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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 11:04
Bernard
 
 
paroles pour ne rien dire
 
 
 
A la manière d'Henri de Régnier.
 
L'eau diverse des fontaines,
Avec un bruit différent
Tombe dans les vasques pleines;
Et son double bruit m'apprend.

Que, pareille à son murmure,
Se prolonge la rumeur,
Tantôt douce, tantôt dure,
De ma peine ou ton bonheur.

Mais, vois-tu, puisque la vasque
N'en débordera pas moins,
Ne fais sourire ton masque,
Ni ne crispe tes deux poings;

Et, sans chercher à comprendre,
Ecoute, en le soir tombant,
L'eau des fontaines s'épandre
Avec un bruit différent ...
 
 
 
jean-marc bernard (1881-1915). Sub tegmine fagi. (1923).
 
 
programme
 
 
 
Jetons les livres allemands,
Par les fenêtres, à brassées.
Foin des cuistres et des pédants,
Et vivent les claires pensées!

Mieux vaut, couché sur le gazon,
Relire, loin des philologues,
Catulle, Horace, Anacréon
Et le Virgile des Eglogues.

Car l'antiquité nous instruit.
Chacun de ses auteurs répète :
Le temps irréparable fuit...
Cueille le jour, dit le poète.

Ah! Contentons-nous désormais
De ces vérités éternelles
Que nous méditerons en paix
Sous les raisins de nos tonnelles.

Puisque se lamenter est vain,
Ne pleurons point la mort des choses :
Versons ces roses en ce vin,
En ce bon vin versons ces roses.

Goûtons la joie et le chagrin
Que, tour à tour, chaque heure apporte;
Car la Mort, pourrait bien, demain,
Frapper du poing à notre porte.
 
 
 
jean-marc bernard (1881-1915). Sub tegmine fagi. (1923).
 
 
lentus in umbra
 
 
 
A Charles Maurras.
 
Presque à plat ventre dans l'herbe
Qu'ombrage un fin peuplier,
Je regarde scintiller
Les eaux du Rhône superbe.

Arbres et collines font,
De l'autre côté du fleuve,
Une image toujours neuve
Sur l'immobile horizon.

Ce paysage tranquille
Sait emplir de sa douceur
L'intelligence et le coeur
Comme un beau vers de Virgile.

Pourrai-je dire comment
Il ravit mon indolence ?
Mieux vaut goûter son silence
Et me taire également...
 
 
 
jean-marc bernard (1881-1915). Sub tegmine fagi. (1923).
 
 

fontaine

 
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la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 19:46
La force du
renoncement
  Petitfils-Jean-Christian-Le-Fremissement-de-la-grace.jpg  
LETTRES
Le Frémissement
de la grâce.
Le Roman du Grand Meaulnes.
Jean-Christian Petitfils.
Le Livre de Poche.
Novembre 2013.
264 pages.
 

 
Jean-Christian Petitfils, né en 1944, est historien et écrivain.  Grand connaisseur du XVIIe siècle français, auteur d'une trentaines d'ouvrages historiques, il a été couronné par l'Institut pour l'ensemble de son oeuvre. Il a récemment publié Louis XVI. (Perrin, 2005), Louis XIII. (Perrin, 2008), Testaments et manifestes de Louis XIV. (éd. des Equateurs, 2009), Jésus. (Fayard, 2011).  
 
Présentation de l'éditeur.
Alain-Fournier n'a que dix-huit ans lorsqu'il fait la rencontre, éblouissante et fugace, de la femme qui va transformer sa vie et devenir sa source d'inspiration la plus profonde. Des années durant il espère revoir celle qui hante ses rêves, et quand le hasard les réunit de nouveau, elle est mariée et mère de deux enfants. Malgré tout, elle continue d'incarner à ses yeux ce sentiment presque mystique qu'on appelle la grâce, sur lequel le temps qui passe semble sans prise. De cet amour impossible et sublimé naîtront les pages d'un roman au lyrisme subtil et mystérieux : Le Grand Meaulnes. Biographie librement inspirée, essai littéraire, mais aussi tentative d'exploration d'un « paysage amoureux » unique, ce récit nous conte, sur fond de passion amoureuse, la genèse d'une des oeuvres les plus célèbres de la littérature française.
 
