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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 21:10

Un rebelle

 

Il y a des hommes politiques qui ont du mal à se faire à l'idée qu'ils ne sont plus aux affaires et que plus personne ne veut les voir. Jean-Pierre Raffarin fait partie du lot. Il est vrai que, ces dernières années, la vie n'a pas été tendre pour lui : éjecté du pouvoir en 2005, après avoir battu des records  d'impopularité, chassé de la présidence de la région Poitou-Charentes, battu par Gérard Larcher à la présidence du Sénat, indésirable - ou presque - à l'UMP, il lui reste tout juste son mandat de sénateur pour pleurer. Comme celà n'occupe guère son homme, il s'est fait une spécialité de la communication tous azimuts. Il dit son mot sur tout, le plus souvent pour ne rien dire. Parfois, il vaudrait mieux qu'il se taise.

En témoigne l'entretien qu'il donne ce soir au Monde et qui traite à la fois de l'Europe et de la situation sociale[1]. Sur l'Europe, Raffarin nous joue la "rupture" façon Sarkozy: "Je souhaite une Europe rebelle, dit-il très sérieusement, notamment face à la financiarisation du monde (...). Une Europe qui tranche avec la politique des compromis et des petits pas, qui prévaut depuis cinquante ans.(...) Pour celà, l'UMP doit affirmer une rupture dans le projet européen ".

Après tant d'ambition, de volontarisme et de résolution, on attendait notre rebelle sur les conflits sociaux. Et là, curieusement, le discours change du tout au tout. Oubliée la rupture. Ce qui importe c'est de "faire respecter l'Etat de droit en matière sociale", de juguler avec "fermeté" les séquestrations de patrons, faute de quoi l'attractivité du pays en pâtira. M. Raffarin n'y va d'ailleurs pas de main morte en matière de justice sociale: pour lui "les hauts revenus sont taxés à 50%, ce qui est déjà beaucoup" et il n'est évidemment pas question de remettre en cause les indemnités de départ d'un patron, un contrat étant un contrat. Les milliers de salariés qui craignent pour leur avenir apprécieront !

Après tout pourquoi ne pas aller jusqu'au bout du raisonnement de M. Raffarin. S'il est vrai que les séquestrations de patrons font mauvais genre à l'étranger, et qu'elles risquent de nous faire perdre quelques dollars d'argent sale ou la considération des rapaces de Wall Street, une autre possibilité s'offre aux salariés en colère : celle de faire battre aux prochaines élections tous les hommes politiques inutiles! Gageons même que cela ferait sérieusement remonter la cote de la France dans les pays qui jugent que notre classe politique est nulle et prétentieuse. Et Dieu sait s'ils sont nombreux !

Mais trève de plaisanterie. Les déclarations de l'ancien Premier ministre doivent être prises au sérieux. Elles sont révélatrices de ce que pense aujourd'hui une partie de la classe dirigeante, celle qui n'a toujours rien appris, ni rien compris de l'histoire. Commentant il y a un siècle les évènements sanglants de Draveil, Charles Maurras affirmait que "la guerre des classes naîtra toutes les fois qu'une classe parlera du devoir des autres au lieu d'examiner si elle a fait le sien"[2]. Dans les temps difficiles que nous allons connaître, il faut espérer que la bourgeoisie française, dans sa plus grande part, saura se souvenir des devoirs qui sont les siens.

Hubert de Marans.



[1]. Le Monde, 26 et 27 avril 2009.
[2]. Charles Maurras, "la question ouvrière", L'Action française, 30 juillet 1908.
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Hubert de Marans - dans Politique
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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 14:38

A nos lecteurs 

Voici plus d'un siècle qu'une poignée de jeunes gens regroupés autour des écrivains et journalistes Jean Rivain, Pierre Gilbert, Henri Clouard, Eugène Marsan, Georges Valois donnaient naissance à cette Revue Critique des Idées et des Livres.

Ce 25 Avril 1908, peu d'entre eux misaient sur la longévité d'une œuvre qui les rassemblait surtout par l'amitié. Et pourtant, de cette équipe devait naître une brillante école de critique littéraire et un des premiers essais réussis de « revue engagée » dans les luttes politiques et sociales de son temps. Grande rivale de la NRF, qui surgissait à la même époque, la Revue Critique rameutait et cristallisait en quelques années une pléiade de talents confirmés ou naissants, historiens, critiques, publicistes et philosophes, séduits par sa liberté de ton, l'audace et la chaleur enthousiaste qui émanaient de ses pages.

Ce succès correspondait aussi à un projet clair et en phase avec son  temps : promouvoir l'esprit classique sous toutes ses formes, en alliant respect des disciplines, esprit de légèreté et goût de la nouveauté ; mettre en valeur la civilisation française, en ce qu'elle a de permanent, de créatif, d'universel ; faire émerger un nouvel esprit critique, débarrassé des brumes doctrinaires du XIXe siècle, en rassemblant le parti de l'intelligence et celui des politiques.

Si l'entreprise intellectuelle devait tourner court au début des années 1920, c'est que les esprits qui l'ont animée ont rarement passé l'épreuve de la Grande Guerre, que les meilleurs d'entre eux ont donné leur vie pour une France qu'ils voulaient victorieuse. Le flambeau de la renaissance classique passera alors dans d'autres mains.

De cette aventure fulgurante, il reste plus que quelques livres, qu'un ensemble d'articles destinés à faire le miel des historiens. Un héritage s'est constitué, un état d'esprit s'est formé que nous souhaitons faire renaître et  revivifier. En lançant aujourd'hui cette nouvelle série de la Revue Critique des Idées et des Livres, nous exprimons la conviction que cet héritage, que cet état d'esprit, conçus à l'orée du XXe siècle naissant, peuvent être utiles à ceux qui, à l'aube de ce nouveau siècle, sont eux aussi à la recherche de valeurs de vie.


*  *
 *


Car, par delà les fidélités et la concordance des idées, ce qui réunit aujourd'hui les rédacteurs de cette nouvelle Revue Critique, c'est le présent et la volonté de lui donner un sens. Il y a urgence à recréer un esprit public, à redonner au politique l'espace qui lui est du, au sortir d'un siècle où le primat de l'économie, la dictature de l'argent, l'arrogance des oligarchies ont réduit la liberté des peuples. Un vent plus favorable semble à nouveau souffler sur les nations. Puisse-t-il nous ramener le sens du bien commun, du lien social, de la cité faite pour l'homme, de la communauté qui enracine, donne confiance et rend possible l'ouverture aux autres. Mais cet espoir est encore fragile. Nous voulons lui donner vie et place.

Ce qui nous unit également, - journalistes, essayistes, écrivains, poètes ou  simples citoyens engagés -  c'est la passion de la France, c'est la conviction que l'aventure française n'est pas achevée, qu'elle peut et qu'elle doit repartir parce qu'elle est porteuse d'idéaux pour les temps qui viennent. Dans un monde enfin débarrassé du « socialisme réel » et que le modèle mercantile anglo-saxon révulse de plus en plus, les consciences vont pouvoir à nouveau s'exprimer, l'esprit de création renaître, de grandes nations émerger ou réapparaître ; le dialogue des peuples est à nouveau possible. Dans cet univers plus ouvert, la présence de la France est attendue. Notre pays est appelé à retrouver sa place dans le concert des nations, une des toutes premières.

