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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 18:19
Aux rivages
d'Orsenna
 

 

LETTRES
Les Terres
du couchant
Julien Gracq.
Récit inédit. 
Editions Corti.
Novembre 2014.
260 pages.
 

 
Julien Gracq (1910-2007), romancier et poète. Inspiré par Nerval, le romantisme allemand et le premier surréalisme, il laisse une oeuvre incomparable, nimbée de mystère et de clair obscur, où dominent quatre grands romans : Au Château d'Argol. (1938), Un Beau ténébreux. (1945), Le Rivage des Syrtes. (1951), Un Balcon en forêt. (1958). Publications récentes : Plénièrement. (Fata Morgana, 2006), Manuscrits de guerre. (Corti, 2011).
 
Présentation de l'éditeur.
En 1953 Julien Gracq entreprend un roman qui se situe comme Le Rivage des Syrtes dans cette zone rêveuse où Histoire et Mythe, imaginaire collectif et destins individuels s'entrelacent. Il y travaille pendant trois étés. Travail lent, hésitant, suspendu en 1956 pour écrire Un Balcon en forêt et dont témoignent les quelque 500 pages manuscrites du fonds Gracq à la Bibliothèque Nationale. Le texte que nous publions est très proche d'une version définitive, même si aux yeux de l'auteur il n'a pas trouvé sa forme dernière. On est toujours tenté de présenter la publication posthume d'une œuvre comme une découverte sensationnelle, qui change l'image établie d'un écrivain. Pourtant, ce récit ne bouleverse pas la vision que nous pouvons avoir de l'œuvre de Gracq. Mais il la complète d'une manière significative et nécessaire. Il conduit à une compréhension plus intime, plus précise, de l'écrivain, des chemins qu'il emprunte, de son regard sur le monde et de son imaginaire. Ce constat, suffisant sans doute pour présenter ce texte au lecteur, n'est pas pourtant la raison première de sa publication. Ce qui compte le plus, c'est la singularité de ce récit qui trouve ses péripéties dans les incidents de la route et dont la narration se confond tout naturellement avec la vie des chemins et des saisons. Ce manuscrit trouvé dans une malle, et qui pour Gracq était une étape, est pour le lecteur un de ces beau que l'histoire littéraire offre à la postérité.
 
L'article de Bernard Fauconnier. - Le Magazine littéraire. - octobre 2014.
Les Syrtes II. La publication posthume de ce récit inédit de Julien Gracq est assurément un événement littéraire de première importance. En 1953, après Le Rivage des Syrtes et le fameux épisode du refus du prix Goncourt (1951), après la volée de bois vert de La Littérature à l'estomac (1950) adressée à la « République des lettres » (texte qu'il faudrait relire à chaque rentrée littéraire, par hygiène mentale), Julien Gracq entreprend la rédaction des Terres du couchant. Il s'y consacrera pendant trois étés : Louis Poirier, intègre professeur d'histoire et de géographie, prenait sur ses temps de vacances pour redevenir Julien Gracq, l'écrivain magnifique, trop souvent enkysté, disons-le en passant, et comme le rappelle Philippe Le Guillou à son propos, dans une image de vertu littéraire et d'austérité hautaine qui lui sied assez peu. Puis, comme le précise Bernhild Boie dans sa très utile postface, il abandonne le projet pour écrire Un Balcon en forêt et ne reprit jamais ce texte, oublié dans une malle.
Pourquoi ce renoncement pour une oeuvre d'une telle ampleur, dont la rédaction est déjà fort avancée ? Peut-être justement parce qu'un projet d'une telle dimension, indéterminé dans le temps et dans l'espace mais embrassant une totalité cosmique et tendant vers le constat d'un vide métaphysique, a pu aboutir chez son auteur à la crainte d'une impasse romanesque. Après les rivages déserts et les horizons d'attente des Syrtes, comment se hausser encore jusqu'à un universel embrassant tous les temps, tous les lieux, et tendant vers le rien ? Gracq se tourna alors vers un monde plus clos et un récit plus serré et entreprit Un Balcon en forêt. Pourquoi alors publier ce texte aujourd'hui ? Parce qu'un texte de Julien Gracq, même s'il n'a pas été entièrement revu par l'auteur et ne modifie pas fondamentalement la vision que nous avons de l'oeuvre dans son ensemble, reste une somptueuse fête du style et du sens, tellement au-dessus du niveau moyen de la production actuelle, celle en tout cas que les éditeurs publient sans barguigner, que cela en devient presque ironique...
Les Terres du couchant s'inscrivent en apparence dans le sillage du Rivage des Syrtes : même pays imaginaire, même situation politique de monde sur le déclin, de royaume fragilisé par la corruption, le laisser-aller, une certaine forme d'impuissance devant l'histoire. À ceci près que Le Rivage des Syrtes contait l'histoire presque immobile de la longue attente d'un ennemi et d'une guerre qui ne viennent pas, comme dans Le Désert des Tartares de Dino Buzzati ; Les Terre du couchant sont au contraire le récit d'un périple : celui qu'entreprennent le narrateur et ses compagnons qui quittent le royaume délétère de Bréga-Vieil, « qui s'ensevelissait dans l'hiver », pour rejoindre les confins, la frontière, là où l'armée ennemie se prépare à l'envahir, et tenter peut-être d'agir, de contrer la fatalité historique d'un monde gagné par l'entropie et le renoncement. Eux cherchent à infléchir ce destin historique, même si on entend les en empêcher et si leur départ se fait clandestinement : on lit sans peine, dans cette description d'un royaume agonisant, des allusions à des événements encore récents au moment de la rédaction de ce projet.
Les Terres du couchant prennent ainsi l'allure d'une quête, sinon d'une errance, où la route, motif gracquien par excellence, source de rêveries et de fabuleuses découvertes, tient un rôle essentiel. Ce long ruban troue presque pendant tout le récit un paysage proprement fantastique autant que matériel et charnel, que Gracq évoque dans un déploiement d'images que lui seul savait inventer, dans une prose poétique complexe, parfois touffue, infiniment riche de détails concrets mais ouvrant aussi sur le merveilleux des contes et des légendes médiévales : « En ces jours-là, le monde nous faisait cortège, chaud comme une bête, touffu comme un bois noir, plein de peurs et de merveilles - nous étions conduits - de grands signes se levaient pour nous sur la route, comme à celui qui s'est mis en chemin derrière une étoile - et tout autour de nous était calme, majesté, silence - un monde tendu à nous comme sur une paume, tout rafraîchi de palmes sauvages, fouetté de grands vents qui brassaient à pleins bras son écume verte, incliné, tout entier comme une voile qui prend l'alizé vers sa destination cachée, dans un roulis de long-courrier, un balancement d'équinoxe. » Où sommes-nous d'ailleurs ? Dans quel temps ? Quelque part entre un Moyen Âge réinventé et une époque imaginaire, moins historique qu'historiale, où la réflexion sur l'histoire et sa signification prend les formes d'une fable et d'une métaphore, où l'histoire et la géographie même se mêlent dans le même mouvement, qui dit le lien étroit du temps et de la terre. Et dans une prose si belle, si attentive aux phénomènes du corps et de la nature, qu'on délaisse volontiers les péripéties d'un récit inachevé pour s'immerger dans cette coulée d'images somptueuses.
 
