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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 20:04
1974                                                 
nouvelles


de Patrick Besson

Mis en ligne : [24-05-2009]

Domaine : Littérature


 

Né en 1956 d'un père russe et d'une mère croate, Patrick Besson est  écrivain et journaliste. Enfant prodige de la littérature française - il signe son premier roman, "Les Petits Matins d'amour", à l'âge de 17 ans -, il reçoit le Grand Prix de l'Académie française en 1985 pour "Dara", et le prix Renaudot dix ans plus tard pour "Les Braban". Patrick Besson est l'auteur d'une quarantaine de romans, de récits et d'essais, alors que sa plume redoutée ne cesse de parcourir les pages des journaux et magazines. Il a récemment publié:  Belle-Soeur (Fayard, 2007), La science du baiser (Points, 2007), Accessible à certaine mélancolie (Points, 2007), Et la nuit seule entendit leurs paroles (Mille et une nuits, 2008), La statue du commandeur (Points, 2008).


Patrick Besson, 1974, Paris, Fayard, Mars 2009, 170 pages.

 

1974 : la Grèce des Colonels devenue celle des routards. Le narrateur se souvient de sa rencontre au cap Sounion, à dix-huit ans, avec un beau et ambigu couple nordique. Les Etats-Unis avant la chute du mur de Berlin, vus par deux pianistes européens de l'Est: les fantasques frères Kundera. La Suisse et la Bavière, dans les années 80, traversées par un écrivain communiste dépensant l'argent du Parti avec des créatures interlopes. Un père divorcé englouti, à Paris XVe, dans le temps où il était marié avec la mère de son fils. Belgrade agité et défait d'aujourd'hui, bien connu de l'auteur: le meurtre sadique d'une journaliste française est élucidé, non sans mal, par un vieux commissaire vert et une jeune inspectrice gay serbes. Le festival du livre de Nice hanté par les rêves africains d'un romancier entre deux âges que fascine une serveuse Fang. Au fil de ces nouvelles, dont la publication dans la presse (VSD, L'Humanité, L'Idiot international, Madame Figaro) s'étend sur plus de deux décennies, Patrick Besson (Dara, Les Braban, Belle-sœur, parus aux éditions Fayard) repasse à l'encre ses souvenirs crayonnés, les vrais comme les faux, d'une plume féroce et allègre, secrètement tendre.


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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 23:29
Paris-NewYork                         
et retour


de Marc Fumaroli

Mis en ligne : [13-05-2009]

Domaine : Arts


 

Né en 1932, Marc Fumaroli, professeur au Collège de France et Académicien français, est un des grands historiens et critiques d'art contemporains. Depuis une vingtaine d'années, il développe une critique très ferme de la politique culturelle française autour de ses deux images emblématiques, André Malraux et Jack Lang. Il est l'auteur de Exercices de lecture : L'État culturel : une religion moderne (Editions de Fallois, 1991), De Rabelais à Paul Valéry (Gallimard, 2006), Peinture et Pouvoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles : de Rome à Paris (Faton, 2007).
 

Marc Fumaroli, Paris-New York et retour, voyage dans les arts et les images, journal 2007-2008, Paris, Fayard, mars 2009, 634 pages.


Quelqu'un, un beau matin, se réveille en pleine rue et s'aperçoit que les images publicitaires qui prolifèrent autour de lui et qui lui ont toujours semblé innocentes, ne le sont pas autant que cela. Et si les hommes ressemblaient à l'image qu'ils se donnent d'eux-mêmes ? Ainsi commence, par ce déclic apparemment infime, un sinueux voyage dans le temps et dans l'espace, à partir de deux bases de départ successives, New York et Paris : New York, la capitale des images modernes et contemporaines, et Paris, la capitale par excellence des arts de la « Vieille Europe ». Enquête historique dans le temps relativement court des États-Unis et de sa formidable industrie des images, pèlerinage aussi dans le temps long de la France et de l'Europe des arts visuels, de l'Antiquité gréco-romaine à nos jours, de son Orient byzantin à son Occident d'Amérique latine, cette exploration à facettes de l'univers européen de la vue devient peu à peu l'itinéraire d'une conversion. Une conversion à l'éternel retour de la beauté. Seule la beauté a rendu et peut rendre l'homme à lui-même et le monde humain habitable en les invitant à participer de la nature et de la grâce et à se libérer du vampirisme d'images-mirages, d'images-idoles, qui ne laissent sur leur passage, comme un vol de sauterelles, qu'un désert globalisé et privé de feuillage.

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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Arts
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 22:41
Sur le front de Lisbonne

Contrairement à nos prévisions, les sénateurs tchèques ont ratifié dans l'urgence, jeudi 7 mai dernier, le traité de Lisbonne. Le contexte intérieur à la République tchèque, dominé par la chute du gouvernement libéral de M. Topolanek en pleine présidence de l'Union, a beaucoup joué dans cette adoption confuse. "Nous ne pouvions pas nous permettre une nouvelle honte", a déclaré le Premier ministre démissionnaire à l'ouverture des débats. Et c'est en effet une sorte de "sauve qui peut parlementaire" qui aura conduit une partie de l'ancienne majorité libérale, pourtant très réticente au traité, à joindre ses voix à celles des sociaux-démocrates. En aucune façon un vote d'adhésion.

Le Président Sarkozy s'est empressé de saluer une "étape importante dans la mise en oeuvre de l'engagement pris par les 27 en décembre dernier de tout faire pour permettre à ce traité d'entrer en vigueur avant la fin de l'année 2009". On sent implicitement de la fébrilité dans ce message qui conclut en faisant appel au civisme "européen" des Irlandais.

