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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 20:45
Rupture et éclaircissements
 
Il était dit que la coalition au pouvoir à Rome ne passerait pas l’été. L’autoritarisme de M. Berlusconi, ses conflits permanents tant avec son ex-dauphin, M. Fini, qu’avec son encombrant allié de la Ligue du Nord, M. Bossi, la succession de scandales qui éclaboussent le parti au pouvoir ont eu raison du pacte qui liait depuis deux ans les composantes de la droite italienne. Il ne manquait plus qu’un prétexte pour que la crise éclate au grand jour. C’est M. Fini qui l’a fourni en début de semaine en réclamant une nouvelle fois la mise à l’écart des dirigeants du PDL soupçonnés de corruption. Exaspéré par les attaques à répétitions de son ex-allié, le Cavaliere convoquait séance tenante l’exécutif du parti du Peuple de la Liberté (PDL) - dans lequel les partisans de M. Fini sont minoritaires -, mettait en demeure les dissidents de rentrer dans les rangs et sommait M. Fini d’abandonner la présidence de la Chambre. La réplique ne s’est pas faite attendre : non seulement l’intéressé n’a pas démissionné de son poste, non seulement ses amis politiques ont quitté le PDL, mais il a annoncé la création de son propre groupe parlementaire et, dans un avenir proche, de sa propre formation. M. Berlusconi sort affaibli de cette ultime escarmouche ; il ne dispose plus de majorité assurée à la chambre et risque de devoir affronter des élections générales.
Cette perspective n’enchante guère le chef du gouvernement italien. Il sait que son bilan n’est pas bon. Le programme de relance, de privatisation et d’allègements fiscaux sur lequel il s’est fait élire n’a produit aucun des résultats attendus, ni en termes d’emploi, ni en termes de rebond économique et l’Italie, durement frappé par la crise, doit adopter – solidarité européenne oblige – des mesures d’austérité drastiques. La cote de popularité de M. Berlusconi est au plus bas niveau, proche de celui de M. Sarkozy, ce qui n’est pas peu dire. Sa seule marge de manœuvre serait de convaincre certains centristes et des démo chrétiens de droite de former une nouvelle alliance avec le PDL, mais qui a envie aujourd’hui de lier son sort à celui de M. Berlusconi ?
La perspective de retourner devant les électeurs n’excite pas davantage l’opposition. La principale formation de gauche, le Parti démocrate (PD) - assemblage hétéroclite d’anciens communistes, de centristes et de l’aile gauche de l’ex-démocratie chrétienne – n’a absolument pas anticipé cette épreuve. A l’issue des derniers scrutins électoraux, que le PD a perdus, ses dirigeants historiques ont démissionné ou se sont retirés sur l’Aventin, laissant les rênes du parti au peu charismatique M. Bersani. En matière de corruption, le PD ne fait guère mieux que le PDL. En outre, le dernier passage de la gauche au pouvoir, avec M. Prodi, s’est achevé dans la confusion la plus totale, et les Italiens en garde encore aujourd’hui un souvenir plus qu’amer.  
Peut-on réellement sortir de cette crise sans élections ? A priori non. M. Fini, qui détient désormais la clef de la majorité, sera sans doute tenté de faire bouillir ses anciens alliés à petit feu. Pour autant, ni lui, ni Berlusconi n’ont intérêt à retarder l’épreuve de force. Il est vraisemblable que le gouvernement va présenter des réformes de moins en moins acceptables pour les « finistes » et que ceux-ci attendront le texte le plus emblématique pour rompre le pacte majoritaire. Le vote à l’automne d’un nouveau train de mesures d’austérité serait le prétexte parfait pour faire tomber le gouvernement. La voie des urnes serait alors ouverte.
La situation n’en serait que plus claire. En mettant fin, il y a une vingtaine d’années au règne sans partage de la démocratie chrétienne, la classe politique italienne a liquidé son passé mais elle s’est toujours refusé à choisir entre régime parlementaire, régime présidentiel ou régime de type gaullien. Malgré la présence d’hommes de conviction, comme MM. Berlusconi, Fini, Bossi ou le président de la République, M. Napolitano, le système politique reste encore entre les mains des combinazzione, des jeux partisans, des groupes d’intérêt et des sociétés de pensée. A chaque élection, on évoque la nécessité d’un nouveau régime, d’une autre République, d’une nouvelle constitution mais c’est pour les oublier aussi vite, l’élection passée. Personne, pour le moment, n’a voulu et n’a su imposer cette transition.
D’une certaine façon, l’échec annoncé de M. Berlusconi et de la droite libérale, comme hier celui de M. Prodi et de la gauche traditionnelle, constituent de premiers éléments de clarification. Ils sanctionnent ceux qui ont choisi de se servir de l’Etat – à droite pour l’argent, à gauche pour les postes – plutôt que de le servir. Restent deux choix possibles. Celui de la modernisation et du renforcement de l’Etat, de sa « moralisation » au service de l’intérêt général. C’est la voie, gaullienne, que M. Fini pourrait être tenté de suivre, même si c’est une voie difficile, qui suppose de profonds changements dans la classe politique et dans l’opinion. L’autre choix, plus facile à faire accepter mais sans doute moins ambitieux pour l’Italie, c’est celle du fédéralisme, prôné par M. Bossi. Nationalisme moderne ou fédéralisme, voilà les termes qui risquent d’orienter pour longtemps le débat politique en Italie. Leur synthèse réussie pourrait donner des idées au reste de l’Europe [1].
Jean-Gabriel Faure. 

 


[1]. On notera que M. Fini n’est pas un adversaire du fédéralisme. Il en fait même un des éléments de son programme. Ce qu’il refuse à tout prix c’est la fin de l’unité italienne et l’émergence de cette chimère que l’on appelle « l’Europe des Régions ». Nous le suivrions assez bien sur ces deux points.

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 10:40

Eclaircie avant l'orage

 

Comme on pouvait s'y attendre, les irrédentistes flamands ont gagné les élections en Flandre. La Nouvelle Alliance (N-VA) de M. De Wever obtient près de 30% des voix dans la zone néerlandophone de Belgique; elle devance très nettement les partis bourgeois (chrétiens démocrates et libéraux) qui recueillent respectivement 18 et 14 % des suffrages.  Plus grave encore : si on additionne les scores du N-VA, soit-disant modéré, et des deux formations fascistoïdes flamandes que sont le Vlaams Belang (extrême droite, 12,4 % des voix) et la Liste de Decker (populiste, 3,8%), les tenants de l'indépendance de la Flandre recueillent près de 45%  des votes flamands. Depuis la dernière guerre, ils n'auront jamais été aussi puissants et aussi arrogants. Et persuadés désormais que l'indépendance de la Flandre est pour demain.