Mais pour que la France soit forte, qu'elle soit conquérante, attirante, porteuse d'une partie de la liberté du monde, il faut qu'elle soit à nouveau elle-même. Qu'elle soit libre, souveraine, décidée à jouer son jeu, attentive à ses amis anciens et nouveaux, sans révérence pour les puissants. Qu'elle fasse le choix du talent, de la création et de l'innovation, qui sont les premières valeurs d'une nation d'hommes libres. Qu'elle fasse le choix de la solidarité, car il n'y a pas de grand peuple, fort et uni, qui ne soit fraternel. Qu'elle tire aussi mieux parti de sa prodigieuse diversité, en libérant les énergies locales et régionales de toutes natures qu'une centralisation absurde a trop longtemps bridées.

Certains jugeront que la France n'a plus les moyens de cette ambition, que son avenir ne peut s'envisager qu'adossé à d'autres destins, à d'autres avenirs, européens, atlantiques, occidentaux. Comme si le monde devait continuer à vivre sur les mêmes schémas, selon les mêmes alliances, dans les mêmes polarités que ceux qui sont nés du dernier conflit mondial ! Notre conviction est, qu'au contraire, l'ère des empires va s'estomper, que l'avenir appartiendra à nouveau d'ici peu à des nations souples et mobiles, disposant de réseaux d'influence et d'amitié dans tous les continents mais qui refuseront d'abandonner leur destin à qui que ce soit. Tel peut être, tel doit être le projet de la France, pour peu qu'elle sorte du climat d'incertitude qui l'étreint aujourd'hui. D'un malaise qui nous empêche de voir que nos atouts sont intacts, que notre projet commence d'ailleurs à prendre forme en Europe, puisque la France y sera, d'ici le milieu du siècle, le pays le plus étendu, le plus peuplé et qu'elle a tous les moyens d'en être le pôle le plus dynamique.

Cette revue remplira son rôle si elle permet à quelques hommes libres, unis pour cette tâche, de dessiner ces perspectives positives pour la France, d'en montrer les voies et les moyens, de contribuer à dissiper les discours de dénigrement et de déclin qui nous empêche d'agir. Mais pour ambitieux que nous soyons, nous sommes aussi réalistes. Le redressement de la France suppose une volonté, il exige également que certaines conditions soient réunies. La première d'entre elles, c'est la constitution d'un « parti des politiques», c'est le rassemblement de ceux qui, par delà leurs convictions partisanes et sans d'ailleurs les renier, entendent œuvrer d'abord avec le souci de la chose publique, dans le sens de notre intérêt commun. Nous entendons y contribuer.

Mais le renouveau français passe aussi par une volonté politique au sommet, par des institutions qui en permettent et en favorisent la réalisation. Notre histoire témoigne que la monarchie française fut pendant de longs siècles la condition de notre liberté, de notre unité et de nos succès. Le vide qu'elle a laissé chez nous est immense, alors que d'autres peuples - certains tout proche -  nous montrent chaque jour l'avantage qu'ils tirent de leurs institutions traditionnelles. C'est pourquoi les rédacteurs de cette libre revue pensent, pour la plupart, qu'une monarchie moderne, s'appuyant sur le meilleur de nos institutions passées, soucieuse de préparer l'avenir, est une condition essentielle de notre renaissance.

Ce qui nous rassemble, enfin, c'est l'esprit de civilisation. Nous nous considérons comme les héritiers, non point contraints mais libres et volontaires, de cet immense mouvement qui depuis Athènes et Rome fait que tout progrès humain se construit autour des valeurs du beau, du bon et du bien. Nous croyons que ce progrès est le sel même de l'existence ; qu'il est le résultat d'un effort patient, tenace, d'une maturation séculaire de la pensée, des sciences, des arts, des lettres, enrichi par l'esprit d'innovation des créateurs de chaque époque. C'est pourquoi, rejetant à la fois tout nihilisme et tout déterminisme, la Revue Critique cherchera à promouvoir ce mouvement de l'intelligence qui est à la base de tout esprit classique. Attentive à toute création, elle s'efforcera de rendre aux Français confiance en eux-mêmes, en soulignant avec fierté ce qui se fait de noble et de grand dans tout le pays, et en montrant, dans le même temps, en quoi ces réalisations participent au mouvement de civilisation universel.


*  *
 *


Forte de ces convictions, la Revue Critique sera d'abord une revue d'idées. Si les idées sont parfois meurtrières, elles peuvent aussi être salvatrices. En tout cas, elles méritent qu'on les étudie, qu'on rassemble les meilleures, qu'on en forge de nouvelles. Telle était, dès l'origine, et telle restera la vocation de cette publication, revue de critique, mais critique faite avec sympathie et optimisme en vue de l'action. Elle s'efforcera de retenir toutes celles qui permettront une meilleure harmonie dans la Cité et un épanouissement plus complet de l'homme.

C'est dire que cette revue ne sera pas neutre. En philosophie, en politique, dans le domaine social et en économie, elle proposera, sans jamais négliger de laisser s'exprimer ceux qui espèrent, ceux qui cherchent à éclairer ou à préparer l'avenir, ceux qui tentent d'imaginer ou de construire autre chose que ce qui existe. Tribune de combat, elle sera également un lieu où s'élaborent de nouveaux points de vue et où ils sont débattus.

Faisant alterner les études de critique politique et sociale avec l'histoire, la littérature et l'art, la Revue critique renouera avec sa tradition d'éclectisme. Les idées qu'elle analysera, si éloignées soient-elles de celles de ses collaborateurs, le seront toujours avec le souci d'y découvrir quelque parcelle de vérité dont elle fera son butin. Elle se veut ainsi libérale au sens qu'avait  originellement ce mot, c'est-à-dire généreuse, attentive à la pensée de l'adversaire, respectueuse des constructions de l'esprit.

Mais nous serons aussi pleinement dans le présent et dans la réalité. Trop d'exemples montrent que les idées deviennent folles lorsqu'elles perdent le contact avec le vrai cours des choses, et que les idéologies les plus attirantes sont dangereuses lorsqu'elles oublient les hommes. Nous scruterons donc le monde tel qu'il est, c'est à dire le mouvement des nations, des écoles ou des institutions qui sont au cœur de l'activité politique et sociale ou de la création artistique ou littéraire. Et nous laisserons parler les hommes qui les dirigent, sans complaisance, ni sectarisme.

Démocrite disait que « la parole est l'ombre de l'action ». Cette maxime, étendue à la politique, à l'économie comme à l'art, nous servira de devise.

La Revue Critique.

 

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la revue critique des idées et des livres - dans Revue n°1
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 09:09
Colères françaises

 

Quelle que soit l'issue de la crise qui frappe aujourd'hui la France, une chose est sûre: les rapports sociaux n'y seront plus les mêmes qu'avant. L'indifférence, pour ne pas dire l'arrogance et le mépris, avec laquelle le pouvoir politique, les milieux patronaux et l'ensemble de la classe dirigeante traitent les milliers de salariés victimes de conflits sociaux laissera des traces profondes et durables dans l'ensemble du pays.

Les Français ont pourtant accueilli cette crise avec beaucoup de sens des responsabilités. Ils ont accepté sans broncher que le gouvernement déverse des flots d'argent public pour sauver la peau d'oligarchies financières ou patronales plus que douteuses. Ils n'ont pas surréagi lorsqu'on a découvert que certaines de ces castes continuaient, sans aucun remord, à percevoir des revenus mirobolants, que certains de leurs membres, parmi les plus coupables, bénéficiaient de protections scandaleuses, du fait de leur appartenance à la haute fonction publique. Les Français ont accepté ces choix, ils ont toléré ces errements parce qu'on leur a dit que le salut de leurs entreprises et de leur emploi était à la clé et que la nation devait se serrer les coudes.