Conclusion sans doute un peu rapide. En premier lieu, le processus de ratification tchèque est loin d'être achevé. Le texte doit encore être signé par le tonitruant président tchèque, Vaclav Klaus, eurosceptique militant, qui encourage en sous-main ses amis parlementaires à saisir la Cour constitutionnelle et à susciter de nouveaux obstacles, cette fois juridiques, à la ratification. Il est peu probable que M. Klaus appose sa signature sur le traité, tant que les résultats du référendum irlandais ne seront pas connus. Ce qui nous fait glisser doucement vers l'automne.

Le référendum irlandais est, lui même, loin d'être gagné. Si les derniers sondages donnent encore un avantage au "oui", l'écart s'est beaucoup réduit depuis quelques semaines et la "purge" économique que le gouvernement du Fianna Fail fait subir à l'économie irlandaise, au nom des critères de convergence européens, n'est pas pour rendre le traité plus populaire. Dublin vient d'exiger de ses partenaires européens la confirmation des garanties qu'il prétend avoir obtenu (respect de la neutralité irlandaise, non ratification du droit à l'avortement...), en échange de son appui à Lisbonne, mais cette confirmation tarde à venir. Viendra-t-elle ?

Sur les autres fronts, rien de nouveau. En Pologne, le Président Lech Kaczynski se fait toujours tirer l'oreille pour parapher un texte que la diète polonaise a pourtant ratifié il y a plus d'un an. Même chose en Allemagne, où la Cour constitutionnelle, saisie en février, tarde à se prononcer pour ouvrir la voie d'une approbation rapide.

La divine surprise viendra-t-elle des Britanniques ? On sait que le chef des Tories, David Cameron, a annoncé qu'il soumettrait le traité à référendum  s'il arrivait au pouvoir. Le résultat de cette consultation ne fait guère de doute, le mécontentement de nos amis anglais à l'encontre des institutions européennes allant grandissant. Quant à la perspective d'une arrivée au pouvoir des conservateurs, elle prend de l'ampleur. M. Cameron tient la corde pour les prochaines municipales, prévues le 4 juin, avec près de 20 points d'avance sur les travaillistes, et le gouvernement Brown ne tient plus qu'à un cheveu. Si sa chute devait avoir lieu d'ici la fin de l'année 2009, c'en serait sans doute fini du Mauvais Traité. D'ici là, patience!


Vincent Lebreton.


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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 09:47

Dix mille jours de prison...

A Charles Maurras, Henri Vaugeois, Maurice Pujo, Robert de Boisfleury, Maxime Réal del Sarte,  Henry des Lyons, Marius Plateau, Maurice d'Auvergne, Pascal le Quen d'Entremeuse, Lucien Lacour, Octave de Barral, Jean Dorange, Guy de Bouteiller, Armand du Tertre,  Lucien Martin, Louis Sousportes... et quelques dizaines d'autres.

En hommage au petit groupe d'hommes libres qui, il y a un siècle, imposa à la République, au prix de dix mille jours de prison, le culte de la Sainte de la Patrie.

 


Paris - Fêtes de Jeanne d'Arc 1910 : Arrestation d'un camelot du roi. (Photo Roger-Viollet)


Paris - Fêtes de Jeanne d'Arc 1915, Place des Pyramides. (Photo Roger-Viollet)

 
Paris - Fêtes de Jeanne d'Arc 1908 : les camelots du roi manifestent  (Photo Roger-Viollet)

camelots 
Nancy - Fêtes de Jeanne d'Arc 1935 : Défilé des camelots du roi, rue d'Armeval. (Photo Henri Ritter)
 
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la revue critique des idées et des livres - dans Histoire
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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 14:37
La joie et l'espoir
 
"La Maison de France, c'est notre maison", disait Bernanos. Avec, parfois, ses peines qui sont les nôtres, avec ce grand bonheur aujourd'hui qui nous remplit de joie. Du  mariage du Dauphin, nous retiendrons, parmi mille belles choses, les deux photos ci-contres - émouvantes jusqu'aux larmes -, l'homélie si forte de Mgr Brizard, directeur général de l'Oeuvre d'Orient et cette dernière strophe de notre "Vive Henri IV" que chantait à pleins poumons, par un bel après-midi, un peuple fidèle.


L'équipe de la Revue Critique des Idées et des Livres adresse à Mgr le Duc de Vendôme et à Madame tous ses voeux de bonheur et de prospérité. Elle assure Mgr le Comte de Paris et l'ensemble de la Maison de France
de sa respectueuse fidélité.
 



L'Homélie de Mgr Philippe Brizard
Directeur général de l'0euvre d'Orient.

Monseigneur, et je pense fort à Madame la Duchesse de Montpensier qui est la première à regretter de ne pas tenir sa place ici aujourd’hui,

Cher Jean, chère Philomena,

Vous avez souhaité que je vous interpelle ainsi, par vos noms de baptême. Vous soulignez, par là, votre appartenance à l’unique Eglise du Christ et l’égale dignité des enfants de Dieu. Cette égalité n’exclut pas les différences, comme le dit saint Paul dans sa célèbre comparaison avec le corps. Elle autorise même les distinctions pour servir l’harmonie de l’ensemble. Ainsi, la noblesse est ordonnée à l’excellence, le pouvoir au service, la richesse au don, le savoir à la patiente édification de tous. Pareillement, on ne se marie pas pour soi seulement mais pour remplir sa vocation de fils et de fille de Dieu. C’est bien ce qui ressort de la lecture du mariage de Tobie et Sara : ils ne se marient pas par seul vouloir d’homme mais en Dieu et dans sa bénédiction. A travers les lignes du texte et les mœurs, quelque peu romancées d’ailleurs, d’une autre époque, nous voyons bien qu’un discernement spirituel a été opéré qui rend les futurs sûrs de ce qu’ils sont faits l’un pour l‘autre. Plus loin, la prière de Tobie et de Sara exprime avec grâce leur projet et la mission dont ils sont investis et qui correspond au dessein de Dieu sur leurs vies. Vous-mêmes, Jean et Philomena, en choisissant l’évangile des noces de Cana, vous faites confidence des perspectives dans lesquelles vous situez votre mariage.

