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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 11:40

Double jeu allemand

Le vice-Premier ministre grec a accusé hier,  preuve en main, l'Allemagne d'encourager ses banques à "spéculer contre les obligations grecques". M. Pangalos  a dénoncé le double jeu de Berlin qui "en misant contre les obligations de son partenaire et ami grec, et en permettant aux institutions monétaires et de crédit de participer à ce jeu misérable",  permet "à des gens en Allemagne de gagner de l'argent". Et le ministre grec de rajouter " Tandis que les pays du sud de l'Europe souffrent de la baisse de l'euro, les exportations allemandes profitent de cette baisse".

Voilà donc la tartuferie allemande une nouvelle fois mise à jour. Athènes a parfaitement raison de faire valoir que derrière les cris de vestale et de vierge effarouchée de Mme Merkel se cache une véritable stratégie de reprise en main de l'économie européenne par l'Allemagne, au seul profit des intérêts allemands. Il est même curieux, voire suspect, que ces analyses ne soient pas davantage relayées dans les capitales des grands pays de la zone euro, en Italie, en Belgique et en France notamment. Les Britanniques, parfaits connaisseurs de ces grandes manoeuvres politico-financières, décortiquent tout cela avec beaucoup de finesse et d'esprit politique (il suffit pour s'en convaincre de parcourir les éditoriaux économiques de la presse d'outre Manche, et en particulier ceux du Daily Telegraph - très circonspect vis à vis de l'Allemagne - pour s'en convaincre). Et tout cela n'est évidemment pas de nature à les convaincre de rejoindre rapidement l'Euroland !

A défaut d'éclairer nos politiciens et nos médias - complètement traumatisés par l'idée d'une crise majeure en Europe - les turpitudes allemandes devraient à tout le moins mettre en alerte les milieux économiques et financiers européens. On murmure déjà que les attaques qui ont lieu depuis quelques jours contre les obligations portugaises et espagnoles seraient également d'origine allemande. Qui, sinon la Banque centrale européenne, est le mieux placé  pour avertir les gouvernements de cette situation et s'employer à y mettre de l'ordre?  Trichet agira-t-il ? Rien n'est moins sûr.

  François Renié.


 

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 11:40

Le hideux visage de l'Allemagne

Mais où sont passés les européistes ? Où sont ils, ceux qui se félicitaient l'été dernier de la tenue de l'euro ? Où se cachent ces experts qui professaient doctement cet hiver que la monnaie commune était notre meilleur rempart contre la crise. Il aura suffi de bien peu de choses, de deux ou trois incantations spéculatives proférées dans quelques arrières boutiques de la Goldman Sachs pour que toutes leurs belles certitudes s'évanouissent et que l'Europe monétaire découvre qu'elle est aussi vulnérable que l'Amérique. Et comme cette triste réalité n'a rien à voir avec la dérégulation financière mise en oeuvre depuis tant d'années, à coup de directives et de traités par Bruxelles et sa Commission, que la libéralisation des mouvements de capitaux, la suppression des contrôles des changes, la fin de la surveillance des activités bancaires n'y sont évidemment pour rien, il a fallu rapidement trouver un coupable, de préférence pauvre et sudiste.  Ce coupable tout désigné est aujourd'hui grec. N'en doutons pas, il sera demain, s'il le faut,  espagnol, portugais, italien ou, pourquoi pas, français.

C'est l'Allemagne, une fois de plus, qui est prête à porter le fer. L'Allemagne irréprochable, qui fait la leçon au reste de l'Europe, qui se donne en exemple et qui exige qu'on soit sans pitié pour ceux qui ont fauté. L'Allemagne oublieuse des mains tendues qui l'arrachaient, il y a quarante ans, à l'opprobre, au silence et à la solitude où les crimes des nazis auraient du l'enfermer pour l'éternité. L'Allemagne sans mémoire des dollars des plans Marshall qui permirent sa résurrection, l'Allemagne insouciante des milliards d'euros de fonds européens engloutis pour financer sa réunification et lui permettre aujourd'hui de parler haut. Quatre Allemands sur cinq, nous dit-on, ne veulent pas payer pour les grecs ! Chiffre effrayant, désaveu terrible pour ceux qui pensent que l'Europe de l'altruisme et de la générosité est à nos portes. A ceux là, il faut communiquer d'urgence les articles qui fleurissent depuis quinze jours dans la presse d'outre Rhin. Ils seront édifiés par l'arrogance, la suffisance, la tartufferie petite bourgeoise, le mépris des autres qui règnent dans l'opinion allemande, y compris et peut-être même d'abord dans ses élites. Il faut aussi qu'on leur communique le discours effarant que Mme Merkel a fait hier soir devant le Bundestag pour demander l'éviction sans état d'âme de la Grèce de la zone euro. Ce soir là, cette mégère casqué et botté portait le visage le plus hideux de l'Allemagne.