L'article de Bruno Frappat. - La Croix. - 14 novembre 2012.
Trop pur amour. Un amour séraphique de fin d’adolescence ; une silhouette féminine élancée qui s’efface très vite ; des souvenirs évanescents pour hanter le cœur d’un jeune homme. De brèves retrouvailles, sept ans plus tard. Et, au bout, un grand livre, un roman devenu mythique depuis exactement un siècle : Le Grand Meaulnes. Pour finir, un jeune officier de vingt-huit ans fauché, en septembre 1914, dans une forêt de la Meuse. Ses restes ne seront retrouvés que trois quarts de siècle plus tard. Courte vie, longues disparitions et longue mémoire. Lorsque parut Le Grand Meaulnes, en 1913, Henri Massis eut cette formule qui résuma son admiration pour le roman : « Un drame de Shakespeare joué par des personnages de Madame de Ségur ». Il ne se moquait pas. Cette dualité apparemment insoluble entre un immense amour de campagne idéalisée et la fuite de l’aimée dans une réalité honnie, c’est tout le «drame». Quant aux «personnages», ils contiennent les caractéristiques de toute enfance rêveuse, l’absolutisme de la naïveté. Voudrait-on que cette nostalgie de l’enfance soit le péché des faibles ? C’est bien d’une femme qu’est né ce livre, le seul roman jamais écrit par Henri Fournier – alias Alain-Fournier – récit nostalgique mêlant une enfance qui colle à l’âme et l’ombre d’une blonde «chaste et désespérante». Récit d’une double fuite que reprend, dans un livre d’une très agréable lecture, l’historien Jean-Christian Petitfils, spécialiste du dix-septième siècle et auteur, l’an dernier, d’un gros livre sur le Jésus de l’histoire. Il n’y a pas de «scoop» dans ce livre. L’auteur ne prétend pas faire œuvre de «biographe», il existe de bonnes biographies. Il a eu seulement l’idée et l’envie de centrer son essai sur la relation entre deux personnes qui se sont, somme toute, fort peu connues et par l’effet du pur hasard. Une rencontre qui fit trace dans l’âme du jeune Fournier, au point de lui donner l’axe d’une œuvre universellement admirée et qui n’a pas vieilli.La rencontre qui marqua la vie de Fournier eut lieu 1er juin 1905, jour de l’Ascension, à Paris. Le jeune homme, âgé de dix-neuf ans, élève de khâgne au lycée Lakanal de Sceaux, est venu visiter, au Grand Palais, une exposition, la «Nationale». Descendant les escaliers qui donnent côté Seine, il entend derrière lui un pas et se retourne. Une jeune fille blonde, grande, magnifique, est au bras d’une dame plus âgée. Irrésistiblement, le jeune homme la poursuit de sa curiosité. Il prend avec les deux femmes, sans leur adresser la parole, la navette fluviale qui les ramène du côté du boulevard Saint-Germain. Il les suit jusqu’à ce qui semble être leur domicile. Il reviendra se planter devant les fenêtres où, finalement, la jeune fille, écartant les rideaux, esquisse un sourire. Le jour de la Pentecôte, il se risque à lui parler. Ils se promèneront brièvement. Une conversation «belle, étrange et mystérieuse» a lieu. Puis il faut se quitter. La jeune fille, Yvonne de Quiévrecourt, lui dit qu’elle n’est que de passage à Paris et qu’il faut en finir avec cette «folie». Elle le quitte au Pont des Invalides. C’est tout. Cette figure occupe désormais toute son âme de post-romantique, poète, dévoreur de livres et qui a des aspirations à l’écriture. Il pense constamment à cette apparition fugitive dans sa vie. Il tente de la retrouver et, pour cela, demande l’aide d’une agence de renseignements ! La disparue est signalée à Toulon où elle a suivi… l’homme avec qui elle s’est finalement mariée, officier de marine. Il lui envoie des textes écrits par lui, notamment un court essai sur… Le Corps de la femme. Las ! Elle a quitté Toulon pour Brest, sans laisser d’adresse précise. Cependant il finira par la retrouver, sept ans après leurs premières rencontres, à Rochefort. Ils s’y feront de simples serments d’«amitié», qui fendent le cœur du jeune homme. Entre-temps il a connu des femmes, des cousettes, des ouvrières, une prostituée, une femme mariée… Il a fini par nouer un amour orageux avec une grande actrice, Pauline Benda, alias «Madame Simone». Ils se promettent le mariage. La guerre en décidera autrement. Beaucoup de femmes, dans cette brève vie : une grand-mère adulée, une sœur (Isabelle) placée au-dessus de toutes. Mais, plus haut encore, la trop belle Yvonne, éthérée, la grâce même, l’absolu de l’impossible amour. L’on se dit, au terme du récit de Jean-Christian Petitfils, que le destin a bien fait les choses, dans sa cruauté, car, sans cet amour impossible, imaginé, nous n’aurions pas eu Le Grand Meaulnes. Il fallait qu’il fût pur pour être rêvé et flotter aussi dans nos cœurs d’enfants.
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la Revue critique des idées et des livres - dans Notes Lettres
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 14:42
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Eté 2014
Le souvenir
d'Alain-Fournier
  Alain-Fournier-2-copie-2.jpg
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- Alain-Fournier, passion et renoncement, par Rémi Clouard. [lire]

Les idées et les livres

- Crise de régime, par Hubert de Marans. [lire]
Crise de l’exécutif, affrontements durs au sein de la majorité, guerre des chefs à l’UMP, montée du Front national et de la gauche contestataire… la classe politique est prise de panique et ne sait plus à quel saint se vouer. On aurait tort de croire que c’est en réformant les institutions ou en remplaçant la gauche libérale par la droite républicaine que l’on évitera la crise qui s’annonce. Ce que veulent les Français, c’est qu’on change les élites en place parce qu’elles ne savent plus gouverner et que leurs idées ont fait faillite.

- Le réveil écossais, par Gildas Kéragnel. [lire]
La tension monte en Ecosse à l'approche du référendum du mois de septembre. Même si les sondages donnent encore une légère avance aux partisans du non, l’espoir est passé du côté des indépendantistes  et un vent de panique commence à souffler dans les milieux d’affaires, à Londres, à Francfort et à Bruxelles. Pour beaucoup d’Ecossais, c’est moins le Royaume Uni qui est en cause qu’une certaine idée de la souveraineté et de l’Europe.