Mes frères, accourus parfois de loin pour entourer Jean et Philomena, prenez garde à votre manière de lire cette page célèbre de l’évangile. Ce récit est en réalité une leçon de catéchisme dans laquelle est exposé le mystère chrétien du salut des hommes. Dépassez l’anecdote et comprenez l’enjeu. Ce n’est pas un hasard si Jésus commence sa vie publique en allant aux noces d’amis de sa mère. Déjà, Jean-Baptiste l’avait présenté comme l’époux qui vient. Et Marie, qui croit en son Fils, le pousse à se révéler. Malgré ses protestations – « mon heure n’est pas encore venue -, il va manifester sa gloire. Quand arrivera-t-elle donc cette heure de la véritable manifestation de sa gloire ? Au moment où Jésus passera de ce monde à son Père, à l’heure de sa croix. Les noces de Cana, et, à travers elles, toutes les noces, sont signes de cette heure-là. A cette heure-là, est dévoilé ce qui était encore caché à Cana : le comble de l’amour. Jésus donne sa vie en aimant jusqu’au bout. Jésus, le Christ, scelle l’Alliance nouvelle de Dieu avec l’humanité par son sang. Cette Alliance, sans cesse proposée à l’homme et sans cesse rompue par lui ; cette Alliance où Dieu se révèle amoureux de sa créature comme le dit magnifiquement Osée ; cette Alliance dont l’accomplissement est signifié dans l’Apocalypse par des noces somptueuses où la fiancée représente l’humanité recréée et sanctifiée par l’époux, l’Agneau immolé. Par cette Alliance sainte, nous recevons du Christ l’amour, la libération, la royauté, la sainteté, la puissance et la vie.

Tous ces signes et toute cette heure se concentrent sur la messe. C’est pourquoi vous célébrez votre mariage au cours de la messe, mémorial de l’Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Christ.

Maintenant, voyons comment Jésus manifeste sa gloire à Cana. Il est intéressant de noter que Jésus se rend à Cana le troisième jour après la promesse faite à Nathanaël, (ce Juif à qui on ne la fait pas : « de Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? »). Jésus lui avait dit qu’il verrait de grandes choses. Quand on parle de troisième jour dans la Bible, comme par exemple lors de l’Alliance sinaïtique, ou mieux lors de la résurrection de Jésus, on évoque l’ouverture d’une ère nouvelle, le commencement des temps derniers et définitifs, le début de la manifestation de la gloire de Dieu. De même qu’au Sinaï, Dieu manifesta sa gloire en donnant la Loi le troisième jour, de même, à Cana, le troisième jour, Jésus manifeste sa gloire en donnant un vin meilleur, symbole de la Bonne Nouvelle. J’observe que ce vin provient de l’eau qui servait à la purification des Juifs. L’eau devenue vin, c’est la purification qui n’est plus liée à l’observance de la Loi mosaïque mais à l’Evangile du Christ, à sa Parole dont le vin est l’image. Un message d’une telle nouveauté, que Jésus dira un jour : « A vin nouveau, outres neuves ».

Avec quelle profusion donne-t-il ce vin ! La grâce est surabondante. La joie et le bonheur en Dieu sont au-delà de toute mesure. Dieu comble absolument. Le premier vin servi par l’époux venant à manquer, - par eux-mêmes, les hommes sont incapables de parvenir au bonheur en plénitude -, c’est le véritable Epoux qu’est Jésus, qui offre le vin nouveau et qui l’offre avec surabondance comme don ultime. On ne peut lire l’évangile qu’à la lumière de ce troisième jour, celui de la Résurrection de Jésus, qui ouvre l’accès au Royaume où le Seigneur boira avec nous le vin nouveau de la joie éternelle.

Jean et Philomena, vous avez choisi cette page de l’évangile parce qu’elle vous a impressionnés : c’est le mystère caché de votre amour qui trouve son sens dans le dessein de Dieu sur l’humanité dévoilé par Jésus-Christ. De même que les noces de Cana annoncent les noces de Jésus sur la croix scellant l’Alliance nouvelle et éternelle, de même votre mariage, comme tout mariage, est une image de l’amour tout-puissant de Dieu, de l’Alliance de Dieu avec l’humanité. « Ce mystère est grand, dira saint Paul : je le dis en pensant au Christ et à l’Eglise ». L’immense dignité du mariage vient de là. Dieu vous donne son amour pour que vous vous aimiez divinement et que vous progressiez dans son amour et dans votre amour. Avec un peu de bonne volonté, le mystère de l’amour humain amène à contempler le mystère trinitaire de l’amour de Dieu. Dieu est fou d’amour, d’un amour fort comme la mort et même plus fort qu’elle, comme le chante le Cantique des Cantiques. Ce beau chant d’amour, qui mêle éros et agapê, semble dire : « vous voulez savoir ce qu’est l’amour de Dieu ? Regardez donc un homme et une femme qui s’aiment ». L’Eglise compte sur vous pour que vous rendiez un tel témoignage.

