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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 09:00
La sagesse
d'Alexandre
  VIALATTE-Alexandre-Un-abecedaire.gif

 

LETTRES
Un abécédaire
Alexandre Vialatte.
Textes réunis par
Alain Allemand.
 
Julliard.
Octobre 2014.
272 pages.
 

 
Alexandre Vialatte (1901-1971), romancier et chroniqueur. Auvergnat fidèle, il est l'auteur de quatre grands romans - Battling le Généreux, Le Fidèle Berger, Les Fruits du Congo, Camille et les grands hommes  - et de nouvelles pleines de finesse et de nostalgie. Publications récentes : 1968, Chroniques. (Julliard, 2008), Lettres à Maricou. (Au signe de la Licorne, 2009), Critique littéraire. (Arléa, 2010), Le Cri du Canard bleu. (Le Dilettante, 2012).
 
Présentation de l'éditeur.
De son vivant "auteur notoirement méconnu", comme il aimait lui-même à se présenter, Alexandre Vialatte (1901-1971) vit pourtant, année après année, le cercle de ses lecteurs s’agrandir, et sa gloire posthume ne cesse de prospérer. Méconnu, Vialatte le demeure cependant encore du grand public. L’explication tient peut-être à la richesse et à la profusion de son oeuvre, dont témoignent les chroniques prodigieuses qu’il a livrées pendant vingt ans au journal La Montagne. Une richesse et une profusion qui peuvent également provoquer chez ceux qui souhaiteraient la découvrir un léger sentiment de vertige au moment de sauter le pas… Une autre raison explique le déficit de notoriété dont continue de souffrir l’auteur des Fruits du Congo : sa personnalité. D’un tempérament discret, peu porté sur les mondanités, ce graphomane, forçat des lettres, consacrait la majeure partie de son temps et de son énergie à l’écriture, laissant à d’autres le soin de s’exposer sous les feux de la rampe. "Un abécédaire" vient opportunément lever le voile à la fois sur l’oeuvre et sur l’homme et réparer ainsi une forme d’injustice. De l’Auvergne d’où il était originaire à Kafka qu’il traduisit, de l’hippopotame qu’il chérissait à l’Homme, motif d’inspiration inépuisable, en passant par Napoléon, Sempé ou le western, cet abécédaire, qui puise à toutes les sources de l’oeuvre (chroniques, romans, correspondance…) propose une manière ludique de faire connaissance avec l’univers à nul autre pareil de Vialatte et révèle en filigrane le portrait sensible d’un auteur désormais culte.
 
La recension de Marie Fouquet. - Le Magazine littéraire. - octobre 2014.
Bouquet de Vialatte. "Ainsi le monde courbé par l'ordre alphabétique : il montre un envers neuf, saugrenu, surprenant. Et poétique. L'esprit voyage." Est-ce sur ce conseil d'Alexandre Vialatte qu'Alain Allemand a entrepris d'adapter l'oeuvre de l'écrivain sous forme d'abécédaire ? Ici, l'esprit voyage entre chroniques, romans, poèmes et nouvelles. La finesse d'esprit ainsi que l'amour des mots que possédait Vialatte ne sont sans doute pas dissociables de sa fascination pour Kafka. Premier traducteur français du génie pragois, il écrivait dans Kafka ou l'Innocence diabolique : Kafka étant un dieu "Je me fis son prophète étonné". L'absurde et l'ambiguïté émergent de chacun d'eux. Chez Vialatte, il se traduit dans sa maîtrise des figures de style et dans sa tonalité enjouée, hyperbolique, qui génère un sentiment d'inquiétante étrangeté face à la réalité décrite. Cet abécédaire rend compte de ses obsessions : les animaux, les saisons, la géographie et la littérature notamment. Ces objets, il lestransforme en tableaux, décrivant des éléments isolés afin qu'aucun ne puisse être indépendant des autres, pour un résultat brillant et grinçant. Telle cette leçon de conjugaison : "N'écrivez pas: aimes, accueilles, ou pardonnes. Mais tue, épure, écorche, assomme, fusille. Vous posséderez la vérité."
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 16:59
Levet
 
 
british india
 
 
 
A Rudyard Kipling.
 
Les bureaux ferment à quatre heures à Calcutta;
Dans le park du jardin s'émeut le tennis ground;
Dans Eden Park grince la musique épicée des cipayes;
Les équipages brillants se saluent sur le Red Road...

Sur son trône d'or, étincelant de rubis et d'émeraudes,
S. A. le Maharadjah de Kapurthala
Regrette Liane de Pougy et Cléo de Mérode
Dont les photographies dédicacées sont là...

- Bénarès, accroupie, rêve le long du fleuve;
Le Brahmane, candide, lassé des épreuves,
Repose vivant dans l'abstraction parfumée...

- A Lahore, par 120 degrés Fahrenheit,
Les docteurs Grant et Perry font un match de cricket, -
Les railways rampent dans la jungle ensoleillée...
 
 
 
Henry J.-M. Levet (1874-1906) Poèmes  (1921).
 
 
république argentine. - la plata
 
 
 
A Ruben Dario.
 
Ni les attraits des plus aimables Argentines,
Ni les courses à cheval dans la pampa,
N'ont le pouvoir de distraire de son spleen
Le Consul général de France à La Plata !

On raconte tout bas l'histoire du pauvre homme :
Sa vie fut traversée d'un fatal amour,
Et il prit la funeste manie de l'opium ;
Il occupait alors le poste à Singapoore...

- Il aime à galoper par nos plaines amères,
Il jalouse la vie sauvage du gaucho,
Puis il retourne vers son palais consulaire,
Et sa tristesse le drape comme un poncho...

Il ne s'aperçoit pas, je n'en suis que trop sûre,
Que Lolita Valdez le regarde en souriant,
Malgré sa tempe qui grisonne, et sa figure
Ravagée par les fièvres d'Extrême-Orient...
 
 
 
Henry J.-M. Levet (1874-1906) Poèmes  (1921).
 
 
algérie. - biskra
 
 
 
A Henry de Bruchard.
 
Sous les terrasses du Royal défilent les goums
Qui doivent prendre part à la fantasia :
Sur son fier cheval qu'agace le bruit des zornas,
On admire la prestance du Caïd de Touggourth...

Au petit café maure où chantonne le goumbre
Monsieur Cahen d'Anvers demande un cahouha :
R.S. Hitchens cause à la belle Messaouda,
Dont les lèvres ont la saveur du rhât-loukoum...