Côté francophone, l'heure est également à la mobilisation et à la fin des faux semblants. C'est le Parti socialiste qui arrive en tête, en totalisant près de 34% des suffrages Wallons et Bruxellois.  Il devance lui aussi les formations chrétiennes et libérales qui ont ces dernières années dirigées la Belgique dans le même gouvernement que leurs faux frères flamands. M. Elio di Rupo, le chef des socialistes francophones gagne en quelque sorte son pari: son attitude intransigeante face aux provocations flamandes fait de lui et de son parti le rempart de la francophonie. Il semble qu'en nombre de sièges, son parti deviennent la première formation de la Chambre belge, ce qui lui donnerait le droit de revendiquer le poste de Premier ministre.

Au final, le résultat des élections belges de dimanche a le mérite de la clarté. Les partis chrétiens, sociaux-chrétiens et libéraux qui ont fait de la Belgique une sorte de Quatrième République perpétuelle sont défaits et bien défaits, des deux côtés de la frontière linguistique. En Flandre, leurs jeux troubles et leurs tartufferies ont favorisé la montée en puissance des extrémistes. Faut-il redire que c'est la grande banque et les milieux financiers d'Anvers, très largement entre leurs mains, qui est aujourd'hui le premier soutien de la N-VA, du Vlaams Belang et des partisans de la Flandre indépendante ? Il sont en effet persuadés que le nouvel Etat flamand sera totalement entre leurs mains et que les excités et les exaltés disparaîtront, une fois l'indépendance acquise. Tragique aveuglement ! Quant à leurs frères séparés de Wallonie de Bruxelles, leur péché est autre. Ils ont voulu faire croire à la masse francophone, de Liège à Bruxelles, que le danger flamand était une chimère et que, de compromission en compromission, on finirait par sauver l'Etat belge. Ces champions des accomodements, des arrangements, des négociations ratées et des coups de pied au derrière ont fait leur temps. Ils n'auront pas tout à fait réussi à transformer le peuple wallon en un troupeau de moutons bélants.

Le discours des vainqueurs a le mérite de la franchise.  M. De Wever et M. di Rupo ne sont pas de la même race que les Leterme, Van Rompuy, Martens et autres Dehaene, souris le jour, oiseaux la nuit. Ils savent ce qu'ils veulent. Le programme du premier, c'est l'indépendance, mais, comme il le dit lui-même, par "évaporation" de l'Etat fédéral belge, vidé progressivement de tout pouvoir. Son programme, c'est aussi la cogestion de Bruxelles, où vivent pourtant moins de 10% de Flamands. L'ambition du second est tout aussi nette : assurer l'unité du pays, sans compromis batard et sans faux semblants, maintenir la solidarité entre les classes sociales malgré la coupure linguistique. Deux forces, deux légitimités, deux visions opposées de l'avenir belge. Mais il y a assez de puissance, d'assurance, de volonté des deux côtés pour que la Belgique, enfouie dans l'ombre grise des politiques de sacristie, puisse enfin regarder son destin dans la lumière. Une éclaircie propice aux décisions... avant l'orage. 

Ceux qui sont rivés au calendrier de l'Union européenne, ceux qui ne cesse de nous rappeler que la Belgique va présider l'Union à compter du 1er juillet et que ce serait une catastrophe si elle n'était pas en situation d'assumer son rôle, ceux-là ne veulent pas croire à l'orage. Pas plus que ceux qui tremblent à l'idée que la crise politique belge pourrait envoyer de mauvais signaux aux marchés. Mais l'Union européenne n'existe plus que sur le papier et les peuples qui divorcent d'avec eux-mêmes se moquent des marchés. Il y a désormais trop d'électricité dans l'air en Belgique pour que l'orage n'éclate pas. Mais il peut prendre des formes diverses. La confédération de deux Etats, sous la houlette de l'actuelle famille royale de Belgique, n'est pas obligatoirement une mauvaise solution, si les Flamands acceptent d'abandonner leur xénophobie absurde et si une solution acceptable par tous est trouvée pour Bruxelles. Toutes choses qui sont aujourd'hui entre les mains de M. De Wever.

 

  Jacques de Poncheville. 

   

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Jacques de Poncheville - dans International
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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 22:00

MM. Stiglitz et Rosa persistent et signent.

 

Un déluge d'obus continue à tomber sur le quartier général européiste. C'est d'abord Joseph Stiglitz qui enfonce le clou dans Le Monde daté de dimanche-lundi. Non content d'avoir annoncé, il y a deux semaines, l'effondrement de l'euro, le Prix Nobel d'économie américain lance maintenant un cri d'alerte contre les mesures déflationnistes lancées par Bruxelles et les dirigeants de l'Euroland. "L'austérité mène au désastre" proclame M. Stiglitz. C'est par la solidarité et l'investissement et non pas par une chimérique défense de l'euro, que l'Europe sortira de la crise. Écoutons-le plus avant :

"L'Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les pays membres ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d'intérêt. Il leur fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s'adapter à la conjoncture si nécessaire. D'autant que Bruxelles n'a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais l'Union européenne n'a rien prévu dans ce sens. Et aujourd'hui, elle veut un plan coordonné d'austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre. Nous savons depuis la Grande Dépression des années 1930 que ce n'est pas ce qu'il faut faire. "

[Sur la situation des pays du sud] " Le déficit structurel grec est inférieur à 4%. Bien sûr, le gouvernement précédent, aidé par Goldman Sachs, a sa part de responsabilité. Mais c'est d'abord et avant tout la crise mondiale, la conjoncture qui a provoqué cette situation. Quant à l'Espagne, elle était excédentaire avant la crise et ne peut être accusée d'avoir manqué de discipline. (...) Aujourd'hui, ces pays ne s'en sortiront que si la croissance européenne revient. C'est pour cela qu'il faut soutenir l'économie en investissant et non en la bridant par des plans de rigueur. "

[Sur la perspective d'un défaut de paiement des pays du sud] " Le taux de chômage des jeunes en Grèce s'approche de 30%. En Espagne, il dépasse 44%. Imaginez les émeutes s'il monte à 50 ou 60%.  Il y a un moment où Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s'il a intérêt à poursuivre le plan que lui ont imposé le FMI et Bruxelles. Et s'il n'a pas intérêt à redevenir maître de sa politique monétaire. Rappellez-vous ce qui s'est passé en Argentine. (...) Les Argentins, l'ont fait, ils ont dévalué, ça a été le chaos comme prévu. Mais, en fin de compte, ils en ont largement profité. Depuis six ans, l'Argentine croît à un rythme de 8,5% par an."

