

Eugène Charles.

 


[1]. Eugène Marsan, Quelques portraits de dandy, précédé de Les cannes de M. Paul Bourget. (L'Editeur singulier, 2009, 70 p.)

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 19:30
Louis XIV                             
Chronographie d'un règne               


de Christophe Levantal
Mis en ligne : [30-11-2009]
Domaine : Histoire

 

Historien, docteur ès lettre et licencié en droit, Christophe Levantal est un spécialiste des institutions d'Ancien Régime, en particulier de l'histoire de la maison de Bourbon et de celle de la haute noblesse française à l'époque moderne, auxquelles il a consacré une dizaine d'ouvrages et de nombreux articles. Ancien rédacteur en chef et fondateur de la revue Études bourboniennes, rédacteur de notices pour le Dictionnaire de biographie française, il est ou a été le collaborateur de plusieurs maisons d'édition.


Christophe Levantal, Louis XIV. Chronographie d'un règne, Paris, Infolio, Juin 2009, 1054 pages.


Présentation de l'éditeur.
Voici l'ouvrage qui vous propose de suivre le Roi-Soleil, au jour le jour, de sa naissance à sa mort. Christophe Levantal a dépouillé les quatre-vingt mille pages de la Gazette de Théophraste Renaudot entre le début de 1638 et la fin de 1715, en a extrait tout ce qui se rapportait au Roi, à ses initiatives, décisions et actions, déplacements, entrevues et rencontres. Il présente le résultat de sa collecte dans des notices chronologiques concises, accompagnées de références précises et enrichies de plus de huit mille notes, tirées non seulement des principaux mémoires de l'époque, mais aussi de sources manuscrites inédites. L'ensemble est complété par un index de près de vingt mille entrées. Cette somme sans précédent est et restera l'instrument de travail indispensable aux historiens de la Cour et du règne de Louis XIV. Aux amateurs, aux passionnés du Grand Siècle, aux curieux, aux poètes, elle offre un très précieux guide à travers Versailles, ses acteurs et ses fastes.

La critique de Thomas Wieder. - Le Monde littéraire, 10 juillet  2009.
Le Roi-Soleil au jour le jour. Que faisait donc Louis XIV le 31 juillet 1666 ? Même si vous êtes un "dix-septièmiste" chevronné, il y a fort à parier que vous donnerez votre langue au chat. Rassurez-vous, on ne vous en voudra pas. Sur l'été 1666, les chronologies sont en effet assez laconiques. Au 29 juillet, elles mentionnent parfois le début des travaux du canal du Midi. Au 6 août, elles ne manquent pas d'évoquer la première du Médecin malgré lui, de Molière. Mais entre les deux, c'est silence radio. Et pourtant... Chacun sait qu'une journée qui n'est pas « historique » n'est pas forcément une journée où il ne se passe rien. Surtout quand on s'appelle Louis XIV. Ce 31 juillet 1666, donc, le roi faisait son métier. Et être roi consista ce jour-là à recevoir à Fontainebleau trois "Turcs" venus d'Alger pour lui présenter deux lions, une autruche et plusieurs autres "curiosités" locales. C'est du moins ce que rapporta la Gazette, dans son édition du 7 août. S'il vous sera désormais possible de briller dans les dîners en ville en racontant cette anecdote, vous pouvez en savoir gré à Christophe Levantal. Ancien rédacteur pour le Grand Dictionnaire encyclopédique de Larousse, auteur d'un monumental "dictionnaire prosographique, généalogique, chronologique, topographique et heuristique" sur les Ducs et pairs et (les) duchés-pairies laïques à l'époque moderne (Maisonneuve et Larose, 1996), cet érudit de 56 ans, qui gagne aujourd'hui sa vie comme expert en livres anciens, a passé huit années à dépouiller la Gazette, l'hebdomadaire fondé en 1631 par Théophraste Renaudot (1586- 1653). Sa recherche n'avait qu'un seul but : traquer les moindres faits et gestes de Louis XIV. Ce qui fait de son ouvrage un outil précieux pour les historiens, et pour les autres une mine d'informations délicieusement insolites. Du 30 janvier 1638, où fut annoncée l'imminence d'une "très heureuse nouvelle" (la naissance du Dauphin aura lieu le 5 septembre), au 26 octobre 1715, quand la Gazette fit le récit du "service solennel pour le repos de l'âme du feu Roy", mort le 1er septembre précédent, ce sont plus de 80 000 pages que Christophe Levantal a passées au crible.L'homme étant, on l'aura compris, du genre obsessionnel, il ne s'est pas contenteé de recopier (ou de résumer) des milliers d'articles. Il a aussi établi un index de 200 pages et rédigé 8410 notes infrapaginales. Des notes d'une précision époustouflantes : ainsi le 28 mai 1695, la Gazette annonçait que le roi avait nommé le sieur d'Argouges au Conseil d'Etat. Or "il s'agit d'une erreur", indique Christophe Levantal. Sur ce point, la note n°5462 est sans appel : cinq sources différentes indiquent que le nouveau conseiller s'appelait Antoine de Ribère... Quand on lui demande pourquoi il a dépensé autant d'énergie pour reconstituer au jour le jour l'agenda du Roi-Soleil, Christophe Levantal répond avec une simplicité désarmante : "J'ai une immense sympathie pour Louis XIV. Il n'y a pas un seul jour de sa vie où il a oublié qu'il était roi. Pas un jour où il ne s'est pas efforcé d'être digne de sa fonction. A ce point, c'est quelque chose d'extraordinaire, non?"