Autre article recommandé : Cécilia Suzzoni, "Les Terres du couchant." - Esprit. - janvier 2014. 
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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 22:23
Lavaud
 
 
anciens bricks
 
 
 
Ils vont hauts, balancés sur l'eau comme des palmes,
Superbes éventails dont le souffle est le vent,
Ils vont blancs, une hanche inclinée à la lame,
Toute la mer tonnante au bord de l'autre flanc...
Au loin sourient La Dominique et le Vent d'île.
Saint Pierre d'autrefois, ah ! comme tu reluis.
Par tant de souvenirs : quarteronnes, métisses,
Indolences, parfums d'un sein comme la nuit !
Tout ce passé ! notre présent comme il le touche,
Qu'ils émeuvent vos noms, Alzires, Eoas,
Verroteries changées en baisers, madras rouges,
Iles de l'amour noir donné pour un grenat !
 
 
 
Guy Lavaud. (1883-1958), Imagerie des mers. (1919)
 
 
sillages
 
 
 
Sur le monde si dur dorment les douces mers,
Comme sur les comptoir les soies pâles et molles.
Parfois un grand steamer ainsi qu'un couteau clair,
Rapide, coupe en deux la lueur de l'étoffe,
Et l'on voit s'évaser d'un bord à l'autre bord,
- L'une pour l'Amérique et l'autre pour l'Europe -
Deux lames bleues, avec déjà des plis de robe,
Des dentelles de nacre et des broderies d'or.
 
 
 
Guy Lavaud. (1883-1958), Sous le signe de l'eau. (1927)
 
 
ports
 
 
 
Quand, un soir, nous serons en vue de notre mort,
Vaisseaux noirs alourdis du poids de mille rêves
Quand nous verrons, sur les vagues, entre deux crêtes,
Les lumières du golfe ou dort l'ombre du port,
Un soir quand nous seons en face de la mort,
Peut-être, matelot qui toujours guette et rêve,
Toute l'âme, envolée vers une grève d'or,
Revivra quelque vie à nouveau découverte
Un soir, quand nous seons au bord de notre mort,
Et nous, nous resterons comme des vaisseaux tristes,
Glissés, sans même un cri, dans leur néant tranquille,
Les mâts nus, la voilure amenée tout du long,
Oiseaux las à qui manque, un soir, un aileron
Quand enfin nous serons au quai de notre mort.
 
 
 
Guy Lavaud. (1883-1958), Sous le signe de l'eau. (1927)
 
 
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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 18:13
Bergson, culture
et création
BERGSON-ou-l-humanite-creatrice.gif
 
IDEES
Bergson
ou l'humanité
créatrice.
Nadia Yala Kisukidi.
CNRS Editions.
Octobre 2013.
305 pages.
 

 
Nadia Yala Kisukidi est philosophe. Spécialiste de Bergson et de la philosophie française contemporaine, elle enseigne à l'université de Genève.
 