C'est au tour de Jean-Jacques Rosa de rentrer dans la danse. Il s'agit d'une des sommités de l'école française d'économie, professeur à l'Institut politique de Paris. M. Rosa est un libéral convaincu, ce qui ne l'a pas empêché d'être un des premiers pourfendeurs de l'euro, dans son livre l'Erreur Européenne, paru en 1998. Dans un entretien donné jeudi dernier au site Marianne2.fr, il dénonce à la fois le rôle de l'Allemagne dans la dégradation des économies sudistes, Allemagne qui joue aujourd'hui le rôle du pompier pyromane, et les mauvais docteurs qui veulent forcer l'Europe à mourir pour l'euro. Pour lui, la seule solution est la disparition rapide de l'euro et elle est assez inéluctable:

[Sur la sortie de l'euro] " Cela me semble être la seule solution. Entre partenaires trop différents, comme la Grèce et l'Allemagne, le système ne peut pas fonctionner. L'Allemagne estime que le gouvernement grec a « triché ». Mais la Grèce est en un sens victime de la monnaie unique. L'Euro fort l'a pénalisé en réduisant sa compétitivité envers les pays tiers, et les différences d’inflation ont étouffé ses exportations vers les autres pays membres. Tout cela conduisait nécessairement aux déficits.

[Sur le retour aux monnaies nationales] "Un retour à des monnaies nationales aurait un coût élevé dans la mesure où la dévaluation qui doit intervenir serait forte, majorant ainsi le montant de la dette extérieure nette. Mais une baisse substantielle de l’euro permettrait de réduire l’importance de la dévaluation nécessaire, et  de plus, rester dans le système euro coûte cher aux pays les plus inflationnistes en continuant à pénaliser leur croissance. Entrer en déflation pour plusieurs années, pour renverser la tendance, conduit droit à la dépression. Ce n’est pas envisageable, et entre deux maux il faut choisir le moindre. La sortie de la monnaie unique est donc le moindre mal, car si l'on continue dans la voie actuelle le pire n'est pas derrière nous, mais bien à venir. "

  La bataille se déplace maintenant vers le terrain proprement politique. De premières voix s'expriment depuis quelques jours pour la sortie de l'euro et le retour aux monnaies nationales: c'est le cas à gauche avec les disciples de Jean-Pierre Chevènement, avec Jean-Luc Melenchon et les communistes. A droite, le Front national et les souverainistes de Nicolas Dupont-Aignan estiment que le sujet n'est plus tabou. Les écologistes, d'ordinaire assez suiveurs sur les sujets européens, commencent à se diviser au vu des conséquences sociales prévisibles des plans d'austérité. Les socialistes sont de plus en plus mal à l'aise : si les oligarques qui peuplent la direction autour de l'héritière Delors ne sont pas prêts à abjurer leur foi européiste, la base, au contact des milieux populaires, s'inquiète très fortement. Elle s'inquiète également pour l'avenir politique de M. Strauss-Kahn. Celui-ci était jusqu'à présent très prudent. Voila qu'il  sent son heure de gloire mondiale venir, ce qui le conduit  à se piquer au jeu du FMI: son soutien sans appel aux mesures d'austérité, ses déclarations au sujet du plan de rigueur en Roumanie, ont été particulièrement mal accueillis par les syndicats et les fonctionnaires. Si la crise de l'euro pouvait aussi nous débarrasser de M. Strauss-Kahn, ce serait trop beau !

Paul Gilbert.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, L'austérité mène au désastre, Le Monde, 23-24 mai 2010.

[2]. Jean-Jacques Rosa, Pourquoi faut-il revenir au franc !, Marianne2.fr, 20 mai 2010.
 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 10:40

Convergences

 

L'article publié samedi dernier par notre confrère François Renié ("Mourir pour l'euro?", Revue critique du 15 mai) a fait le tour du net et suscité de nombreuses réactions, le plus souvent favorables. Nous reviendrons prochainement sur ces commentaires mais il nous faut sans attendre prendre le pouls de l'opinion médiatique car il s'y passe des choses importantes.

Alors qu'il y a encore 15 jours, la presse française baignait dans un océan de conformisme sur les causes et les répercussions de la crise grecque, les langues se délient, les éditoriaux, les tribunes et les chroniques se font infiniment plus critiques à mesure que la crise s'amplifie. Critiques sur la façon dont cette crise a été gérée (ou plutôt non gérée) par des dirigeants européens enfermés dans leurs dogmes. De plus en plus critiques également sur la conception de l'euro, sur l'intérêt même d'une monnaie unique dans un espace, celui de l'Europe, qui n'a rien du marché pur, homogène et ouvert décrit par les économistes.

Le plus significatif c'est que les coups de boutoir qui ébranlent jour après jour l'édifice européiste sont le fait d'économistes français, allemands ou américains dont la réputation n'est plus à faire. Il est significatif que ce soit le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, qui ait le premier ébranlé le consensus en publiant le 10 mai dans Les Echos un article ravageur intitulé "Peut-on encore sauver l'euro ? " [1]. Cette tribune était relayée quelques jours plus tard dans Le Monde par un autre article tout aussi sanglant, signé par l'économiste Christian Saint-Etienne, qui mettait en garde l'opinion contre les mesures déflationnistes qui se préparaient [2]. Notre grand quotidien suisse de langue française sortait lui-même de sa réserve en rappelant lundi, dans son supplément économique, que "l'analyse de plans de consolidation budgétaire antérieurs montre que les chances de succès des politiques d'austérité sont faibles" [3] et mardi, dans ses pages économie, que "l'union monétaire n'inspire plus confiance, la chute de l'euro s'accélère" [4]. Un flot de critiques devait se répandre dans cette brèche. Que nous disent elles ?