Le pire, c'est que l'attitude teutonne n'est sanctionnée par aucune remontrance. Bruxelles et son Cirque Barroso sont muets comme des carpes, preuve que leur marge de manoeuvre vis à vis de l'Allemagne est à peu près nulle. Aucun commentaire non plus dans les capitales nord européennes, trop contentes sans doute que  Berlin dise tout haut ce qu'elles pensent tout bas, à l'image du luxembourgeois Juncker, assis sur son tas d'or, et qui n'entend rien lâcher, pas un sou, pas un liard, même pas l'aumone aux Grecs. Ni Londres, ni Paris n'ont vraiment réagi aux éructations d'Angela. M. Fillon s'est même félicité dans un récent déplacement à Berlin des convergences qui existent entre les deux pays sur "le désordre monétaire internationale". Seule, Mme Lagarde a fait le procès de la soit-disante compétitivité allemande, qui se fait, comme on le sait, sur le dos de ses partenaires européens par le jeu de salaires bas et d'un cours élevé de l'euro. Procès fort, argumenté, mais qui vient un peu seul. Quant aux oligarques socialistes, tout à leur campagne des régionales, ils n'émettront pas une critique qui puisse géner l'Allemagne. Peut-être quelques propos compassionnels pour les Grecs, mais pas plus. MM. Delors, Moscovici, et tous les bons apôtres de l'Europe sans frontières, sont bien sûr aux abonnés absents.

M. Papandréou  veut garder son sang-froid. Il a à nouveau indiqué ce matin que si la générosité de ses partenaires faisait défaut, il pourrait se tourner vers le FMI, ouvrant par là même une véritable suspicion sur la réalité de l'union monétaire européenne et sur la solidité de l'euro. Gageons que si la Grèce en était réduit à une telle extrémité, elle ne laisserait pas l'affront allemand impuni. La seule chose sûre, ce soir, comme l'indique l'éditorialiste du Monde, c'est que "la crise de l'euro est loin d'être terminée".

  François Renié.

 

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 11:40

Vent mauvais

Comme nous l'avions pressenti (RCIL du 9 janvier 2010), les projets de colonisation de Jérusalem Est, que le gouvernement Israélien soutient ouvertement, sont en train de précipiter le Proche-Orient dans une nouvelle crise, sans doute moins brutale que celle de Gaza, mais peut-être plus structurelle. La récente visite en Israël du vice-président américain Joe Biden a montré jusqu'à quel niveau de provocation l'extrême droite israélienne et les ultras orthodoxes juifs sont prêts à aller. L'enchaînement des évènements, qui a conduit en quelques jours l'administration américaine d'une position conciliante à une attitude d'extrême fermeté à l'égard de Tel Aviv, a été bien décrit par la grande presse.  Les tenants et aboutissants de cette situation méritent en revanche d'être mieux explorés.

Le premier constat, que nous faisions d’ailleurs dès janvier dernier, porte sur l'extrême faiblesse politique du gouvernement israélien. M. Netanyahu cherche à donner l'image d'une équipe soudée autour d'une rhétorique guerrière et sans concessions, mais la réalité est toute autre. Pour conserver par tous les moyens le pouvoir, la droite israélienne a fait le choix d'alliances dangereuses avec les petits partis colonialistes et ultrareligieux. Sur 30 ministres, pas moins de 10 sont originaires de l'Israël Beiteinou d'Avigdor Lieberman, du parti ultra orthodoxe Shass ou du Foyer Juif. Ils détiennent plusieurs postes clés, dont la diplomatie, l'intérieur, la sécurité, l'habitat ou l'équipement. Autant dire qu'ils sont en situation de peser de tout leur poids dans les décisions du gouvernement, en jouant s'il le faut de la provocation lorsqu'ils sentent que le Premier ministre et les ministres du Likoud se rapprochent des Palestiniens ou de l'administration Obama.