- Le souvenir d'Alain-Fournier, textes présentés par Rémi Clouard. [lire]
" Mon credo en art et en littérature : l'enfance. Arriver à la rendre sans aucune puérilité, avec sa profondeur qui touche les mystères". Tel fut, jusqu'à sa mort tragique dans les premières semaines de la Grande guerre, le programme d'Alain-Fournier, cette quête du moment précis où l'enfance bascule, où elle passe du bonheur simple au désenchantement. Si l'univers et le style de l'auteur du Grand Meaulnes restent inimitables et inimités, ses sources sont simples et claires : Péguy, Nerval, Dostoïevski, le premier Barrès. Et la trace qu'il a laissé dans notre littérature est encore bien visible: Radiguet, Giraudoux, Green, Nimier, Gracq, ... nombreux sont ceux qui ont subi et qui subissent encore la force de son envoutement.

- Bouvines et l'unité française, par Jacques Darence. [lire]
Le 27 juillet 1214, à Bouvines, la France triomphe du reste de l’Europe. Philippe Auguste y remporte une grande victoire militaire, à la tête d'une armée unie derrière son roi. Mais Bouvines est aussi un succès politique où la France s’affranchit de la tutelle anglaise et où elle s’affirme comme nation et comme puissance moderne face au vieil empire romain et germanique, rongé par ses divisions.

- Un solitaire, Nicolas de Staël, par Sainte Colombe. [lire]
Deux belles expositions - l’une au Havre, l’autre à Antibes – rendent hommage à l’une des figures les plus originales de la peinture contemporaine. Esprit libre, homme de son temps et contre son temps, Nicolas de Staël pris le parti de ne pas choisir entre figuration et abstraction. Et de laisser son œuvre osciller entre les deux lumières qui la subliment. Celle du midi, nette et violente, et celle, plus calme et plus ondoyante, de ses paysages de Normandie, du Nord et de l’Ile de France.

- Les dernières vacances, un conte d'André Fraigneau. [lire]
L'été 39. Des cousins fêtent la fin des vacances dans le domaine de leur enfance. On s’amuse, on valse, on devise, sur fond de nostalgie. Le temps de l’insouciance est fini et la guerre n’est pas loin.

- Le jardin français, poèmes de J. M. Bernard, A. Arnoux, A. Berry. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
L'alibi Montebourg. - Changer pour survivre. - De Tapie à Lagarde. - En attendant Sarkozy.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Eurosceptiques allemands. - Offensive russe. - Un nouveau sultan. - Victoire argentine.

- Chronique sociale, par Henri Valois et Hugues Lagrange.
Libertés universitaires. - Bruxelles et ses réformes. - Jeu trouble au Medef. - Révoltes ouvrières.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Bellanger.  - Blas de Roblès. - Lafourcade.- Kundera. - Maulin. - Rouart.

- Idées et histoire, par Jacques Darence et Vincent Maire.
Grimaldi. - Cochet. - Morand.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Jean Lalo.
Le Perugin. - Duchamp. - Molière.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Le nouveau désordre mondial. - Déclin de l'Occident ? - Rameau-Gluck.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
La France périphérique. (Christophe Guilly). - Une Vie avec l'Histoire. (Emmanuel Leroy-Ladurie). - Oeuvres complètes (Madame de la Fayette). - Je ne renie rien. (Françoise Sagan). - Les derniers jours. (Jean Clair). - André Malraux et la cascade de Nachi. (Tadao Takemoto). - Le Congrès de Vérone. (Chateaubriand). - Voyager avec Nietzsche. (Jean Lacoste). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 21:06
Supervielle
 
 
1940
 
 
 
Comme du haut du ciel je regarde la France,
Ses villes et ses champs dans le fond de l’offense,
Prisonniers de nos jours aux élans condamnés
Je vous regarde tous à survivre obstinés.

Ô France, je voudrais te parler sans témoins,
Toi que voilà dans l’ombre à d’obscures distances,
Ton malheur est si dur qu’il meurtrit les lointains
Et qu’un frisson mortel sonde en tous sens l’espace.

Elle était donc ainsi la France en sa ruine,
Longue à se reconnaître et connaître l’abîme,
Sur ses faibles genoux elle veut se tenir,
Si pâle de cacher son horreur de mourir.

 
Nous sommes très loin en nous-mêmes
Avec la France dans les bras,
Chacun se croit seul avec elle
Et pense qu’on ne le voit pas.

Chacun est plein de gaucherie
Devant un bien si précieux,
Est-ce donc elle, la patrie,
Ce corps à la face des cieux ?

Chacun la tient à sa façon
Dans une étreinte sans mesure
Et se mire dans sa figure
Comme au miroir le plus profond.

 
Visages anciens qui sortez des ténèbres,
Lunes de nos désirs et de nos libertés,
Approchez-vous vivants au sortir de nos rêves
Et dissipez ce bas brouillard ensanglanté,

Jeanne, ne sais-tu pas que la France est battue,
Que l’ennemi en tient une immense moitié,
Que c’est pire qu’au temps où tu chassas l’Anglais,
Que même notre ciel est clos et sans issue ?

Victorieuse toi, et te mêlant à nous,
Insensible au bûcher qui jusqu’ici rayonne,
Apprends-nous à ne pas nous brûler chaque jour
Et à ne pas mourir du chagrin d’être au monde.
 
 
 
jules supervielle (1884-1960). Poèmes de la France malheureuse (1939-1941).
 
 
la france au loin
 
 
 
Je cherche au loin la France
Avec des mains avides,
Je cherche dans le vide
A de grandes distances.