 

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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Histoire
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 10:00
À Hiéron de Syracuse       
vainqueur au célès


L'eau est le premier des éléments
Et l'or brille, entre les richesses
les plus magnifiques
Comme un feu étincellant
au milieu des ombres de la nuit.
Mais, ô ma Muse ! Si tes regards parcourent
en un beau jour le vide immense des cieux,
Ils n'y rencontreront point d'astre
aussi resplendissant que le soleil;
De même, si tu veux chanter des combats,
Tu n'en pourras célébrer de plus illustres
que ceux de la carrière olympique
C'est eux qui inspirent
aux doctes enfants de la sagesse
des hymnes pompeux
en l'honneur du fils de Saturne
Et qui nous rassemblent aujourd'hui
dans le palais fortuné d'Hiéron

Pindare, 518-438 Av. J.C. Olympiques, I. (Traduction Philippe Remacle).


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la revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 11:50
Quelques livres              
sur Proudhon
                

     






L'année Proudhon s'achève et elle n'apportera pas la moisson que nous avions espérée. Quelques colloques intéressants - dont celui de Besançon qui livra de fort belles contributions -, un petit nombre d'articles, quelques livres. Fallait-il s'attendre à mieux et Proudhon est-il moins bien loti que tel ou tel de ses contemporains ? Oui, certainement. Ne parlons pas de Marx, qui bénéficie toujours de l'image positive des révolutions de la fin du XIXe et du début du XXe siècle et qui - malgré Staline, malgré Lénine, malgré Trotsky, malgré toute l'abjection communiste qui nous revient par la Chine, le Cambodge, le Vietnam ou la Corée - conserve son image de génie espiègle de la contestation anticapitaliste. Prenons plutôt Tocqueville qui, dans le sillage de Raymond Aron, de François Furet, d'André Jardin et aujourd'hui de Pierre Manent ou de Pierre Rosanvallon, fait une sorte de seconde carrière. Prenons Guizot, que plusieurs belles biographies ont permis de redécouvrir, prenons Michelet, éternel sujet de commentaires, prenons Comte, véritable vache à lait des éditeurs universitaires, prenons Renan, oui même Renan est moins injustement traité que notre Proudhon.