En premier lieu, que les mesures annoncées pour venir au secours de la Grèce avaient un objectif beaucoup moins désintéressé qu'il n'y paraissait. "Ce sont les banques que l'on a sauvées, pas la Grèce", nous confirme l'économiste Paul Seabright, dans une chronique publiée par le Monde de l'économie [5]. Nous le disions nous-mêmes mais laissons la parole à cet excellent spécialiste toulousain : "Or, qui, précisément, sont les créanciers de la Grèce ? Selon un rapport de Barclays Capital du 28 avril, il y a quelque 28 milliards d'euros de dette grecque sur le bilan  d'institutions financières allemandes. La moitié appartient à des banques détenues ou contrôlées par le gouvernement allemand. (...) Le même rapport de Barclays Capital indique que les institutions financières françaises auraient quelque 50 milliards d'euros de dette grecque sur leur bilan. Il ne s'agit donc plus d'un problème purement budgétaire ni purement grecque. La solidarité franco-allemande, si bien mise en avant le 9 mai, n'est pas fondée sur l'hellénophilie. Loin d'être une nouvelle crise, la crise de l'euro n'est qu'un épisode du feuilleton bancaire que l'on voulait nous faire croire terminé. " [6]. Voilà qui est parfaitement dit.

Aurait-on pu faire autrement ? Oui, nous répondent de multiples voix, là encore convergentes. "La seule alternative au grand plan de sauvetage lancé par l'Union européenne le même jour que les élections allemandes aurait été une restructuration dans la foulée de la dette grecque"  [7], assure M. Seabright. "Il est toutefois difficile de croire que la Grèce puisse échapper à la restructuration de sa dette", nous dit en écho M. Martin Wolf, éditorialiste du Monde et du Financial Times [8], car "vu la très forte austérité budgétaire prévue et l'absence de compensation en termes de taux de change ou de politique monétaire, il est probable que la Grèce va subir un ralentissement prolongé", qui ne lui permettra plus de rembourser quoi que ce soit. Même son de cloche du côté de l'économiste Jacques Sapir : "J'ai dit personnellement qu'il y avait un doute sur le plan de sauvetage des banques européennes se faisant par l'intermédiaire de la Grèce et que l'on appelle abusivement plan de sauvetage de ce dernier pays. Je n'ai pas été le seul et c'est d'ailleurs une évidence. Il aurait bien mieux valu organiser un défaut partiel de la Grèce, quitte à utiliser une partie de l'argent mis dans le plan pour compenser les pertes des banques européennes." [9]. Que nous dit de son côté Michel Aglietta, un de nos meilleurs experts en économie monétaire internationale ? La même chose, bien entendu : " le manque de courage politique et surtout l'enfermement de l'Allemagne dans son splendide égoïsme ont conduit à clamer pendant des mois : "pas de défaut, pas de sauvetage, pas de sortie de l'Union économique et monétaire". Or la réponse politique la plus prudente, donc la plus raisonnable au sein d'une crise globale, mais aussi la plus juste, était de reconnaître la nécessité d'une restructuration de la dette grecque et d'organiser un plan dès le dernier trimestre 2009. Car un plan de restructuration permet de diminuer le coût d'un défaut s'il se produit" [10]. Si l'Europe ne s'est pas sagement rangée à de telles évidences, c'est qu'elles conduisaient à une sortie de l'euro et cela ni Mme Merkel, ni M. Junker, ni M. Trichet, ni M. Barroso ne voulaient en entendre parler.

Quel prix allons nous payer cet aveuglement ? Celui de la récession, du chômage et, qui sait, d'une révolte sociale dont les conséquences peuvent être imprévisibles. Michel Aglietta souligne  que les mêmes erreurs furent commises en Amérique du Sud dans les années 80, ce qui coûta une décennie de malheur à l'ensemble de ce continent :  " Les pays ont été épuisés par  les plans d'austérité stériles imposés par le Fonds monétaire international pour préserver les banques créancières" [11]. Le blog Marianne 2 nous donnait, lundi dernier, un avant goût de ce qui pourrait nous attendre dans un billet intitulé "Avant la Grèce, l'Europe et le FMI ont déjà sauvé la Lettonie" [12]. Ce charmant pays balte a du recourir il y a 2 ans à la sollicitude du FMI et de Bruxelles. Résultat : des salaires amputés de 30 à 50%, des dépenses de santé réduites d'un tiers et pour quels résultats : une baisse du PIB de 26% en deux ans, près de 20% de chômage, des milliers de Lettons qui quittent leur pays, une démographie en chute effrayante. "Et ce n’est pas fini… Mark Griffiths, chef de la mission du FMI à Riga, juge inévitable une nouvelle cure d’austérité – équivalent à environ 7% du PIB- pour  2011-2012... Ainsi, le pays exsangue répondra aux critères de Maastricht et pourra adhérer à l’euro dès 2014, assure-t-il !" Dieu nous préserve de ces nouveaux Diafoirus qui nous préfèrent morts et guéris !

Puisqu'on évoque les médecins fous du FMI, où en sont leurs collègues de Bruxelles ? A l'heure où l'incompétence et l'aveuglement pathologique de la Commission apparaissent en pleine lumière, la décence, la prudence ou la peur des coups voudraient qu'ils se cachent. Eh bien pas du tout ! Les gnomes du Berlemont  continuent leur sale travail. Voilà qu'ils réclament même le droit de contrôler les budgets de chaque Etat membre, au prétexte de faire la chasse aux déficits. En France, si le Parlement pousse des cris d'orfraie, le gouvernement a déjà intellectuellement capitulé. Gageons que le Bundestag allemand - très sourcilleux sur ses prérogatives, comme on l'a vu  pendant l'épisode du traité de Lisbonne - n'acceptera pas cette atteinte à  sa souveraineté. Quant aux Britanniques, ils ont déjà poliment dit non. Barroso et ses sbires n'en sont d'ailleurs pas à une provocation près. Alors que les Vingt-Sept multiplient les plans d'économie, la Commission vient de plaider, sans aucun scrupule, pour une augmentation de 6% des dépenses communautaires en 2011 ! Christine Lagarde et ses collègues, quelque peu agacés, ont laissé entendre qu'ils auraient du mal à justifier une telle hausse devant leurs Parlements. Quand finira-t-on par chasser cette bande de fous et d'irresponsables !

Ce faisceau de critiques et de tirs convergents sur l'européisme et ses duperies marque un changement. Il suffisait de lire la semaine dernière les éditoriaux des principaux titres de la presse nationale pour constater qu'il ne s'agit pas là d'un feu de paille. Les faits sont tenaces, l'échec de l'euro patent et une vague de suspicion s'abat sur les fondements même de la chimère bruxelloise. Ce mouvement, que l'on sentait poindre depuis 2005, depuis l'échec du référendum français sur le traité constitutionnel, va s'amplifier et son épicentre est en bonne partie chez nous. Il mérite d'être souligné, approfondi et scruté de façon permanente. La Revue critique s'est précisément fixée pour objectif de mettre en lumière ce mouvement des idées qui, depuis une dizaine d'années, avec l'avènement de ce siècle, marque un retour à la raison, à la raison politique contre la folie de l'économisme, à la raison des nations contre les oligarchies mondialisées. Nous nous y emploierons, parmi d'autres, avec d'autant plus d'entrain que "les puissances de sentiment", comme disait Barrès, sont en train de changer de camp.