Le soleil, des palmiers, coule d'un flot nombreux
Sur les épaules des phtisiques radieux ;
La baronne Traurig achète un collier d'ambre ;

La comtesse de Pienne, née de Mac-Mahon
Se promène sur le boulevard Mac-Mahon...
- " Hein ! Quel beau temps ! Se croirait-on à fin Décembre ? "
...
 
 
 
Henry J.-M. Levet (1874-1906) Poèmes  (1921).
 
 
sonn1-copie-1.jpg
 
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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 18:13
 Crise et avenir
du socialisme
  JULLIARD Jacques La Gauche et le Peuple

 

IDEES
La Gauche
et le Peuple.
Lettres croisées.
Jacques Julliard.
Jean-Claude Michéa.
Flammarion.
Octobre 2014.
317 pages.
 

 
Jacques Julliard, né en 1933, est journaliste et historien. Directeur d'études à l'EHESS, éditorialiste à Marianne, directeur de la revue Mil Neuf Cent, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les idées contemporaines. Il a récemment publié : La reine du monde. Essai sur la démocratie d'opinion. (Flammarion, 2008), L'argent, Dieu et le Diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne. (Flammarion, 2008), Les gauches françaises. (Flammarion, 2012).
 
Jean-Claude Michéa, né en 1950, est philosophe. Il est l'auteur de plusieurs essais importants consacrés à la pensée de George Orwell, aux méfaits du libéralisme et aux dérives du socialisme. Il a récemment publié : Le complexe d'Orphée. La Gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès. (Climat, 2011), Les mystères de la Gauche. De l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu. (Climat, 2013).
 
Présentation de l'éditeur.
A l'heure où la gauche peut mourir, où la droite implose, et où les électeurs se détournent des urnes, il est plus que temps d'interroger et de clarifier notre alphabet politique. Que signifie "être de gauche" ? Qu'est-ce que "le peuple" en 2014, et est-il encore de gauche ? Quelle est la raison du divorce actuel entre le peuple et les milieux dirigeants ? Révolution, réforme, utopie ? Quel horizon donner à la gauche aujourd'hui et comment le mettre en oeuvre ? Au fil de ces questions, Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa débattent, argumentent et contre-argumentent avec une vigueur, une franchise et une bienveillance hors du commun.  Leur conversation rend toute sa noblesse à un débat politique trop souvent réduit à la caricature.
 
L'article de Gérard Leclerc. - Royaliste. - 10 octobre 2014.
La gauche sans le peuple. Depuis son mémorable Orwell anarchiste Tory (Climats, 1995), Jean-Claude Michéa occupe une place singulière dans notre espace intellectuel. Défenseur farouche et éclairé d’une tradition ouvrière et socialiste, il s’attaque sans concession à la gauche actuelle, qu’il définit à l’exact contraire de cette tradition. Pour lui, la trahison était d’ailleurs comme inscrite dans les gènes de cette gauche, qui, dès le départ, se distingue de la cause ouvrière et du proudhonisme qui lui correspond. Michéa a pour lui toute la mémoire des XIXe et XXe siècles, il a une connaissance extrêmement pointue des textes, des hommes et des événements. Il a aussi pour lui son indifférence totale aux diktats de la pensée mainstream et de la culture installée. En un mot, il a des convictions plus fortes que tous les préjugés du moment, ce qui lui permet, à lui tout seul, de défier la doxa contemporaine.
Précisément, cette solitude, admirable en soi, fait quand même difficulté. Que peut un intellectuel, si brillant soit-il, contre toutes les puissances installées ? Par chance, il a rencontré sur sa route un autre intellectuel de belle stature, qui, a priori, pouvait passer pour son parfait contraire. Sans soupçonner un seul instant l’indépendance d’esprit de Jacques Julliard, on pouvait légitimement penser qu’il appartenait, à sa façon, à un certain establishment. Ne fut-il pas directeur délégué du Nouvel Observateur en même temps que son éditorialiste, ce qui lui conférait, aux côtés de Jean Daniel, une autorité enviable. Par ailleurs, il avait appartenu à la direction de la CFDT, à l’époque la plus effervescente de ce syndicat, avant que celui-ci ne s’aligne sur un réformisme tout à fait orthodoxe dans le cadre du libéralisme triomphant. Enfin, Julliard avait été l’un des principaux inspirateurs de ce qu’on appelait la deuxième gauche, celle qui trouva, dans son opposition à François Mitterrand, ses figures de référence, avec un Michel Rocard et un Jacques Delors.
En poussant les choses à l’extrême, on aurait pu définir Jacques Julliard comme intellectuel organique de la gauche et précisément de la gauche accusée par Jean-Claude Michéa des pires dérives, et un rapprochement, même dans un but d’échanges désintéressées, aurait pu paraître hautement improbable. Eh bien non ! J’avais pu me rendre compte, grâce à une première rencontre sur France Culture, comment le premier était presque passionnément intéressé par la pensée du second. Il y avait à cela une bonne raison. Julliard, en tant qu’universitaire, est un des meilleurs connaisseurs du terrain balisé par Michéa, et il ne pouvait que s’emparer de ses livres pour mesurer ses accords et ses désaccords. Mais il est une autre raison : le militant de gauche est lui aussi troublé par l’évolution actuelle du monde et la toute puissance d’un système hyper-capitaliste. On a beau vouloir, avec Rocard et Delors, moderniser la gauche, en la mettant en phase avec l’économie moderne, arrive un moment où éclate une véritable crise de conscience. Il y a d’abord cet évident divorce entre la gauche et le peuple: « François Mitterrand avait été l’élu d’une coalition classique, de type Front populaire ; quelques trente ans plus tard, François Hollande sera celui d’une coalition bobo, dans laquelle les éléments populaires n’ont joué qu’un rôle de supplétifs. » Sur ce point précis, il y a convergence totale entre les deux hommes qui partagent complètement l’analyse de Christophe Guilluy sur « la France périphérique ». Et Julliard de citer aussi le livre précurseur d’Éric Conan (La gauche sans le peuple, Fayard, 2004): « La gauche a cru le peuple disparu parce qu’il l’a progressivement quittée. Ou peut-être est-ce l’inverse : la gauche a perdu le peuple parce qu’elle l’a cru disparu. »
Et puis il y a aussi, pour un disciple de Péguy et de Simone Weil, l’évidence d’une considérable rupture morale. Même s’il résiste à la condamnation globale de Michéa à l’égard du libéralisme comme système d’assujettissement du monde, il lui accorde beaucoup sur ce terrain. Le fossé qui sépare la gauche du peuple est aussi d’ordre moral : « C’est votre mérite et votre courage de l’avoir mis en évidence, en soulignant que la common decency, qui est le fait du peuple, n’est nullement partagé par les élites. La preuve, ce sont les ricanements et les haussements d’épaule de la part de vos critiques les plus acharnés à l’énoncé de ce concept, dans lequel ils décèlent des éléments réactionnaires. Je me garderai bien de les suivre sur ce terrain, où la gauche radicale communie avec la gauche bobo contre toute évocation de la question morale. J’ai déjà dit qu’à mes yeux, c’est sur ce terrain que se joue l’avenir du socialisme et, si vous le permettez, de la gauche elle-même. » Il s’agit de bien mesurer comment l’affrontement avec la logique inhérente au système économique mondialisé a une portée anthropologique, qui met en danger, souligne Michéa, « la substance même de l’âme humaine ».
Ainsi il ne pouvait y avoir qu’un rapprochement entre le philosophe et l’historien, qui s’est traduit par un échange de correspondance, où l’un et l’autre se font part de leurs objections et de leurs différences, mais sur un fond d’accord qui ne cesse de grandir. L’historien estime, par exemple, que le philosophe minore l’alliance de fait entre le peuple ouvrier et la gauche républicaine, qui trouve ses origines dans les Lumières et le culte du progrès. Cela donne lieu à une discussion serrée, où les deux grands lecteurs évoquent avec délices tous les plis d’un passé qu’ils connaissent mieux que quiconque aujourd’hui. On retiendra aussi les distinguos très utiles de Julliard entre les différentes déclinaisons du libéralisme et les rapports ambigus que celui-ci entretient avec la démocratie et la technocratie. On constatera, qu’aiguillonné par son interlocuteur bienveillant, Michéa se montre au meilleur de sa forme pour exprimer ses idées, les approfondir et les défendre contre des adversaires souvent furieux.
Mais au terme de cet échange, on ne peut s’empêcher à la fois d’applaudir cette rencontre et de supputer, avec quelque effroi, la portée d’un accord, qui nous met en face du caractère démesuré de la tâche à entreprendre. En incitant Jacques Julliard à revenir à ses amours premières pour le syndicalisme révolutionnaire, ce n’est pas à un exercice de nostalgie que Jean-Claude Michéa nous invite, mais à un renversement sismique de l’ordre (ou plutôt du désordre) mondial. Julliard a beau énoncer avec le plus grand calme et la plus impavide assurance les mesures qui s’imposent pour transformer les choses, il annonce, ipso facto, un bras de fer impitoyable avec les forces triomphantes de ce temps. La réorientation totale de l’appareil productif, avec la nationalisation du crédit et le retour à une certaine planification, c’est un travail qui effraierait les titans eux-mêmes ! Et en appeler au peuple pour cette nouvelle révolution c’est un défi de plus. Que peuvent deux intellectuels isolés dans le fracas du monde ? Mais la simple affirmation de leur courage, c’est l’étincelle qui fait espérer l’aurore.
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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 21:16
Lebrau
 