Caressant nos montagnes,
Me mouillant aux rivières,
Mes mains allaient et venaient,
Fleurant la France entière,

Faites que je retrouve,
Et qu'on me les redonne,
Les Français tous en groupe,
Le ciel qui les couronne.

Qu'elle devenue,
Qu'elle ne répond plus,
A mes gestes perdus,
Dans le fond de la nue ?

Son grand miroir poli,
En forme d'hexagone,
Où passaient les profils,
De si grandes personnes,

Ah ! comment se fait-il,
Qu'il ait cédé la place,
A l'immobile face,
D'un soldat ennemi ?
 
 
 
jules supervielle (1884-1960). Poèmes de la France malheureuse (1939-1941).
 
 
les couleurs de ce jour
 
 
 
Aux amis de la France.
 
Les couleurs de ce jour sont tristes sans la France,
Le bleu et le lilas, le vert, le violet
Ne trouvent en ces lieux rien à leur convenance
Demeurent suspendus, ne savent se poser

Je ne peux plus voir clair dans ce lointain exil,
Redonnez-moi Paris que je m'y reconnaisse.
Ici tout m'est brouillard et malgré sa rudesse
Ce soleil ne sait pas descendre dans ma nuit,

Et reste sur le haut des marches, interdit.
 
 
 
jules supervielle (1884-1960). Poèmes de la France malheureuse (1939-1941).
 
 
 
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 09:13
Un présent
sans passé, ni futur
 
 
 BRAGUE (Rémi) Modérément moderne

 

IDEES
Modérément
moderne.
Rémi Brague.
Flammarion.
Mars 2014.
383 pages.
 

   
Rémi Brague, né en 1947, est un des grands spécialistes de la philosophie grecque et de la pensée médiévale, arabe et juive. Professeur à la Sorbonne et à l'université de Munich, il est membre de l'Institut depuis 2009. Il a récemment publié: Les Ancres dans le Ciel. (Seuil, 2011), Qui est le Dieu des Chrétiens ? (Ed. Salvator, 2011), Le Propre de l'Homme. Sur une légitimité menacée. (Flammarion, 2013). 
 
Présentation de l'éditeur.
Il faut être « modérément moderne » , et non « résolument » ; comme le préconisait Rimbaud dans un slogan aussi galvaudé que creux. Et prendre ses distances d'avec cette maladie, la « modernité » . De ces fameux « Temps Modernes » , que peut dire un philosophe qui a décidé de ne pas avancer masqué ? Complaisante modernité, qui se clame en « rupture » avec tout ! Et d'abord avec le passé pour lequel elle a inventé le nom de « Moyen Age » . Alors que la modernité en vit comme un parasite, dans une dialectique autodestructrice. Car au fond, qu'a-t-elle inventé ? Ni la révolution technique, ni l'urbanisation, ni la société civile, ni même la personne comme sujet de libertés... Les idées modernes ne sont que des idées prémodernes, maquillées comme une marchandise volée. Avec le recul et la capacité d'analyse que lui permet sa formidable culture, Rémi Brague nous offre une série de réflexions incisives sur les notions de Modernité, de Culture, d'Histoire, de Sécularisation, de Progrès... Chemin faisant, il met en avant des penseurs qui sortent des sentiers battus, des idées qu'on avait oubliées, des rapprochements qui font avancer. Peut-on guérir de la « modernité » ? C'est l'ambition de cet essai revigorant, qui n'interdit pas d'être résolument optimiste.
 
L'article de Roger-Pol Droit. - Le Monde des livres - 11 avril 2014.
La modernité serait-elle une arnaque ? Il n’y a pas trente-six manières d’envisager notre rapport aux temps anciens. C’est rupture ou continuité. Dans le premier cas, on veut à tout prix faire du passé table rase, on aspire à innover radicalement, on rêve d’inventer de l’inouï, qui auparavant n’aurait jamais été. On fait donc sienne l’injonction de Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « Il faut être résolument moderne ». Dans le second cas, on se trouve convaincu que nous héritons toujours de plus d’idées, de règles, de valeurs que nous ne le croyons. On va donc discerner partout, dans le présent, de l’antique en filigrane. Foin des nouveautés, prétendues et non réelles ! Seuls comptent les liens entre hier et demain, les survivances et récurrences du passé dans l’actuel.Rémi Brague appartient sans conteste - et sans vergogne ! - à cette dernière espèce. Il intitule son essai Modérément moderne, par goût de la litote. Mieux vaudrait dire « résolument archaïque », en retrouvant dans ce mot français le grec archè, « principe fondateur » aussi bien que « commencement ». Etre archaïque serait avant tout rester fidèle aux vérités essentielles. Rémi Brague revendique cette fidélité première. Pour ce philosophe - qui tutoie Aristote en grec, Thomas d’Aquin en latin, Avicenne en arabe, Maïmonide en hébreu -, pratiquement toutes les idées qu’on croit modernes viennent... d’avant ! Or la modernité se prétend auto-suffisante. Elle se targue d’engendrer toute seule les notions éclatantes et nouvelles qu’elle brandit face aux ténèbres des vieux siècles obscurs. Pareilles prétentions font rire cet érudit qui compte par millénaire plutôt que par trimestre. Du coup, il n’oublie pas d’être sarcastique, à sa manière - un peu vacharde, pas franchement méchante. Son leitmotiv ? La modernité vit du passé, mais en parasite. Elle agirait même, si l’on ose dire, en loucedé : elle pompe continûment les Anciens, tout en les proclamant ringards, inutiles et incertains. Plus qu’une ère nouvelle, les Temps modernes seraient donc une vaste arnaque : on y trouverait quantité de marchandises intellectuelles et morales de haute époque, simplement maquillées en créations récentes, repeintes à neuf. Et pourtant ceux qui les fourguent ne cessent de prétendre qu’il faut répudier erreurs anciennes et aberrations d’autrefois. Contre cette supercherie, Rémi Brague ne donne pas dans le remède nuancé. Il prône carrément un retour au Moyen-Âge, qui fut, on l’aura compris, le temps des vraies Lumières. Une école selon ses vœux enseignerait les langues mortes, car elles ont le mérite d’être inutiles et précises. Elle ne négligerait pas la transmission des arts, car ils ont le mérite, eux aussi, d’être exigeants comme sans usage. Qu’on fasse du grec ou du piano, on n’apprend rien de pratique, sauf l’essentielle rigueur du moindre détail.  Surtout, cette école idéale ne se cacherait pas sous les pupitres pour parler de Dieu. « Au fond, la théologie serait, dans mon école, la science fondamentale » écrit Rémi Brague. Sa conviction est en effet que sans ancrage dans la transcendance la légitimité de l’humain devient impossible à justifier, le Bien impossible à discerner. L’arnaque centrale de la modernité, en fin de compte, ce serait la mort de Dieu. S’il pouvait advenir du nouveau sous le soleil, ce serait des athées heureux. J’ai entendu dire qu’ils existent.
 