Dans un article paru en janvier dernier dans le Monde diplomatique, et intitulé "l'infréquentable Pierre-Joseph Proudhon", Edward Castleton nous livre peut-être la clé de cet étonnante marginalisation : Proudhon déconcerte, il inquiète, il peut même effrayer les esprits médiatiques de ce temps parce que sa pensée s'exerce dans d'autres cadres que les leurs. Ne parlons pas de la bourgeoisie conservatrice qui a pris à la lettre le fameux "la propriété, c'est le vol!" et ne s'en est jamais complètement remis. Elle a toutes les raisons de continuer à snober Proudhon qui ne sera pas de sitôt enseigné dans les écoles de commerce. Ne parlons pas non plus de la gauche marxiste, pour qui Proudhon reste une sorte de penseur dévoyé, un petit bourgeois mécontent balayé par le vent de l'Histoire. Mais les autres, tous les autres... le peu qu'ils connaissent de Proudhon renvoie l'image d'un penseur paradoxal, confus, imprévisible. Pensez donc ! Un révolutionnaire qui prône une rupture radicale, mais pacifique, un socialiste qui s'insurge contre l'Etat et trouve des vertus à la propriété, un ennemi de la religion que le christianisme fascine, un démocrate qui ne méconnaît aucune des tares de la démocratie, ni aucune des qualités de la monarchie légitime. Dans le monde qui est le nôtre, Proudhon a du mal à se trouver une place : inclassable, inqualifiable, il devient effectivement très vite infréquentable.

Raison de plus pour repêcher les quelques ouvrages de qualité qui émergent de cet océan d'indifférence.

Le premier d'entre eux remonte a plusieurs mois et il a mis du temps à frayer son chemin vers les pages critiques des revues. Il s'agit d'un ensemble de textes de Proudhon, recueillis sous le beau titre Liberté, partout et toujours[1], et que Vincent Valentin a choisi, ordonné et abondamment commenté. M. Valentin est maitre de conférence à Paris-I, il connait son Proudhon sur le bout des doigts. Il sait aussi dans quel oubli il risque de tomber si on n'y prend pas garde : "La marginalisation politique et intellectuelle de l'anarchisme pourrait cependant laisser penser que l'oeuvre de Proudhon est la trace d'un moment de l'histoire politique terminé, qu'elle exprime sans doute une juste révolte et un bel espoir, mais qu'elle n'a plus rien à nous dire." Ce n'est pas le cas, rétorque M. Valentin, la pensée de Proudhon reste incontournable pour tous ceux qui s'interroge sur l'Etat, sur l'autorité et sur les conditions qui peuvent permettre à l'homme de donner le meilleur de lui-même, de poursuivre l'oeuvre de civilisation.

Encore faut-il prendre le temps de revenir à la source de textes auxquels le lecteur contemporain n'a toujours facilement accès. C'est le mérite du travail de M. Valentin  de nous restituer cette pensée riche et foisonnante dont la liberté est le fil conducteur. Proudhon fut un esprit complet, à la fois un démolisseur et un reconstructeur. Le démolisseur n'y a jamais été par quatre chemins et sa critique de la démocratie bourgeoise, de l'Etat jacobin et de la société du profit a laissé derrière elle un véritable champ de ruines. L'Ancien Régime y retrouverait même quelques mérites et Proudhon n'hésite pas à rappeler " qu'avant la Révolution, chaque province avait ses Etats particuliers; la convocation par le roi de ces Etats divers en assemblée générale formait ce que l'on appelait les Etats généraux.[...] Là venaient s'exprimer et se fondre toutes les pensées locales. De toutes ces pensées se formait la pensée du pays, la vraie pensée française. Aujourd'hui ce système a presque disparu: il n'y a plus d'idée locale, partant plus d'idée nationale". Quant au reconstructeur, la société qu'il suggère, fédéraliste et mutuelliste, est aux antipodes des utopies de Charles Fourier ou d'Etienne Cabet. Souple, dessinée dans ses grandes lignes, elle se veut un système ouvert et, en aucun cas, une nouvelle religion. Là encore, Vincent Valentin, nous montre, textes à l'appui, Proudhon  là où on ne l'attend pas : en défenseur de la propriété individuelle, parce qu'elle peut constituer un rempart efficace à l'autoritarisme, en défenseur de l'autorité et de l'ordre, lorsqu'ils garantissent l'exercice de la justice et un certain équilibre dans le jeu des forces sociales.