 
automne
 
 
 
La vigne-vierge au vieux cyprès des Carmélites,
La rivière paisible au pied de l’Hôtel-Dieu,
C'est la ville d'octobre et ses toitures cuites.
Quelques pins couronnant un coteau jaune et bleu,

Le vol blanc des pigeons, l'incertaine fumée
Et son amère odeur, des roseaux, un labour,
C'est la campagne autour de la ville embrumée
A peine quand fraîchit, mauve, la fin du jour;

Mais je pense aux printemps gris et verts, à leur sève,
En suivant le chemin qui tourne et reparaît,
Et ma jeunesse et ses amours sont comme un rêve
Où la vieille Cité doucement m'apparaît.
 
 
 
jean lebrau (1891-1983). Poèmes (La Muse française, janvier 1922).
 
 
évasions
 
 
 
De l'heureuse matinée
Où s'éveillait Avignon,
De la brune carminée
Qui refaisait son chignon

Au miroir de la fenêtre,
J'accueille le souvenir.
Ce doux temps ne peut renaître
Ni jeunesse revenir.

Comme revient l'hirondelle
Avec la belle saison,
A son nid toujours fidèle
Sous le toit de la maison.

Las ! aux peupliers du Rhône
Chaque printemps clair me vieillit;
J'aime mieux la rose jaune
Qu'un ami pour moi cueillit

Loin du fleuve et de vos belles,
Villes aux pâleurs d'amour,
Tandis que les hirondelles
Désertent nos fins de jour.
 
 
 
jean lebrau (1891-1983). Le Divan (1937).
 
 
béarn
 
 
 
Je ne saurais oublier,
Province que j'abandonne,
Ni la première anémone
Aux tiédeurs de février
Parmi les vignes éclose
Sur le penchant du verger
Ni la chanson du berger
Pour une fille plus rose
Que la belle fleur du soir
Dans les rameaux nus encore.
Et d'une fraîcheur d'aurore,
Ce chant de timide espoir
Modulé sur la prairie,
Province aux hivers si doux
Luisant aux feuilles du houx
Alors que le pivert crie !
 
 
 
jean lebrau (1891-1983). Béarn (1931).
 
 
rose.jpg
 
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 19:46
Portrait d'un
homme pressé
 
 
  Boutang-Pierre-Andre-Paul-Morand.jpg

 

LETTRES
Paul Morand.
Entretiens avec Pierre-André Boutang.
Ed. Montparnasse.
Juin 2014.
2DVD, 3h34.
 

 
Pierre-André Boutang (1937-2008). Réalisateur et producteur pour la télévision et le cinéma. Il participe dès l'origine à la série des Archives du XXe siècle, qui conserve la mémoire d'un grand nombre d'artistes et d'écrivains du siècle dernier. A partir de 1992, il dirige les programmes de la Sept puis de la chaine culturelle Arte. Entretiens récents : Raoul Girardet. (Série "Océaniques", 2003), Alexandre Soljenitsyne. (Océaniques, 2005), René Girard. (Océaniques, 2006).
 
