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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 23:58

Dieu et le roi                             

Correspondance entre Charles Maurras

et l'abbé Penon (1883- 1928)

 

présenté par Axel Tisserand

Mis en ligne : [14-12-2008]

Domaine : Idées



 

Axel Tisserand, philosophe et historien des idées, a publié récemment les Lettres des Jeux Olympiques de Charles Maurras (Garnier-Flammarion, 2004) et Pars Theologica. Logique et théologie chez Boèce (Vrin, 2008).
 

Dieu et le roi, correspondance entre Charles Maurras et l'abbé Penon (1883-1928),  présenté par Axel Tisserand, Paris, Editions Privat, Novembre 2007, 751 pages.

L'abbé Penon, un Provençal devenu évêque de Moulins, a été le professeur puis le confident et mentor du jeune Charles Maurras. Une amitié s'est nouée entre les deux hommes, qui n'a pris fin qu'à la mort de Penon en 1928. Il en résulte une correspondance inédite, d'un intérêt considérable : près d'un demi-siècle de l'histoire politique et intellectuelle de la IIIe République défile sous nos yeux. Les principaux épisodes - affaire Dreyfus, fondation de l'Action française, séparation des Églises et de l'État, Première Guerre mondiale, Bloc national et Cartel des gauches, occupation de la Ruhr, condamnation de l'Action française par Pie XI - sont abordés avec une liberté de ton absolue, aucun des deux hommes n'écrivaient pour être publiés. Si l'on se souvient que Maurras a été le plus important penseur contre-révolutionnaire français depuis Joseph de Maistre et que les relations conflictuelles entre la République et l'Église catholique ont été une donnée essentielle de la vie nationale depuis la Révolution, on mesure mieux l'apport de ce document sans précédent, conservé jusqu'à ce jour dans la famille de Charles Maurras.

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 20:44

Exotiques                    

 

 Poèmes de Jean de la Ville de Mirmont



 

                      
I
Par un soir de brouillard, en un faubourg du nord,
Où j'allais, promenant mon cœur noyé de pluie,
J'ai vu, dans une auberge basse du vieux port,
Danser les matelots de la Belle-Julie.
 
Le timonier portait sur son épaule droite,
Exotique et siffleur, un grand perroquet vert.
Du maître d'équipage au cuisinier, qui boite,
Tous gardaient, dans leurs pas, le rythme de la mer.
 
Et déjà gris de stout, de rhum et de genièvre,
Les plus jeunes, longtemps sevrés de tels festins,
Ecrasaient en dansant des baisers sur les lèvres
De filles dont le cœur est tendre aux pilotins.
 
Aux accents du trombone et de l'accordéon,
Leurs talons, à grand bruit, soulevaient la poussière.
Mais le mousse, natif de Saint-Pol-de-Léon,
Ivre mort, récitait gravement ses prières.
 
 


            











 

                         
     
 
II

Le cœur lourd de cuisine à l'huile et de piments,
Matéo de Corfou, né d'une mulâtresse
Et d'un prince espagnol parjure à son serment,
Avec grâce étirait sa natale paresse.
 
Un roulis insensibles agitait faiblement
Le hamac du forban dont la pâleur traîtresse,
La bouche insidieuse et le regard qui ment
Firent périr d'amour tant de nobles maîtresses.
 
Tandis qu'assis en rond ou couchés sur le dos
Les hommes profitaient d'un instant de repos
Pour cuver, çà et là, leurs infernales drogues,
 
Et qu'un tout jeune esclave au teint de cuivre clair
Qui regardait sans voir par un sabord ouvert
Pleurait en évoquant des lacs et des pirogues.

 


     
 
III

Lorsque je t'ai connue aux Iles de la Sonde,
Ton sourire, ma sœur, était noir de bétel...
Depuis, deux ou trois fois, j'ai fait le tour du monde,
Et je me suis guéri de tout amour mortel.


Matelot jovial aux mouvements pleins d'aise,
Et très fier, je portais, d'un torse avantageux,
La vareuse gros bleu de la marine anglaise.
Enfant, ta passion fut un terrible jeu.


Quand je resonge encore aux nuits de Malaisie,
Je pardonne à ton cœur ardent qui me brava,
Car pourrais-je oublier de quelle fantaisie
Tu grisas mon ennui sous le ciel de Java,


Jusqu'à l'instant fatal où mon rival mulâtre
Me frappa dans le dos, un soir, avec son kriss ?
Mais le Seigneur plaça, dans ma vie idolâtre,
Un chinois converti qui me parla du Christ.


C'est lui qui m'a conduit dans les chemins austères,
A mériter ma place au nombre des élus
En semant le bon grain parmi toute la terre
Comme simple soldat dans l'Armée du Salut.