L'autre bonne surprise de cette année bien peu proudhonienne, c'est la biographie qu'Anne-Sophie Chambost consacre à notre philosophe bisontin, sous le titre Proudhon, l'enfant terrible du socialisme[2]. Mme Chambost nous fournit, elle aussi, un portrait décalé. Non, Proudhon n'était pas cet esprit désordonné et dilettante que décrivent Marx et ses successeurs, il travaillait au contraire énormément, lisant, corrigeant, reprenant inlassablement ses livres à l'aune d'une idée nouvelle ou d'un fait mal analysé. Non, Proudhon n'avait rien de l'exalté ou du prophète, il tenait beaucoup au contraire du paysan rusé et réfléchi qui sait discerner, derrière la poussière des évènements et des passions, les vrais mouvements de la nature et de l'histoire. Une pensée toute tournée vers l'avenir, à laquelle Albert Thibaudet rendait hommage : "Après la lecture de Proudhon, le sol de la vie sociale apparaît non pas labouré à la charrue, avec des sillons étroits, comme par les grands réformateurs idéalistes, non pas pioché et défoncé avec les coups éclatants du génie, comme par Montesquieu et Tocqueville, mais vraiment retourné en détail, à la bêche, ameubli de manière continue". C'est cette vie debout, "au grand air" que nous fait revivre Mme Chambost. Proudhon, à chaque instant y paye de sa personne et son courage force l'admiration. Ce grand vivant pouvait être aussi un grand mélancolique et c'est l'humour - encore une qualité que l'on ne met pas assez en valeur chez Proudhon - qui, bien souvent, lui permis de retrouver le chemin du bon sens et de la raison. A cet égard, on ne saurait trop féliciter Mme Chambost d'avoir fait une large utilisation de la correspondance de Proudhon, qui contient des papiers d'anthologie. Les "vacheries" pleines d'alacrité qu'il y distille sur la démocratie, sur le suffrage universel, les milieux  socialistes ou les lectures de ses contemporains éclairent d'un jour nouveau une oeuvre beaucoup plus forte et originale qu'il n'y parait.

Signalons pour terminer la sortie au Livre de Poche d'une nouvelle édition de Qu'est-ce que la propriété ?[3], abondamment annotée et commentée par Robert Damien et Edward Castleton. La longue introduction que signe ce dernier est particulièrement réussie.

Vincent Maire.


[1]. Pierre-Joseph Proudhon, Liberté, partout et toujours. Recueil de textes choisis par Vincent Valentin. (Les Belles Lettres, janvier 2009, 366 p.).

[2]. Anne-Sophie Chambost, Proudhon, l'enfant terrible du socialime. (Armond Colin, octobre 2009, 288 p.).

[3]. Proudhon, Qu'est-ce qur la propriété (Le Livre de Poche, juin 2009, 448 p.).


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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 19:42
Main basse sur le nucléaire
 

M. Proglio n'a aucun état d'âme et pourquoi d'ailleurs en aurait-il ? En prenant mercredi dernier la direction d'EDF, il a mis toutes ses cartes sur la table, en veillant à bien cibler chacune de ses annonces. Aux cadres du groupe, demandeurs de changement, il a promis du sang neuf à la tête de l'état major d'EDF, où l'on s'attend à l'arrivée de transfuges du privé (et bien évidemment de Véolia). Aux syndicats, et en premier lieu à la CGT dont il s'est assuré la neutralité, il a promis un plan d'embauche et une grande vigilance sur l'ouverture à la concurrence du marché de l'électricité, ce qui ne constitue au demeurant  qu'un demi-engagement, dans la mesure où ces décisions relèvent de Bruxelles et de l'Etat. En direction de l'Elysée et des actionnaires, il a confirmé sa  volonté d'oeuvrer à un rapprochement EDF-Veolia, même si ce chantier a été prudemment relégué dans les perspectives à long terme. "Je ne veux pas qu'on s'imagine que je suis allé chez EDF pour cela..." s'est empressé de préciser M. Proglio. Qui donc pourrait avoir d'aussi noires pensées ?