Autre article recommandé : Alexandre Solans, « Le testament oublié. » - Etudes, juin 2014. 
 
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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 20:16
Fombeure
 
 
le rêve de l'aventurier
 
 
 
Que ce soit l’hiver ou l’été
Qu’il soleille, qu’il pleuve ou qu’il neige,
Dans le village ou la cité
Je n’ai jamais pu rattraper
Le cheval de bois qui trottait
Devant le mien, sur le manège,
Et je l’ai toujours regretté…

Qu’elle soit brune, qu’elle soit blonde,
Non je n’ai jamais rencontré
Dans mon voyage autour du monde
La fille qui m’aurait ancré
Dans une baie vaste et profonde
Sous un toit de brassé carré
Auprès d’un jardin de curé.

Qu’importe au lieu de mon tombeau
Le cyprès l’if ou la colombe
L’outremer ou le bleu barbeau
D’un ciel éclaté comme bombe,
Ou gésir entre algue et turbot
Au fond de la mer errabonde,

A moins qu’une sirène verte
M’accueille en ses bras entr’ouverts
Et me prodigue pour ma perte
L’ombre d’étranges univers
D’étoiles de mer fleurs offertes
Dans ses palais aux volets verts.
 
 
 
maurice fombeure (1906-1981). Poèmes inédits (Seghers, 1957).
 
 
trois chevaliers
 
 
 
Trois chevaliers chaussés à la poulaine
Vois. Ils s'en vont vers l'épaisseur des bois
Jean Bedelaine Bec de Molène
Robe de Job de Gobelin Bernois

Tels sont leurs noms. La fine fleur de France
Des chevaliers qui s'en vont à cheval
Le sein des vents se gonflait en silence
La lune fuit à pas d'or vers l'aval

Où s'en vont-ils ? Chasser la darigole
Tout empennée d'oiseau comme un poisson
Bête rusée qui n'est point malivole,
Vient se poser parfois sur votre arçon

Soleil français reluira sur la plaine
Mais velouté crépuscule du soir
Les accompagne et feutre de futaine
Leurs pas trèfles semés au coeur des soirs

La grand' forêt gigogne des légendes
Souvre pour eux comme un coeur de lilas
Parfume ses bruyères et ses branches
Fait chuchoter ses chouettes et ses glas

Tels ils s'en vont vers la lune unicorne
Vers un sommeil qui n'aura pas de fin
Chasser la darigole ou la licorne
A pas feutrés sur ce monde défunt....
 
 
 
maurice fombeure (1906-1981). Aux créneaux de la pluie (Gallimard, 1946).
 
 
les écoliers
 
 
 
Que ce soit l’hiver ou l’été
Sur la route couleur de sable,
Le 'moyen', le 'bon', le 'passable'
Vont à galoches que veux-tu
Vers leur école intarissable.

Ils ont dans leurs plumiers des gommes
Et des hannetons du matin,
Dans leurs poches du pain, des pommes,
Des billes, ô précieux butin
Gagné sur d'autres petits hommes.

Ils ont la ruse et la paresse
Mais l'innocence et la fraîcheur
Près d'eux les filles ont des tresses
Et des yeux bleus couleur de fleur,
Et des vraies fleurs pour leur maîtresse.

Puis les voilà tous à s'asseoir.
Dans l'école crépie de lune
On les enferme jusqu'au soir,
Jusqu'à ce qu'il leur pousse plume
Pour s'envoler. Après, bonsoir !
 
 
 
maurice fombeure (1906-1981). A dos d'oiseau (Gallimard, 1942).
 
 
oiseau
 
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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 09:13
Silence
de la mer
 
 
 FREBOURG-Olivier-La-grande-nageuse.gif

 

LETTRES
La grande
nageuse.
Olivier Frébourg.
Mercure de France.
Mai 2014.
153 pages.
 