On se doute que ce changement du cours des choses n'est pas du goût de tout le monde. Jacques Sapir réagissait, avant hier, sur Marianne 2 [13], à une agression particulièrement fielleuse où quatre journalistes du Nouvel Observateur s'en prennent à ces intellectuels inconscients qui "entraînent la nervosité des marchés" [14] et seraient presque, à les écouter, à l'origine des mésaventures de l'euro. Et nos observateurs-policiers de la pensée de désigner pêle mêle : "les éditoriaux des prix Nobel Paul Krugman ou Joseph Stiglitz dans la presse américaine... Une idéologie anti-euro, incarnée en France par les économistes Jacques Sapir, Christian Saint-Etienne ou Jean-Jacques Rosa, professeur à l'Institut d'Etudes politiques..." comme les prémices d'un vaste complot anglo-saxon contre l'euro ! Tissu d'âneries lorsqu'on sait que la plupart de ces économistes ont adopté, depuis de nombreuses années,  une attitude plus que critique - quasiment hostile pour Sapir et Stiglitz - vis à vis de la pensée dominante anglo-saxonne. Jacques Sapir a raison de rappeler à l'égard des auteurs de ce mauvais papier le vieux proverbe chinois qui veut que "quand le Sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt". Mais cette nervosité des européistes et de leurs supports médiatiques est aussi bon signe. Elle montre que l'édifice est touché dans ses oeuvres vives. Comme le disait un de nos maîtres: "En nous frappant, ils nous désignent". Continuons à rendre coup pour coup.

Paul Gilbert.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, Peut-on encore sauver l'euro ?, Les Echos, 10 mai 2010.
[2]. Christian Saint Etienne, Comment s'en sortir de la crise de l'euro, Le Monde, 12 mai 2010.
[3]. Le Monde Economie, 11 mai 2010.
[4]. Marie de Vergès, L'Union européenne n'inspire plus confiance..., Le Monde, 18 mai 2010.
[5]. Paul Seabright, Ce sont les banques que l'on a sauvées, Le Monde de l'économie, 18 mai 2010.
[6]. Paul Seabright, Ce sont les banques que l'on a sauvées, Le Monde de l'économie, 18 mai 2010.
[7]. Paul Seabright, Ce sont les banques que l'on a sauvées, Le Monde de l'économie, 18 mai 2010.
[8]. Martin Wolf, Grèce, pourquoi le plan échouera, Le Monde de l'économie, 10 mai 2010.
[9]. Jacques Sapir, Réponse au Nouvel observateur, Marianne.fr, 19 mai 2010.  
[10]. Michel Aglietta, La longue crise de l'Europe, Le Monde, 18 mai 2010.
[11]. Michel Aglietta, La longue crise de l'Europe, Le Monde, 18 mai 2010.
[12]. Avant la Grèce, l'Europe et le FMI ont déjà sauvé la Lettonie, Marianne 2, 17 mai 2010.
[13]. Jacques Sapir, Réponse au Nouvel observateur, Marianne.fr, 19 mai 2010.  
[14]. Le Nouvel Obsevateur, 12 mai 2010.

 

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 10:40

Mourir pour l'euro ?


Laocoon ardenses summa decurrit ab arce,
et procul : "(...); equo ne credite, Teucri.
Quicquid id est, timeo Danaos et dona ferentis."

Virgile, Enéide, Livre 2, 40-49.


Les Eurocrates devraient apprendre à se méfier des Grecs et de leurs cadeaux. Mais ces gens-là ont-ils seulement le temps de lire Virgile ? Depuis quelques semaines, ils assistent, impuissants, à l'effondrement de l'Euroland. La crise grecque a créé un gigantesque effet de dominos. Elle a fait éclater comme des baudruches tous les mensonges, tous les dogmes, toutes les supercheries dont on nous a rebattu les oreilles depuis des mois, voire des années : la solidité de la monnaie unique, l'horizon indépassable de l'euro, la convergence des économies permises par le vertueux traité de Lisbonne, la solidarité sans faille des gouvernements de l'Union. De tout cela, il ne reste rien, plus rien, qu'un petit tas de ruines encore fumantes. Faut-il s'en réjouir ? Oui, diront certains, car on ne construit pas sur le vent ou sur le sable et il est un moment où la réalité reprend ses droits. Non, disons nous, car  les raisonnements absurdes qui ont conduit à désarmer les États, à ouvrir les marchés, à supprimer les régulations, à faire disparaître les contrôles et les frontières nous placent aujourd'hui dans la pire des situations. Le monstre qu'est la spéculation mondiale, car c'est un monstre, a parfaitement cerné nos faiblesses et il peut, d'un moment à l'autre, nous déchirer à belles dents. Face à lui, nos gouvernants en sont encore à se disputer sur les raisons de leur échec. Combien de temps leur faudra-t-il pour comprendre qu'il va falloir se battre ?

Oui, l'euro était un projet imbécile, peut-être même un projet criminel. L'Europe ne remplissait aucune des conditions pour s'engager dans un pareille aventure, à supposer qu'elle fut souhaitable. Penser qu'il suffisait d'unifier les banques centrales, d'harmoniser les droits de la concurrence et de supprimer quelques frontières pour créer un espace économique viable était une vue de l'esprit. Comme le rappelait il y a quelques jours encore le prix nobel d'économie, M. Joseph Stiglitz : " La suppression des barrières légales à la mobilité des travailleurs a créé un marché du travail unique, mais l'instauration d'une mobilité à l'américaine est un objectif irréalisable en Europe en raison des différences linguistiques et culturelles" [1].  Or, c'est exactement le contraire que l'on constate:   la mobilité  a tendance à se réduire à l'échelle de l'Europe et dans la plupart des grands pays européens! De la même façon, qui pouvait sérieusement penser que le modèle économique allemand, celui de la France, de la Grèce ou du Portugal, fruits de réalités industrielles, géographiques, ethniques différentes, arriveraient à converger en aussi peu de temps. L'Europe s'était-elle d'ailleurs donné les moyens de faire face aux tiraillements que la monnaie unique produiraient inévitablement ? Qu'a t'elle fait pour aider un pays comme l'Espagne à juguler un chomage grandissant, comment entendait-elle répondre aux situations économiques difficiles du Portugal, de l'irlande, de la Grèce, de Chypre ou de la Slovénie? Sans doute par la politique des taux d'intérêt élevés mené par la BCE, sous l'influence de l'Allemagne, qui aggrave  la situation économique de ces pays et qui les étouffe financièrement!