 
     
 
IV

L'oiseau de paradis, l'ibis, le flamant rose,
Le choucas, le toucan, la pie et le pivert,
Eployant tour à tour leurs plumages divers,
Volettent sur mon cœur mais jamais ne s'y posent.


La tubéreuse, la pivoine et le jasmin,
Le lotus de Judée et le lys de l'Euphrate,
Les plus étranges fleurs et les plus disparates,
Sous mon regard désenchanté fanent en vain.


Je m'ennuie à mourir et ma dernière amante,
Viviane, la fée aux yeux couleurs d'espoir,
Périrait sous les coups de mes esclaves noirs,
Sans distraire un instant le mal qui me tourmente.

 
 
 
 
V

Je porte au gros orteil un anneau d'or massif,
Qui me vient de mon père à qui l'avait légué
Un vieillard de grand sens mais par trop primitif,
Son oncle maternel, marchand de papegais.
 
Je porte, sur le ventre, un tatouage obscène
Qu'y grava, par ennui, dans l'Arabie Heureuse,
L'esclave préférée, insouciante et vaine,
D'un calife éminent et d'humeur scrupuleuse.
 
Je porte dans le dos, à la hauteur des reins,
La marque rouge encore d'un coup de boomerang,
Outrage inexcusable et grossier à dessein
D'un Papou, qui d'ailleurs le paya de son sang.
 
Mais je porte en mon cœur, à l'abri des atteintes
Du temps et de l'oubli, le souvenir futile
D'une créole de Saint-Pierre aux lèvres peintes
Dont les baisers grisaient comme le vin des Iles.

 
     
 
JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT.
 
     
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 16:02

Le regard vide                          

 

par Jean-François Mattéi

Mis en ligne : [21-11-2008]

Domaine : Idées






 


 

Jean-François Mattéi, membre de l'Institut universitaire de France, est professeur émérite de philosophie à l'université de Nice-Sophia Antipolis et à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence. Il est notamment l'auteur de La Barbarie intérieure (Quadrige, 2004), De l'indignation (La Table ronde, 2005) et L'Enigme de la pensée (Les Paradigmes, 2006).



Jean-François Mattéi, Le regard vide, Essai sur l'épuisement de la culture européenne, Paris, L'Age d'Homme, Septembre 2007, 315 pages.

Notre culture classique - les humanités que célèbrent George Steiner, Marc Fumaroli ou Alain Finkielkraut - a toujours été une " figure unique de l'inquiétude dans le courant des civilisations ", selon Jean-François Mattéi. Des plus grands penseurs du siècle passé aux " déclinologues " d'aujourd'hui, tous sont hantés par la possible extinction de la culture européenne. Qu'est-ce donc qui menace de s'éteindre ? L'Europe est certes l'héritière d'Athènes, de Rome, de Jérusalem, de Byzance et de Cordoue. Mais elle est davantage encore, telle est la thèse de cet essai, caractérisée par les modalités du regard qu'elle porte sur le monde, sur la cité et sur l'âme. C'est ce regard théorique et critique (regard se dit theoria en grec) qui a permis la diffusion universelle de sa culture, de Homère à Kundera. Mais, de critique, ce regard est devenu profondément autocritique, comme en témoigne la diatribe de Susan Sontag : " La vérité est que Mozart, Pascal, l'algèbre de Boole, Shakespeare, le régime parlementaire, les églises baroques, Newton, l'émancipation des femmes, Kant, Marx, les ballets de Balanchine, etc., ne rachètent pas ce que cette civilisation particulière a déversé sur le monde. La race blanche est le cancer de l'humanité. " Arborant le relativisme en blason et prônant la repentance, la pensée dominante refuse d'assumer l'identité de sa culture au motif que toute identité est menace. Jetant un regard vide sur leur époque, les intellectuels sont ainsi devenus des " symboles de l'expiation ", selon le mot de Lévi-Strauss à propos des ethnologues. Pour Jean-François Mattéi, la question de l'éminence, voire de la supériorité, de la culture européenne mérite d'être posée : n'est-elle pas la seule à avoir véritablement " regardé " les autres cultures ?