Présentation de l'éditeur.
Politique, la philosophie bergsonienne ? Engagé dans les affaires de la cité, le penseur de l'élan vital et de la durée ? La postérité n'a guère retenu cet aspect dans l'oeuvre immense du prix Nobel de littérature 1927. En palliant cette lacune, Yala Kisukidi ouvre une réflexion stimulante qui renouvelle notre connaissance du bergsonisme. De L'Evolution créatrice (1907) aux Deux sources de la morale et de la religion (1932), elle met en lumière une philosophie politique ambitieuse fondée sur une métaphysique de la vie. La fameuse distinction du clos et de l'ouvert joue ici un rôle central : l'homme se réalise dans l'ouverture nécessairement créatrice, et non dans la clôture (guerre, racisme) voulue par la nature pour satisfaire des besoins spécifiques. Ce constat conduit Bergson à promouvoir d'un point de vue philosophique et institutionnel la démocratie et la défense des droits de l'homme. Yala Kisukidi redonne à cette pensée toute sa portée actuelle et fait dialoguer Bergson avec les penseurs contemporains du "post-colonial", ou des auteurs favorables à une religion et une politique plus ouvertes, comme Mohammed Iqbal pour l'islam et Léopold Senghor pour l'Afrique..
 
La recension de Jean-Louis Thébaud. - Esprit. - décembre 2014.
Il est difficile de relire Bergson aujourd’hui sans se souvenir des critiques violentes dont il fut l’objet dans la philosophie française après sa disparition (Georges Politzer, Georges Friedmann) et de la méfiance que suscitait son engagement officiel dans la propagande de guerre après 1914. On ne peut, pour autant, négliger son statut dans la philosophie européenne et même cette gloire que celle de Husserl a ensuite recouverte, mais qu’il a gardée aux yeux d’auteurs aussi importants que Péguy, Simmel, Horkheimer ou Benjamin
Mais surtout, il faut entendre l’extraordinaire salut adressé à Bergson par Senghor : 1889, déclare-t-il, marque bien le centenaire de la Révolution et le triomphe de la République, mais cette date revêt en même temps une toute autre signification puisqu’elle doit aussi être fêtée comme l’année d’une autre révolution, égale ou même supérieure en importance historique à la première : la parution de l’Essai sur les données immédiates de la conscience. Pourquoi faire un sort particulier à cette prise de position de Senghor ? Parce qu’elle signifie qu’on peut faire du neuf avec Bergson, que celui-ci entame une révolution culturelle, que la portée politique de son œuvre, indépendamment de celle qu’il a pu avoir de son vivant ou jusque dans les années 1950, peut toujours se charger d’un sens bien vivant.
L’actuel renouveau de la réception de Bergson, auquel Frédéric Worms se consacre depuis quinze ans, n’est pas un simple projet relevant de l’histoire de la philosophie. Après une première « reprise » par Gilles Deleuze, il s’agit bien de réintroduire Bergson dans les problématiques actuelles de la réflexion. Dans cet ouvrage, Nadia Yala Kisukidi se propose ainsi de suivre la réflexion politique de Bergson et identifie dans les thèses des Deux Sources de la morale et de la religion (1932) une proposition de philosophie de la culture qui couronne toute l’œuvre. Bergson opère dans les Deux Sources une distinction entre le clos et l’ouvert qui lui permet d’en faire un critère de jugement moral et politique. La critique vise en particulier Durkheim et son idée de cohésion de la société. Pourquoi, en 1932, s’en prendre au fondateur de la sociologie, qui théorisa la République laïque et influença aussi le socialisme naissant et, à vrai dire, tout l’ « avant-guerre » ? L’expérience de la guerre de 1914 est passée par là, après laquelle on ne peut plus entendre, sans y voir un potentiel monstrueux, la défense d’une société fermée sur elle-même, assujettie à la loi d’airain de la cohésion et de l’obligation. C’est cette clôture mortifère que l’ouvert doit briser. Et derrière Durkheim se dessine une autre cible : Rousseau. Il s’agit bien de sortir de la dialectique du citoyen patriote, dur à l’étranger, et de « la société générale du genre humain ». Fausse dialectique, du reste, division inégale car, pour Bergson, on ne passe pas d’un bord à l’autre, il faut un saut. C’est le mystique qui, par sa rupture inaugurante, brise le cercle maléfique du même et ouvre à l’ouvert. L’espèce éclate à l’apparition de l’humanité et se révèle alors comme retard, obstacle, résistance à l’ouverture. Résistance à sa poussée et – c’est à ce point que se décide le bergsonisme – c’est une unique poussée qui est à l’œuvre : la vie.
C’est ici que les difficultés surgissent. Le concept de vie  - et son immanence _ a-t-il de quoi soutenir une politique ou une philosophie de la culture ? On devine la grandeur du projet : si nous n’avons plus de repères transcendants pour nous orienter, s’il ne nous reste plus que l’expérience de la vie (de la souffrance, du trauma ou de la joie) peut-on retrouver une ressource immanente dans la vie, dans la pensée de la vie comme ouverture ? Telle est l’enquête de l’ouvrage, qui établit que la pensée de l’art et celle de la politique doivent être envisagées ensemble, à partir de l’idée de création et de vie créatrice.
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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 11:03
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Hiver 2014-2015
L'Occident, entre déclin et renouveau
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- La puissance des mythes, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- La gauche radicale et ses limites, par Hubert de Marans. [lire]
Où va la gauche radicale française ? Nulle part si l’on en croit les électeurs et les derniers sondages. Il est vrai que le PC et ses alliés font tout pour faire fuir leurs militants et leurs symphatisants : guerre des chefs, querelles d’appareils, opportunisme électorale, idées en berne, sans parler des vieux réflexes staliniens, laïcards ou gauchistes qui resurgissent à toute occasion. Supplétifs du PS ou éternels marginaux ? Voilà à quoi se résument les choix du Front de Gauche et de ses satellites. M. Mélenchon rêvait d’un autre avenir mais n’est pas Syriza qui veut.