En réalité, rien n'a été sérieusement pensé, ni préparé. La course à l'euro à laquelle nous avons assisté depuis 1999 n'avait in fine qu'une seule et unique préoccupation : distordre le cours de l'histoire, imposer à toute force et dans le minimum de temps l'unification politique et économique du continent, cette Europe fédérale, libérale, patronale qui se dissimule depuis 1950 derrière chacun des traités, et que les peuples rechignent à accepter. Du Plan Delors à Maastricht, du sommet de Nice à celui de Lisbonne, c'est toujours la même mauvaise potion que les classes dirigeantes cherchent à nous faire avaler, et l'euro n'en est qu'un ingrédient. La crise grecque a, en quelque sorte, marqué la fin de cette précipitation effrénée. Elle a cruellement montré que derrière les discours, les traités et les règlements, rien de solide n'existait : aucun gouvernement économique de l'Euroland, mais qui en voulait ? Aucun dispositif de redistribution ou de péréquation, mais qui le souhaitait ? Aucun encadrement de la concurrence fiscale et sociale, mais qui était en situation de l'imposer ? Personne. Il faudra, un jour, faire le procès des irresponsables qui nous ont entraînés dans ce désastre. L'histoire les a sans doute déjà jugés.

Les réponses concoctées pour répondre à la crise grecque et tenter d'enrayer sa progression sont du même acabit : mal conçues, péniblement mises au point, in fine sans effet. Par quel miracle un prêt de 110 milliards d'euros, consenti dans le plus grand désordre, à des conditions à peine favorables, pourrait-il sauver un pays déjà insolvable ? C'est évidemment reculer pour mieux sauter. Et qui peut croire  une seconde à un mécanisme de garantie des dettes des pays membres, bricolé en quelques heures et qui n'a  reçu qu'un appui du bout des lèvres des pays d'Europe du Nord, à commencer par l'Allemagne. Tout cela ne tient pas. La seule solution viable pour Athènes, et demain sans doute pour Madrid, pour Lisbonne et pour Rome, c'est un très large rééchelonnement de leur dette publique et sans doute un moratoire sur une partie des remboursements. Tout le monde le sait parfaitement, mais qui veut l'entendre ?  - Ce serait la fin de l'euro et le retour aux monnaies nationales, nous dit M. Trichet. - Sans doute, mais n'y va t'on pas tout droit ? - Ce sont de grosses pertes  à provisionner pour les banques allemandes et françaises, qui sont les premiers créanciers de la Grèce ? - Certes, mais la correction arrivera tôt ou tard. N'est-il pas préférable de l'anticiper ? - Vous n'y pensez pas ! Les actionnaires de ces banques viennent de sacrifier deux ans de dividendes, ils n'accepteront pas d'aller plus loin !

Comme ces demi-mesures ne sont pas de nature à convaincre les marchés, les dirigeants européens se sont jetés têtes baissées, jeudi dernier, dans un piège plus redoutable encore. Sous la pression de l'Allemagne, chacun a fait de la surenchère sur la réduction de ses déficits et de son endettement : gel des salaires, réduction drastique des budgets sociaux, moratoire des dépenses publiques sur deux, trois, voire quatre ans, augmentation de la TVA. La France, qui n'a pas voulu être en reste, a annoncé un plan de stabilisation sur 3 ans, qui prend effet dès le budget 2010. Or, comme le soulignait le lendemain l'éditorialiste du Monde, la médecine risque d'être bien pire que le mal : l'Europe s'apprête à subir une récession massive, alors même qu'une reprise timide commençait à poindre. Dans les pays les plus exposés - Grèce, Portugal, Espagne -,  les augmentations d'impôt envisagées pourraient se traduire par des baisses de consommation et de croissance telles que la dette publique continuera à flamber. Les opinions publiques sont-elles capables d'accepter ces cures d'austérité ? La réponse est non, si l'on en juge par ce qui se passe actuellement dans les rues d'Athènes. L'acharnement contre nature à défendre l'euro peut-il justifier des millions de chomeurs en plus, des années de stagnation, un climat de trouble qui va se répandre dans toute l'Europe ? La réponse est encore non.

Qui est en situation d'arrêter ces folies ? Certainement pas les dirigeants européens, confits dans leurs dogmes ou tétanisés par la peur de prendre leurs responsabilités. Les marchés, quant à eux, poursuivent leur offensive: vendredi et samedi, l'euro a continué à perdre du terrain et les bourses européennes ont clôturé à nouveau en forte baisse, preuves supplémentaires que la "confiance" n'est pas rétablie, malgré les annonces de la semaine dernière.  On s'attend  à d'autres mauvaises nouvelles la semaine prochaine. En réalité, les milieux financiers ont parfaitement analysé que l'austérité va aggraver la situation en Europe et que les gouvernements du Vieux Continent n'ont plus les moyens politiques et intellectuels de controler quoique que ce soit. Paradoxalement, c'est des Etats-Unis et d'Asie que pourrait venir la solution. On sait que l'administration Obama a donné la semaine dernière des signes d'inquiétude, de même que le gouvernement chinois. La crise européenne menace de contaminer Wall Street et ses banques et d'étendre la récession à l'ensemble de la planète. Un conseiller de la Maison Blanche parlait ouvertement samedi "d'en finir rapidement avec l'expérience de l'euro" et il n'était contredit que du bout des lèvres par le secrétaire d'Etat au Trésor. Cette idée chemine également à Pékin et à Tokyo. Le pire serait qu'elle nous soit imposée par les autres. S'en serait alors fait d'une certaine fiction européenne, ouverte il y a 60 ans par le Traité de Rome.

  François Renié.

 


[1]. Joseph E. Stiglitz, Peut-on encore sauver l'euro ?, Les Echos, 10 mai 2010.

  

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 10:40

Attitudes indignes 

Sur la crise grecque et sur les grandes manœuvres au sein de ce qu’on appelle encore (pour combien de temps !) l’Union européenne, que dire qui n’ait pas été dit et redit, y compris ici même, depuis des semaines ? Que l’Europe a la fièvre ? Mais il suffit d’ouvrir nos journaux : ils sont pleins de thermomètres en fusion ! La fébrilité des gouvernements et des milieux financiers y est scrutée, analysée, catégorisée jour après jour, degré après degré, reportée sur les mêmes courbes que celles qui mesurent la montée des taux d’intérêts consentis à la Grèce. D’ailleurs pour rien. Les commentateurs n’ont aucune nouvelle sérieuse à se mettre sous la dent et  se contentent de lever les bras au ciel en nous assurant que tout cela finira mal. On s’en doutait déjà. Depuis Lisbonne, et même, pour certains d’entre nous, depuis Maastricht !