Or, voilà que la crise industrielle, qui couvait depuis plusieurs mois, produit ses premiers ravages. Et que l'on découvre, effaré, que rien n'a été préparé, qu'aucune mesure n'a été anticipée, qu'aucun budget digne de ce nom n'a été dégagé pour faire face aux vagues de fermetures, de restructurations, de délocalisations qui touchent aujourd'hui près de 300 bassins industriels. Bien au contraire, le gouvernement refuse d'intervenir dans les plans sociaux, les actions en justice présentées par les syndicats sont rejetées, les droits des salariés systématiquement bafoués. Tout au plus, quelques préfets courageux, quelques directeurs du travail, laissés la plupart du temps sans instruction et sans moyens, essaient désespérément,ici ou là,de faire valoir l'Etat de droit.

Le seul souci du gouvernement, c'est visiblement de contenir les violences ouvrières qui accompagnent un peu partout les plans sociaux. Force doit rester à la loi, nous dit avec ses coups de mentons habituels le chef de l'Etat. Il faut être extrémement ferme, serine derrière lui le Premier ministre. Fermeté et respect des lois que l'un et l'autre se gardent bien d'appliquer aux voyoux patronaux qui partent avec la caisse, comme mardi dernier dans l'Orne, démontent les machines et expédient les stocks en lieu sûr, comme on l'a vu il y a quelques semaines dans les Ardennes, ou qui refusent purement et simplement de payer les salaire dus. Et, bien entendu, pour faire passer la sauce dans l'opinion, on pratique l'amalgame en mettant sur le même plan les casseurs de Strasbourg et les salariés licenciés en colère. Décidément, ce pouvoir prend chaque jour davantage le visage de ce que fut le pire du gaullisme, policier, prébendier et barbouzard.

Mais malheureusement pour Sarkozy et son équipe, l'opinion publique ne suit plus. Comme le confirment les sondages, les Français sont de plus en plus nombreux - près de 63% selon une récente enquête IFOP - à comprendre les séquestrations de dirigeants, 45% trouvant même ce mode d'action acceptable. La sympathie qui s'exprime traditionnellement vis-à-vis des grèves et des manifestations semble désormais s'étendre aux modes d'actions plus expéditifs. Les révélations sur les salaires, primes et parachutes dorés de certains dirigeants, les licenciements "de confort" opérés par des groupes largement rentables, la facilité avec laquelle le pouvoir manie l'argent public pour les uns, la matraque pour les autres, tout cela a fini par produire  un sentiment de trop plein, de scandale et d'indignation qui se répand très vite dans l'opinion.

Après les actions violentes qui ont eu lieu chez Sony dans les Landes, chez Scapa à Bellegarde, chez 3M à Pithiviers, chez Molex à Villemur-sur-Tarn et chez Caterpillar à Grenoble,  des troubles ont à nouveau éclaté mardi dernier à Clairoix, dans l'Oise, où plusieurs centaines de salariés de Continental sont visés par des licenciements secs. Pour la première fois, les manifestants s'en sont pris aux symboles de l'Etat, la sous préfecture de Compiègne ayant été entièrement saccagée. Le climat social est également très lourd à Toulouse, où l'équipementier électronique Freescale a annoncé mercredi plus de 800 suppressions de postes.

Cette situation, de plus en plus insaisissable, appelle plusieurs remarques.

La première est d'ordre économique. Si l'on examine la longue liste d'entreprises dans lesquelles les conflits sociaux sont en train de dégénérer, toutes ou presque toutes sont des filiales de multinationales étrangères - pour une grande part anglosaxonnes[1]. La rapacité des actionnaires et des dirigeants de ces groupes, leur sentiment d'impunité,leur mépris du dialogue social et plus généralement de nos règles, attisent la colère des salariés et provoquent des réflexes "nationalistes" parfaitement légitimes. C'est une des raisons, sinon consciente du moins objective, qui leur vaut aujourd'hui le soutien d'un nombre grandissant de Français. Cette dimension ne nous laisse évidemment pas insensible.

Notre deuxième remarque est d'ordre social. Dans les conflits en cours, on  constate, comme par le passé, que les directions politiques et syndicales sont rapidement hors jeu et que la "base" impose ses volontés aux appareils locaux des syndicats. Cette situation peut-elle perdurer et s'élargir, au risque de déboucher sur des mouvements incontrôlables ? A coup sûr si les directions syndicales persistent dans leurs stratégies de cogestion et de dialogue avec le pouvoir. Non, si ces mêmes directions, et en premier lieu la CGT, prennent conscience de l'ampleur du mouvement, des opportunités de changement qu'il rend possible et de la nécessité de passer de logiques défensives à des stratégies offensives. Il n'est pas impossible que le 1er mai soit l'occasion pour les états-majors syndicaux d'opérer ce changement de pied, surtout si l'idée d'une grève générale reconductible devait prendre forme. 

Enfin, dernière remarque, de nature plus politique: le pouvoir voit disparaître une grande partie de ses soutiens. Les "classes méritantes" dont il espérait s'attirer les bonnes grâces (petits patrons, cadres et techniciens de l'industrie, ouvriers qualifiés, commerçants et artisans...), sont sortis écoeurés des affaires de "parachutes dorés", de surrémunérations des  banquiers et elles se sentent tout aussi exposées que les autres aux effets de la crise. Basculeront-elles pour autant dans une opposition ouverte ? Ce sera un des points à observer de près dans les prochaines semaines.

Henri Valois.

 


[1]. Sony (groupe japonais), 3 M (USA),  Scapa (Royaume Uni), Caterpillar (USA), Mollex (USA), Continental (Allemagne), Freescale (USA)...

 

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 10:35
Le souvenir de Racine


  C'est un 21 Avril, par une belle journée comme celle d'aujourd'hui, que s'est éteint Jean Racine, emporté dans la plénitude de sa gloire. Racine, notre Racine, à qui la Revue critique rendra d'ici peu l'hommage qui lui est dû. Racine, à qui nous dédions sans attendre les deux petits extraits qui suivent, en reconnaissance à l'illustre auteur de Bérénice.

Le premier rapproche Racine et Stendhal. A propos des remarquables "réflexions sur le roman" qu'Albert Thibaudet publiait au début du siècle dernier dans la Nouvelle Revue Française, la Revue Critique des Idées et des Livres du 10 septembre 1912 apportait, sous la plume d'Eugène Marsan, un précieux témoignage au culte de nos deux maîtres. Marsan cite ainsi cette phrase de Thibaudet :

 

Il est aussi dangereux d'imiter Stendhal que d'imiter Racine, parce que tous deux sont, à des points de vue bien différents, un paradoxe de limpidité et de simplicité, parce que l'imitateur voudra rajouter à leurs dedans des dehors, les compléter, les enrichir, faire mieux et tout sera gâté!

 

Et Marsan de la commenter comme suit :

 

Le parallèle de Stendhal et de Racine, ou plus exactement la réunion de leurs deux cultes, pourrait bien, en résumant nos admirations, résumer les tendances de la nouvelle époque. Ce sera demain le mot de passe de toute une famille d'esprits.