- Macron ou le gouvernement des banques, par Henri Valois. [lire]
De quoi Macron est-il le nom ? D’une classe politique dévoyée, arrogante et futile ? Pas seulement. Il est aussi l’exécutant d’un milieu patronal dépassé, qui ne jure plus que par la dérégulation du marché du travail, l’abaissement des salaires et l’effacement des normes pour remédier à ses insuffisances. Après l’échec de la politique de l’offre, c’est une autre stratégie, tout aussi inefficace, qui se met en place. Au détriment de notre industrie, de nos emplois et de nos intérêts économiques à long terme.

- L'Occident entre déclin et renouveau, textes présentés par Claude Arès. [lire]
Impérialisme économique et mondialisation, démocratie libérale, domination culturelle… Toutes les valeurs sur lesquelles l’Occident a fondé son hégémonie au XIXe et au XXe siècle sont en crise ? «L’ouest du monde» est-il condamné à un déclin irréversible ? Ou doit-il changer de modèle pour renaître, comme il l’a fait régulièrement au cours des siècles ? Dans le nouveau monde qui se dessine, les chances de renouveau ne manquent pas, pour peu que les peuples d’Europe et d’Amérique veuillent et sachent les saisir.

- La fin des dogmes allemands, par Vincent Lebreton. [lire]
Mme Merkel a cru que les mouvements de contestation de sa politique d’austérité ne seraient que des feux de paille et que tout finirait par rentrer dans l’ordre. C’était compter sans le courage des Grecs, sans la vigueur de l’agitation anti-libérale qui monte en puissance dans les pays du sud et sans la rapidité des changements en cours dans ceux de l’est. L'idée d’une Europe dominée par Berlin ne fait plus consensus, y compris au sein de la BCE où les partisans d’une politique monétaire moins restrictive viennent d’imposer leurs vues pour tenter de sauver l’euro. Une page de l’histoire du vieux continent se tourne, qui ne verra pas le triomphe de l’Allemagne.

- Eloge de Richelieu, par Antoine Longnon. [lire]
Le XIXe siècle a beaucoup calomnié Richelieu. Si le siècle dernier a largement réhabilité sa mémoire, plusieurs ouvrages récents nous permettent de mieux mesurer l’ampleur de son œuvre politique, diplomatique et religieuse et la pertinence de ses vues sur la conduite d’un Etat moderne.

- Une petite tranquille, une nouvelle d'Henri de Montherlant. [lire]
Un portrait de jeune fille comme les aimait Montherlant : froide, silencieuse, rangée et apparemment sans désir. Mais peut-être pas aussi sage et tranquille qu’il n’y parait...

- Le jardin français, poèmes de G. Lavaud, P. Chabaneix, T. Varlet. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
Quelle union nationale ? - Scandales républicains. - Les ratés de l'UMP - Un scrutin pour rien.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Nouvelle donne diplomatique. - Podemos et Syriza. - Juncker et son armée. - Réarmement japonais.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Dynamiques françaises. - Fin de partie à la CGT. - Motifs d'espoirs. - Reconversions industrielles.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Bernard. - Duteurtre. - Matzneff. - Ferrari. - Tesson. - Lampédusa.- Laurent. - Villon.

- Idées et histoire, par Jacques Darence, Paul Gilbert et Vincent Maire.
Fascisme français. -Brague. - Nietzsche. - Bergson.- Piketty. - Jouanna. - Muray. - Fumaroli.

- Notes d'Art, par Louis du Fresnois.
Tchekhov.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Crise de la démocratie. - L'Amérique affaiblie. - Nationalismes. - Jules Verne.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, Claude Arès.
Populisme. Les demeurés de l'histoire. (Chantal Delsol). - Les derniers jours de la Ve République. (Christian Salmon). - Marx à rebours. (Bruno Pinchard). - Voter Pétain ? Députés et sénateurs sous la Collaboration. (François Fleutot). - Louvois. Le double de Louis XIV. (Jean-Pierre Cenat). - Un Candide à sa fenêtre. (Régis Debray). - Les Désengagés. (Frédéric Vitoux). - Le Sourire d'Homère. (Jean Soler). - Petite sélection stendhalienne. - Livres reçus.

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 16:27
louis XIV
 
1715-2015 : l'oeuvre de Louis XIV
 

L'équipe de la Revue Critique des idées et des livres présente à Mgr le Comte de Paris, à la Maison de France, à ses lecteurs et à tous ses amis ses voeux de bonheur et de prospérité pour l'année 2015.