   
Olivier Frébourg, né en 1965, est journaliste et écrivain. Grand reporter, critique au Figaro, passionné par la mer, il fut longtemps le directeur littéraire de La Table Ronde, avant de fonder en 2003 les Editions des Equateurs. Il a récemment publié : Un homme à la mer. (Mercure de France, 2004), Gaston et Gustave. (Mercure de France, 2011). 
 
Présentation de l'éditeur.
Cet été là, nous nous retrouvâmes plusieurs fois sur la plage du Fort Neuf. Une femme se révèle le matin au réveil et à la sortie du bain. C'est là où on voit la vérité des os. Son corps long et droit se dépliait en dos crawlé quand elle partait nager seule au-delà des voiliers mouillés à l'ancre. Après une heure de natation, je la voyais sortir le corps ruisselant, fortifié par l'Atlantique, les jambes légèrement tremblantes, le visage enfin souriant. Elle s'étendait sur une serviette toujours de couloir noire ou ardoise. Elle lut cet été-là Cicéron, Des termes extrêmes des biens et des maux ; je revois très bien la couverture rouge du livre qui l'absorbait : c'était une lecture bien sérieuse pour la plage. Je profitais de ces moments pour crayonner dans mon carnet des croquis de ses jambes et de ses pieds. Originaires de Bretagne, Marion et le narrateur se connaissent depuis l'enfance. Marion a aussi des ascendances vietnamiennes et un corps à la beauté indolente. Tous les deux ont la même passion pour l'océan. Lui est marin, elle une nageuse silencieuse qui goûte un plaisir sensuel à avaler les kilomètres. Ils fondent une famille. Mais le narrateur aspire à d'autres horizons : il nourrit une passion de plus en plus vive pour la peinture. De son côté, Marion passe de plus en plus de temps au fond l'eau. La mer réunit ou sépare-t-elle ceux qui s'aiment ? .
 
L'article de François Cérésa. - Service littéraire. - juillet-août 2014.
Prendre l'eau. Une règle : quelques-uns nagent, beaucoup coulent, un seul surnage. C’est l’amour. La mer est abusive. Dans La grande nageuse (Mercure de France), Olivier Frébourg fait chavirer les rives. On fait la connaissance de la belle Gaëlle, puis de sa fille Marion, deux Bretonnes d’origine vietnamienne. Le narrateur se marie avec Marion. Il y a de la gîte. Marin ou peintre, l’auteur va à vau-l’eau. Cette eau chère à Bachelard n’a rien d’un rêve. Les passions se révèlent, se brouillent. Cela s’appelle prendre l’eau de toutes parts. Monsieur Frébourg, écrivain au long cours, est un homme de la mer. Sa nageuse lui échappe. Qu’il empanne ou qu’il vire de bord, il nous met la baume au cœur. Son histoire d’eau est une tempête. À bâbord comme à tribord, c’est la tempête. Pourquoi Marion lui échappe-t-elle ? L’encre est levée (celle d’une plume à la dérive), le naufrage n’est pas loin. Le livre de Frébourg est une aquarelle océanique : rapide et cruelle. C’est aussi une métaphore de la France actuelle. Quelques-uns nagent, beaucoup coulent, un seul surnage. Oceano nox ? Presque. Ce bonheur d’être triste. Avec l’ironie de l’amour déçu. Bravo, Frébourg.
 
Autre article recommandé : Bertrand de Saint-Vincent, « Peinture à l'eau. » - Le Spectacle du Monde, juin  2014. 
 
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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 19:11
Mary
 
 
rondeau des fontaines
 
 
 
Verdine, Ondine et Bordine aux yeux verts.
ronsard.  
 
Jonquine, Ondine, Antrine, Verdeline,
Au matinet, quand sifflent rubeline,
Tarin, linotte, un souffle zéphirin
Apporte aux prés harmonie angéline,
Jusque à tant qu’à l’orière décline
L’ombre du bois ou menace le grain.

Alors se tait l’échôle et le clarain :
Dorment les bœufs ; c’est midi souverain,
Le bain sacré de Diane Ourceline ;
Près de la source où git sa javeline,
On n’entend plus rubeline et tarin.
Jonquine, Ondine, Antrine, Verdeline.

Sous les rainceaux guigne l’œil satyrin
A basse vêpre un corps alabâtrin.
Le ciel s’éclaire au loin d’une chaline.
Enfin la nuit a refermé l’écrin,
Mais plus souef que flûte et tambourin,
Je r’ois chanter le long de la colline
Jonquine, Ondine, Antrine, Verdeline.
 
 
 
andré mary (1879-1962). Poèmes inédits (Le Divan, 1941).
 
 
rondeau des petits enfants
prisonniers de l'hiver
 
 
 
En ces mois noirs, errant par sentes et chalées,
Nous ressentons aux mains chauboulures, onglées,
Et tout autour de nos oreilles les pinçons
De la brise aigre, encependant que nous paissons
De faînes et calots et prunelles gelées.

Ou bien, le soir, devant les flammes enroulées,
Sur sellettes de bois sommes petits garçons,
Frileux, encoquillés si comme limaçons,
En ces mois noirs.

Quand orrons-nous subler fauvettes et quinsons ?
Las ! ne reverrons-nous le temps des béniçons
Ou bien tant seulement le lundi des roulées,
Le vert bois, la prairie aux rives glaïolées ?
Enfantelets petits, c'est à quoi nous pensons
En ces mois noirs.
 