Sur les premières leçons politiques à tirer de cette crise, nous renvoyons nos lecteurs à l’excellent billet publié lundi par Jean-Philippe Chauvin. Tout y est dit : l’indispensable soutien au peuple grec, l’attitude abjecte des Allemands, les mensonges déversés depuis tant d’années sur la soit-disante solidarité européenne, les masques qui tombent et qui ne laissent apparaître, en fait d’Europe, qu’un triste canton de la gouvernance mondiale où les pauvres, même grecs, sont traités comme des chiens. Tout y est dit et bien dit.

Deux mots, deux mots seulement, l’un sur l’attitude de la presse française, l’autre sur la morgue dont font preuve certains banquiers.

Avez-vous remarqué avec quelle suffisance les pisse-copies de la presse nationale traitent nos amis grecs, surtout depuis qu’ils sont à terre ? Pour Le Figaro, ce n’est qu’une demi-surprise : grecs ou pas, ce sont d’abord des pauvres après tout ! Quant aux Allemands, toujours si corrects … Pour Libération, rien d’étonnant, le journal appartient désormais aux banques et les banquiers, ces derniers temps, ne sont pas très grecs ! Pour Les Echos et La Tribune, c’est plus simple encore, ils ont toujours appartenu aux banques ! Mais Le Monde, Le Monde, notre cher journal genevois de langue française, d’ordinaire si attentionné pour la veuve et l’orphelin, l’aveugle et le paralytique ! Eh bien Le Monde n’a pas hésité, lui non plus, à verser dans la caricature et la facilité. Les politiciens grecs : tous corrompus ! La classe moyenne grecque : elle s’est gavée de fonds européens pour se payer des voitures et se livrer au farniente ! Les travailleurs en colère : ils sont aveuglés par leurs acquis ! Les jeunes diplômés : révulsés par leur pays de voleurs et de fainéants, ils ne rêvent que de partir ! Pour aller où : en Allemagne bien sûr ! Voilà ce qu’on pouvait lire ces derniers jours, à longueur de colonnes, dans le soit disant quotidien français de référence, au moment même où tout un peuple se débattait, presque seul, face aux vautours de la finance internationale. Même Bild sait faire parfois plus fair play et plus mesuré. Pauvre presse française, elle aura montré une nouvelle fois le peu de cas qu’elle fait de la liberté et la dignité. Il faudra un jour en refaire une autre, vraiment libre.

Quant aux banquiers, s’ils ont, eux aussi, la morgue un peu facile, il n’est pas impossible qu’ils la ravalent assez vite. Il y a en effet deux façons de régler ses comptes, lorsqu’on est un Etat en difficulté. La première, c’est de rembourser ponctuellement ses dettes et de réduire drastiquement ses déficits. C’est la seule que nos banquiers ont appris à l’école. Mais il en existe une autre, plus expéditive, qui consiste à ne plus rien rembourser et à décréter unilatéralement un moratoire sur son débit. C’est le droit le plus strict des Etats et certains, comme l’Argentine, en ont encore usé récemment. Qu’aurait à perdre la Grèce à agir de la sorte, si l’Allemagne devait réellement l’acculer à la faillite ? Et qu’auraient à perdre demain le Portugal, l’Espagne, ou l’Irlande si on les poussait aux mêmes extrémités ? La faillite de quelques banques anglo-saxonnes, allemandes ou françaises ? Pour les Etats, si leur souveraineté est à ce prix, cela n’a pas la moindre importance. Aussi peu d’importance que de voir des banquiers avaler leurs chapeaux, leurs cigares et se précipiter d’un gratte-ciel de Manhattan ou de Francfort. Quant tout va bien, les financiers sont persuadés d’être les maîtres d’un jeu qu’ils ont écrit et les nations, débonnaires, se gardent bien de les détromper. Mais quant les choses vont mal, il n’y a plus de jeu qui vaille à l’exception de celui, brutal, des nations. A la vitesse où les choses évoluent sur les marchés européens, certains créanciers de la Grèce devraient commencer à réprimer leurs sourires.

  François Renié.

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 10:40

Nuages sur Chypre

 

Tous les amis de Chypre auront appris avec tristesse les résultats de l’élection « présidentielle » qui s’est tenue dimanche dernier dans la partie turque de l’île. La victoire du nationaliste Dervis Eroglu pourrait en effet remettre en question le processus de réunification engagée depuis 2008 par le président chypriote grec, Demetris Christofias, et son homologue turc d’alors, Mehmet Ali Talat, qui avait suscité beaucoup d’espoir. 

En obtenant plus de 50% des suffrages dès le premier tour du scrutin, M. Eroglu remporte une victoire incontestable. Il n’a jamais caché ses réserves sur le retour à l’unité de Chypre et sa préférence pour l’instauration de deux Etats souverains distincts. Ses partisans défilaient d’ailleurs, dimanche soir, dès l’annonce des résultats, dans les rues de Famagouste, de Kyrenia et du secteur est de Nicosie, en brandissant des drapeaux turcs et des portraits de Mustapha Kemal. Si le nouveau président a cherché à rassurer la communauté internationale en déclarant qu’il poursuivrait les pourparlers avec les Chypriotes grecs, tout le monde a compris sur place qu’il n’y avait aucun engagement de résultat derrière ces propos. 

On peut regretter cette situation. On peut y voir aussi un élément de clarification. En près de vingt mois de discussion, les deux communautés ne sont pas parvenues à dégager un compromis global et chacun campe désormais sur ses positions. Le gouvernement de Nicosie joue en particulier de son appartenance à l’Union européenne pour bloquer tout commerce direct entre la partie turque de l’île et les pays de l’Union et il s’est clairement mis en travers de l’adhésion de la Turquie à l’Europe. La communauté turque ne dispose évidemment pas des mêmes armes de négociation. Son amertume devant un processus qui ne débouche pas et qui la maintient dans l’isolement économique est sans doute pour beaucoup dans le succès de M. Eroglu. 