Présentation de l'éditeur.
Fils du haut fonctionnaire et artiste Eugène Morand, Paul Morand a très tôt été immergé dans le milieu artistique et a pu côtoyer de grands noms comme Giraudoux, Cocteau ou Proust. Ses premiers recueils de nouvelles l’ont fait paraître comme l’une des voix les plus originales de sa génération. Son œuvre, qui marqua la littérature du XXe siècle par son style moderne, est le fruit de soixante années d’écriture, et se caractérise par une large diversité : nouvelles, romans, poèmes, essais, chroniques, portraits d’écrivains. Il connait une période de controverse après la Seconde Guerre mondiale, du fait de sa proximité avec le régime de Vichy. Il pâtit de cette position en subissant une longue disgrâce pendant les années De Gaulle. Ce dernier empêchera pendant longtemps son entrée à l’Académie française. Son nouveau statut d’académicien en 1968 lui permet enfin de trouver la consécration. Cette consécration, il la doit aussi à une nouvelle génération d’écrivains, les « Hussards », qui le prennent pour modèle dans les années 1950-1960. Mené par Roger Nimier, le mouvement littéraire se construit en opposition avec l’existentialisme de Sartre et prône un style bref, cinglant et incisif. Avec Jacques Chardonne, Paul Morand se positionne en père spirituel de ces écrivains. Ces entretiens, réalisés par Pierre-André Boutang, sont issus de La Collection des Archives du XXe siècle, réunies par Jean José Marchand rassemblant  environ 150 personnalités filmées et pour laquelle il n’existe parfois aucun autre document audiovisuel.
 
L'article d'Olivier Cariguel. - Le Magazine littéraire. - juillet-août  2014.
Le monstre de distinction. La parution récente du premier tome de la volumineuse correspondance de Paul Morand avec Jacques Chardonne (Correspondance, 1949-1960, éd. Gallimard, 1166 p.) a été abondamment commentée. Mais que sait-on de Morand par lui-même ? À l'exception d'un documentaire sur Proust dans lequel il s'exprimait cinq minutes, il n'existe qu'un entretien télévisé avec lui. Il dure... plus de trois heures. Le journaliste littéraire Pierre-André Boutang avait réussi à l'interviewer pour « Les Archives du XXe siècle ». Créée par Jean José Marchand, critique visionnaire, la série collectait les souvenirs des grands écrivains et artistes du siècle dernier. Cette conversation inédite avec le grand-père des Hussards vient de sortir en DVD. Né en 1888 à Paris, où il s'éteint en 1976, Morand retrace son enfance dans un milieu raffiné, sa réussite précoce, ses fréquentations, ses voyages, au fil d'une longue traversée du siècle... Une vie exceptionnelle, qu'on aime ou pas l'écrivain ou le personnage. Faire parler Morand relevait d'une chimère. Il s'est toujours bridé lui-même par souci d'une parfaite distinction, prévient Jean José Marchand qui a établi le questionnaire de base des interviews en plans-séquences. On voit Morand vêtu d'une chemise jaune canari assis dans un fauteuil à bascule à la campagne. Des papillons passent. Il a d'abord connu le Paris 1900, titre de l'un de ses livres, grinçant, qu'il a un peu regretté par la suite. IL a très souvent vécu à l'ombre de la tour Eiffel. Une enfance, rue Marbeuf près des Champs-Elysées, dans un immeuble situé en face de vendeurs de chevaux et de cochers. Sa grand-mère habitait rue de Marignan, "on se télégraphiait par signaux optiques pour dire qu'on venait déjeuner. C'était un Paris provincial!". Jean Giraudoux, normalien, fut son précepteur, leur amitié resta intacte et vive. L'un des premiers livres de Morand, le recueil de nouvelles Tendres stocks, a été préfacé par Marcel Proust, qui lui avait proposé de donner un bal pour la sortie de l'ouvrage, à défaut d'un texte. Eclats d'un monde à part dans lequel il évolua toute sa vie... 
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 10:03
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Automne 2014
Jacques Ellul
et notre temps
  ELLUL-Jacques.jpg
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- La prudence d'Aristote, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- Sarkozy ou l'éternel retour du même, par Hubert de Marans. [lire]
Qui veut encore de Nicolas Sarkozy ? Moins d'un électeur sur trois, selon les sondages et les sympathisants de l'UMP sont eux-mêmes très divisés. Il ne suffit pas de paraître pour plaire et l’opinion publique garde en mémoire le bilan d’un septennat dont la France est sortie très affaiblie. Derrière l’échec annoncé du sarkozysme, c’est l’avenir d’une droite arrogante, sans idées et sans projet qui est en jeu. Avec ou sans Sarkozy, le libéralisme politique peut-il encore faire recette ? Pas sûr.

- Vers l'Etat palestinien, par Claude Arès. [lire]
La cause palestinienne avance. La Suède vient de reconnaitre officiellement la Palestine en tant qu’Etat, le parlement de Westminster souhaite que le Royaume-Uni en fasse de même et de nombreuses vois s’élèvent pour que la France emboite le pas. Pour le gouvernement américain, en crise ouverte avec Jérusalem et en plein rapprochement avec l’Iran, le sujet commence même à ne plus faire partie des tabous. Jusqu’où ira l’aveuglement d’Israël, de plus en plus marginalisé – y compris par ses alliés – au Proche Orient ?

- Jacques Ellul et notre temps, textes présentés par Vincent Maire. [lire]
La réédition récente de plusieurs ouvrages majeurs de Jacques Ellul et la solide biographie que Frédéric Rognon vient de consacrer à l’auteur de La Technique ou l’enjeu du siècle sont l’occasion de redécouvrir une pensée qui vaut mieux que ses caricatures. Résumer la somme ellulienne à un refus du progrès  ou à une rhétorique de la décroissance est un peu court. En réalité, les idées d’Ellul viennent de loin et il n’a jamais caché ce qu’il devait aux Grecs, à Marx, à Proudhon, à Bergson et à la synthèse personnaliste des années 30. Elles s’inscrivent dans un puissant courant de pensée critique où Heidegger, Sorel, Bernanos et Orwell ont leur place et qui continue à influencer en profondeur la pensée moderne. Si la démesure technicienne est le fait dominant de notre époque, c’est qu’elle constitue la « part de rêve », la religion séculière d’un monde toujours en quête de démiurge mais aussi de spiritualité. La réponse d’Ellul – celle d’une révolution intérieure et spirituelle - n’a rien d’a-politique ni d’anti-politique. Elle n’est l’expression ni d’une forme de résignation sociale, ni d’une défaite de la volonté. Elle exprime au contraire l’idée que c’est en retrouvant sa quiétude et ses limites que l’homme pourra reconstruire les bases d’une communauté vivante. En ce sens, elle est une pensée pour notre temps.