 

Et ce mot de passe reste bien évidemment le nôtre. Quant à l'autre extrait,  publié  par Pierre Gilbert dans la Revue critique du 10 janvier 1911, c'est un hymne à la création et à la liberté de l'esprit, contre tout déterminisme :

 

Toute théorie fondée sur la notion de race, tout fatalisme historique ou ethnique aboutit ainsi à retrancher l'intelligence du corps des facultés humaines. (...) Or, l'intelligence de Racine fut étincelante et souveraine. Il faut lire ses préfaces et ses oeuvres de critique pour en apprécier le degré d'affinement. Portée jusqu'à ces cimes, l'intelligence semble un miracle ou quelque émouvant  défi. Racine était, par la loi même de son être, par son intelligence, élu pour disputer aux démons inférieurs de la terre et du sang l'empire des destinées. Et si ses pieds trempèrent dans le limon natal, son beau front rayonnait dans l'éther, trône des Idées et des dieux. 

Eugene Charles.

 

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 22:57
 

Nouveaux regards sur la crise.

Parmi les centaines d'articles, de chroniques ou de commentaires qui prétendent baliser la crise actuelle, on commence à voir apparaître quelques idées neuves. Mais il faut beaucoup farfouiller. En clair, n'attendez pas qu'elles surgissent toutes armées des colonnes de vos quotidiens, ni de vos écrans, ni de vos ondes préférées : les Minc, les Duhamel, les Fitoussi, les Marseille, les Touati, Attali et autres Baverez continuent à y occuper tout l'espace.

Non, c'est ailleurs qu'il faut chercher ces fumets d'idées, ces perles d'idées, ces printemps d'idées, ces prémisses du renouveau... Et d'abord dans nos revues. Oui, dans ces chères petites revues françaises qui ont pour noms Esprit, le Débat, Etudes, Commentaire, les Epées, la Revue des deux mondes, Futuribles, Le Magazine littéraire, Le Monde diplomatique, ... et qui sauvent à nouveau  l'honneur de l'esprit. C'est là que s'élabore, lentement, subtilement mais sûrement le paysage intellectuel français de demain. Celui de l'après-crise.

En voulez vous des preuves ? Procurez vous rapidement une des dernières livraisons du Débat et plongez vous dans l'article que Paul Thibaud consacre à « la crise que cache la crise » [1]. C'est une petite merveille.  Derrière les discours creux des économistes, Thibaud débusque les causes profondes, intellectuelles et morales, des changements qui secouent le monde. Après avoir fort justement noté que la perte de confiance qu'on place à l'origine de la crise actuelle est d'abord le résultat d'un effacement des règles et des institutions traditionnelles, il montre comment la machine économique a progressivement perdu la tête :

En somme, à fonctionner hors institutions, sans autre repère que son but propre, le profit, l'économie s'est dégradée, devenant, non plus l'art de combiner les désirs et les ambitions pour le bien commun, mais celui de tromper. Cette restriction des objectifs enfermant les manieurs d'argent sur eux-mêmes, le sens de la réalité extérieure les a quittés. (...) Ayant perverti l'activité bancaire, la prépondérance des intérêts sur les règles a aussi détruit l'entreprise : rapacité du management s'ajoutant à celle des actionnaires, dénonciation pseudo-vertueuse du droit du travail, perte du sentiment de toute communauté de destin, démoralisation des salariés aspirant précocement à la retraite. (...) Les institutions ne sont pas rongées seulement par l'impatience du gain à laquelle on a laissé libre cours, toutes les institutions sont en effet confrontées à l'individualisme autosuffisant qui a envahi les démocraties contemporaines. (...) Les institutions ont le tort de récuser et de restreindre certaines prétentions des individus. D'un côté, elles limitent les possibilités d'action et, dans ce cas, on leur oppose les libertés (d'agir, d'entreprendre, de se déplacer, d'échanger...). De l'autre côté, elles filtrent les demandes légitimes et on leur reproche de discriminer, on leur oppose les nombreux « droit à » issus des déclarations et des chartes. Le procès des institutions est permanent et, comme la clé de voûte de toutes les institutions, l'institution des institutions, c'est l'Etat, il est la cible principale, affaibli en particulier par la prépondérance d'un droit international et européen qui protège les activités des particuliers (individus et entreprises) contre les souverainetés nationales.

Et Paul Thibaud d'insister sur le fait que ce capitalisme devenu fou a provoqué partout un déni du politique et une déstructuration de l'esprit public :

Au bout de vingt-cinq ans de ce capitalisme décomplexé et déterritorialisé, le résultat est l'inverse des justifications vertueuses données au tournant mercantile du début des années 1980, l'installation un peu partout d'une culture de la démagogie. Dans un système désordonné où beaucoup de prix et de valeurs ne dépendent pas de l'offre et de la demande mais des très courtes anticipations de ceux qui jouent sur les cours, le sentiment ne peut s'effacer qu'il existe du possible et de l'impossible, du moral et de l'immoral. On a donc assisté à une diffusion de la démagogie (définie comme prépondérance de la subjectivité sur le souci de la réalité ambiante), démagogie qui s'est en même temps différenciée : en haut, démagogie des parachutes dorés et des rétributions disproportionnées ; à l'autre bout, démagogies corporatistes des gens à l'abri, ou celle des propriétaires fonciers, démagogie euphorique à l'américaine, défensive à la française, vertueuse à l'allemande, démagogie cynique des rapaces prétendant servir le bien public, démagogie idéaliste du droit à tout. (...) La manière dont est ajournée sans cesse la prise en compte du problème écologique ne montre-t-elle pas que prévalent, quoi qu'on dise, l'insouciance, la fermeture intellectuelle et morale ? Cette déstructuration de l'esprit public est l'envers du déclin de la politique comme souci de l'avenir. Privée de légitimité par l'individualisme ambiant, privé de pouvoir et même de substance par le marché mondial, le politique, devenu affaire de communication, n'intervient plus que de manière erratique, au coup par coup, pour conjurer les difficultés bien plus que pour y répondre.

Tout cela n'est pas né en un seul jour. Le monde qui vacille devant nous n'est pas le produit d'un récent détour de l'histoire, nous rappelle Thibaud. Il nous faut remonter près de trente ans en arrière, à « cette révolution conservatrice de Reagan et de Thatcher qui s'attaque à la redistribution sociale, brise le pouvoir des syndicats » et érige l'économie en dogme absolue. Puis reprendre le cours des décisions, des atermoiements et des démissions qui ont conduit à la situation actuelle. Pour faire le constat que les responsabilités n'incombent pas seulement aux économistes et aux financiers mais aussi et surtout au suivisme et à l'incompétence de nos classes politiques, Europe en tête :

Ce qui est remarquable, c'est que Blair et Clinton ont pris comme fait accompli la révolution opérée par leurs prédécesseurs et surtout que, dans son aspect économique du moins, celle-ci s'est étendue à l'Union européenne. L'échec des socialistes français en 1981-1982 a évidemment beaucoup affaibli les défenses que pouvait rencontrer le thatchérisme sur le Continent, il a surtout, dans la haute administration française, provoqué un investissement supplémentaire sur une Europe essentiellement négative, gardienne de saines disciplines, éducatrice d'une France déraisonnable.