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 15:54

Oeuvres                                     

 

de Joseph de Maistre

Mis en ligne : [21-11-2008]

Domaine : Idées




 

Le comte Joseph de Maistre, né à Chambéry en Savoie le 1er avril 1753 et mort à Turin (Piémont) le 26 février 1821, est un homme politique, écrivain et philosophe savoisien. Il est membre du Sénat savoisien, avant d'émigrer à Lausanne en 1793 quand les français occupent la Savoie ; il passe ensuite quelques années en Russie, avant de retourner à Turin. Joseph de Maistre reste l'un des pères de la philosophie contre-révolutionnaire française et antilumière. Joseph de Maistre est le principal représentant, avec Louis-Gabriel de Bonald, de la réaction traditionaliste contre la Révolution française. Il oppose au rationalisme du XVIIIème siècle le sens commun, la foi, les lois non-écrites. Il notamment l'auteur des Considérations sur la France (1796), du Pape (1819), des Soirées de St-Petersbourg ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence (1821), de l'Examen de la philosophie de Bacon (1836).


Pierre Glaudes, professeur de littérature française à l'université de Toulouse II, a consacré l'essentiel de ses travaux aux romanciers et essayistes français du XIXe siècle. Il a établi pour "Bouquins" l'édition du Journal de Léon Bloy.

 


Joseph de Maistre, Oeuvres, Présentées par Pierre Glaudes, Paris, Robert Laffont, Janvier 2007, 1348 pages.

La postérité a retenu de Joseph de Maistre qu'il a été l'un des plus fermes partisans de la contre-révolution. Ses adversaires l'ont peint comme un doctrinaire sectaire, pourfendeur des idées nouvelles. Ce portrait comporte une part de vérité : ennemi déclaré des Lumières, Maistre développe une philosophie de l'autorité, dénonçant l'illusion des droits de l'homme et de la démocratie, qui peut légitimement révolter une conscience moderne. Quelles raisons a-t-on de lire un tel penseur au début du XXIe siècle ? A en croire les meilleurs esprits, ces raisons ne manquent pas. Cioran en propose un usage thérapeutique : il s'agit de parier ironiquement sur les excès d'un dogmatisme "aussi habile à compromettre ce qu'il aime que ce qu'il déteste ". Une autre raison de lire Maistre consiste à chercher dans son œuvre un révélateur, au sens chimique du terme. C'est ce que suggère George Steiner, lorsqu'il affirme que ce penseur est un prophète, qu'il annonce le malaise idéologique de la modernité en montrant la violence inscrite dès l'origine dans l'émancipation révolutionnaire. Mais on peut aussi lire Maistre, comme Valéry, à la façon du dilettante pour la saveur de son écriture. Ses traits d'esprit sont rehaussés par une langue admirable : causticité, imagination, acuité intellectuelle, Maistre séduit jusqu'à ses adversaires. Ce volume s'adresse aux historiens, aux philosophes, aux juristes et aux amateurs de littérature. Il réunit un choix des œuvres les plus célèbres de Maistre - Considérations sur la France, Essai sur le principe générateur..., Les Soirées de Saint-Pétersbourg, Eclaircissement sur les sacrifices -, mais aussi des textes moins connus et partiellement inédits - Six Paradoxes, Sur le protestantisme - établis dans le respect des manuscrits. Et, pour la première fois, sous forme de Dictionnaire, une petite encyclopédie de la pensée maistrienne. A redécouvrir, même si l'on n'est pas un "affreux réactionnaire ". Pierre Glaudes

 

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 23:18

Les illusions du progrès          

 

par Georges Sorel

Mis en ligne : [21-11-2008]

Domaine : Idées



 


Georges Eugène Sorel (1847 – 1922) est un philosophe et sociologue français. À la fois antidémocratique et révolutionnaire, la pensée de Sorel a influencé de nombreux penseurs et hommes politiques du XXème siècle, tant de droite que de gauche. Parmi eux, des personnalités proches de l'Action française comme Georges Valois, Pierre Lasserre ou le catholique René Johannet, des libéraux comme Piero Gobetti, des socialistes comme le Hongrois Ervin Szabó, des communistes comme Antonio Gramsci et le jeune Georg Lukács, des anti-conformistes comme Curzio Malaparte, des sociologues comme Jules Monnerot et Walter Benjamin, des théoriciens politiques comme Carl Schmitt ou encore des économistes comme François Perroux.
Parmi ses oeuvres majeures :  La décomposition du marxisme (Marcel Rivière 1910, réed. PUF, 1982), Réflexions sur la violence (Marcel Rivière, 1919, réed. Seuil, 1990), Matériaux d'une théorie du prolétariat (Marcel Rivière, 1919).


Yves Guchet, Agrégé de droit public, est professeur émérite de l'Université de Paris-X-Nanterre.

 


Georges Sorel, Les illusions du progrès, suivi de L'avenir socialiste des syndicats, Présenté par Yves Guchet, Paris, L'Age d'Homme, Septembre 2007, 315 pages.