- Le mal napoléonien, par Jacques Darence. [lire]
Etonnant livre que celui de Lionel Jospin sur Le Mal Napoléonien. Non seulement par le bilan sans concession qu’il fait des quinze années du Consulat et de l’Empire. Mais aussi par les leçons politiques qu’il en tire pour éclairer nos débats actuels. Si l’ancien premier ministre reste un républicain convaincu, les questions qu’il pose sur les fondements du césarisme, sur les sources de la légitimité politique, les distinctions qu’il opère entre bonapartisme, royalisme et gaullisme ne manquent pas de finesse. Un livre utile, au moment où certains rêvent de revenir à la République autoritaire.

- Le royaume d'Emmanuel Carrère, par Paul Gilbert. [lire]
Le succès du Royaume, le livre d’Emmanuel Carrère, est le signe d’un changement d’époque. S’il suscite autant de débats passionnés, y compris au sein des communautés religieuses, c’est qu’il marque le retour de questions essentielles – foi, espérance, fraternité, recherche de la vérité – , alors que s’estompent les dernières illusions du progrès et de la modernité.

- Viva Gonzales, un conte de Jacques Perret. [lire]
Si chez nous les hommes politiques font souvent les perroquets, dans l'Amérique centrale de Jacques Perret, ce sont les perroquets qui font de la politique. A leurs risques et périls...

- Le jardin français, poèmes de J. Lebrau, H.J.M. Levet, F. Jammes. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
La mort à Sirven. - Le centre introuvable. - Retour du septennat ? - Régions à la découpe.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Le scandale Juncker. - De Londres à Berlin. - Obama, la fin du mythe. - Naufrage à l'OMC.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
Crise à la CGT. - Proglio remercié. - La recherche sacrifiée. - Le laid Paris.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Vialatte. - Védrines. - Buzatti. - Cessolle. - Besson. - Goffette.

- Idées et histoire, par Jacques Darence et Vincent Maire.
Dufour. - Loty. - Castoriadis. - Comité invisible.- Celtes.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Louis du Fresnois.
Sonia Delaunay. - Hokusai. - Marivaux.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Effacement du politique. - Le moment 1914. - Révoltes ouvrières.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Houellebecq économiste. (Bernard Maris). - Le retour de l'empire allemand. (Pascal Ordonneau). - Oeuvres complètes (François Villon). - Baudelaire l'irréductible. (Antoine Compagnon). - Montaigne. (Pierre Manent). - Et dans l'éternité, je ne m'ennuierai pas. (Paul Veyne). - Le Front d'orient. (Max Schiavon). - Joseph de Maistre. (Carolina Armentos). - Petite sélection stendhalienne. - Livres reçus.

 

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 20:16
Berry
 
 
par lui-même
 
 
 
Les Vins, les Blés, les Brègues, les Mélives
Je conte et chante, et le Ru jaunissant
Qui vient d'Espagne en écartant ses rives
Devant Bordeaux s'étendre en fier croissant,
Et les amours je trace dans ma Geste
Du plus chétif et de la plus modeste
Que la Bénange ait réunis jamais
Dans ses champs verts et sur ses noirs sommets.
 
 
 
andré berry (1902-1986). Lais de Gascogne (Firmin-Didot, 1933).
 
 
lai du train de cadillac
 
 
 
O toi petit train des Benauges,
Bélant comme un chevreau perdu,
A travers les thyms et les sauges,
Au bord de ton sentier ardu,
Grinçant aux courbes de ta ligne,
Entouré d'un tourbillon noir
Que fait tournoyer sur la vigne
Ta cheminée en entonnoir,

Doux petit train qui tourne et tourne,
Brulant l'herbe et les liserons,
De la Bastide jusqu'au Tourne
Et jusqu'aux rives de Cérons,
Juste effroi de la mère poule
Qui souvent après tes convois
Trouve ses chers poussins en foule
Méchamment broyés sous ton poids,

J'ai su courir à ta poursuite
Ou, d'un signe de mon mouchoir,
T'arrêter piaffant dans ta fuite
Près du tourniquet du lavoir...
C'est grâce à toi, Crache-fumée,
Que j'ai pu si souvent revoir
Bordeaux, ma ville bien-aimée,
Et Quinsac, mon plaisant terroir.
 
 
 
andré berry (1902-1986). Lais de Gascogne (Firmin-Didot, 1933).
 
 
à une petite semelle
d'ivoire
 
 
 
O toi qui sur un coussin rose
Fais l'ornement de ce séjour
Où la simple amitié repose
Aux mêmes sofas que l'amour, -
Sous ton mince globe de verre
Posée avec un soin pieux
Par l'habitant docte et sévère
De ce salon mystérieux,

Toi que célèbre dans sa cage
L'oiseau chargé de verts regrets
Que ce monastique ermitage
N'a point consolé des forêts,
Dis pour quelle ardente marquise
Furent peints sur ton tissu blanc
Ce blason et cette devise
Par le pinceau d'un vieux galant.

Quelle Cendrillon langoureuse
T'a foulée au sortir du bal,
Après la perte malheureuse
De sa chaussure de cristal ?
De quels jours gardes-tu mémoire,
De quel talon frêle et menu ?
Hélas ! à quelle peau d'ivoire
Ton ivoire a-t-il survécu ?

Mais tu ne saurais rien m'apprendre
Sur la morte qu'un prince aima,
Ni sur l'amour lascif ou tendre
Dont le brandon la consuma.
A quoi bon vanter son lignage
Et ses vains honneurs enfouis ?
Il ne reste aucun témoignage
Des sourires évanouis.

Le sentier qui porte les traces
Des souliers de la Montespan
Se tait à jamais sur les grâces
Des folles duchesses d'antan ;
Il n'est gravure ni beau livre
Ni bronze dur, ni mol pastel
Qui puisse encor les faire vivre
Sous l'oeil d'un dieu ni d'un mortel.

Ghislaine, Ghislaine, Ghislaine,
- Ne restera-t-il donc de vous
Que la pantoufle à la poulaine
Dont s'étouffaient vos pas jaloux,
Ou cette babouche dorée
Que vous ôtiez, non sans débats
Pour m'offrir la blancheur nacrée
De vos pieds frais et délicats ?
 