Après trente années d'aveuglement et de dérégulation, où l'on a donné libre cours aux pires déséquilibres commerciaux, financiers et monétaires et où la démonstration a été faite que « démocratie et marché n'allaient pas nécessairement ensemble », l'heure des révisions déchirantes est certainement venue. Paul Thibaud estime, comme beaucoup aujourd'hui, que l'urgence consiste d'abord à restaurer la primauté du politique :

La réforme de nos esprits implique donc, négativement, que nous ne laissions pas l'économie seule sur l'autel, comme au-dessus de l'histoire (...) L'économie n'est pas seule ! pourrait-on répéter, l'illusion qu'elle puisse l'être nous a égarés. Il importe même d'autant plus de redonner au politique un pouvoir compensateur que l'économie, comme on nous en avertit, a rompu le rapport qu'elle entretenait dans le cadre fordien avec la société. Si la politique ne prend pas la société en charge et que l'éducation, la santé, le logement, l'intégration ne sont pas assurés politiquement, l'inégalité pourra croître jusqu'à l'éclatement des nations. Mais la tyrannie de l'économie externalisée permet-elle à la politique de jouer un tel rôle ? D'ailleurs, une des leçons de nos troublantes expériences est qu'à se placer, ou à être placée en position de transcendance comme la mesure de tout, l'économie a perdu à la fois sa pertinence pratique (...) et son autorité morale. On disait que c'était une science triste, ennemie de l'illusion ; dans l'usage que l'on en a trop fait récemment, elle est apparue comme maîtresse d'illusion pour les privilégiés et comme science cruelle pour les autres.

L'enchainement des choix qui ont conduit à la perte de contrôle que chacun déplore désormais montre, à travers la prépondérance de l'économie sur le politique, la préférence donnée à une façon d'agir (ou de réagir) en fonction de l'immédiat aux dépens d'une action qui est, pour citer Weber, essentiellement « goût de l'avenir ». Sans un sentiment de l'histoire en Europe, sans la croyance vague que l'on était au port, on n'aurait pas traité la politique et les nations comme des passions devenues inutiles. Mais, aujourd'hui, nous apprenons que l'histoire n'est pas finie, qu'il ne s'agit pas simplement de s'adapter mais de faire et même d'inventer, donc qu'il faut changer de paradigme.

Mais ce retour de l'esprit public implique de rompre avec les deux logiques folles qui s'affrontent et déchirent nos démocraties occidentales : le cynisme du profit, qui tient lieu de morale aux classes dirigeantes, et, en face, l'utopisme du « droit à tout » qui fonde les revendications sociales. Ce que Thibaud appelle la « démocratie scindée » trouve sa parfaite illustration dans la France contemporaine :

Ce conflit des libertés déchire en particulier la France, y relayant la querelle de l'émancipation et de la tradition, accusant les conflits d'intérêts, constituant une double dualité où chacun campe sur son bon droit, qui n'est atténuée par aucune intercompréhension, au point que l'on a pu qualifier notre pays de « société de défiance ». A la limite, la France active et compétitive dirait qu'elle est face à un peuple de parasites, alors que l'autre France ne connaît que ses griefs. Révélateur du caractère inexpiable du conflit, chaque camp s'en prend à ce qui devrait lui être commun avec l'autre, la France, qui est nation d'attardés pour les uns et nations de ségrégations et d'injustices pour les autres.

Il s'agit également de sortir de l'illusion d'un gouvernement mondial, vieille chimère qui nous est resservie aujourd'hui au travers du G20 et dont on voit bien qu'elle est sans aucune prise sur les réalités. Réalités qui pour Paul Thibaud sont d'abord et durablement nationales :

Si le politique se reconstruit, comme nous en avons besoin, ce ne peut être qu'en retrouvant un point d'appui et en se donnant à nouveau un horizon. Le point d'appui à retrouver ce sont les peuples en tant que partie prenante de la préparation de leur avenir, donnant sens à celui-ci en fonction de leurs fonds propres, les peuples en tant que communautés politiques, en tant qu'ils forment des nations. Cela suppose que l'on se libère du simplisme selon lequel le politique pourrait d'un coup changer d'échelle, qu'aux problèmes mondiaux il n'y a qu'à faire correspondre une instance mondiale de gouvernement. C'est oublier que l'élargissement géographique de la perspective peut faire perdre, a fait perdre la dimension historique de la politique, la possibilité d'enraciner les décisions dans la mémoire et les espoirs des peuples. C'est faute d'entraîner une implication suffisante que la mondialité a été comme préemptée par le marché qui, lui, n'a pas besoin de mobiliser les collectivités, se contentant d'appâter les intérêts personnels. (...) La méthode de ces dernières décennies a été de contourner et de neutraliser les nations, de tisser un réseau de règles qui les enferment, de produire une mondialité de fait, sans référence à aucun corps politique. (...) Les confusions, injustices et incohérences dont on commence à prendre conscience montrent qu'il faut procéder différemment, passer par le politique, engager la recherche collective d'un sens .à partir des foyers de légitimité existants. A partir de ces légitimités, des nations qui expriment et protègent la diversité humaine, la mondialité n'apparaît ni technique, ni naturelle, elle est un horizon commun, un travail commun.

Une politique d'horizon mondial est-elle alors possible ? Oui, nous dit Thibaud, si elle s'appuie sur un socle - celui des nations - et sur des valeurs. « Le regain du politique suppose que la mondialisation, cette tâche commune, soit associée à un horizon moral ». En premier lieu celui de la fraternité :

Mais comment faire droit, sans revenir aux dogmatismes métaphysiques, au besoin désormais très pratique d'énoncer une idée de l'humanité, de dire ce qui nous réunit tous ? Comment vivre une proximité sans précédent ? Ce nom dont l'humanité a besoin, pourrait-on dire, n'est certainement pas marché, ni réunion des ayants droit, on le trouve plutôt dans cet emprunt que la République française a fait au christianisme pour l'inscrire dans sa devise : fraternité. (...) Elle n'est pas une politique, mais elle peut engendrer des politiques, inspirer à l'intérieur d'un peuple aussi bien qu'entre peuples des actions qui correspondent à un aspect essentiel de notre condition : on n'est pas heureux seul, ni même entre soi, le malheur du prochain est aussi le nôtre. Ainsi la mondialité pourrait-elle prendre corps.

Et en second lieu celui du respect des cultures et des souverainetés, celui du dialogue entre les peuples :

Le devoir n'est pas de raboter toujours plus les « obstacles à la concurrence », mais de produire entre les peuples un cadre stable pour que les échanges se développent dans une certaine sérénité. Le marché n'y parvient pas toujours, comme le montrent les oscillations du cours des monnaies et des matières premières, oscillations qui sont pain bénit pour les spéculateurs, mais pour eux seuls. Il faut donc créer cette indispensable stabilité autrement, politiquement. Positivement, pour que la mondialité soit un contenu et pas seulement une forme, il faut qu'elle se présente comme la construction de liens, non pas un écrasement des souverainetés mais une ouverture des particularités, en les aidant à intérioriser un sens commun. L'Union européenne pourrait être en cela un modèle, mais il faudrait qu'à l'inverse de son fonctionnement actuel (que la présente conjoncture montre comme inadapté) elle soit une Europe des nations, avec une vision du monde et des projets

Retour des nations, fraternité et dialogue entre les peuples du monde. Voilà un programme qui est fait pour nous réjouir et nous en redemandons !

Qu'à cela ne tienne ! On trouve le même cortège d'intuitions justes dans la contribution qu'un autre philosophe catholique, Jean-Pierre Dupuy, consacre lui aussi à la crise dans la livraison de mars d'Etudes [2]. Que nous dit Dupuy ?