Le titre donné par Sorel au recueil d'articles publiés dans le Mouvement socialiste, il y a un siècle, pourrait induire en erreur. Les Illusions du progrès ne constituent pas une dénonciation du progrès technique, mais la remise en cause d'une idéologie qui trouve son origine au XVIIe siècle avec la pensée cartésienne, pour s'affirmer au siècle suivant comme idéologie de la bourgeoisie, à travers l'Encyclopédie de Condorcet. Mais conquérante, puis dominante, la bourgeoisie n'a plus qu'une ambition : se maintenir au pouvoir, et l'idéologie du progrès y contribue en pénétrant l'ensemble de la société. Cette idéologie a un principe: trouver des explications simples permettant de " résoudre toutes les difficultés que présente la vie quotidienne ". Dès lors, le progrès n'apparaît pas " comme l'accumulation de savoirs mais dans l'ornement de l'Esprit qui, débarrassé des préjugés, sûr de lui même et confiant dans l'avenir, s'est fait une philosophie assurant le bonheur à tous les gens qui possèdent les moyens de vivre largement ". Et doit-on ajouter, de tous les autres qui se laissent abuser. C'est cette philosophie illusoire du progrès que Sorel se propose de dévoiler pour mieux la combattre.

 

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 00:34

La reine du monde                

 

par Jacques Julliard 

Mis en ligne : [21-11-2008]

Domaine : Idées






Jacques Julliard, né le 4 mars 1933 est un journaliste et intellectuel français, historien de formation et ancien responsable syndical. Figure emblématique du catholiscisme de gauche, il a assumé jusqu'en 1976 des responsabilités confédérales au SGEN et à la CFDT. Il collabore régulièrement à la revue Esprit, au Nouvel Observateur et dirige la revue Mil neuf cent. Il est également directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Il a récemment publié : Dictionnaire des intellectuels français
(Seuil, 2002), Le choix de Pascal (Desclée de Brouwer, 2003), Que sont les grands hommes devenus ? Essai sur la démocratie charismatique (Saint-Simon, 2004), Le Malheur français, Flammarion (Flammarion, 2005), L'Argent, Dieu et Le Diable, Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne ( Flammarion, 2008).

Jacques Julliard, La reine du monde, Essai sur la démocratie d'opinion, Paris, Flammarion, Janvier 2008, 125 pages.


Ce livre est né d'une réflexion à chaud sur ce que la dernière campagne présidentielle a changé dans les mentalités et dans les mécanismes politiques : nous sommes en train de passer de la démocratie représentative, c'est-à-dire le Parlement, à la démocratie d'opinion, ou doxocratie. Le système parlementaire du passé, fondé sur une véritable délégation de souveraineté de l'électeur à l'élu, a fonctionné tant que le citoyen n'avait pour tout moyen d'expression que le droit de suffrage. Aujourd' hui, les sondages, la télévision et surtout Internet ont ont bouleversé la donne : l'électeur ne se contente pas d'être souverain un jour tous les cinq ans, il veut participer à son propre gouvernement. N'est-ce pas la loi de la démocratie ?

 

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 23:45

La pensée française                      

à l'épreuve de l'Europe


par Justine Lacroix

Mis en ligne : [21-11-2008]

Domaine : Idées

 



Justine Lacroix est professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles. Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Michaël Walzer, le pluralisme et l'universel (Michalon, 2001) ; Communautarisme versus libéralisme : quel modèle d'intégration politique ? (Editions de l'ULB, 2003) et L'Europe en procès: quel patriotisme au-delà des nationalismes ? (Editions du Cerf, 2004).


Justine Lacroix, La pensée française à l'épreuve de l'Europe, Paris, Grasset, Juin 2008, 129 pages.