 
 
andré berry (1902-1986). Les Facettes (Avril 1928).
 
 
corbeille de fruits
 
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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:13
La démocratie
sans le peuple
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IDEES
Le Crépuscule
de la démocratie.
Nicolas Grimaldi.
Grasset.
Mars 2014.
155 pages.
 

 
Nicolas Grimaldi, né en 1933, est philosophe. Titulaire de la chaire d'histoire de la philosophie moderne puis de métaphysique à la Sorbonne, il est l'auteur de plus d'une trentaine d'essais sur Socrate, Proust, Descartes, Van Gogh, l'imaginaire, l'attente ou le refus du présent. Il a récemment publié : Les théorèmes du moi. (Grasset, 2013), Raison et religion à l'époque des Lumières. (Berg International, 2014), Les idées en place. (PUF, 2014). 
 
Présentation de l'éditeur.
« Tout a toujours très mal marché. » C'est la leçon que Péguy avait tirée de l'histoire. En observant que tout va mal, nous n'avons donc aucune raison de nous lamenter. C'est la preuve que tout va aussi bien que jamais. Dans ce court essai, Nicolas Grimaldi dresse un constat de la situation politique contemporaine. Ni critique, ni polémique, c'est un état des lieux. Qu'en est-il de ce qui nous tient lieu de démocratie ? Dans un aussi vaste pays que le nôtre, il va de soi que la volonté populaire ne peut être que déléguée. Son expression se résume donc à ce qu'en manifestent ses représentants. Toute la vie politique se réduit par conséquent au mode de leur désignation, à leur capacité d'instruire les problèmes de la nation, et à l'indépendance de leur jugement par rapport aux initiatives du gouvernement. Or que représentent aujourd'hui ceux qu'une ancienne coutume nous fait encore désigner comme « les représentants du peuple » ? Les plus audacieux représentent ceux qui les ont élus. Ils représentent les intérêts très particuliers d'une population locale. Les plus disciplinés représentent leur parti. Lorsqu'ils appartiennent à la majorité, la voix de leur parti est celle du gouvernement. Mais comme leur investiture dépend de quelques caciques du parti, ils représentent dans le parti la tendance de ces barons. Autant reconnaître, par conséquent, que ces régimes parlementaires n'ont quasiment plus rien ni de démocratique ni de républicain. Aussi ne peut-on se retenir d'en poser aujourd'hui la question : la démocratie n'est-elle pas chose trop précieuse et trop importante pour être abandonnée à ses représentants ? 
 
Recension d'Alexandre Solans. - Etudes. - septembre 2014.
La démocratie française a atteint un point critique : elle se meurt, elle est déjà morte, elle n’a jamais existé. L’illusion se dissipera bientôt, dès que le peuple s’apercevra que ses représentants ne représentent qu’eux-mêmes, et que les institutions n’existent que pour se perpétuer. Nicolas Grimaldi, dans une langue somptueuse qui semble tout droit venue du Grand Siècle, assène ses sentences lapidaires et tranchantes, sans citer un seul nom, à un système devenu à lui-même sa propre raison d’être : « Car en politique la recherche du bien commun est un autre nom du suicide. » Faut-il pour autant céder au fantasme du « système », qui ferait de la loi l’alibi de l’injustice et qui profiterait assez à certains pour qu’ils négligent d’y mettre fin ? L’auteur s’en garde bien : le vrai scandale de l’injustice réside plutôt dans un ensemble spontané d’affinités et de connivences qui fait bénéficier quelques-uns des initiatives que le pouvoir prend au nom de l’intérêt général. Nous vivons donc, plutôt qu’en démocratie, sous le joug d’une oligarchie de clients, esclaves eux-mêmes des disciplines de parti. Dressant un portrait savoureux de la comédie des campagnes présidentielles, réduites aux effets de communication, et de la guerre idéologique qui émiette la nation en transformant les adversaires en ennemis, Nicolas Grimaldi réserve ses coups les plus durs au présidentialisme, qui affaiblit la représentation parlementaire, et à ceux qui, en accordant les investitures, sont les vrais maîtres du jeu électoral – tout au plus, une centaine de personnes. Malgré la naïveté des solutions proposées, la force de ce livre réside dans son analyse, à un haut degré d’abstraction, du fonctionnement le plus concret de notre régime démocratique. Un constat aussi percutant que désenchanté ; une formidable énergie dans le désenchantement.
 
Autre article recommandé : Jérôme Serri, « Désolante démocratie. » - Lire, juillet-août 2014.
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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 11:04
Arnoux
 
 
chevauchee
 
 
 
Par le vent, vers un ciel de parade,
                 Cravaché,
Un galop de nuage escalade
                  Le rocher.

Il se cabre, il s'ébroue, il dévale,
              — Bond vermeil —
En fumant comme un dos de cavale
                  Au soleil.

Bien lancé ! Bien couru ! Bonne chasse !
                 Bien fringué !
Et l'abîme est franchi, comme on passe
                 L'eau d'un gué.

Hop, le pré ! Hop, le col ! Hop, la lande !
                 Hop, le mur !
La mangeoire a ce soir pour provende
                 Double azur.

Tu passais, souffle en feu, ventre en nage,
                 Cramoisi,
J'ai sauté sur ta croupe, ô nuage,
                 Me voici !

Hop, le roc ! Hop, les pins ! Hop, les frênes !
                 Mes cheveux
Emmêlés à ton poil, tu t'effrènes
                 Où je veux.

Et le ciel est mon fief où je chasse
                 Et m'étends;
Bien piaffé ! Bien volté ! Hop, l'espace !
                 Hop, le temps !
 
 
 
alexandre arnoux (1884-1973). Au grand vent. (Paul Ollendorff, 1909).
 
 
ballade de lullo-mîr
 
 
 
J'ai croisé longtemps autour de la lune
Sur un fin voilier armé pour la chasse,
(Mille cacatois perchent dans la hune),
L'étrave taillait dans l'hyperespace..

Au coupant luisait l'Etoile Polaire
Que le mousse avait décrochée à l'Ourse ;
Vénus rougeoyait au fanal arrière,
J'avais inq écus de plomb dans ma bourse.