En vous mariant, vous vous associez pleinement à l’œuvre d’amour de Dieu. C’est donc en vue de ce fameux troisième jour, le Jour du Seigneur où il manifeste sa gloire, que vous accomplirez, Jean et Philomena, votre mission qui consistera également à gérer les affaires de ce monde. (Et vous savez, Jean, combien je goûte les perspectives dans lesquelles vous entendez mener votre action, telle qu’une tout récente interview de Gérard Leclerc l’a dévoilée). Ensemble, vous réaliserez une œuvre spirituelle pour humaniser la vie ; vous transformerez l’eau fade d’un quotidien souvent prosaïque en vin du Royaume éternel. Et si, d’aventure, vous rencontrez le manque, tels les époux de Cana, souvenez vous de Marie : elle est là avec vous. Elle est la Guebira, la Reine-Mère. Elle a de l’influence sur le Roi, son Fils. Si vous le demandez, elle obtiendra de lui que vous sortiez de l’épreuve. Alors, vous vous souviendrez du vin de Cana : le meilleur vient après.

Cana et Senlis ont en commun d’être des lieux de mémoire et de commencement : commencement de l’annonce de la Bonne Nouvelle, commencement de la dynastie dont, Jean, vous êtes issu. Pour l’heure, Cana en Île de France s’appelle Senlis. Il y a des noces, ce sont les vôtres.


Vive Henri IV (dernière strophe)

 

Chantons l'antienne
Qu'on chant'ra dans mille ans,
Chantons l'antienne
Qu'on chant'ra dans mille ans,
Que Dieu maintienne
En paix ses descendants
Jusqu'à c'qu'on prenne
La lune avec les dents.

 

 

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la revue critique des idées et des livres - dans Politique
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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 17:47

L'aveuglement

 

Qu'on le veuille ou non, le 1er Mai unitaire aura été une parfaite réussite. Plus d'un million de manifestants ont défilé dans toute la France, soit six fois plus que l'an dernier. Après le succès des deux journées d'action des 29 janvier et 19 mars derniers, il est incontestable que le mouvement de protestation sociale prend chaque jour un peu plus d'ampleur. On n'avait pas vu de tels rassemblements depuis les évènements de 68.

La protestation s'est cristallisée comme il se doit autour des conflits sociaux les plus durs, ceux qui concernent les filiales de plusieurs grands groupes étrangers. A Paris, à Toulouse, à Marseille, à Grenoble, à Metz ou ailleurs, ce sont les travailleurs de Continental, de Molex, de Caterpillar, de Freescale ou d'Arcelor Mittal qui tenaient le haut du pavé, exprimant l'amertume et la colère de milliers de salariés menacés par les fermetures de sites, les réductions d'effectifs sauvages, les délocalisations.

Tous les observateurs ont également relevé la parfaite maîtrise de ces défilés. Aucun incident à signaler, ni à Marseille, ni à Toulouse où le climat social est pourtant très lourd, ni en fin de cortège à Paris. Les manifestants n'ont cédé à aucune provocation, malgré la présence démesurée des forces de l'ordre, et ont refusé toute récupération politique. L'extrême gauche trotskiste, que le pouvoir accuse chaque jour de manipuler le mouvement social, a été reléguée en queue de cortège. Quant aux troupes socialistes, sagement rassemblées rue Soufflot en retrait du cortège principal, elles ont été copieusement huées par la foule parisienne.

Devant tant de sang froid et de détermination, on guettait la réaction du gouvernement, on attendait des paroles de compréhension, une volonté de dialogue. C'était trop attendre. Le pouvoir a cherché au contraire toute la soirée à minimiser l'évènement. Le petit Chatel, sous ministre à l'industrie, qui s'est récemment illustré par son incompétence crasse dans l'affaire Heuliez, fanfaronnait en parlant d'une mobilisation "un petit peu supérieure à la moyenne des 1er Mai précédents".  Hortefeux jetait, selon son habitude, de l'huile sur le brasier en annonçant la réouverture du dossier du travail du dimanche !  Rue de Grenelle comme à l'Hotel Matignon, on assurait que le gouvernement ne changerait pas de stratégie, qu'il ne bougerait pas d'un iota et qu'il n'y avait plus de grain à moudre. Il est vrai que l'on a déjà tout donné aux banquiers faillis, aux patrons en déconfiture, aux gros porteurs en mal de se refaire.

Le pouvoir a grand tort de prendre les choses sur ce ton. En évaluant mal l'état moral du pays, en traitant de haut les centrales syndicales avec lesquelles il aurait tout intérêt à composer, il prend de gros risques. Pour le moment, l'obsession des états-majors syndicaux, c'est l'unité d'action pour négocier en force. Que cette stratégie s'avère inopérante, faute d'interlocuteurs gouvernementaux, et l'on verra se développer à grande échelle des actions plus radicales. Ce n'est pas un hasard si ce weekend amenait, avec les défilés, des sondages franchement mauvais pour le chef de l'Etat, un bilan jugé mauvais par 63% des Français et une désaffection de plus en plus massive de la classe moyenne. Qui sème le vent....

Henri Valois.

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 08:38

Proudhon et la Révolution

 

L'excellent site des Cahiers français célèbre le bicentenaire de la naissance de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), en publiant des extraits peu connus de son oeuvre, ainsi que des commentaires de celui qui fut son continuateur et son disciple, Georges Sorel.

Parmi ces textes - dont certains sont de la plus vive actualité au regard de la crise économique, sociale et morale que nous traversons - , voici quatre passage qui illustrent on ne peut mieux le regard critique que Proud'hon portait sur la Révolution française, la société et la classe dirigeante qui en sont issues :

"Le principe de centralisation, largement appliqué par le Comité de Salut Public, passa en dogme chez les jacobins, qui le transmirent à l'Empire et aux gouvernements venus à la suite. Telle est la tradition malheureuse qui a déterminé, en 1848, la marche rétrograde du gouvernement provisoire, et qui fait encore à ce moment toute la science, qui alimente toute la politique du parti républicain."