Penser à l’Europe n’est pas le passe-temps favori de la plupart des gens. Ce n’est pas non plus l’occupation la plus prisée des philosophes contemporains, notamment en France, où les principaux auteurs ne s’y sont intéressés que ré-cemment, et le plus souvent grâce à l’impulsion donnée par les deux référendums organisés en 1992 et en 2005. Pourtant, depuis le projet pour " la paix perpétuelle " de l’abbé de Saint-Pierre et celui de la confédération des peuples de Jean-Jacques Rousseau jusqu’au plan pour la " réorganisation de la société européenne " du comte Henri de Saint-Simon, la pensée française a, dans le passé, abondamment nourri les interrogations sur l’identité politique de l’Europe. Les idéaux cosmopolitiques du républicanisme kantien ont également joué un rôle décisif dans la reformulation des conceptions républicaines au XIXe siècle. Contrairement à ce que prétend une vulgate qui s’est parfois revendiquée comme l’héritière de la IIIe République pour promouvoir une vision étroite de l’État-nation, le combat pour un ordre politique et juridique international et pour une forme de patriotisme européen articulé au patriotisme national était au cœur des préoccupations d’un Célestin Bouglé ou d’un Léon Bourgeois . Quant à Jules Barni, il prônait l’instauration des " États-Unis d’Europe " en défendant, par référence à Emmanuel Kant, la mise en place d’une " confédération de libres démocraties " . En 1933, quelques décennies et une guerre mondiale plus tard, Julien Benda publiait son Discours à la nation européenne. Dans ce pamphlet, aujourd’hui largement oublié, l’essayiste livrait un vibrant plaidoyer en faveur d’une Europe identifiée à la victoire de la raison et de l’universalité sur les dangers du particularisme incarné par " l’ortie des caractéristiques nationales ". C’est pourquoi, contrairement à ce que suggérait le titre de son livre, l’Europe ne devait pas, pour Benda, " s’enclore dans un nationalisme à la seconde puissance " : la construction européenne n’a de portée morale que si, " loin d’être une fin à elle-même, elle n’est qu’un moment de notre retour à Dieu, où doivent sombrer tous les instincts, avec tous les orgueils et tous les égoïsmes " . L’unification européenne devait marquer, en somme, la victoire de la raison et de l’abstraction sur le concret et la particularité. Avec cette ambiguïté, cependant, que l’universalisme est alors fort opportunément identifié à la France et les dangers du particularisme à l’Allemagne. Quant à la question de savoir quelle serait la langue supranationale, il ne semble guère faire de doute, pour Benda, que les Européens choisiraient la plus rationnelle, à savoir le français. En d’autres termes, " le schéma directeur européen de Benda prend plutôt la forme d’un hexagone ". A la même époque, la question européenne faisait partie des préoccupations desdits " non-conformistes des années trente " et, plus particulièrement, de ces figures emblématiques de l’Ordre nouveau que furent Robert Aron et Alexandre Marc. Ces derniers refusaient de fonder leurs appels au fédéralisme sur une simple association d’États-nations condamnés, selon eux, à une rivalité aussi incessante que stérile. C’est pourquoi un des textes publiés, la même année que le pamphlet de Benda, par l’Ordre nouveau se prononçait pour une " organisation régionaliste de l’Europe ". Une idée approfondie dans la livraison de novembre 1934 où René Dupuis exprimait le vœu que les peuples européens s’acheminent vers une " révolution fédéraliste " propre à permettre l’épanouissement d’un pluralisme brimé par le morcellement de l’Europe " en unités politiques de plus en plus étanches et fermées " . Dans le même numéro, Robert Aron proposait notamment d’instaurer entre les peuples européens une " zone d’échanges planés " et de créer, pour ce faire, " un organisme supranational " ayant pour tâche de coordonner la production et la répartition des " produits nécessaires à la vie " . Après la guerre, tant les idées que les hommes autour desquels s’était constituée cette génération " non-conformiste " ressurgiront dans les mouvements fédéralistes - et notamment dans le groupe et la revue La Fédération où Marc et Aron seront rapidement rejoints par des anciens de la Jeune Droite d’avant guerre, tels que Jean de Fabrègues ou Thierry Maulnier . Curieusement, cette réflexion foisonnante a connu une sorte d’éclipse depuis le lancement effectif de la construction européenne, à la fin des années 1950. De la signature du traité de Rome, en mars 1957, à celle du traité de Maastricht, en février 1992, peu de grandes figures de la pensée politique française sont intervenues sur le processus d’intégration entre les pays du Vieux Continent. A quelques exceptions notables, parmi lesquelles Raymond Aron dans certains de ses écrits. On sait que ce dernier a régulièrement fait preuve d’une attitude réservée quant aux projets d’unification européenne. Pourtant, comme l’a montré Pierre Kende, le scepticisme du philosophe n’était peut-être " que l’expression d’une déception, elle-même conséquence d’un investissement affectif de tout premier ordre ". C’est du moins ce que semble indiquer cette véritable profession de foi adressée à des étudiants allemands : " La communauté européenne, ce n’est pas le thème pour l’enthousiasme d’un jour, c’est le terme de l’effort qui donne un sens à une vie ou fixe un objectif à une génération ". Ce discours fut prononcé en 1952, soit deux ans avant l’échec du seul projet d’unification politique (la Communauté européenne de défense) qu’Aron aura eu l’occasion d’observer. C’est pourquoi l’histoire des institutions européennes - qui s’est inscrite, durant son existence, dans le cadre d’une coopération principalement économique - n’aura pu que " nourrir son scepticisme " dans la mesure où elle éludait ce qui était essentiel pour lui, à savoir " le politique et le militaire " . Plus précisément, ce seraient avant tout des " considérations sociologiques " qui permettraient de rendre compte de la position dubitative d’Aron sur la question européenne. Dès 1962, dans Paix et guerre entre les nations, il estimait ainsi que la formation d’un Marché commun ne déboucherait " ni par nécessité juridique ni par nécessité économique sur une authentique fédération ". Penser que l’intégration économique engendrerait, " d’un coup de baguette magique ", l’Europe unie revenait, pour lui, à supposer que l’économique englobe le politique ou que la chute des barrières douanières ferait tomber d’elles-mêmes les barrières politiques et militaires. Or, pour Aron, " ces deux suppositions sont fausses ". La thèse du " fédéralisme clandestin " ou du " fédéralisme sans douleur " manquerait l’essentiel, à savoir le " pouvoir communautaire, animé d’une volonté communautaire, l’État et la nation, la collectivité humaine, consciente de son originalité et résolue à l’affirmer face aux autres collectivités " . Autrement dit, " le système d’obligations " tissé par les institutions européennes ne créerait pas de lui-même la volonté commune parmi les Français, les Allemands, les Italiens d’" être autonomes désormais en tant qu’Européens et non plus en tant que membres des nations historiques ". Ce qui ne signifie pas pour autant, pour Aron, qu’une autorité légitime ou la conscience d’une nationalité supérieure ne puisse émerger progressivement de la Communauté économique, mais cela ne pourrait se faire qu’à la condition sine qua non que " les peuples le veuillent et que les gouvernants agissent en fonction de cette volonté, ou encore à condition que les gouvernements agissent en vue de la fédération et que les peuples y consentent ".