Mais ce sont surtout ses déclarations sur le nucléaire qui ont retenu l'attention. Là encore, M. Proglio n'y va pas par quatre chemins. Selon lui, le nucléaire c'est d'abord un marché, et un marché porteur, où la France n'occupe pas toute sa place. Parce qu'EDF, rajoute-il, n'y joue pas suffisamment son rôle de leader mondial et qu'on a eu tort de confier le pilotage de la filière française à un industriel spécialisé, Areva. Le débat n'est pas neuf et l'histoire du nucléaire français est faite depuis vingt ans d'une suite de batailles entre le groupe électricien et les industriels, désormais regroupés derrière Mme Lauvergeon et son entreprise. Il est logique que M. Proglio reprenne dans ce domaine les postures de ses prédécesseurs, comme il est logique qu'Areva défende la stratégie qui a présidé à sa création.

Il est toutefois permis de penser que les arguments de M. Proglio ne sont pas les meilleurs, et qu'ils relèvent même d'une vision dépassée des grands marchés d'équipement: quel pays, désireux de s'équiper en nucléaire, accepterait aujourd'hui de mettre tous ses oeufs dans le panier d'EDF ? à peu près aucun. On peut également penser que le rôle premier d'EDF n'est plus de jouer les "champions" nationaux, mais de fournir aux Français l'électricité dont ils ont besoin, à un prix raisonnable, dans de bonnes conditions de fiabilité et de sûreté, et en développant autant que possible les énergies renouvelables. Ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.

Mais les motivations de M. Proglio sont-elles vraiment celles là ? Ne sont elles pas plutôt à rechercher, comme le suggéraient certains commentateurs économiques, du côté de GdF-Suez ? On sait en effet que le concurrent historique de Véolia pèse maintenant d'un certain poids sur le marché de l'énergie et qu'il a de sérieuses ambitions dans le nucléaire, en France et en Europe. D'ici à voir dans l'attitude de M. Proglio le souci de protéger son pré carré et d'éliminer un concurrent dangereux pour le futur attelage EDF-Véolia, il n'y a qu'un pas. Tout cela ne serait donc qu'une nouvelle querelle des "marchands d'eau" ? Après tout, pourquoi pas. Dans le paysage industriel sarkozien, le pire est souvent le plus sûr.

Le gouvernement cherche à éviter que le conflit EDF-Aréva ne s'envenime. Le Premier ministre, en visite jeudi sur le chantier de l'EPR de Flamanville, en présence des deux protagonistes, Mme Lauvergeon et M. Proglio, a rappelé que le leader naturel de la filière nucléaire française, c'était l'Etat. Quant à Mme Lagarde, qui ne porte pas dans son coeur M. Proglio, elle a martelé, sous forme de rappel à l'ordre, qu'EDF devait d'abord s'occuper de ses affaires et en premier lieu de la sûreté et la performance de ses installations. Il y a toutefois fort à parier que le nouveau président d'EDF n'en restera pas là et qu'il repartira en campagne. Ses ambitions ne se limitent pas à une sage gestion d'EDF. Il y a dans le contrôle du nucléaire français des jeux de pouvoir qui vont très loin, bien au delà des intérêts du service public et de ceux de la la Nation. L'affaire Proglio ne fait que commencer et le pouvoir actuel peut y jouer son avenir.


Hubert de Marans.


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Hubert de Marans - dans Politique
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 11:00
Un régime sans histoire

"La République, c'est le gouvernement des imbéciles", lâchait souvent avec malice le regretté Léon Daudet. Formule rapide ? Sans aucun doute. Injuste ? Pas tant que cela si l'on se réfère aux mille histoires qui nous remontent chaque jour du gouvernement, du Parlement, de la presse ou des médias et qui nous font, selon le moment, rire aux larmes, pleurer de rage, mourir de honte ou sombrer dans la consternation. De quoi nourrir en tous cas une petite rubrique où nous publierons régulièrement les meilleures (c'est à dire souvent les pires) nouvelles de la tribu des Mariannides.

Voici le premier de ces échos et il est particulièrement affligeant. Dans une lettre adressée à Bertrand Renouvin et publiée sur le blog de celui-ci, l'économiste Jacques Sapir dénonce la suppression prochaine de l'enseignement de l'Histoire et de la Géographie en terminale scientifique. Il faut faire une large diffusion de cette information qui illustre, une fois encore, la conception de l'éducation et de "l'identité nationale" qui est celle du sarkozysme et des minus habens qui nous gouvernent.

Paul Gilbert.