La victoire des nationalistes turcs rééquilibre le rapport de force politique entre les deux communautés chypriotes. Elle ne ferme pas la porte au processus de réunification mais conduit sans doute à l’envisager sur de nouvelles bases. Ankara, qui n’a aucun intérêt à ce que le dossier de Chypre empoisonne à nouveau ses relations avec l’UE, devra certainement y jouer un rôle plus actif et plus positif. De même les appuis traditionnels de Chypre au sein de l’Europe, la Grèce, le Royaume uni et la France, auront à faire comprendre aux dirigeants de Nicosie qu’ils doivent lâcher du lest, notamment sur les aspects commerciaux. C’est à ce prix qu’après quelques nuages, le soleil de l’espoir pourra à nouveau briller sur l’île d’Aphrodite.  

  Philippe Longnon.

 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 10:40

Nouvel échec pour l'UPM

 

La 4e Conférence de l'Union pour la Méditerranée, qui se tenait hier à Barcelone sur le thème de l'eau, s'est soldée par un échec. C'est une fois de plus le différend israélo-arabe  qui est à l'origine de ce fiasco. La conférence devait déboucher sur l'adoption d'une "stratégie de l'eau pour la Méditerrranée" mais il a suffit d'une référence aux "territoires occupées" par Israël pour que les discussions s'enflamment entre les représentants de l'Etat hébreu et ceux de la Ligue arabe.  "Je suis en proie à une grande tristesse", a déclaré en cloture le secrétaire général de l'UPM, le jordanien Ahmad Massa'deh, "car cet échec a fait planer des doutes sur l'avenir de l'UPM". Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a essayé de minimiser la portée de ce nouveau revers dans la stratégie méditerranéenne de l'Elysée,  mais aucun des participants n'a été vraiment dupe. 

Il faut le dire et le redire : l'UPM est la victime des mauvais choix faits par l'équipe Sarkozy. Alors que le projet visait à l'origine à rapprocher les deux rives occidentales de la Méditerranée, et en particulier  les trois pays de l'Europe du sud - France, Espagne et Italie -  et leurs anciennes possessions du Maghreb - Maroc, Algérie, Tunisie et Lybie -,  l'Elysée a voulu l'étendre, de façon absurde, au Proche Orient, en cherchant à en faire un instrument de réglement du conflit israélo-arabe et de dialogue entre l'Europe et la Turquie. Résultat final : la Turquie, qui n'a jamais admis cet ersatz d'intégration à l'Europe, boude l'UPM; Israël et les arabes en ont fait un nouveau champ de bataille; et la coopération Europe-Maghreb n'avance plus, au grand dam des dirigeants marocains et tunisiens qui avaient mis beaucoup d'espoir dans le projet. Une nouvelle fois, l'attitude brouillonne du pouvoir et son ignorance crasse des réalités internationales ruinent les meilleures idées. 

  Jacques de Barrès.

 

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 22:48
A nos amis polonais      



 Drapeau-polonais.jpg

 

La disparition du Président Lech Kaczynski, de son épouse, du chef d'état-major de l'armée polonaise ainsi que de nombreux responsables civils et militaires de premier plan est une tragédie pour la Pologne et pour tous ses amis en Europe et dans le monde. Les nombreux Français qui connaissent les liens du sang, de la culture et de l'histoire qui unissent nos deux pays sont ce soir en deuil. Ils ressentent le double drame qui touche la grande nation polonaise en perdant ses chefs au moment même où elle allait commémorer la tragédie de Katyn et le massacre de plus de 20.000 de ses officiers par l'abjection communiste, alliée en la circonstance à l'abjection nazie. Les patriotes français  n'oublient pas que le 1er septembre 1939, c'est la Pologne seule, prise en traître  par des ennemis sans honneurs et mal garantie par ses alliés, qui subit le premier choc face aux barbaries coalisées. Ils n'oublient pas non plus la fraternité de combat qui unit les combattants polonais et français libres jusqu'à la victoire et la part que prit la Pologne libre à la libération de notre pays. Ce soir, tous les Français de coeur disent à leurs amis, à leurs frères polonais qu'ils partagent leur douleur et leurs larmes et qu'ils peuvent compter sur eux. Vive la Pologne !

La Revue Critique.

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:40

La Flandre en vert de gris

 

La Libre Belgique titre ce soir : " Voilà que  le chaudron communautaire belgo-belge est entré en phase d'ébullition en l'espace de 24 heures". Et la faute en revient, comme d'habitude, aux irrédentistes flamands et à leurs provocations contre la communauté francophone. Le ministre flamand de l'intérieur, Geert Bourgeois, vient en effet d'annoncer qu'il ne nommerait pas trois maires francophones, pourtant régulièrement élus dans des communes de la périphérie flamande de Bruxelles. Au prétexte qu'ils auraient fait distribuer des convocations électorales en français, ce que la réglementation flamande condamne même lorsque les électeurs sont francophones.  On voit à quel niveau d'apartheid sont aujourd'hui confrontés les populations francophones résidentes en Flandre ! Le ministre en question est évidemment un séparatiste bon poids, membre du groupe ultra Nouvelle Alliance Flamande, qui fait la pluie et le beau temps au sein du "gouvernement" régional. Les séparatistes, qui ont  le vent en poupe, et qui espèrent rafler la mise lors des élections législatives de 2011, cherchent toutes les occasions de faire parler d'eux et de réveiller chaque fois que possible la querelle linguistique.

L'affaire produit évidemment de gros remous en Wallonie. Le président des Fédéralistes démocrates francophones, M. Olivier Maingain, s'est déclaré extrêmement choqué par ces "pratiques, dignes de l'occupation allemande", de l'époque où l'occupant nommait lui même les bourgmestres belges. Et ce d'autant que les autorités flamandes ne s'en tiennent pas là. Non content de refuser la nomination des trois maires, le dénommé Bourgeois vient de faire savoir aux municipalités concernées qu'elles devraient impérativement élire d'autres candidats. De là  à faire désigner directement les postulants par la Kommandantur d'Anvers, il n'y a plus qu'un pas ...

L'ambiance devient lourde en Flandre. Le Conseil de l'Europe, saisi de plaintes régulières pour ségrégations non seulement de la part des francophones mais aussi des communautés immigrées, prépare un rapport qui pourrait faire beaucoup de bruit. Il faut que ce rapport soit lu et diffusé  et que ces pratiques, indignes de l'Europe, soient non seulement dénoncées mais condamnées et éradiquées. La France, en particulier, s'honorerait à dire qu'elle n'acceptera pas d'avoir à ses portes des voisins aussi peu fréquentables. 

  Jacques de Poncheville.

 

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Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
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