"A force de préoccupations politiques, nous avons perdu de vue l'économie sociale. C'est ainsi que le parti démocratique lui-même, l'héritier de la première révolution, en est venu à vouloir réformer la Société par l'initiative de l'Etat, créer des institutions par la vertu prolifique du Pouvoir, corriger l'abus, en un mot par l'abus même. Cette fascination dominant les intelligences, la Société tourne dans un cercle de déceptions, poussant le capital à une agglomération toujours plus écrasante, l'Etat à une extension toujours plus tyrannique de ses prérogatives, la classe travailleuse à une déchéance physique, morale et intellectuelle, irréparable." 

"Il dut s'ensuivre que la nouvelle société, à peine conçue, demeurât à l'état embryonnaire ; qu'au lieu de se développer dans l'économie, conformément à sa loi, elle languit dans le constitutionnalisme ; que sa vie fut une contradiction perpétuelle ; qu'à la place de l'ordre qui lui est propre, elle offrit partout corruption systématique et misère légale ; enfin que le pouvoir, expression de cette société, reproduisant dans son institution, avec la fidélité la plus scrupuleuse, l'antinomie des principes, se trouvât dans le cas de combattre toujours la nation, et la nation dans la nécessité de frapper sans cesse le pouvoir. En résumé, la Société que devait créer la Révolution en 89 n'existe pas ; elle est à faire."

" Ainsi, tandis que le problème posé en 89 semblait officiellement résolu, au fond il n'y avait rien de changé que la métaphysique gouvernementale, ce que Napoléon nommait idéologie. La liberté, l'égalité, le progrès avec toutes leurs conséquences oratoires, se lisent dans le texte des constitutions et des lois ; il n'en est vestige dans les institutions. Une féodalité ignoble - basée sur l'agiotage mercantile et industriel, le chaos des intérêts, l'antagonisme des principes, la dépravation du droit - a remplacé l'ancienne hiérarchie des classes ; les abus ont quitté la physionomie qu'ils avaient en 89, pour reprendre une autre organisation ; ils n'ont diminué ni de nombre ni de gravité."

Nous reviendrons plus complètement sur l'héritage de Proudhon, sur sa conception d'un socialisme à la française - socialisme des producteurs et des créateurs, d'essence aristocratique -  sur sa pensée exigeante, à la fois critique et constructive, qui peut trouver aujourd'hui de nouveaux points d'application.

Claude Arès.

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 21:10

Un rebelle

 

Il y a des hommes politiques qui ont du mal à se faire à l'idée qu'ils ne sont plus aux affaires et que plus personne ne veut les voir. Jean-Pierre Raffarin fait partie du lot. Il est vrai que, ces dernières années, la vie n'a pas été tendre pour lui : éjecté du pouvoir en 2005, après avoir battu des records  d'impopularité, chassé de la présidence de la région Poitou-Charentes, battu par Gérard Larcher à la présidence du Sénat, indésirable - ou presque - à l'UMP, il lui reste tout juste son mandat de sénateur pour pleurer. Comme celà n'occupe guère son homme, il s'est fait une spécialité de la communication tous azimuts. Il dit son mot sur tout, le plus souvent pour ne rien dire. Parfois, il vaudrait mieux qu'il se taise.

En témoigne l'entretien qu'il donne ce soir au Monde et qui traite à la fois de l'Europe et de la situation sociale[1]. Sur l'Europe, Raffarin nous joue la "rupture" façon Sarkozy: "Je souhaite une Europe rebelle, dit-il très sérieusement, notamment face à la financiarisation du monde (...). Une Europe qui tranche avec la politique des compromis et des petits pas, qui prévaut depuis cinquante ans.(...) Pour celà, l'UMP doit affirmer une rupture dans le projet européen ".

Après tant d'ambition, de volontarisme et de résolution, on attendait notre rebelle sur les conflits sociaux. Et là, curieusement, le discours change du tout au tout. Oubliée la rupture. Ce qui importe c'est de "faire respecter l'Etat de droit en matière sociale", de juguler avec "fermeté" les séquestrations de patrons, faute de quoi l'attractivité du pays en pâtira. M. Raffarin n'y va d'ailleurs pas de main morte en matière de justice sociale: pour lui "les hauts revenus sont taxés à 50%, ce qui est déjà beaucoup" et il n'est évidemment pas question de remettre en cause les indemnités de départ d'un patron, un contrat étant un contrat. Les milliers de salariés qui craignent pour leur avenir apprécieront !

Après tout pourquoi ne pas aller jusqu'au bout du raisonnement de M. Raffarin. S'il est vrai que les séquestrations de patrons font mauvais genre à l'étranger, et qu'elles risquent de nous faire perdre quelques dollars d'argent sale ou la considération des rapaces de Wall Street, une autre possibilité s'offre aux salariés en colère : celle de faire battre aux prochaines élections tous les hommes politiques inutiles! Gageons même que cela ferait sérieusement remonter la cote de la France dans les pays qui jugent que notre classe politique est nulle et prétentieuse. Et Dieu sait s'ils sont nombreux !

Mais trève de plaisanterie. Les déclarations de l'ancien Premier ministre doivent être prises au sérieux. Elles sont révélatrices de ce que pense aujourd'hui une partie de la classe dirigeante, celle qui n'a toujours rien appris, ni rien compris de l'histoire. Commentant il y a un siècle les évènements sanglants de Draveil, Charles Maurras affirmait que "la guerre des classes naîtra toutes les fois qu'une classe parlera du devoir des autres au lieu d'examiner si elle a fait le sien"[2]. Dans les temps difficiles que nous allons connaître, il faut espérer que la bourgeoisie française, dans sa plus grande part, saura se souvenir des devoirs qui sont les siens.

Hubert de Marans.