 

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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 00:33


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La Revue critique vous souhaite
une belle année 2015


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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 22:14
Effel Noël
 

La rédaction de la Revue critique des idées et des livres souhaite à Monseigneur le Comte de Paris, à la Famille de France et à tous ses lecteurs un joyeux Noël.

 
L'Empereur, le philosophe et l'évêque
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Un conte de Noël 
 
 
E
 n ce temps-là, l'Empereur Julien, qu'on appelle Julien l'Apostat, traversait la Syrie pour aller faire contre les Parthes la funeste campagne qui devait lui coûter la vie. En ce jour-là, il approchait de la ville d'Antioche, dont on pouvait déjà distinguer, dans la lumière du soir, les longues murailles qui descendaient au flanc de la colline.  
A son côté chevauchait son ami, le rhéteur Libanius, grammairien et philosophe, qui, par sa conversation tantôt grave et tantôt légère, mais toujours pleine d'agrément, le distrayait mieux que personne des soucis de l'Empire.
En apercevant les murailles : 
- Te souviens-tu, dit-il à Libanius, qu'il y a quelque quinze ans de celà, et presque à la même saison, nous sommes déjà venus ici ? Que la vie me plaisait alors ! Je n'étais pas encore César et le monde avait ma jeunesse. Nous voyagions en étudiants avec une suite des plus modestes, mais notre voyage était charmant. Quand nous arrivâmes à Antioche, des jeunes filles nous attendaient près du pont sur l'Oronte, avec des corbeilles de rose, et leur offrande, tu t'en souviens, s'adressait plus au disciple d'Apollon et des Muses qu'à l'héritier de l'Empereur.
- Oui, Julien, moi non plus, je n'ai rien oublié de ces moments délicieux : et toi, te souviens-tu que, pour récompenser l'accueil gracieux des jeunes filles, tu fis présent aux citoyens d'Antioche d'une belle statue de Jupiter ?
- C'est vrai, répondit l'Empereur, et j'avoue que cela m'était presque sorti de l'esprit. Mais maintenant je me rappelle. C'était, si j'ai bonne mémoire, un des meilleurs morceaux sortis des mains de Praxitèle.
- Un chef-d'oeuvre, en effet, reprit le grammairien. Mais, hélas ! un chef-d'oeuvre que tu ne verras jamais plus.
- Que me dis-tu là, Libanius ? La foudre ou quelque autre accident aurait-il frappé la statue ?
- La foudre ni les éléments n'ont rien à voir dans cette affaire : la main des hommes l'a brisée.
- Par Pollux ! s'écria l'Empereur, tu sais que je ne suis pas cruel et que je n'aime pas la vue du sang ! Mais le criminel qui a porté la main sur cette image deux fois divine le payera de sa vie !
 - C'est donc tout le peuple d'Antioche qu'il te faudra punir, ô Julien, car c'est tout le peuple qui s'est rendu coupable d'une action où le sacrilège le dispute à l'imbécillité... Ici, d'ailleurs, tu vas trouver tout changé, les gens, les choses et les statues. Dans cette ville où naguère nous sommes rentrés avec une si belle allégresse, les temples de nos dieux sont devenus des églises; les jeunes filles ne vont plus les bras nus, et tu ne les verras plus tout à l'heure près du pont, dansant et te jetant des roses.
- Ah ! fit l'Empereur, que ces paroles ramenaient tout à coup dans le cercle de ses plus grands soucis, une fois de plus, ici encore, le Galiléen a vaincu. Si je n'y mets promptement bon ordre, qu'adviendra-t-il de tant de choses que toi et moi, n'est-ce pas, préférons à la vie ? Une sottise épaisse s'étendra sur le monde dont toute beauté sera chassée...
Et le front penchée sur sa monture, il s'enfonça dans un silence que Libanius n'osa troubler.
 
*
*   *
 
A la porte d'Antioche, les jeunes filles n'étaient pas là pour faire accueil à l'Empereur. Près du pont sur l'Oronte, l'évêque Basile l'attendait, mitre en tête, la crosse à la main, et tenant un plateau d'argent sur lequel étaient posés trois pains d'orge.
- Accepte ce pain, Julien César, dit l'évêque, et soit le bienvenu dans la cité.
- Garde tes pains, vieillard, répliqua l'Empereur. Je n'entrerai pas dans Antioche. Tout m'y attristerait. Mais quand je reviendrai de combattre les Perses, je repasserai par ici et si je ne retrouve pas à sa place la statue de Jupiter que j'ai offerte autrefois à la ville, si les jeunes filles ne m'attendent pas sur la route avec des chants, des danses, des corbeilles de fleurs, si mes dieux ne sont pas ramenés dans leurs temples, malheur à toi, Basile ! jamais plus tu ne mangeras de croûte, ni de mie !
Puis, sans s'attarder davantage, il poursuivit sa route, tandis que Libanius restait encore un moment près de l'évêque pour savoir ce qu'il pensait de l'opinion, suivant laquelle Jésus de Galilée n'aurait été crucifié que dans sa personne humaine, sa personne divine l'ayant déjà quitté, au moment du supplice, pour gagner les régions du ciel.
- Je reconnais là, dit l'évêque, les imaginations de Basilide et de Valentin. Si l'Eglise était indulgente pour ces dogmatiseurs orgueilleux, la doctrine du Christ ne serait plus bientôt qu'un système plus informe qu'une nuée.
- J'entends, répliqua Libanius avec une moue dédaigneuse, tu méprises la philosophie. Mon maître Julien vous accuse de vouloir enlaidir le monde; moi je vous reprocherai plutôt de le rendre stupide... Mais dis-moi, ô Basile, on prétend que tu possèdes des lumières sur ce qui se passe dans le ciel. Que fait, je te prie, en ce moment, le fils du charpentier ?
- Deux cercueils, répondit l'évêque qui, sans s'expliquer davantage, salua le philosophe et rentra dans Antioche.
 