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 23:48

La Fontaine

chez les voleurs (2)            

 

Une nouvelle de Jules Lemaître

 

Jean de La Fontaine passa trois journées charmantes dans la maison du capitaine. Il se levait tard, mangeait bien, buvait sec et s'amusait extrêmement des spectacles imprévus que lui donnait l’étrange compagnie. Pendant que les autres étaient dehors, il revoyait les vers de Cascaret, fit même pour lui la chanson de Dupont et la Guimbarde et Dieu gard’ de mal Lubin et sa loyale amante; conversait avec dame Angilberte, à qui il trouvait beaucoup de sagesse, et, le reste du temps, il dormait.

L'après-midi du quatrième jour, comme il était seul dans la salle, somnolant parmi les pots, un jeune robin entra, vêtu à la dernière mode, petit chapeau, vaste perruque blonde, petit pourpoint grand collet et grandes manches, avec de larges canons et une abondance de petite oie qui le faisaient ressembler à un pigeon pattu. Le galant s'avança vers La Fontaine et lui dit :

— Le capitaine Cascaret, sans doute ?

Jean inclina le menton, non pour tromper le visiteur, mais parce que, dans l'état d'agréable torpeur où il était, l’effort de parler ou seulement de remuer la tête en signe de dénégation lui eût semblé trop rude.

Alors le jeune robin expliqua qu'il avait recours aux bons offices de l'illustre capitaine Cascaret pour se venger d’un seigneur qui lui avait soufflé sa maîtresse. Il s'agissait de bâtonner son rival, puis de le défigurer par quelque estafilade. On le rencontrerait tel jour, à telle heure, en tel lieu et sortant de telle maison. « D'ailleurs, ajouta le robin, je serai là tout proche, et je vous le désignerai moi-même, à vous et à vos lieutenants. Et je paierai ce qu'il faudra. »

Jean de La Fontaine, que ce discours avait à demi réveillé, ré pondit simplement :

— Monsieur, ce que vous demandez est fort vilain. Je n’en ferai rien, je vous assure.

Le jeune bourgeois aurait eu bonne envie de se fâcher, s’il n’avait réfléchi aux dangers d'une querelle avec un homme d'épée aussi réputé que le capitaine Cascaret. Il se contint, allégua qu'il n'avait jamais été dans les académies, sans quoi il ne s'en fût remis à nul autre du soin de châtier son rival; qu’il n’entendait, du reste, lui faire appliquer que des coups fort légers, humiliants et non pointdouloureux; qu’il adorait sa maîtresse, et qu'il était désespéré de 1’avoir perdue; enfin, qu'il donnerait à Cascaret jusqu’à cinquante écus s'il consentait à se faire le vengeur d'une flamme injustement méprisée. Sur quoi, il laissa échapper quelques larmes.

— Mon enfant, dit Jean de La Fontaine touché, je compatis à votre chagrin; mais, quand vous m’offririez les trésors de Golconde, je refuserais de faire ce que vous attendiez de moi. Mon naturel répugne à la violence, et principalement dans les choses de l’amour...