[1]. Le Monde, 26 et 27 avril 2009.
[2]. Charles Maurras, "la question ouvrière", L'Action française, 30 juillet 1908.
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Hubert de Marans - dans Politique
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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 14:38

A nos lecteurs 

Voici plus d'un siècle qu'une poignée de jeunes gens regroupés autour des écrivains et journalistes Jean Rivain, Pierre Gilbert, Henri Clouard, Eugène Marsan, Georges Valois donnaient naissance à cette Revue Critique des Idées et des Livres.

Ce 25 Avril 1908, peu d'entre eux misaient sur la longévité d'une œuvre qui les rassemblait surtout par l'amitié. Et pourtant, de cette équipe devait naître une brillante école de critique littéraire et un des premiers essais réussis de « revue engagée » dans les luttes politiques et sociales de son temps. Grande rivale de la NRF, qui surgissait à la même époque, la Revue Critique rameutait et cristallisait en quelques années une pléiade de talents confirmés ou naissants, historiens, critiques, publicistes et philosophes, séduits par sa liberté de ton, l'audace et la chaleur enthousiaste qui émanaient de ses pages.

Ce succès correspondait aussi à un projet clair et en phase avec son  temps : promouvoir l'esprit classique sous toutes ses formes, en alliant respect des disciplines, esprit de légèreté et goût de la nouveauté ; mettre en valeur la civilisation française, en ce qu'elle a de permanent, de créatif, d'universel ; faire émerger un nouvel esprit critique, débarrassé des brumes doctrinaires du XIXe siècle, en rassemblant le parti de l'intelligence et celui des politiques.

Si l'entreprise intellectuelle devait tourner court au début des années 1920, c'est que les esprits qui l'ont animée ont rarement passé l'épreuve de la Grande Guerre, que les meilleurs d'entre eux ont donné leur vie pour une France qu'ils voulaient victorieuse. Le flambeau de la renaissance classique passera alors dans d'autres mains.

De cette aventure fulgurante, il reste plus que quelques livres, qu'un ensemble d'articles destinés à faire le miel des historiens. Un héritage s'est constitué, un état d'esprit s'est formé que nous souhaitons faire renaître et  revivifier. En lançant aujourd'hui cette nouvelle série de la Revue Critique des Idées et des Livres, nous exprimons la conviction que cet héritage, que cet état d'esprit, conçus à l'orée du XXe siècle naissant, peuvent être utiles à ceux qui, à l'aube de ce nouveau siècle, sont eux aussi à la recherche de valeurs de vie.


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Car, par delà les fidélités et la concordance des idées, ce qui réunit aujourd'hui les rédacteurs de cette nouvelle Revue Critique, c'est le présent et la volonté de lui donner un sens. Il y a urgence à recréer un esprit public, à redonner au politique l'espace qui lui est du, au sortir d'un siècle où le primat de l'économie, la dictature de l'argent, l'arrogance des oligarchies ont réduit la liberté des peuples. Un vent plus favorable semble à nouveau souffler sur les nations. Puisse-t-il nous ramener le sens du bien commun, du lien social, de la cité faite pour l'homme, de la communauté qui enracine, donne confiance et rend possible l'ouverture aux autres. Mais cet espoir est encore fragile. Nous voulons lui donner vie et place.

Ce qui nous unit également, - journalistes, essayistes, écrivains, poètes ou  simples citoyens engagés -  c'est la passion de la France, c'est la conviction que l'aventure française n'est pas achevée, qu'elle peut et qu'elle doit repartir parce qu'elle est porteuse d'idéaux pour les temps qui viennent. Dans un monde enfin débarrassé du « socialisme réel » et que le modèle mercantile anglo-saxon révulse de plus en plus, les consciences vont pouvoir à nouveau s'exprimer, l'esprit de création renaître, de grandes nations émerger ou réapparaître ; le dialogue des peuples est à nouveau possible. Dans cet univers plus ouvert, la présence de la France est attendue. Notre pays est appelé à retrouver sa place dans le concert des nations, une des toutes premières.

Mais pour que la France soit forte, qu'elle soit conquérante, attirante, porteuse d'une partie de la liberté du monde, il faut qu'elle soit à nouveau elle-même. Qu'elle soit libre, souveraine, décidée à jouer son jeu, attentive à ses amis anciens et nouveaux, sans révérence pour les puissants. Qu'elle fasse le choix du talent, de la création et de l'innovation, qui sont les premières valeurs d'une nation d'hommes libres. Qu'elle fasse le choix de la solidarité, car il n'y a pas de grand peuple, fort et uni, qui ne soit fraternel. Qu'elle tire aussi mieux parti de sa prodigieuse diversité, en libérant les énergies locales et régionales de toutes natures qu'une centralisation absurde a trop longtemps bridées.

Certains jugeront que la France n'a plus les moyens de cette ambition, que son avenir ne peut s'envisager qu'adossé à d'autres destins, à d'autres avenirs, européens, atlantiques, occidentaux. Comme si le monde devait continuer à vivre sur les mêmes schémas, selon les mêmes alliances, dans les mêmes polarités que ceux qui sont nés du dernier conflit mondial ! Notre conviction est, qu'au contraire, l'ère des empires va s'estomper, que l'avenir appartiendra à nouveau d'ici peu à des nations souples et mobiles, disposant de réseaux d'influence et d'amitié dans tous les continents mais qui refuseront d'abandonner leur destin à qui que ce soit. Tel peut être, tel doit être le projet de la France, pour peu qu'elle sorte du climat d'incertitude qui l'étreint aujourd'hui. D'un malaise qui nous empêche de voir que nos atouts sont intacts, que notre projet commence d'ailleurs à prendre forme en Europe, puisque la France y sera, d'ici le milieu du siècle, le pays le plus étendu, le plus peuplé et qu'elle a tous les moyens d'en être le pôle le plus dynamique.