*
*   *
 
Grande émotion dans la cité. Et la consternation aurait été plus vive encore s'il n'y avait eu, pour protéger la ville, saint Mercurion, illustre capitaine qui l'avait défendue naguère, avec la lance, le haubert et l'écu, et qui la défendait maintenant du haut du ciel par le mérite de ses vertus. 
Hommes, femmes, enfants, tout le monde courut au sanctuaire où l'on conservait sur son tombeau, comme saintes reliques, ses armes dont il avait fait, de son vivant, si bonne usage. L'évêque se tenait au milieu d'eux, et pendant trois jours et trois nuits il ne cessa de les réconforter par des prières et des sermons. Mais, le troisième jour, vaincu par le sommeil, il s'endormit dans le sanctuaire, et tous les fidèles avec lui.
Or, pendant qu'il dormait, il vit descendre du haut du ciel une cohorte d'anges plus brillants que des lis, et au milieu de cette troupe éclatante, sur un trône plus éblouissant encore, une femme d'un visage si beau qu'il ne pouvait appartenir qu'à la Sainte Mère de Dieu. 
- Va chercher Mercurion, dit-elle à saint Michel Archange qui était à sa droite, son glaive de lumière à la main. 
Aussitôt saint Michel Archange s'envola dans les nuées pour reparaître presque aussitôt, ramenant avec lui l'illustre capitaine, vêtu de blanc comme un enfant de choeur. il s'inclina profondément.
- Mercurion, lui dit Notre Dame, tu as entendu les menaces qu'a proférées contre ta vllle le maudit Apostat. Laisse là tes ailes et ta robe, reprends ta lance, ton haubert et ton écu et fais ce que tu dois. 
Saint Mercurion fit un salut qui, tout angélique qu'il était, montrait que, Dieu merci, il n'avait pas perdu le souvenir de son état ancien. D'un geste gracieux de la main, la Vierge lui donna congé. Et la cour céleste s'évanouit. 
L'évêque alors ouvrit les yeux, et le coeur tout rempli de cette vision merveilleuse, il vint s'agenouiller, pour y faire une oraison, devant le tombeau de saint Mercurion. A sa grande surprise, il n'y vit plus la lance, le haubert, ni l'écu qui s'y trouvaient encore tout à l'heure. Reconnaissant à ce signe éclatant que le songe qu'il venait d'avoir n'était pas le vain produit de quelque illusion nocturne, il réveilla tous les dormeurs étendus autour de lui pour leur apprendre les choses étonnantes auxquelles il venait d'assister. 
En attendant la suite du prodige, qu'y avait-il de mieux à faire que d'aller rendre grâce à Notre-Dame dans le sanctuaire qu'elle possédait un peu en dehors de la ville sur le mont Dodimi ? Toujours en chantant et faisant oraison, on s'y rendit en grand cortège; puis, quand on l'eut bien célébrée avec des chants et des musiques, l'évêque et son pieux troupeau derrière lui retournèrent au sanctuaire de Mercurion. 
Le saint les y avait précédés.
O miracle ! Sa lance, son haubert et son écu se trouvaient sur son tombeau ! Mais à la pointe de la lance brillaient quelques gouttes de sang frais. 
Tout le reste de la semaine, on n'entendit à Antioche que laudes et gloria. Et le dimanche étant arrivé, l'évêque Basile achevait de célébrer l'office, lorsqu'un homme couvert de poussière se présenta sur le parvis.
C'était le rhéteur Libanius.
Sitôt qu'il fut devant l'évêque :
- Réjouis-toi, Basile, lui dit-il. Je reviens exprès pour t'apprendre que Julien César est mort, le coeur percé d'un javelot lancé par un bras inconnu.
- Tu ne nous apprends rien, dit l'évêque. Nous le savions depuis trois jours. Mais à mon tour, je veux d'apprendre qui a percé le coeur de ton maître.
Et saisissant sur le tombeau le fer posé près de l'écu :
- Voilà la lance qui l'a frappé, comme le prouvent ces gouttes vermeilles qui ne sont pas encore séchées. Julien n'a pu parer le coup que Mercurion lui a porté, car nul homme, pas même César, ne peut parer les coups du ciel.
- Je ne doutais pas, ô Basile, que tu crierais encore au miracle, s'écria Libanius avec un rire affreux. Et si tu me vois devant toi, c'est justement pour t'empêcher de répandre des bruits imbéciles ! Sache que Mercurion n'est pour rien dans la mort du divin César. Il est tombé, hélas ! sous la flèche de quelque soldat mécontent, qui se sera vengé de lui par traîtrise.  
- A mort ! A mort ! cria la foule. A mort, celui qui défend l'Apostat ! 
- C'était, riposta Libanius, le plus intelligent des hommes ! 
Il ne dit pas un mot de plus. Des furieux s'étaient jetés sur lui, hurlant et l'accablant de coups. Il était presque inanimé quand l'évêque réussit enfin à l'arracher à leur colère. 
- Reviens de ton erreur, lui dit-il, en arrêtant sur lui des yeux qui s'emplissaient de larmes, et reconnais enfin le vrai Dieu ! 
Pour toute réponse, Libanius, ramenant sur sa tête un pan de sa tunique, fit une offrande à Jupiter du sang qui coulait de ses blessures. Et peu après, il rendit l'âme, sous les yeux de Basile étonné que des dieux de pierre et de bois gardassent encore tant de pouvoir sur un esprit si distingué.
Jérome et Jean Tharaud.
 