 

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la revue critique des idées et des livres - dans Politique
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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 11:40
Deux mauvais choix

Michel Rocard a tous les défauts du monde mais il ne manque pas de flair. Lorsqu'il déclare vendredi dernier sur France Inter que la nomination du premier ministre belge, Herman Van Rompuy, à la tête du Conseil européen et de Mme Ashton, comme haut représentant de l'Union, sont "de mauvaises décisions, qu'il regrette profondément", on sent qu'il est dans le vrai. "M. Van Rompuy est probablement un homme charmant, tout ce qu'on dit de lui est complètement délicieux mais le président de l'Europe doit être quelqu'un qu'on a vu au travail depuis quinze à vingt ans et qu'on connaît. Un petit nouveau, même s'il est bien, il va lui manquer ce ressort", distille M. Rocard. Et voilà notre petit belge habillé pour l'hiver. 

"Quant à l'idée de confier la diplomatie de l'Europe à l'Angleterre, c'est-à-dire à un pays qui ne veut de diplomatie européenne en aucun cas, là on est dans la caricature". Et même dans la double caricature si l'on ajoute que Mme Ashton, parfaite inconnue du grand public, obscure commissaire européenne au commerce, nommée à ce poste par les subtiles arrangements entre conservateurs et sociaux-démocrates européens, n'a strictement aucune expérience des questions diplomatiques. Economiste de formation, c'est une pure apparatchik travailliste, passée en peu de temps des bancs du Parlement à ceux du Gouvernement britannique, puis à Bruxelles. Seuls signes positifs, elle a un temps dirigé une oeuvre caritative du Prince Charles et elle a été annoblie en 1999, sous le titre de baronne Ashton of Upholland.

Michel Rocard vit en réalité le drame de toutes les personnalités européistes. Lisbonne l'avait fait rêver d'un George Washington de l'Europe et d'un Metternich, et voici que sa montagne  préférée accouche de deux souris grises !  Naturellement, à ses yeux, ce n'est pas la mécanique européenne qui est en cause. La faute en revient aux Etats membres, ces pelés, ces galeux accusés "de vouloir préserver leurs territoires et empêcher que l'Europe devienne une entité capable de faire de la politique à leur place." Complot, il y a complot des Etats, fulmine Rocard. Et peut être n'a t'il pas complètement tort, même si l'intrigue n'est sans doute pas là où il la place.

M. Van Rompuy, pour commencer par lui, n'est pas inconnu pour tout le monde. Il est depuis l'origine le candidat préféré de l'Allemagne. C'est par pure duplicité que Mme Merkel a feint quelques instants de se rallier à la candidature Blair, pour mettre dans son jeu un Sarkozy, plus petit garçon que d'habitude, flatté de faire partie de la conspiration, et que la notoriété médiatique de l'ex premier britannique a toujours fasciné. Mais pour la chancelière allemande, pour la droite allemande, le patronat allemand, la diplomatie allemande, il n'y a jamais eu l'ombre d'un doute : Herman Van Rompuy a toujours été the right man in the right place. Sa modestie, sa roublardise et son manque de charisme sont autant de qualités pour Berlin, de même que sa culture flamande, sa parfaite immersion dans les multiples réseaux de la démocratie chrétienne européenne et son fédéralisme assumé. Il sera le promoteur zélé de la vision de l'Europe qui prévaut outre Rhin, efficace, libérale quand il le faut, technocratique quand il convient de l'être, et naturellement atlantiste. On peut être sûr par avance que ceux qui l'ont fait roi n'auront pas lieu de regretter leur choix.

Atlantiste, Mme Ashton l'est, elle aussi, sur toute la ligne. Avec ce haut représentant là, finis les états d'âme sur l'Irak, sur l'Iran ou sur la politique répressive d'Israël en Palestine.  Et contrairement aux craintes exprimées par Michel Rocard, il y aura sans doute, sous son impulsion, une politique étrangère commune de l'Union, mais qui ressemblera comme deux gouttes d'eau à celle de Londres et de Washington. Et ce d'autant que Mme Ashton aura les moyens de sa politique. Elle sera secondée, certains disent même pilotée,  par une  administration européenne de plus de 5000 postes, le nouveau service d'action extérieure de l'Union, qui disposera sur le terrain d'un reseau serré de correspondants et de "représentations". Gageons que ce "quai d'Orsay bruxellois" n'aura de cesse, sous couvert de coordination, d'imposer ses propres politiques, ses propres vues. Il y a là, à terme, un véritable danger pour les Etats européens qui entendent garder une certaine liberté de jeu dans le monde, au premier rang duquel figure la France. Les premiers pas de Mme Ashton seront donc à suivre de près.