Cette revue remplira son rôle si elle permet à quelques hommes libres, unis pour cette tâche, de dessiner ces perspectives positives pour la France, d'en montrer les voies et les moyens, de contribuer à dissiper les discours de dénigrement et de déclin qui nous empêche d'agir. Mais pour ambitieux que nous soyons, nous sommes aussi réalistes. Le redressement de la France suppose une volonté, il exige également que certaines conditions soient réunies. La première d'entre elles, c'est la constitution d'un « parti des politiques», c'est le rassemblement de ceux qui, par delà leurs convictions partisanes et sans d'ailleurs les renier, entendent œuvrer d'abord avec le souci de la chose publique, dans le sens de notre intérêt commun. Nous entendons y contribuer.

Mais le renouveau français passe aussi par une volonté politique au sommet, par des institutions qui en permettent et en favorisent la réalisation. Notre histoire témoigne que la monarchie française fut pendant de longs siècles la condition de notre liberté, de notre unité et de nos succès. Le vide qu'elle a laissé chez nous est immense, alors que d'autres peuples - certains tout proche -  nous montrent chaque jour l'avantage qu'ils tirent de leurs institutions traditionnelles. C'est pourquoi les rédacteurs de cette libre revue pensent, pour la plupart, qu'une monarchie moderne, s'appuyant sur le meilleur de nos institutions passées, soucieuse de préparer l'avenir, est une condition essentielle de notre renaissance.

Ce qui nous rassemble, enfin, c'est l'esprit de civilisation. Nous nous considérons comme les héritiers, non point contraints mais libres et volontaires, de cet immense mouvement qui depuis Athènes et Rome fait que tout progrès humain se construit autour des valeurs du beau, du bon et du bien. Nous croyons que ce progrès est le sel même de l'existence ; qu'il est le résultat d'un effort patient, tenace, d'une maturation séculaire de la pensée, des sciences, des arts, des lettres, enrichi par l'esprit d'innovation des créateurs de chaque époque. C'est pourquoi, rejetant à la fois tout nihilisme et tout déterminisme, la Revue Critique cherchera à promouvoir ce mouvement de l'intelligence qui est à la base de tout esprit classique. Attentive à toute création, elle s'efforcera de rendre aux Français confiance en eux-mêmes, en soulignant avec fierté ce qui se fait de noble et de grand dans tout le pays, et en montrant, dans le même temps, en quoi ces réalisations participent au mouvement de civilisation universel.


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Forte de ces convictions, la Revue Critique sera d'abord une revue d'idées. Si les idées sont parfois meurtrières, elles peuvent aussi être salvatrices. En tout cas, elles méritent qu'on les étudie, qu'on rassemble les meilleures, qu'on en forge de nouvelles. Telle était, dès l'origine, et telle restera la vocation de cette publication, revue de critique, mais critique faite avec sympathie et optimisme en vue de l'action. Elle s'efforcera de retenir toutes celles qui permettront une meilleure harmonie dans la Cité et un épanouissement plus complet de l'homme.

C'est dire que cette revue ne sera pas neutre. En philosophie, en politique, dans le domaine social et en économie, elle proposera, sans jamais négliger de laisser s'exprimer ceux qui espèrent, ceux qui cherchent à éclairer ou à préparer l'avenir, ceux qui tentent d'imaginer ou de construire autre chose que ce qui existe. Tribune de combat, elle sera également un lieu où s'élaborent de nouveaux points de vue et où ils sont débattus.

Faisant alterner les études de critique politique et sociale avec l'histoire, la littérature et l'art, la Revue critique renouera avec sa tradition d'éclectisme. Les idées qu'elle analysera, si éloignées soient-elles de celles de ses collaborateurs, le seront toujours avec le souci d'y découvrir quelque parcelle de vérité dont elle fera son butin. Elle se veut ainsi libérale au sens qu'avait  originellement ce mot, c'est-à-dire généreuse, attentive à la pensée de l'adversaire, respectueuse des constructions de l'esprit.

Mais nous serons aussi pleinement dans le présent et dans la réalité. Trop d'exemples montrent que les idées deviennent folles lorsqu'elles perdent le contact avec le vrai cours des choses, et que les idéologies les plus attirantes sont dangereuses lorsqu'elles oublient les hommes. Nous scruterons donc le monde tel qu'il est, c'est à dire le mouvement des nations, des écoles ou des institutions qui sont au cœur de l'activité politique et sociale ou de la création artistique ou littéraire. Et nous laisserons parler les hommes qui les dirigent, sans complaisance, ni sectarisme.

Démocrite disait que « la parole est l'ombre de l'action ». Cette maxime, étendue à la politique, à l'économie comme à l'art, nous servira de devise.

La Revue Critique.

 

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la revue critique des idées et des livres - dans Revue n°1
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 09:09
Colères françaises

 

Quelle que soit l'issue de la crise qui frappe aujourd'hui la France, une chose est sûre: les rapports sociaux n'y seront plus les mêmes qu'avant. L'indifférence, pour ne pas dire l'arrogance et le mépris, avec laquelle le pouvoir politique, les milieux patronaux et l'ensemble de la classe dirigeante traitent les milliers de salariés victimes de conflits sociaux laissera des traces profondes et durables dans l'ensemble du pays.

Les Français ont pourtant accueilli cette crise avec beaucoup de sens des responsabilités. Ils ont accepté sans broncher que le gouvernement déverse des flots d'argent public pour sauver la peau d'oligarchies financières ou patronales plus que douteuses. Ils n'ont pas surréagi lorsqu'on a découvert que certaines de ces castes continuaient, sans aucun remord, à percevoir des revenus mirobolants, que certains de leurs membres, parmi les plus coupables, bénéficiaient de protections scandaleuses, du fait de leur appartenance à la haute fonction publique. Les Français ont accepté ces choix, ils ont toléré ces errements parce qu'on leur a dit que le salut de leurs entreprises et de leur emploi était à la clé et que la nation devait se serrer les coudes.