— S'i1 le faut, dit 1e jeune homme, j'irai jusqu'à soixante écus.

Mais Jean continua sans l'entendre :

— Votre dessein, outre qu'il marque peu de bravoure et peu de loyauté, me paraît fort déraisonnable. J’ai quelquefois aimé sans être aimé moi-même. Je me réfugiais alors dans le vin, dans le sommeil ou dans un autre amour. Faites comme moi, mon cher enfant. On ne force point les cœurs. Je n’ai pas l’honneur de connaître votre maîtresse; mais je suis sûr qu'en vous préférant un autre amant, cette charmante fille a cédé à un mouvement irrésistible. Si elle aime vraiment votre rival, elle me paraît non seulement excusable, mais intéressante et vous devez même la louer de sa sincérité. Que si elle l'a préféré parce qu'il est homme de cour, ou à cause de ses grands biens, dites-vous qu'elle n'est qu'une personne vaniteuse ou intéressée et qu'elle ne vous méritait pas. Les raisons de nous consoler ne nous manquent jamais si nous savons nous y prendre. Au surplus, vous êtes jeune, bien fait, galamment habillé, et j'ai vu que vous aviez de l’esprit; vous ne pouvez donc manquer de faire impression sur quelque autre belle personne, qui vous dédommagera du mauvais procédé de votre infidèle. Et ne dites point que vous êtes à jamais incapable de vous éprendre d'un nouvel objet. Les belles personnes, mon enfant, nous apportent toutes à peu près le même plaisir, qui est vif, mais court; c'est notre imagination qui l'embellit, le rend plus fin et plus délicat, le diversifie, l'agrandit par l'attente et par le souvenir... Un garçon fait comme vous trouve peu de cruelles, ou, s'il en trouve, les consolatrices ne sont pas loin... Allez, allez, mon enfant... plus un mot... laissez-moi... j'ai beaucoup à travailler aujourd'hui.

Et il poussa affectueusement vers la porte le jeune bourgeois stupéfait d'avoir rencontré chez un spadassin tant de douceur et de désintéressement, ravi d'ailleurs de ses dernières paroles et, pour le reste, à peu près consolé.

Mais, comme Jean de La Fontaine regagnait son banc, il heurta Cascaret qui l'attendait les bras croisés :

— Monsieur, dit froidement le capitaine, j'étais au haut de l'escalier et j'ai entendu toute votre conversation. Je vous croyais mon ami, et vous venez de me faire perdre soixante écus.

— Monsieur, répondit La Fontaine, je vais les chercher et je vous les apporte.

Et il sortit, après un grand salut.

 

  *  *
  *

 

Il rentra chez lui tout d'un trait, prit soixante écus dans sa cassette qui, par grand hasard, était assez garnie, et se dirigea vers la maison de Cascaret. Mais il rencontra en chemin un ami qui le mena souper, puis à la comédie.

Le lendemain, il dormit tard, puis fut rêver dans la forêt de Boulogne.

Le jour suivant, il prit le coche pour Reims où il passa deux semaines chez son ami Maucroix.

Et ainsi de suite...

Mais, trois mois environ après sa rencontre avec Cascaret, il entra chez le digne capitaine :

— Monsieur, voici les soixante écus que je vous ai promis il y a quelques jours.

— Je ne vous attendais plus, Monsieur, dit sèchement Cascaret.

— Avez-vous donc cru. Monsieur, que je consentisse à vous faire tort ?

Alors Cascaret, cessant de feindre :

— Et vous, avez-vous cru, Monsieur, ou plutôt mon maître et mon ami, que je doutasse de votre parole? Et croyez-vous, à présent, que j'aie le cœur assez bas pour accepter ces misérables écus? Il est vrai que vous m'en frustrâtes, mais ce fut par un de ces mouvements débonnaires et gracieux dont je voudrais que l'élégance me fût quelquefois permise. Au reste, ne vous ai-je pas aussi frustré, en quelque manière, des vers divins que vous avez daigné, ça et là, semer dans mes humbles chansons? Et j'aurais l'âme assez ravalée pour admettre dans mon escarcelle avare cet argent qui, sans doute, est le prix de vos doctes veilles? Non, non, de par tous les diables! Mais, si vous le voulez bien, nous l'allons manger et boire en compagnie de ces gens simples et de ces bonnes créatures.

Toute la maison fit fête à Jean de La Fontaine. Il ne la quitta que le surlendemain, embrassé et caressé de tous, et sur la promesse d'y revenir souvent.

Il y revint quelquefois.

Jules Lemaître.