Ce qui est en question dans le moment actuel, ce n'est pas le capitalisme financier ; ce n'est pas le capitalisme tout court ; ce n'est pas le marché, régulé ou non, autorégulé ou auto-dérégulé, spéculatif à la hausse ou bien à la baisse : c'est la place que joue l'économie, dans nos vies individuelles comme dans le fonctionnement de nos sociétés. Cette place est immense et nous trouvons cela banal.

Car, pour Dupuy comme pour Thibaud, cette crise est d'abord « une crise du sens ». Et la clé qu'il propose va bien au-delà des discours économiques lénifiants. Selon lui :

L'économie occupe la place laissée vacante par le processus, de nature éminemment religieuse, de désacralisation du monde qui caractérise la modernité. (...) Elle est la continuation du sacré par de tout autres moyens. Comme ce dernier, elle fait barrage à la violence par la violence. Par l'économie comme par le sacré, la violence des hommes se met à distance d'elle-même pour s'autoréguler. Voilà pourquoi, comme l'a écrit Hegel, l'économie est « la forme essentielle du monde moderne », c'est-à-dire d'un monde mis en danger extrême par le crépuscule des dieux.

S'appuyant sur les travaux de René Girard, Dupuy met en parallèle ce qu'étaient autrefois les mécanismes sacrificiels et le rôle que joue aujourd'hui l'économie. Dans l'un et l'autre cas, l'objectif est de contenir la violence des hommes par une violence supérieure, celle du rite pour le sacré, celle de la régulation sociale pour l'économie. L'avènement du christianisme, son refus de la violence et son affirmation de la primauté de l'homme, ont mis un terme à l'emprise totalisante du sacré sur les sociétés humaines. Dupuy pronostique que l'idéologie du « tout économique » est en train de connaître la même fin :

Comme le sacré avant elle, l'économie est en train de perdre aujourd'hui sa capacité de produire elle-même des règles qui la limitent, disons de l'auto transcendance. Tel est le sens profond de la crise. La mythologie grecque a donné un nom à ce qu'il advient d'une structure hiérarchique (au sens étymologique d'ordre sacré) lorsqu'elle s'effondre sur elle-même : c'est la panique. Dans une panique, il n'y a plus d'extérieur.

Et Dupuy de conclure qu'il est illusoire de chercher la solution dans la régulation des marchés :

L'arrogance est d'imaginer que l'on peut, tel Napoléon, se coiffer soi-même de la couronne de l'Empereur, en prétendant se mettre de son propre chef en position d'extériorité, c'est-à-dire d'autorité. On voit chaque jour ce qu'il en coûte : les « autorités » qui injectent en quantités astronomiques des liquidités destinées à « rassurer les marchés » produisent tout simplement l'effet contraire. Les marchés concluent que seule la panique peut expliquer que l'on en arrive à de telles extrémités. Parler de la « reconstruction du capitalisme » au moyen de la régulation des marchés est d'une naïveté confondante, car cela suppose que l'on a déjà résolu le problème inouï que constitue la disparition de toute extériorité. En occupant toute la place, l'économie s'est condamnée elle-même.

Si, comme Jean-Pierre Dupuy et Paul Thibaud l'appellent de leurs vœux, la panique actuelle conduit à remettre l'économie à sa place, à redonner tout son espace au politique et à imaginer pour nos sociétés un autre avenir que celui de « la guerre de tous contre tous », alors elle n'aura pas été si mauvaise conseillère !

paul gilbert.  

 

[1]. Paul Thibaud, « La crise que cache la crise », Le Débat, janvier-février 2009.

[2]. Jean-Pierre Dupuy, « La crise et le sacré », Etudes, mars 2009.

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 09:16

Patrick Besson,
royaliste... pour de vrai



Dans une récente livraison du Point (26 mars 2009), l'écrivain Patrick Besson nous livre un portrait plein d'humour de la visite de Ségolène Royal au dernier Salon du Livre. Et au détour de son récit, cette confidence qui réjouira  nos lecteurs... 

D'abord, je propose qu'on arrête d'appeler les partisans de Ségolène des royalistes. C'est une façon agaçante de nier dix siècles d'histoire de France. Sur la couverture de «Mon album de famille», de Michel de Grèce (Perrin, 1996), la photo d'Isabelle de France, duchesse de Guise, mère du comte de Paris. Son air royal n'a rien de socialiste. Il y a eu des rois avant Ségolène. Et des reines. Quand il entend des jacobins (Peillon, Valls, Dray) être appelés des royalistes dans les médias, Charles Maurras doit se retourner dans sa tombe, bien qu'il ait été sourd. Et Léon Daudet. Maurice Pujo. Je feuillette mon vieil exemplaire de « L'Action française », le livre d'Eugen Weber paru en 1964 chez Stock. Que j'ai lu sur la plage de Villers-sur-Mer en 1973. L'été où je suis devenu royaliste, moi aussi. Je me demande pourquoi. Et pourquoi, par exemple, j'ai souligné cette phrase : « Les élections de 1902, désastreuses pour les monarchistes et l'extrême droite, indiquaient assez dans quelle atmosphère le conflit Eglise-Etat allait se dérouler. » J'aime les extrémistes parce qu'ils sont les seuls à ne pas faire de la politique par intérêt. Ils savent, en commençant leur absence de carrière, qu'ils n'auront aucune place au soleil. Qu'ils risquent au contraire de se retrouver à l'ombre. Il faudrait beaucoup argumenter pour me convaincre que ça ne part pas d'un bon sentiment.

 

Rappellons que Patrick Besson est l'auteur d'une brassée d'excellents romans et récits, parmi lesquels Dara (Le Seuil, 1985, Grand prix du roman de l'Académie française), Les Braban (Points, 1995, Prix Renaudot), Saint Sépulcre! (Fayard, 2005), Julius et Isaac (Points, 2007), La science du baiser (Points, 2007), Belle Soeur (Fayard, 2007). Il vient de publier un beau recueil de nouvelles dont nous rendrons prochainement compte : 1974 (Fayard, mars 2009).

W.

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 12:56

Bonnes nouvelles

 

La motion de censure qui a emporté au milieu de la semaine dernière le gouvernement tchèque ne fera pleurer personne en Europe, pas même les crocodiles. Le cabinet de M. Topolanek vivotait depuis plusieurs mois; il ne disposait plus de vraie majorité et il était clair qu'il tomberait à la première escarmouche parlementaire. Ce qui a été le cas. Mais il est également tombé sur son bilan. Mauvais bilan sur le plan économique; la purge ultra libérale que le gouvernement a fait subir à toute l'économie tchèque, en pleine période de crise, a fait des ravages dans l'industrie et dans l'emploi privé. Bilan tout aussi mauvais pour la politique internationale; le gouvernement s'est exposé à l'hostilité, voire à la haine, d'une grande partie de l'opinion publique -traditionnellement patriote - en signant des accords militaires et diplomatiques assez honteux avec l'administration Bush, en particulier sur le déploiement de systèmes antimissiles tournés vers la Russie. L'arrogance et l'amateurisme de M. Topolanek et de son équipe ont par ailleurs lassé le dernier carré de leurs partisans.