 
 
andré mary (1879-1962). Les Rondeaux (1924).
 
 
rondeau des bedons
 
 
 
Toujours assis, les pieds sous le bâton
De chaise, au cou la touaille de coton,
Ne leur chaut prou Montfaucon ni Vatable :
Leur ventrelot s'arrondit sous la table
Dont le rebord caresse leur menton.
Or de pinter, or d'engouler, glouton,
Râble de lièvre, éclanche de mouton,
Puis vont ronflant comme porcs en l'étable,
Toujours assis.

A l'heure dite ils iront chez Pluton
De l'eau du Styx attremper leur picton,
Ensevelis en nappe délitable,
Car ils ont fait testament véritable,
Pour être mis au tombeau, ce dit-on,
Toujours assis.
 
 
 
andré mary (1879-1962). Poèmes inédits (La Muse française, 1938).
 
 
fontaine 2
 
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 09:13
Rome, grandeur
et démesure
 
 
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LETTRES
Oeuvres
complètes.
Tacite.
Préface et traduction de Catherine Salles.
Robert Laffont.
Février 2014.
864 pages.
 

   
Cornelius Publius Tacitus (58 -120 ap. J.-C.), historien et sénateur romain. « Le plus grand peintre de l'Antiquité » selon Racine. Orateur brillant, écrivain au style vif et concis, admirateur de Cicéron, il fut l'ami de Pline, d'Hadrien et de Trajan. Autres traductions : Oeuvres complètes, traduction de Pierre Grimal. (Gallimard, La Pléiade, 1990). 
 
Présentation de l'éditeur.
Né en Gaule Narbonnaise, le plus grand des historiens romains a vécu entre la seconde moitié du Ier et le début du IIe siècle. Une période sombre durant laquelle se succèdent à la tête de l'Empire des souverains fous et sanguinaires, comme Tibère, Caligula et Néron, et des empereurs plus respectueux de la morale et du peuple, tels Vespasien, Titus et Domitien. Historien, Tacite l'est à part entière. Il s'appuie sur des informations vérifiées, évitant les deux écueils principaux qui menacent la relation exacte des faits : la flatterie et la haine du pouvoir. C'est aussi un portraitiste admirable de précision et de vitalité, un moraliste au patriotisme intransigeant qui dénonce les turpitudes des empereurs comme celles de la plèbe, un conteur dont les évocations de la Rome antique restent inégalées.Tacite s'est mis tardivement à la composition littéraire, vouant d'abord son talent à l'art oratoire. L'oraison funèbre qu'il consacre à son beau-père, La Vie de Julius Agricola, est un véritable manifeste politique contre le régime. Dans le Dialogue des orateurs, il traite des problèmes de fond et de forme liés à l'exercice de l'éloquence. Ces premières oeuvres et la suivante, De la Germanie, ont pour trait commun une analyse riche et documentée de l'histoire de son temps ; les trois livres sont présentés ici dans de nouvelles traductions de Catherine Salles. Suivront Les Histoires et Les Annales, sommes fondamentales dans lesquelles transparaissent les deux préoccupations majeures de l'auteur : la dégénérescence du pouvoir impérial et la menace étrangère aux frontières.Cette édition des oeuvres complètes de Tacite témoigne de la vigueur et de la puissance stylistiques d'un écrivain que Racine et de Gaulle, notamment, considéraient comme un de leurs maîtres.
 
Recension  de Ivan P. Kamenarovic. - Etudes. - mai 2014.
Catherine Salles a heureusement complété les travaux, parus il y a près de cent ans, d’Henri Goelzer. Elle nous permet d’avoir accès à tout ce qui nous reste de Tacite, conteur rare, historien scrupuleux, auquel des études de rhétorique ont servi à aiguiser des qualités toutes personnelles de réflexion et de probité. « Peu à peu, ils se laissèrent séduire par nos vices, les portiques, les thermes, les festins raffinés. Ces naïfs appelaient cela civilisation, ce n’est qu’un aspect de leur servitude », écrit-il ainsi, à propos des habitants de la Grande-Bretagne. Tacite a un sens évident de la mise en scène, que la traduction nous rend souvent avec bonheur. Le Dialogue des orateurs nous fait assister à une joute qui a pour thème la querelle des Anciens et des Modernes (déjà !). Dans ses autres écrits, il nous fait visiter les confins de l’Empire (de l’Écosse au Kurdistan, de la Germanie à l’Afrique du Nord) et il nous en fait vivre une période haletante, de la fin du règne de Tibère aux désordres qui ont marqué la fin de Néron et qui ont vu trois empereurs se succéder en deux ans. Cela lui donne l’occasion, avec, par exemple, la fin de Messaline et celle d’Agrippine la Jeune, d’écrire des pages dont on comprend qu’elles aient fasciné Racine. Comment la puissance romaine a-t-elle survécu à ces convulsions, à cet amas de corruption en tout genre ? Sans doute grâce à des gens comme Tacite, qui était un Romain de Gaule, venus enrichir et renouveler la vieille souche latine, Tacite, dont nous est donnée ici une traduction alerte et judicieuse.
 
Autre article recommandé : Pierre Pachet, « En relisant Tacite. » - La Quinzaine littéraire, 16 avril  2014. 
 