C'est précisément le scénario qui vient de se produire lors de la visite de M. Biden. Celui ci se rendait en Israël à la faveur de la reprise du processus de paix indirect avec les Palestiniens, pour jouer les bons offices et désamorcer le cas échéant les oppositions qui pouvaient surgir dans l'un et l'autre camp. Or, c’est le jour même ou M. Biden commençait ses consultations que le gouvernement israélien annonçait la construction de 1600 logements dans la colonie ultra orthodoxe de Ramat Shlomo, en plein cœur de la Jérusalem arabe. Cette annonce faisait l'effet d'une bombe, contraignant à la fois les Etats Unis à la condamner sévèrement et M. Netanyahu à multiplier les explications embarrassées. On sait depuis que c'est le ministre de l'intérieur, membre du parti religieux Shass, M. Eli Yishaï, qui est à l'origine de cette décision intempestive, très certainement destinée à faire échouer les pourparlers. Après diverses tergiversations, M. Netanyahu n'a pu que confirmer ce projet, démontrant par là même une nouvelle fois qu'il est devenu l'otage de la droite extrême.

Le deuxième constat concerne l'attitude des Etats Unis. Après son discours du Caire du 4 juin  dernier, le Président  Obama a placé énormément d'espoir dans la reprise du processus de paix au Proche Orient. Tirant à la fois les leçons de la fin des jeux d’alliance issus de la guerre froide et de l'échec du projet de Grand Moyen Orient de George Bush, l'administration américaine a fondé sa stratégie sur l’idée d’une paix profitable à tous. Elle a pris le soin de s'entourer d'alliés solides dans la région, renforçant ses liens avec l'Egypte, la Turquie, la Jordanie et l'Arabie saoudite et prenant même langue avec l'incontournable Syrie de Bashar Al-Assad. Elle a par ailleurs dépêché au Proche Orient un émissaire permanent, M. George Mitchell, chargé de maintenir ouvertes à toute force les discussions entre Israéliens et Palestiniens. Or, force est de constater que ce processus est en échec, essentiellement du fait de l'intransigeance du gouvernement israélien. L'Amérique commence à se lasser de cette situation. Elle est effarée de l'inconscience de l'équipe Netanyahu qui joue avec le feu, sans comprendre que les rapports de force ont changé dans la région et que l'Amérique ne sera plus éternellement dans son camp. La réaction extrêmement violente de l'administration Obama, après le "camouflet" reçu par le vice-président Biden, pourrait marquer un véritable tournant dans le dossier du Proche Orient.

Troisième constat, la stratégie des Palestiniens est, elle aussi, en train d’évoluer. M. Abbas, le Président de l’autorité palestinienne n’a pas surréagi aux annonces concernant les logements de Ramat Schlomo. Il s’est contenté de suspendre le processus de négociation avec Israël dans l’attente d’un moratoire des constructions dans le secteur arabe de Jérusalem. Cette attitude responsable a d’ailleurs été salué par le vice-président Biden qui n’a pas manqué d’opposer «  le courage et la conviction » de Mahmoud Abbas et de son Premier ministre, Salam Fayyad, et les provocations de la partie israélienne. Elle n’est pas, comme on l’imagine, sans calcul. En cherchant à apparaître, aux yeux de la communauté internationale et en premier lieu des Etats Unis, comme des victimes et non plus comme des agresseurs, les Palestiniens veulent se donner le rôle des bons élèves. Ils espèrent ainsi faire avancer l’idée de créer rapidement un Etat palestinien indépendant, sous l’égide de l’ONU et avec la bénédiction de Washington. Pour autant, il n’est pas exclu qu’on assiste à de nouvelles manifestations violentes contre les projets de colonisation, à Gaza et dans les territoires occupés, forçant les Israéliens, comme on l’a vu hier à Jérusalem, à utiliser des moyens de répression disproportionnés. Cette double attitude palestinienne – sang froid au sommet et contestations à la base – pouvant même participer d’une même stratégie visant à souffler le chaud et le froid.