La destitution du gouvernement Topolanek n'est pas qu'une bonne nouvelle pour le peuple tchèque. Elle réjouira également tout ceux qui contestent les diktats bruxellois et l'idéologie libérale absurde que certains cherchent à maintenir en Europe, malgré la crise. La République tchèque assure en effet la présidence de l'Union jusqu'à la fin du mois de juin et on pouvait craindre que les convergences de vues entre l'équipe Topolanek et celle de  M. Barosso à Bruxelles soient l'occasion de multiplier les discours et les mesures antiprotectionnistes, la rigueur budgétaire et la politique des taux d'intérêt élevé, alors que le reste du monde se débarrasse enfin de toutes ces chimères. Tel ne sera pas le cas; le désaveu de l'équipe Topolanek à Prague - même si celle-ci est appelée à assurer le suivi des affaires courantes, neutralise totalement l'action de la présidence tchèque à Bruxelles. Nous voilà rassurés au moins pour quelques mois[1]

S'ajoute à celà un autre élément d'importance. La crise politique en République tchèque risque d'être durable et de nouvelles élections législatives ne sont sans doute pas envisageables  avant octobre prochain, avec à la clé un durcissement prévisible du climat politique national. Il est donc de moins en moins probable que le Parlement tchèque trouve un consensus pour ratifier d'ici la fin de l'année le Traité de Lisbonne, alors que celui-ci fait déjà l'objet de controverses dans tout le pays. On peut d'ailleurs compter sur l'action en sous main du président de la République tchèque, l'eurosceptique Vaclas Klaus, pour que cette ratification se perde dans les sables.

Comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, voilà qu'à son tour l'Irlande prend le chemin de renvoyer son gouvernement. Le cabinet européiste de M. Brian Cowen ne tient plus qu'à un fil. Il doit faire face à une situation économique "insoutenable", avec une chute du PIB de près de 7% en 2009, une explosion du chômage et des déficits publics. Les tours se vis budgétaires envisagés au nom des sacro saints critères de Maastricht ont déjà provoqué des manifestations monstres à Dublin en février et un effondrement de la popularité du gouvernement dans les sondages. On s'attend logiquement à une recrudescence du vote eurosceptique aux prochaines élections européennes de juin. Il est donc peu probable, dans ce contexte, sauf attitude suicidaire, que M. Cowen et son gouvernement se risquent dans un nouveau référendum de ratification de Lisbonne avant de nombreux mois. Voire plus.

Si l'on ajoute à ces réjouissantes perspectives que ni la Pologne, ni l'Allemagne n'ont encore complètement validé le Traité, et, qu'en ce qui concerne l'Allemagne, cette ratification est de moins en moins probable avant les élections générales prévues en septembre, on voit bien que 2009 a toute chance d'être comme 2008, une année sans Lisbonne. Certains d'entre nous avaient pronostiqué qu'il faudrait deux ans pour que les vapeurs, pour ne pas dire les miasmes, "du "mauvais traité" se dissipent définitivement. Nous y serons dans quelques mois. D'ici là patience!

Vincent Lebreton.

 


[1].Il semble qu'un début de panique se soit manifesté à Bruxelles, mercredi 25 mars, à l'annonce de la chute du gouvernement Topolanek, notamment dans les rangs de l'équipe Barosso. Chaque jour plus déstabilisée dans ses certitudes idéologiques par la crise, celle-ci fondait de grands espoirs dans la présidence tchèque pour amorcer un retour à la normalisation libérale. Peine perdue.

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 21:07

Otan : un débat pour rien

 

Ceux qui pensaient que le retour de la France dans l'OTAN serait l'occasion d'un grand débat politique en sont pour leurs frais. C'était trop demander à nos institutions démocratiques. Et c'était trop demander au Premier ministre et aux dirigeants de l'UMP, qui ne souhaitaient pas que cette question envenime les rapports au sein de la majorité. L'affaire a donc été traitée de la façon la plus politicienne qui soit.  L'Assemblée nationale, après une journée d'échanges inodores et sans saveur, a sagement conclu ses travaux par un vote de confiance au gouvernement. Les défections ont été peu nombreuses au sein du parti majoritaire[1] et les interventions de l'opposition sont restées on ne peut plus mesurées. En marge de la discussion parlementaire, chacun a cherché à tirer son épingle du jeu : MM.Jospin et Juppé en exposant leurs états d'âme, M.Villepin en réglant ses comptes avec le chef de l'Etat, M. Fabius avec les euro-atlantistes du PS,  M. Bayrou avec ses ex-amis du centre et de la droite. Seul Hubert Védrine s'est vraiment montré à la hauteur du sujet mais sa voix n'a trouvé de relais ni dans les grands médias ni dans l'enceinte parlementaire.

On pouvait prévoir ce résultat lamentable. Comme l'indiquait fort justement Laurent Zecchini dans une chronique du Monde[2], « la messe atlantiste » était dite d'avance et le pouvoir n'entendait pas qu'on trouble le jeu. Le chef de l'Etat n'avait il pas annoncé la couleur dès l'été 2007, à peine quelques mois après son élection ? N'a-t-il pas pris le soin, lors de chacun de ses déplacements aux Etats Unis ou dans le cadre de l'Alliance Atlantique, de marteler l'idée d'un retour rapide de la France dans le bercail américain ? N'a-t-il pas nommé à la tête de notre diplomatie ou de nos armées, deux hommes, MM. Kouchner et Morin, qui sont les purs produits, l'un à gauche, l'autre à droite, de l'atlantisme français ? Autant de signes tangibles que ce projet était muri de longue date, même si M. Sarkozy s'est bien gardé d'en parler dans son programme présidentiel.

A défaut de débat, on pouvait au moins attendre du Président de la République qu'il présente et qu'il défende son projet. Il s'y est essayé en prononçant, le 12 mars dernier, devant la Fondation pour la recherche stratégique, un discours qui se voulait pédagogique mais qui a été finalement mal reçu. En affirmant que sa décision n'amènerait aucun changement dans la ligne politique, diplomatique et militaire de la France, M. Sarkozy était peu crédible. Si c'était vrai, pourquoi alors réintégrer l'organisation militaire, pourquoi reprendre notre place au sein de ses comités de planification, pourquoi prendre le risque - puisqu'in fine il s'agit bien de cela - de placer nos forces sous un commandement qui ne sera pas le nôtre, dans des conflits qui ne seront pas les nôtres ? A ces questions essentielles, aucune réponse n'était apportée.

Quant au projet de défense européenne, présenté il y a quelques mois encore comme la première justification de ce retour dans l'OTAN, M. Sarkozy n'y consacrait que quelques phrases, comme s'il n'y croyait plus lui-même. Aurait-il pris conscience, à l'instar du général de Gaulle, que ce projet ne répond à aucune attente ? Tout au moins tant que les principaux états européens, à commencer par le Royaume Uni et l'Allemagne, préféreront le giron diplomatique et militaire des Etats Unis au projet d'une Europe indépendante. Serge Halimi le dit excellemment dans la dernière livraison du Monde diplomatique[3] : la soit-disante « future défense collective européenne à laquelle s'est rallié le chef de l'Etat français s'organisera uniquement dans le giron de l'Alliance Atlantique. Mêlant missions civiles et militaires, elle n'hésitera pas à se déployer très loin de l'ancien rideau de fer, jusqu'aux confins du Pakistan ». Nous voici donc embarqués de gré ou de force dans une Sainte Alliance militaire et politique, dont nous ne maîtrisons ni les moyens, ni les fins.