 

[Retour au début du texte]


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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 23:32
Le Comte                  
de Chambord                          

                                                                         

de Daniel de Montplaisir

Mis en ligne : [30-11-2009]

Domaine : Histoire


 

Daniel de Montplaisir, conseiller de l'Assemblée nationale et historien, est notamment l'auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, collection " Idées reçues ", 2003).


Daniel de Montplaisir, Le comte de Chambord, Paris, Perrin, Mai 2008, 735 pages.

 

Pour l'histoire, l'homme reste le " comte de Chambord ". Pour les royalistes, qui l'ovationnèrent comme " duc de Bordeaux puis le reconnurent comme " Henri V ", il fut le " roi ", le dernier roi de France. Il le fut doublement : le 2 août 1830, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu'il mourut sans enfants, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour. L'alternance de ses silences et de ses prises de position publiques, les choix qu'il fit, dans des conditions souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n'accepter de Restauration qu'avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ? Faute de réponse, l'histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu'à ce que ses archives privées, que l'on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d'être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l'homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d'un haut personnage de son temps. Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l'héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l'histoire de France.

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la revue critique des idées et des livres - dans Notes Histoire
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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 16:00

Dufy, le plaisir      


Exposition Raoul Dufy

Mis en ligne : [29-11-2008]

Musée d'art moderne de la ville de Paris

Jusqu'au 11 janvier 2008.


 



Le musée d'art moderne de la Ville de Paris
remet à l'honneur le "peintre de la joie", Raoul Dufy (1877-1953), célèbre de son vivant puis tombé en désuétude. Il s'agit de la première rétrospective qui lui soit consacrée à Paris, depuis sa mort.


Raoul Dufy, le plaisir. - Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 11 Avenue du Président Wilson, Paris 16 ème. - Tous les jours de 10h à 18h, jeudi  de 10h à 22h. Fermé le lundi et les jours fériés. - Jusqu'au 11 janvier 2009.

 

Présentation. - "Raoul Dufy, le plaisir" expose 120 peintures, 90 dessins, gravures ou livres illustrés, des céramiques et des tissus avec l'objectif de "remettre au premier plan un artiste trop vite jugé", dit Fabrice Hergott, directeur du musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Raoul Dufy a été très célèbre de son vivant puis sa réputation a considérablement décliné dans les années 70, quand le regard s'est modifié. "Je n'étais pas suffisamment radical", dit-il. Le titre de l'exposition est tiré d'une phrase de Gertrude Stein, collectionneuse de Picasso, mais aussi de Dufy : "Raoul Dufy est plaisir", écrit-elle en 1946, pour évoquer le "joie de vivre" exprimée dans la peinture de l'artiste, toute de couleurs, de formes légères, d'arabesques. Le musée d'art moderne de la Ville de Paris possède une riche collection de cet artiste, dont la monumentale "Fée Electricité". Ce tableau de 600 m2 en 250 panneaux est abrité de manière permanente dans une salle qui lui est dévolue, et termine l'exposition.

Dufy, natif du Havre, participe au début du siècle à l'aventure de l'art moderne. Il flirte avec le fauvisme dont il garde dans ses paysages le goût de la couleur. Il se rapproche un temps du cubisme mais ajoute aux compositions qu'il peint au côté de Braque, des balustrades, des palmes. "Malgré tous mes efforts (...), mes études, celles que je préfère, prennent un tour décoratif", dit-il. Dufy s'intéresse à l'art populaire, grave un bestiaire tiré des livres médiévaux pour illustrer un ouvrage d'Apollinaire, créé des céramiques, s'intéresse à la mode. Sa rencontre avec le couturier Paul Poiret en 1909 amènera l'artiste à dessiner des tissus, aux superbes motifs floraux. Plusieurs d'entre eux, ainsi que quelques robes, sont exposés. Cela "lui amènera la reconnaissance publique et sociale, et en même temps lui sera reproché", dit M. Hergott. La critique d'art le soupçonne "de mondanité, de légèreté, il n'est pas assez pur", alors qu'au contraire, ce travail va "enrichir sa peinture", ajoute-t-il. Il y exploite notamment le principe de la série, de la répétition. "C'est moderne depuis Warhol. A l'époque, c'était très audacieux", dit le directeur.

Le monde de Dufy est un monde idéal, peuplé d'une humanité idéale, il veut représenter un "monde de parade". L'oeuvre pour lui "doit évoquer la joie de vivre. Il ne veut pas cacher le malheur mais le tenir à distance", dit-il. Après les séries d'ateliers, de fenêtres, de rues pavoisées, l'exposition se conclut avec celle des cargos noirs, métaphore de la mort. La palette du peintre vieillissant est devenue sombre. Le cargo, à peine esquissé voire gratté à l'ongle sur la toile, s'avance vers le port.


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