Les filins tressés dans les cheveux d'Eve,
Le grand mât taillé dans l'arbre de Science,
Les voiles couleur d'entre-veille-et-rêve,
Le cellier garni de vieux vin de France ;

Les hommes poussaient jusqu'à mort d'haleine
La chanson sans fin d'une seule note ;
Comme un violon ronflait la carène ;
Nous avion le Juif Errant pour pilote;

Et notre Sans-Fil plongeait outre-monde,
Outre-temps dans la matrice des forces ;
Quand je m'accordais à sa longueur d'onde,
Firdouzi passait un poème en Morse...
 
 
 
alexandre arnoux (1884-1973). La Rose rouge (juin 1919).
 
 
flammes dansantes
 
 
 
Un bandit nourri de Virgile
M'a donné jadis son manteau
Odeur balsamique de l'île
Et hircine du bruccio.

La prairie et la gare en briques,
Pour le signal le cri du choucas;
Le rapide des Amériques.
N'a jamais atteint Arkansas

Oeil de Scops et Vol-d'Alouette,
Pied-d'Outarde et Taon-du Bétail,
Mes bons amis des nuits de guette,
Le rifle au poing, l'oreille au rail.
 
 
 
alexandre arnoux (1884-1973).
 
 

 
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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 07:36
Panorama
d'un conflit
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HISTOIRE
La Grande Guerre.
Fin d'un monde,
début d'un siècle.
François Cochet.
Perrin.
Janvier 2014.
517 pages.
 

 
François Cochet, né en 1954, est historien. Spécialiste des deux guerres mondiales, il enseigne à l'Université de Metz et fait partie du Conseil scientifique de la Mission du centenaire. Il a récemment publié : Pierre Messmer (Rineneuve Editions, 2012), Les soldats inconnus de la Grande Guerre (Soteca, 2012), Armes en guerre (CNRS-éditions, 2012).
 
Présentation de l'éditeur.
La guerre de 1914-1918 ouvre tragiquement le XXe siècle, souvent nommé le « siècle de la guerre ». Mais ce conflit n'a pas soudainement éclaté à l'été 1914 pour s'interrompre tout aussi brutalement en 1918 : il s'inscrit mentalement dans des comportements issus d'un long XIXe siècle, tout autant qu'il innove et ouvre la voie aux affrontements du XXe siècle. Sondant les mentalités, l'action des chefs comme des humbles, des civils comme des militaires, interrogeant les attitudes de ceux qui décident, autant que de ceux qui vivent la guerre dans le froid des usines ou dans la boue des tranchées, l'auteur envisage, sans parti pris, toutes les dimensions - militaires, économiques, sociales et politiques - de ce conflit total. Il aborde aussi bien le monde des combattants que celui des arrières, les fronts européens qu'asiatiques ou africains. Synthèse d'ampleur, l'ouvrage répond à toutes les questions que l'honnête homme se pose sur cet affrontement parfois dantesque. Refusant de céder à une lecture partisane et exclusivement hexagonale, il se place résolument dans une approche comparative de la première des deux guerres mondiales, un conflit qui a profondément marqué les sociétés contemporaines et demeure, pour les Français, LA Grande Guerre par l'ampleur des pertes, des destructions et des deuils.
 