 
Effel Noël 2
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 09:53
Péguy
 
 
chateaux de loire
 
 
 
Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s'en vont par ces allées.

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s'élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

La moulure est plus fine et l'arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

Et c'est le souvenir qu'a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son âme était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

Car celle qui venait du pays tourangeau,
C'était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d'un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.
 
 
 
charles péguy (1873-1914). Oeuvres poétiques (Gallimard, La Pléiade, 1941).
 
 
les sept contre paris
 
 
 
Sept villes se vantaient d'avoir cerné la Ville :
Auteuil voulait en faire un jardin potager ;
Grenelle en voulait faire un énorme verger ;
Bercy des entrepôts, Montmartre, un vaudeville.

Passy faillit en faire un immeuble servile,
Un caravansérail pour le noble étranger ;
Vaugirard, la Villette à ce peuple léger
Faisaient des abattoirs pour sa guerre civile.

Mais la dame a mangé les sept petites sœurs,
Elle a mis pour toujours la liberté de l'âme,
Et tous ces fourniments et tous ces fournisseurs,

Le négoce, l'amour, et la cendre, et la flamme,
Et tous ces boniments, et tous ces bonisseurs,
Et les gouvernements gendres et successeurs,

Sous le commandement des tours de Notre-Dame.
 
 
 
charles péguy (1873-1914). Oeuvres poétiques (Gallimard, La Pléiade, 1941).
 
 
geneviève et jeanne
 
 
 
[...] Il fallut qu'elle vît par le faux témoignage
Démentir le propos pour qui nous témoignons,
Il fallut qu'elle vît l'urne où nous nous baignons
S'effondrer par souillure et par dévergondage;

Il fallut qu'elle vît par tout ce maraudage
Cueillir les fruits moisis et que nous dédaignons,
Il fallut qu'elle vît la ville où nous régnons
Démantelée aux mains de tout ce chapardage;

Il fallut qu'elle vît par tant d'enfantillage
Avilir cette foi dont nous nous imprégnons,
Il fallut qu'elle vît le sang dont nous saignons
Saigner du même coeur et du même courage;

Il fallut qu'elle vît par un sot bavardage
Flétrir le dogme auguste et que nous enseignons,
Et qu'elle vît tarir la grâce où nous baignons,
Lustrale et baptismale, en un lourd badinage;

Il fallut qu'elle vît par tout ce brigandage
Commettre les forfaits dont nous nous indignons,
Et les écus sonnants et que nous alignons
Fondre au creuset d'orgueil et de faux monnayage;

Il fallut qu'elle vît par tout ce forlignage
Dégénérer la race où nous nous alignons,
Et les mots éternels et que nous soulignons
Tomber dans le silence et dans le persiflage;

[...] Il fallut qu'elle vît dans ce commun naufrage
Sombrer l'arche rompue et que nous empoignons,
Et qu'elle vît la grande armée où nous grognons,
(Mais nous marchons toujours), subir cet hivernage;

Il fallut qu'elle vît par un tel sabotage
Dénaturaliser l'oeuvre où nous besognons,
Et qu'elle vît l'injure à qui nous répugnons
Régner et gouverner sous figure d'outrage;

Il fallut qu'elle vît le long du bastingage
Précipiter à l'eau l'or que nous épargnons,
Et qu'elle vît la vergue où nous nous éborgnons
Chanceler et tomber par l'effet du tangage;

Il fallut qu'elle vît dans ce même hivernage
S'évanouir de froid l'ardeur que nous feignons,
Et qu'elle vît la peine où nous nous renfrognons
S'évanouir de mort dans un beau sarcophage;

Il fallut qu'elle vît dans cet appareillage
S'avancer la galère où captifs nous geignons,
Et qu'elle vît la nef lourde où nous nous plaignons
Gémir dans ses haubans et ses bois d'assemblage;

Il fallut qu'elle vît par un commun partage
Arriver justement le sort que nous craignons,
Et la loi qui nous sauve et que nous enfreignons
Exposée à périr dans ce même naufrage;

Il fallut qu'elle vît dans le même mouillage
Sombrer le désespoir que seul nous étreignons,
Et qu'elle vît cet ordre où nous nous astreignons
Perdre ses bancs de rame et son amarinage;

[...] Pour qu'elle vît venir du fond de la campagne,
Au milieu de ses clercs, au milieu de ses pages,
Vers l'arène romaine et la roide montagne,

Traînant les trois vertus au train des équipages,
Sa plus fine et plus ferme et plus douce compagne
Et la plus belle enfant de ses longs patronages.
 