Reste un dernier constat, qui concerne l’attitude des grands voisins d’Israël. La Turquie qui fut longtemps pour Tel Aviv un allié et interface précieux vis-à-vis du monde arabe, a repris sa liberté et se refuse aujourd’hui à servir d’intermédiaire pour des négociations avec la Syrie et l’Iran. Là encore, c’est l’attitude inconsidérée du gouvernement israélien qui est à l’origine de ce divorce diplomatique, bien plus que l’orientation islamiste du gouvernement d’Ankara, qui sait être pragmatique dans d’autres occasions. Les bonnes relations, construites dans la durée avec l’Egypte, ne sont plus qu’un lointain souvenir après la guerre de Gaza. Quant à la Syrie, elle estime, à juste titre, que la situation d’Israël se dégrade chaque jour un peu plus et que ce n’est évidemment pas le moment de négocier quoi que ce soit. Ses intérêts d’aujourd’hui sont au Liban. Elle ne sortira du bois qu’à partir du moment où la création d’un Etat palestinien sera à l’ordre du jour et pour, autant que faire ce peut, tirer quelques marrons du feu.

L’imbroglio du Proche Orient change d’aspect. Ce qui apparaissait jusqu’à présent comme immuable est en train de bouger. La clé du dossier reste bien sûr à Washington mais les Américains d’aujourd’hui, concurrencés par la Chine dans leur rôle de superpuissance mondiale, ne sont plus ceux d’autrefois. Ils n’ont plus l’éternité devant eux et l’opinion américaine, qui veut sortir des bourbiers du Proche et du moyen Orient, veut des résultats. L’isolement du gouvernement israélien, sa mauvaise appréciation des rapports de force et, pour tout dire, sa légèreté, en font la victime toute désignée des évolutions en cours. L’opinion israélienne commence à comprendre que la pente est mauvaise. Réagira-t-elle à temps ?

Claude Arès.


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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 11:40

Nullités coûteuses

Selon les Echos d'aujourd'hui, "La nouvelle chef de la diplomatie européenne, la Britannique Catherine Ashton, a fait valoir (sic) hier sa volonté d'améliorer sa pratique des langues européennes, alors qu'elle est est régulièrement critiquée pour ne parler qu'anglais". Lors de ses diverses interventions devant le Parlement de Strasbourg ou lors de conférence de presse, Mme  Ashton s'est montrée incapable d'aligner trois mots de suite en français. Son espagnol est effroyable. Quant à l'allemand, elle l'éructe comme une marchande d'huile grecque déchiffrant dans la presse d'outre Rhin la solidarité européenne. C'est tout dire.

Il était difficile jusqu'à présent de discerner les vrais talents de Mme Ashton. Elle a été complètement absente des évènements d'Haïti et n'a même pas essayé de baragouiner quelques mots de compassion en créole, ce qui nous aurait permis d'entrevoir ses qualités de coeur. Sur la scène internationale, elle est inexistante ce qui permet difficilement d'apprécier son savoir-faire diplomatique. On sait maintenant que tout cela est du à un autisme linguistique quasi complet. C'est rassurant.

On apprend dans le même temps par l'excellent Daily Mail de Londres, que Catherine Ashton serait la dirigeante politique la mieux payée du monde. Son salaire annuel, 363.000€, est supérieur à celui d'Hillary Clinton et à celui d'Angela Merkel. Et si elle reste cinq ans à son poste, elle recevra une « poignée de mains dorée » (comme disent les Anglais) de plus de 513.000 €. Et notre journal londonien de souligner perfidement que personne au Royaume Uni n'a voté pour l'institution d'un tel poste, et que personne dans l'Union européenne n'a jamais voté pour Catherine Ashton. A ce prix là, on a sans doute demandé et obtenu de Mme Ashton qu'elle se taise définitivement. Ou qu'elle ne s'exprime qu'en anglais et avec cet affreux accent travailliste que personne ne comprend en dehors de Londres. C'est en effet mieux comme cela.

Mais, à défaut de Mme Ashton, le cirque Barroso ne dispose t'il pas d'une autre personnalité inutile, ridicule et bien payée, qui pourrait s'exprimer à sa place ? Vous pensez bien sûr à M. Van Rompuy, né à la politique européenne le même jour que Mme Ashton et qui est en quelque sorte son frère siamois. Manque de chance, M. Van Rompuy est aussi timoré que sa collègue britannique, il ne discourt a peu près correctement qu'en flamand  et, la plupart du temps, ses propos sont sans intérêt, comme on l'a encore vu il y a quelques jours au sommet européen de Grenade. Bref, aucune des deux attractions du cirque Barroso pour remplacer l'autre. Qui disait qu'avec Lisbonne, l'Europe parlerait d'une voix claire au reste du monde ? 