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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 15:02
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Printemps 2014
La question
régionale

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- Un roi pour l'Espagne, par François Renié. [lire]

Les idées et les livres

- Crise de la démocratie (suite), par Paul Gilbert. [lire]
Abstention record, rejet de la classe politique et des élites, populisme à la base, affairisme au sommet...  Autant de symptomes d'une crise profonde de la démocratie libérale en France et en Europe. Certains imaginent de nouvelles règles, de nouvelles institutions, de nouveaux modes de représentation. Et si le mal était plus profond et touchait à l'essence même d'un modèle politique, désormais à bout de souffle ? Des ouvrages, publiés récemment,  commencent à esquisser un avenir "postdémocratique".  Jusqu'où osent y aller ?

- L'évolution de la CFDT, par Henri Valois. [lire]
La base  s'est nettement exprimée lors du dernier congrès de la CFDT : elle n'est plus sur la ligne du dialogue pour le dialogue. Au point de contraindre son nouveau secrétaire général, Laurent Berger, à durcir ses positions vis à vis du patronat et du gouvernement. La centrale réformiste a-t-elle réellement la volonté de bouger et de retouver les suffrages des salariés ?  Quel rapprochement avec la CGT qui cherche elle aussi à se repositionner ? Voilà des évolutions à suivre de près au moment où le syndicalisme français retrouve des couleurs. 

- Simone Weill, par Vincent Maire. [lire]
Le souvenir de Simone Weill, disparue en 1943, a donné lieu à de nombreuses rééditions et à la sortie d'un "Cahier de l'Herne" de très grande qualité. Mais c'est la publication du beau livre de Jacques Julliard, le choc Simone Weill, qui retient surtout l'attention. L'oeuvre politique de la philosophe, ses engagements, ses lectures de Proudhon, Péguy et Sorel, sa rencontre avec Bernanos, son long cheminement vers le christianisme y sont parfaitement retracés, ainsi que les clartés et les contradictions d'une oeuvre issue d'un siècle tourmenté.

- La question régionale, textes présentés par Claude Cellerier. [lire]
Après le pacte de responsabilité, le cap est mis sur la réforme territoriale. Réduction du nombre de régions, mise en sommeil des départements, recentrage de l'Etat sur ses missions régaliennes... voilà des objectifs qui réunissent un large consensus. Comment expliquer, dans ces conditions, que le projet du gouvernement suscite autant de réserves et de méfiances, et pas seulement celles d'une classe politique bousculée dans ses habitudes? Les maladresses du pouvoir, son pilotage à vue du dossier, les marchandages politiciens autour de la nouvelle carte des régions sont en cause mais pas seulement. En réalité, vu de Paris, la géographie humaine de la France reste un mystère insondable et le "projet du quinquenat" risque bien d'accoucher d'une souris.  

- Malaparte, éternel étranger, par Rémi Clouard. [lire]
A Paris comme à Varsovie, en Ethiopie comme sur le front de l'Est, qu'il ait été diplomate, exilé ou correspondant de guerre, Malaparte était partout à son aise. La réédition de ses journaux intimes (Journal d'un Etranger à Paris, Le Bal au Kremlin...) et de ses chroniques restitue l'auteur de Kaputt sous toutes ses facettes : l'homme du monde, l'observateur incisif et ironique, le condottiere, l'être parfois blasé, souvent désemparé, devant l'horreur et la cruauté de son siècle. 

- Un portrait de Stendhal, une étude de Stefan Zweig. [lire]

On connait le goût de Stendhal pour le mensonge et la dissimulation. Ce grand tourmenté ne pouvait vivre en société qu’en empruntant des déguisements ou en s’inventant des vies imaginaires. Pourtant, peu d’écrivains auront eu le courage d’avouer autant de vérités sur eux-mêmes. La plume à la main, Beyle n'est plus le même homme et il faut toute la sensibilité de Stefan Zweig pour découvrir la clé de cette personnalité paradoxale.

- Le jardin français, poèmes de J. Supervielle, M. Fombeure, A. Mary. [lire]

Chroniques

- Notes politiques, par Hubert de Marans.
FN, une nouvelle étape. - Echec au Front de Gauche. - La vague eurosceptique.

- Chronique internationale, par Jacques Darence.
Désastres américains. - Marchandage bruxellois. - Orban, le victorieux. - Amérique française.

- Chronique sociale, par Henri Valois.
L'énarchie contre l'armée. - L'affaire Alstom.  - Révoltes ouvrières.

- La vie littéraire, par Eugène Charles.
Broche. - Frébourg. - Lapaque. - Perret. - Sagan. - Pirotte. - Stendhal.

- Idées et histoire, par Jacques Darence et Paul Gilbert.
Brague. - Soulié. - Dard. - Pindare. - Tacite. - Borges.

- Notes d'Art, par Sainte Colombe et Jean du Fresnois.
Mousquetaires. - Paris 1900. - Hugo.

- Revue des revues, par Paul Gilbert.
Gouvernance. - Atlantisme. - Bouvines. - Péguy.

- Les livres, par Paul Gilbert, Eugène Charles, François Renié.
Cinq méditations sur la mort. (François Cheng). - Le choc des empires. (Jean-Luc Gréau). - Montaigne.  (Pierre Manent). - Joffre. (Rémi Porte). - L'agonie d'une monarchie. Autriche-Hongrie. (Jean-Pierre Bled). - Instantanés. (Roger Grenier). - Chardonne. (Alexandre Le Dinh). - Les cyprès de Patmos. (Antoine Silber). - Petite sélection stendhalienne.  - Livres reçus.

 

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