Mais le plus grave n'est peut-être pas là. Chaque jour nous le confirme : l'avenir de la planète ne se dessine plus simplement à Washington, à New York, ou sur l'illusoire « Côte Ouest ». L'emprise de la Chine et de l'Inde sur l'ensemble de l'Asie, l'émergence d'un nouveau Japon, le retour de la Russie dans toute sa puissance, l'affirmation du Brésil et de l'Argentine sur le continent sud américain... Voilà que se mettent en place les nouveaux acteurs du monde multipolaire de demain. Voilà que l'imperium militaire et économique américain, qui a dominé la fin du siècle dernier se trouve bousculé, contesté, rejeté. Et c'est à l'heure précise où la France peut retrouver des marges de manœuvre dans un jeu mondial à nouveau ouvert que nos dirigeants décident de nous claquemurer dans des alliances désuètes. Voilà la vraie faute de M. Sarkozy. C'est d'abord une faute contre l'esprit.

Que l'on ne s'y trompe pas, tout cela ne durera qu'un temps. Si l'opinion française a aujourd'hui d'autres soucis en tête que la politique étrangère, elle reste très sensible aux sujets qui touchent à notre liberté et à notre indépendance. La rue française a massivement suivi M. Chirac dans son refus d'intervenir en Irak. Au premier conflit auquel nous serons sommés de participer, à la première « sale guerre » dans laquelle nos forces seront aventurées - et l'Afghanistan prend chaque jour cette mauvaise tournure - la rue française réagira. Et le pouvoir capitulera, comme il capitule aujourd'hui en rase campagne à la première grogne universitaire ou au premier conflit social un peu chaud. Il ne reste plus qu'à attendre le jour et l'heure.

C'est pourquoi on aurait tort de dramatiser à l'excès ce qui vient de se passer. Ce qu'un mauvais gouvernement a fait, un moins mauvais le défera demain. L'épisode de l'OTAN nous administre en revanche une nouvelle preuve de la rigidité idéologique, du peu de savoir-faire des hommes qui nous dirigent et de leur manque de courage. A l'heure, qui n'est plus si lointaine, où les comptes devront être réglés avec M. Sarkozy et sa triste équipe, c'est cet aveuglement, ce manque de clairvoyance et d'intelligence politique que les Français sanctionneront en premier lieu.

François Renié.

 


[1]. Raison de plus pour saluer le courage des dix députés UMP, des huit députés non-inscrits qui, avec  l'ensemble des 229 députés de gauche, ont refusé leur confiance au gouvernement Fillon.

[2]. Laurent Zecchini, « La France et l'OTAN, la messe atlantiste est dite », Le Monde, 11 mars 2009.

[3]. Serge Halimi, « A quoi sert l'OTAN ? », Le Monde diplomatique, mars 2009

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François Renié - dans Politique
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 00:05
Un météore des lettres

Service littéraire [1], c'est le titre d'une curieuse petite feuille qui circule depuis quelques temps dans Paris, pour le plus grand plaisir des amoureux de la littérature. Feuille d'ailleurs n'est pas vraiment le terme approprié ; il s'agit en réalité d'un vrai petit journal, fait par des écrivains qui savent écrire, par des journalistes qui ont des choses à dire et qui savent les dire. Voilà pour nous changer des magazines stéréotypés, des suppléments poussiéreux ou des blogs de copinages qui encombrent trop souvent l'horizon de la critique littéraire.

Après seize mois d'existence, notre petite feuille a fait son trou. Ses rubriques se sont enrichies, épaissies. Sous la houlette débonnaire de François Cérésa (qui nous a régalé l'an dernier d'un roman plein de charme,  les Moustaches de Staline [2]), une équipe de choc s'est constituée et nos lecteurs auront plaisir à y retrouver Eric Deschodt, Guillaume de Sardes, Gilles Martin-Chauffier, Christian Millau, Bruno de Cessole, François Bott, Éric Neuhoff, Daniel Rondeau, Bernard Chapuis, Claude Cabanes, mais aussi Maurice Druon, Michel Déon, Hélène Carrère d'Encausse, Frédéric Vitoux, Max Gallo,...Jugez du peu !

L'œil de nos serviteurs de la littérature est plutôt vif et leur goût assez sûr. S'ils savent manier la louange et servir le compliment, leurs éreintements et leurs coups de pieds au derrière sont en général bien ajustés. La littérature à l'estomac en prend pour son grade, et les volées de bois vert qui tombent - au figuré bien sûr - sur le dos des Philippe Djian, des Paul Auster, des Marc Edouard Nabe, des Philippe Besson, des Christine Angot et autres Amélie Nothomb, sont un vrai régal. Même le triste Houellebecq, qu'une certaine complaisance « hussarde » a parfois tendance à épargner, est ici régulièrement étrillé, et c'est tant mieux. Quant aux auteurs anglo-saxons - ceux qu'il nous faut subir chaque semaine dans les suppléments « littéraires » du Monde ou du Figaro, ou dans les pages dites « culture » de Libération - ils y occupent la place qu'ils méritent, c'est-à-dire assez peu de choses.

Au sommaire de la dernière livraison, datée de février, on trouvera pêle-mêle une chronique inspirée de Jean Vautrin contre le "nanisme " littéraire, un beau portrait de Jacques Chessex par Bernard Morlino et un chapelet de notes de lectures signées de Christian Millau, François Cérésa, Eric Deschodt, Bruno de Cessole, François Bott et Frédéric Vitoux, sans oublier les réjouissantes rubriques "Ecrits et Chuchotements" et "On trouve ça bien - On trouve ça mauvais" où les pâles écrevisses de la littérature pipôle sont traitées comme il convient !

Gageons que nous reviendrons régulièrement sur la brillante production de cet aérolithe littéraire.

Eugène Charles.



[1]. Service littéraire, mensuel - 24 rue de Martignac 75007 Paris - www.servicelittéraire.fr

[2]. François Cérésa, Les moustaches de Staline. (Fayard, 2008, 257 p.).

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 15:19
La République              
de Dieu


de Charles Cogan

Mis en ligne : [26-02-2009]

Domaine : Idées



Charles Cogan est un officier du renseignement et journaliste américain.  Il a travaillé pendant 37 ans pour la CIA. Entre 1979 et 1984 il a dirigé le département Proche-Orient et Asie du sud à la Direction des Opérations. Entre 1984 et 1989, il a été à la tête de la CIA à Paris. Depuis, il est chercheur émérite à l'Université de Harvard et travaille avec de nombreuses institutions internationales. Il a récemment publié :  Diplomatie à la française (Editions Jacob-Duvernet, 2005).



Charles Cogan, La République de Dieu, Paris, Editions Jacob-Duvernet, Février 2008, 229 pages.


Charles Cogan a été pendant 37 ans officier de renseignement à la CIA avant de rejoindre l'université de Harvard. De cette expérience - et quelle expérience ! -, il tire les leçons du passé : pourquoi l'Amérique a-t-elle échoué dans ses entreprises d'ingérence en terre d'Islam ? Quelles ont été ses erreurs, ses incompréhensions ? Analysant les liens qui unissent le politique au religieux, Charles Cogan montre comment l’inconscient collectif américain, nourri de messianisme, peut expliquer certains des engagements internationaux les plus lourds de conséquences qu’ait pris les Etats-Unis. Ouvrage d'histoire, réflexion philosophico-politique, autobiographie et traité de géopolitique, ce livre est rédigé sur le mode du bloc-notes. Subjectif ? certainement. Mais surtout clairvoyant !

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Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
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