François Renié.

 

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 11:40

Selon les Grecs, l'UE ne fonctionne plus !

M. Papandréou achève ce soir à Paris sa tournée européenne et il sera mardi prochain à Washington où il rencontrera le Président Obama. Côté Union Européenne, le Premier ministre grec a reçu les réponses qu'il craignait. Une fois de plus, l'Allemagne ne paiera pas ! Pas un cent, voila en substance la réponse du ministre allemand de l'économie, Rainer Brüdele, que Mme Merkel a enrobé hier d'un verbiage diplomatique plus courtois mais qui ne changeait rien au fond. Pas un liard, a repris en choeur M. Juncker, chef de file des ministres des finances de l'Eurozone,  qui ne voit pas pourquoi son Etat voyou, le Luxembourg, irait hasarder son bel argent, si malhonnêtement gagné, chez ces "marchands d'huile". "Ces corrompus, ces gaspilleurs, qu'ils vendent leurs îles !", comme l'a dit hier la presse allemande avec la délicatesse qui la caractérise. "Nous n'avons pas la corruption dans les gènes", a rétorqué M. Papandréou, "pas plus que les Allemands n'ont le nazisme dans les leurs !" On attend avec délectation la presse grecque de demain, qui en connaît, comme on le sait, un rayon, dans l'amabilité antitudesque.

Côté Français, des bonnes paroles, des mots mielleux mais rien de bien concret. On atermoie en espérant que le vent de Berlin tournera. "C'est effrayant !", s'est exclamé ce soir une des membres de la délégation grecque, "Au sein de la zone euro, on a vu l’Allemagne jouer un rôle décisif, sans en discuter avec les autres ! Ce n’est pas parce qu’ils sont puissants qu’ils peuvent décider seuls. Ce n’était pas ça, l’esprit de l’Union européenne… S’il n’y a pas de mesures européennes contre les spéculateurs, ce qui nous arrive arrivera à d’autres pays de la zone euro. Et si la Grèce est presque en état de demander l’aide au FMI, c’est bien que l’UE ne fonctionne pas…"  Il n'y a pas de doute : si les Grecs devaient se prononcer ce soir par référendum sur le traité de Lisbonne, ce serait non, non et non !

Ce qui n'est plus seulement une crise de l'euro, mais bien une crise politique au sein de l'Union  prend ce soir des proportions inquiétantes. Les surréactions des dirigeants allemands et des médias d'outre Rhin ont provoqué de vives inquiétudes au Portugal, en Irlande et en Espagne, pays dont les économies connaissent les mêmes symptômes que la Grèce. A Lisbonne, à Madrid, à Dublin, mais aussi dans les capitales d'Europe de l'est, on découvre le masque effrayant de la rapacité allemande et la rapidité avec laquelle tout une partie de l'Europe du Nord se solidarise avec Berlin. L'autre champ d'inquiétude concerne la réaction grecque. M. Papandréou n'a pas caché que s'il n'obtenait rien de l'Europe, il s'adresserait derechef au FMI et aux américains. Avec un effet immédiat, comme l'a laissé entendre hier M. Trichet, qui serait de semer le doute sur la solidité de l'euro et de l'ensemble des économies de l'Eurozone.  Voilà donc une menace que les dirigeants européens auraient bien tort de ne pas prendre au sérieux !

 

François Renié.

 

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 11:40

Sale Europe !

Les dirigeants européens avaient annoncés le 11 février leur intention de venir au secours de la Grèce, en proie aux spéculateurs internationaux. Ils n'en feront rien. L'Allemagne qui, une fois encore, a jeté son glaive dans la balance des décisions bruxelloises, n'entend pas se sacrifier à ces "loqueteux" de Grecs qui ne savent pas tenir leur économie. Elle avance d'ailleurs que les traités interdisent clairement toute subvention ou  tout sauvetage d'un pays de la zone euro par un autre, condition qu'elle a elle-même imposée. M. Juncker, président de l'Eurogroupe et tous les aigrefins des milieux financiers européens, s'alignent bien évidemment sur la position de Berlin. Quant au gouvernement français, il fait le dos rond : il est évidemment hors de question  de déjuger le chef de l'Etat qui s'est bruyamment jeté dans les bras des Grecs, mais on ne saurait imposer quoi que ce soit à l'Allemagne dans cette Union où elle fait à peu près ce qu'elle veut et où nous sommes désormais verrouillés à double tour.  