Au final Michel Rocard n'a pas tort lorsqu'il parle de choix détestable. Les désignations de Mme Ashton et de M. Van Rompuy ont en effet un sens; elles reflètent, qu'on le veuille ou non, le double parrainage autour duquel se construit aujourd'hui l'Europe, celui de l'économie dominante, dont le centre se situe à Berlin, et celui de l'imperium politique, dont les sources d'impulsion sont à Washington et à Londres. Choix effectivement détestable et qui ne fait pas les affaires de la France.

François Renié.


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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 19:30
Le paradoxe persan                
un carnet iranien               


de Jean-François Colosimo
Mis en ligne : [22-11-2009]

Domaine : Idées

 


Né en 1960, Jean-François Colosimo est essayiste, philosophe, historien des religions. il enseigne la philosophie à l'Institut Saint Serge. Il a récemment publié Dieu est américain (Fayard, 2006) et l'Apocalypse russe (Fayard, 2008).


Jean-François Colosimo, Le paradoxe persan. Un carnet iranien, Paris, Fayard, Juillet 2009, 286 pages.


Présentation de l'éditeur.
Aujourd'hui comme hier, l'avenir du monde se joue dans les rues de Téhéran. Cent ans après sa révolution constitutionnelle, cinquante ans après sa révolution anticolonialiste, trente ans après sa révolution islamique, l'Iran s'impose plus que jamais comme un pays de paradoxes : Occident et Orient, démocratie et islam, modernité et tradition, religion et sécularisation, globalisation et nationalisme, pétrole et nucléaire... Cette enquête, menée en Iran, aux Etats-Unis, en Israël, retrace un siècle de quête d'identité, d'indépendance et de puissance. C'est ce drame planétaire que racontent ici ses grands acteurs au cours d'entretiens exclusifs conduits à Téhéran, à Qom, à Washington, à Harvard, à Tel Aviv ou à Paris. Une plongée fulgurante dans l'histoire telle qu'elle se fabrique, sous nos yeux.

Recension d'Alexis Lacroix. - Le magazine littéraire, septembre  2009.

Nul ne peut prédire à ce jour si le "printemps de Téhéran aura un avenir. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la fissure interne de la mollahcratie iranienne, révélée par la fraude électorale des partisans d'Ahmadinejad en juin dernier, ne restera pas sans conséquences. Comme le montre Jean-François Colosimo dans son dernier essai, un bouillonnement culturel et civique a saisi depuis plusieurs années le pays. Pour ce spécialisre du fait religieux, l'avenir du monde se joue depuis quelques mois dans les rue de Téhéran. Au terme de trois ans d'enquête menée en Iran, mais aussi aux Etats-Unis et en Israël, Colosimo bouscule les lieux communs. Et propose, avec  une  érudition virtuose, un pari théorique convaincant: celui d'une Perse qui, par-delà une révolution khomeyniste aujourd'hui épuisée, par-delà aussi la tentation de l'épreuve de force nucléaire, a toutes chances de s'affirmer dans les années qui viennent comme un " pays laboratoire", capable de conjoindre islam et démocratie.


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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 10:00
Pantomime

Pierrot qui n'a rien d'un Clitandre
Vide un flacon sans plus attendre
Et, pratique, entame un pâté.

Cassandre, au fond de l'avenue,
Verse une larme méconnue
Sur son neveu déshérité.

Ce faquin d'Arlequin combine
L'enlèvement de Colombine
Et pirouette quatre fois.

Colombine rêve, surprise
De sentir un coeur dans la brise
Et d'entendre en son coeur des voix


Paul Verlaine, 1844-1896
. Fêtes galantes (1869).


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N°1 - 2009/01
 
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