 
 
charles péguy (1873-1914). Oeuvres poétiques (Gallimard, La Pléiade, 1941).
 
 
soleil 2-copie-1
 
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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 10:50
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Décembre 2014
Notre Péguy
  PEGUY Charles-copie-1
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- Villeroy, par Paul Gilbert.  [lire]
- Notre Péguy, par Rémi Clouard.  [lire]

Lectures et témoignages 

- Solitude de Péguy, par Maurice Blanchot.
- Péguy et Sorel, par René Johannet.
- L'enfance de Péguy, par Marcel Péguy.
- Péguy et  Bergson, par Albert Thibaudet.
- Péguy et les Cahiers, par Daniel Halévy.
- Lecteurs étrangers, par François Renié.

Hommages

- Mort au champ d'honneur, par Maurice Barrès.
- Péguy parmi nous, par Henri Massis.
- Avec Péguy, par Georges Bernanos.
- "Il venait de bon matin", par André Suarès.
- Péguy, prophète du temporel, par Emmanuel Mounier.

Enquête

- Actualité de Péguy, présenté par Henri Dagan.

Etudes

- Péguy et Jeanne, par Jean d'Aulon.
- La France de Péguy, par Paul Gilbert.
- Poésie et prière, par Jacques de Pascal.
- L'argent et le monde moderne, par Vincent Maire.
- Péguy et le parti intellectuel, par Hubert de Marans.
- Le socialisme de Péguy, par Henri Valois.
- Un homme du Val de Loire, par Claude Cellerier.
- Péguy et Corneille, par Eugène Charles.

Documents

- Poèmes de Charles Péguy.
- Poétique de Corneille, par Charles Péguy.
- Bibliographie, par Paul Gilbert.

Conte de Noël

- L'Empereur, le philosophe et le Pape, un conte de Jean et Jérôme Tharaud.

 

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 22:53
Jammes
 
 
l'enfant lit l'almanach...
 
 
 
L'enfant lit l'almanach près de son panier d'œufs.
Et, en dehors des Saints et du temps qu'il fera,
elle peut contempler les beaux signes des cieux :
Chèvre, Taureau, Bélier, Poissons, et cætera.

Ainsi peut-elle croire, petite paysanne,
qu'au-dessus d'elle, dans les constellations,
il y a des marchés pareils avec des ânes,
des taureaux, des béliers, des chèvres, des poissons.

C'est le marché du Ciel sans doute qu'elle lit.
Et, quand la page tourne au signe des Balances,
elle se dit qu'au Ciel comme à l'épicerie
on pèse le café, le sel, et les consciences.
 
 
 
Francis Jammes (1868-1938). Clairières dans le Ciel (1921).
 
  les pieds au coin du feu  
 
 
Les pieds au coin du feu, je pense à ces oiseaux
qui disaient à Colomb que la terre était là.
C'était toujours les eaux, et les eaux, et les eaux,
toujours les eaux. Enfin Rodrigue Triana

cria : "Terre !" Et le vent chanta dans les cordages.
L'équipage tomba à genoux. Les forêts
du Nouveau-Monde, avec leurs singes bleus, s'ouvraient,
et les lourdes tortues pondaient sur le rivage.

Quand donc, pareil à un matelot fortuné,
pourrai-je découvrir la plage de soleil
de ses cheveux épars sur son corps allongé
comme une île nouvelle au milieu du sommeil !
 
 
 
Francis Jammes (1868-1938). Clairières dans le Ciel (1921).
 
 
quand verrai-je les îles...
 
 
 
Quand verrai-je les îles où furent des parents ?
Le soir, devant la porte et devant l’océan
on fumait des cigares en habit bleu barbeau.
Une guitare de nègre ronflait, et l’eau
de pluie dormait dans les cuves de la cour.
L’océan était comme des bouquets en tulle
et le soir triste comme l’Eté et une flûte.
On fumait des cigares noirs et leurs points rouges
s’allumaient comme ces oiseaux aux nids de mousse
dont parlent certains poètes de grand talent.
Ô Père de mon Père, tu étais là, devant
mon âme qui n’était pas née, et sous le vent
les avisos glissaient dans la nuit coloniale.
Quand tu pensais en fumant ton cigare,
et qu’un nègre jouait d’une triste guitare,
mon âme qui n’était pas née existait-elle ?
Était-elle la guitare ou l’aile de l’aviso ?
Était-elle le mouvement d’une tête d’oiseau
caché lors au fond des plantations,
ou le vol d’un insecte lourd dans la maison ?
 
 
 
Francis Jammes (1868-1938). De l'Angelus de l'aube à l'Angelus du soir (1898).
 
 
sonn1-copie-3
 
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