Or, voilà que la crise industrielle, qui couvait depuis plusieurs mois, produit ses premiers ravages. Et que l'on découvre, effaré, que rien n'a été préparé, qu'aucune mesure n'a été anticipée, qu'aucun budget digne de ce nom n'a été dégagé pour faire face aux vagues de fermetures, de restructurations, de délocalisations qui touchent aujourd'hui près de 300 bassins industriels. Bien au contraire, le gouvernement refuse d'intervenir dans les plans sociaux, les actions en justice présentées par les syndicats sont rejetées, les droits des salariés systématiquement bafoués. Tout au plus, quelques préfets courageux, quelques directeurs du travail, laissés la plupart du temps sans instruction et sans moyens, essaient désespérément,ici ou là,de faire valoir l'Etat de droit.

Le seul souci du gouvernement, c'est visiblement de contenir les violences ouvrières qui accompagnent un peu partout les plans sociaux. Force doit rester à la loi, nous dit avec ses coups de mentons habituels le chef de l'Etat. Il faut être extrémement ferme, serine derrière lui le Premier ministre. Fermeté et respect des lois que l'un et l'autre se gardent bien d'appliquer aux voyoux patronaux qui partent avec la caisse, comme mardi dernier dans l'Orne, démontent les machines et expédient les stocks en lieu sûr, comme on l'a vu il y a quelques semaines dans les Ardennes, ou qui refusent purement et simplement de payer les salaire dus. Et, bien entendu, pour faire passer la sauce dans l'opinion, on pratique l'amalgame en mettant sur le même plan les casseurs de Strasbourg et les salariés licenciés en colère. Décidément, ce pouvoir prend chaque jour davantage le visage de ce que fut le pire du gaullisme, policier, prébendier et barbouzard.

Mais malheureusement pour Sarkozy et son équipe, l'opinion publique ne suit plus. Comme le confirment les sondages, les Français sont de plus en plus nombreux - près de 63% selon une récente enquête IFOP - à comprendre les séquestrations de dirigeants, 45% trouvant même ce mode d'action acceptable. La sympathie qui s'exprime traditionnellement vis-à-vis des grèves et des manifestations semble désormais s'étendre aux modes d'actions plus expéditifs. Les révélations sur les salaires, primes et parachutes dorés de certains dirigeants, les licenciements "de confort" opérés par des groupes largement rentables, la facilité avec laquelle le pouvoir manie l'argent public pour les uns, la matraque pour les autres, tout cela a fini par produire  un sentiment de trop plein, de scandale et d'indignation qui se répand très vite dans l'opinion.

Après les actions violentes qui ont eu lieu chez Sony dans les Landes, chez Scapa à Bellegarde, chez 3M à Pithiviers, chez Molex à Villemur-sur-Tarn et chez Caterpillar à Grenoble,  des troubles ont à nouveau éclaté mardi dernier à Clairoix, dans l'Oise, où plusieurs centaines de salariés de Continental sont visés par des licenciements secs. Pour la première fois, les manifestants s'en sont pris aux symboles de l'Etat, la sous préfecture de Compiègne ayant été entièrement saccagée. Le climat social est également très lourd à Toulouse, où l'équipementier électronique Freescale a annoncé mercredi plus de 800 suppressions de postes.

Cette situation, de plus en plus insaisissable, appelle plusieurs remarques.

La première est d'ordre économique. Si l'on examine la longue liste d'entreprises dans lesquelles les conflits sociaux sont en train de dégénérer, toutes ou presque toutes sont des filiales de multinationales étrangères - pour une grande part anglosaxonnes[1]. La rapacité des actionnaires et des dirigeants de ces groupes, leur sentiment d'impunité,leur mépris du dialogue social et plus généralement de nos règles, attisent la colère des salariés et provoquent des réflexes "nationalistes" parfaitement légitimes. C'est une des raisons, sinon consciente du moins objective, qui leur vaut aujourd'hui le soutien d'un nombre grandissant de Français. Cette dimension ne nous laisse évidemment pas insensible.

Notre deuxième remarque est d'ordre social. Dans les conflits en cours, on  constate, comme par le passé, que les directions politiques et syndicales sont rapidement hors jeu et que la "base" impose ses volontés aux appareils locaux des syndicats. Cette situation peut-elle perdurer et s'élargir, au risque de déboucher sur des mouvements incontrôlables ? A coup sûr si les directions syndicales persistent dans leurs stratégies de cogestion et de dialogue avec le pouvoir. Non, si ces mêmes directions, et en premier lieu la CGT, prennent conscience de l'ampleur du mouvement, des opportunités de changement qu'il rend possible et de la nécessité de passer de logiques défensives à des stratégies offensives. Il n'est pas impossible que le 1er mai soit l'occasion pour les états-majors syndicaux d'opérer ce changement de pied, surtout si l'idée d'une grève générale reconductible devait prendre forme. 

Enfin, dernière remarque, de nature plus politique: le pouvoir voit disparaître une grande partie de ses soutiens. Les "classes méritantes" dont il espérait s'attirer les bonnes grâces (petits patrons, cadres et techniciens de l'industrie, ouvriers qualifiés, commerçants et artisans...), sont sortis écoeurés des affaires de "parachutes dorés", de surrémunérations des  banquiers et elles se sentent tout aussi exposées que les autres aux effets de la crise. Basculeront-elles pour autant dans une opposition ouverte ? Ce sera un des points à observer de près dans les prochaines semaines.

Henri Valois.

 


[1]. Sony (groupe japonais), 3 M (USA),  Scapa (Royaume Uni), Caterpillar (USA), Mollex (USA), Continental (Allemagne), Freescale (USA)...

 

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