L'article de Bertrand Renouvin. - Royaliste. - juillet-août 2014.
La Grande Guerre. Dans son ouvrage François Cochet examine tous les aspects de ces quatre années de guerre. Avec lui, nous sommes dans les États-majors et dans les tranchées, à la Chambre des députés et au Reichstag, sur les fronts de France, de Russie et d’Orient, sur mer et dans les déserts d’Arabie, avec les paysans et les ouvriers de l’arrière, dans les territoires français occupés, avec Foch, Joffre, Pétain, Hindenburg, Churchill, Clemenceau et Woodrow Wilson… loin des discours doloristes ou héroïsants qui masquent les logiques complexes de la guerre. Sans oublier les souffrances endurées par les combattants et la fatigue croissante des peuples, il faut commencer cette commémoration par une mise en perspective politique et stratégique.
Les causes de la guerre, naguère étudiées par Pierre Renouvin puis par Fritz Fischer, font toujours l’objet de vives discussions sur lesquelles François Cochet porte des appréciations pertinentes. On incrimine classiquement la rigidité des systèmes d’alliance or «les conflits balkaniques de 1912-1913 ont montré que les alliances étaient faites pour évoluer en se formant ou se défaire au gré des événements.» Quelle rigidité en 1914 ? Ce n’est pas pour défendre la France que l’Angleterre entre en guerre, mais pour secourir la Belgique envahie – alors que l’Italie, qui appartient à la Triplice, ne se range pas du côté des Empires centraux. L’explication par la course aux armements ? Elle concerne les marines anglaise et allemande mais s’il y avait eu de véritables surenchères industrielles, les différentes armées n’auraient pas manqué d’obus pendant l’été 1914. Les rivalités des impérialismes coloniaux ? Elles opposent surtout la France et l’Angleterre… qui s’allient après la crise de Fachoda (1898) alors que des capitalistes français et allemands tissent des liens financiers avant 1914. Les sentiments nationalistes ? Ils sont vigoureux en France et en Allemagne mais les thèmes internationalistes et pacifistes ont un large écho.
Ce ne sont pas les nations qui ont déclenché la guerre selon une mécanique belliqueuse qu’elles recèleraient mais très précisément les Empires centraux. C’est la volonté de puissance de Guillaume II qui provoque des tensions croissantes à partir de 1905: l’Allemagne, qui dénonce la présence de la France au Maroc (discours de Tanger), constate avec plaisir que le Tsar est affaibli par la première révolution russe et le Kaiser estime que son pays peut être agressif à l’Ouest parce qu’il n’aura pas à combattre sur deux fronts. En 1911, la crise d’Agadir confirme l’agressivité allemande qui se manifeste aussi sur mer, face aux Britanniques. L’attentat de Sarajevo donne à l’Autriche-Hongrie un prétexte pour faire la guerre à la Serbie afin d’empêcher la réunion des Slaves du Sud ; puis Vienne, qui se heurte à la fermeté de Saint-Pétersbourg, envisage avec confiance un conflit avec la Russie. L’Allemagne, qui se prétend encerclée, veut également la guerre : « La mobilisation allemande du 31 juillet est décidée avant même que la nouvelle de la mobilisation russe n’arrive à Berlin. On sait aujourd’hui que si la France avait répondu favorablement à l’ultimatum allemand du 31 juillet lui demandant de rester neutre en cas de conflit entre l’Allemagne et la Russie, l’ambassadeur von Schoen avait ordre de rendre les choses inacceptables pour Paris, notamment en revendiquant les villes de Verdun et Belfort comme gages. »
Cette guerre est mondiale. Les images de Verdun hantent nos mémoires mais nous ne saurions oublier les batailles sur les autres fronts. La plupart des Français oublient le front russe pour ne retenir que le traité de Brest-Litovsk signé le 3 mars 1918. Les troupes russes se sont battues pendant près de quatre ans. En août et septembre 1914, elles obtiennent plusieurs succès contre les Autrichiens et les Allemands, malgré leur victoire à Tannenberg, livrent de durs combats et doivent maintenir à l’Est des troupes qui leur feront défaut à l’Ouest : la victoire française sur la Marne doit beaucoup à la pression russe. Il faut aussi se souvenir de la résistance des Serbes, de la guerre en Italie, des opérations en Afrique. La lutte des Britanniques contre les Turcs est bien connue grâce au prestige de Lawrence d’Arabie mais nous ne saurions oublier la mission du colonel Brémond, qui était dépourvue des moyens nécessaires à l’affirmation de l’influence française au Proche-Orient mais qui s’est faite apprécier par son absence de racisme : les Hachémites constatent qu’un musulman peut devenir officier dans l’armée française, chose impossible dans l’armée italienne comme dans l’armée égyptienne commandée par les officiers anglais. Il faut surtout s’intéresser à l’armée d’Orient : commandée en 1918 par le général Franchet d’Esperey, elle compte 26 divisions grecques, françaises, serbes, britanniques et italienne qui remontent la vallée du Vardar et disloquent l’empire austro-hongrois : « c’est bien par la Turquie, via ses possessions en Palestine, et par la Bulgarie que la Grande Guerre s’achève d’autant plus que ces deux États constituent les deux maillons faibles des alliances conclues par les Empires centraux. »
Les mutations stratégiques sont considérables pendant la Grande Guerre. L’année 1914 est terriblement meurtrière. Les stratèges français et allemands ont oublié que la guerre de 1970 était déjà remarquable par la puissance du feu et ceux qui voient qu’elle a plus que doublé en quarante ans pensent la contourner par des offensives fougueuses en vue de la « bataille décisive » qui conclut une guerre courte. Or les combattants découvrent le « mur de feu », la cadence des mitrailleuses, les déluges d’obus. Ce ne sont pas les pantalons garance qui marquent l’infériorité française mais le manque d’artillerie lourde. Quelle que soit la couleur de l’uniforme, les pertes sont effroyables de tous les côtés et, après l’été, les combattants s’abritent dans un système complexe de tranchées. Général en chef, Joffre tire très vite les leçons des revers de l’été, écarte 144 généraux sur 344 et promeut Nivelle, Pétain et Foch. Certes, il est « toujours prompt à faire retomber sur d’autres ses propres erreurs » mais il a une vision d’ensemble de la guerre et « pense en permanence le front occidental à la lumière du front oriental. »
À la fin de l’année 1914, il est clair que la partie se jouera sur le front des industries d’armement mais les militaires et les politiques restent fascinés par la stratégie de l’offensive qui permettrait d’exercer un ascendant moral sur l’adversaire et d’entretenir l’ardeur des troupes. C’est pourquoi, « en 1915, Joffre entend mener une guerre avec les moyens de 1914, alors qu’il a déjà compris que l’industrialisation de la guerre est désormais inéluctable et constitue le seul moyen de la gagner.» On attaque en Woëvre, en Artois et en Champagne mais les résultats de l’année 1915 sont décevants et le moral des Français s’en ressent d’autant plus que l’opération des Dardanelles est un échec. Les pertes sont considérables mais les chefs militaires ne sont pas les bouchers fustigés par la propagande pacifiste et communiste de l’entre-deux-guerres : très vite, ils s’ingénient à épargner les soldats de première ligne mais la nouvelle stratégie n’est pas toujours comprises par les commandants de compagnie. Sur tous les fronts cependant, on bascule dans la guerre de matériel : artillerie, avions, mines, lance-flammes, gaz de combat…
La « bataille décisive », courte et brutale, se transforme en hyperbataille qui présente trois caractéristiques : haute intensité de feu, concentration massives de troupes pour l’offensive ou la contre-offensive, accumulation de moyens matériels, parmi lesquels un nombre considérable de pièces d’artillerie. C’est Verdun, « bataille paradoxale » notamment par le fait que « des millions d’hommes, dans les deux camps, ont fréquenté le site mais la plupart des combats, à l’exception des grands coups du 21 février ou de la reconquête de Douaumont, n’ont concerné que des unités élémentaires. La compagnie constitue ici l’unité de référence, comme souvent. » C’est la bataille de la Somme, celle de l’Isonzo sur le front des Alpes, les offensives de Broussilov en 1916 et 1917, la bataille de Marasesti qui oppose l’armée roumaine assisté d’une mission française aux troupes allemandes ou encore la bataille navale du Jutland du 31 mai 1916.
L’année 1918 marque le retour à la guerre de mouvement, qui provoque des pertes plus importantes que les hyperbatailles : 941 000 soldats français sont tués, blessés ou prisonniers entre janvier et le 11 novembre. À l’ouest, les Allemands lancent à partir de mars plusieurs offensives qui sont d’abord couronnées de succès : début juin, ils sont à soixante kilomètres de Paris… comme en septembre 1914. Mais l’armée allemande manque d’hommes et les difficultés d’approvisionnement en matières premières amoindrissent la qualité des armes et des munitions. «Jusqu’à la fin juin 1918, l’armée allemande est matériellement très puissante. Au-delà, les matériels ne sont plus remplacés et le nombre de pièces d’artillerie décroît.» La bataille industrielle est perdue, la démoralisation gagne les soldats, l’arrière veut la paix, les Autrichiens plient devant les Italiens… C’est la fin.
Il faudra revenir sur d’autres aspects de la guerre que François Cochet analyse de manière passionnante : les gouvernements de guerre, les évolutions de l’opinion publique, le mouvement pacifiste, les grèves, l’engagement américain, les rafles et les déportations effectuées (déjà) par les Allemands, la résistance française dans les départements occupés qui esquisse celle qui se développe à partir de juin 1940… Notre travail de mémoire ne fait que commencer.

 

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