La première victime de ce scandaleux diktat allemand, c'est évidemment le peuple grec et son gouvernement. On oublie en effet de rappeller, à Bruxelles, à Francfort et dans les milieux financiers de l'Union, que la Grèce a du faire des efforts considérables pour adopter l'euro en 2002, sans doute bien au-delà  de ce que son économie était en mesure de supporter. Elle doit faire face depuis deux ans à une récession sans équivalent dans les autres pays de l'Union, alors que ses bases sociales restent extrêmement fragiles. Malgré tous ces handicaps, M. Papandréou et  le nouveau gouvernement socialiste ont décidé avec courage d'accepter la purge d'austérité que réclame Bruxelles et d'en assurer l'impopularité. Ils attendaient en retour des gestes d'amitié et des engagements concrêts et ils recoivent aujourd'hui des coups de bâton. On ne s'étonnera pas de voir dans les prochaines semaines des manifestations monstres dans les rues d'Athènes, en espérant qu'elles ne prennent pas, dans le contexte actuel, un tour insurrectionnel. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que si le gouvernement grec n'obtient alors rien, il ne lui restera plus qu'à sortir unilatéralement de la zone euro, au risque d'ouvrir une nouvelle crise de grande ampleur en Europe. Avons nous réellement besoin de celà ?

On sent bien, par ailleurs, que la crise grecque est susceptible de faire des petits dans d'autres pays - Espagne, Portugal, Italie - dont les économies connaissent peu ou prou les mêmes fragilités. On s'inquiète à Barcelone, on manifeste contre les plans d'austérité à Rome, à Milan, à Madrid et à Lisbonne et les foules commencent là encore à y être nombreuses. Les inepties de Maastricht, le malthusianisme de la BCE, l'aveuglement libéral des principaux dirigeants de l'Union ne sont plus des mots, ils touchent concrètement des millions de citoyens dans leur vie, leur emploi et jusque dans la souveraineté de leur pays. Si la Grèce, abandonnée à son sort, doit sombrer dans les difficultés et avec elle une partie de l'Europe du sud, nul doute que ce seront tous les traités qui seront pointés du doigt et avec eux l'image de cette "sale Europe", de cette Europe nantie et arrogante, dont Mme Merkel, M. Juncker, M. Trichet, M. Van Rompuy et quelques autres sont aujourd'hui les figures tutélaires. Gare à l'épisode grec car, mal traitées, ses conséquences peuvent se répandre dans l'ensemble du continent comme une trainée de poudre. Alors, ne vaut-il pas mieux finalement que l'Allemagne paye ! Ce ne serait que justice et, dans le cas de figure, la meilleure façon sans doute de servir ses intérêts bien compris.

François Renié.

 

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 11:40

Les premiers pas de M. Van Rompuy

La presse européiste est aux petits soins pour M. Van Rompuy. Pas une semaine sans qu'on ait droit à quelque article laudateur, quelque portrait flatteur, quelque propos dithyrambique sur le nouveau président "stable" du Conseil européen, cette personnalité charismatique qui nous est tombée du ciel avec le traité de Lisbonne, que les belges regrettent et que le monde nous envie. Il est vrai que notre Herman n'est pas sans qualités. Il en est une qu'il pratique d'ailleurs avec constance et qui est sans doute une des clés de son succès : le mutisme. M. Van Rompuy n'a pas du dire deux paroles publiques depuis sa désignation comme pape de la nouvelle Europe. Il a souri aux journalistes, grimacé devant les caméras, joué les utilités dans d'interminables conseils ministériels, mangé tout son soûl dans d'innombrables dîners de chefs d'Etat, mais il n'a pas prononcé un mot. Au point que certains, jusque chez ses thuriféraires, ont commencé à s'interroger tout bas : M. Van Rompuy ne parle pas ! C'est inconcevable ! Est-ce qu'au moins il pense ?

Le sommet que M. Van Rompuy a convoqué jeudi dernier à Bruxelles, et qui marquait en quelque sorte ses débuts au sein du cirque Barroso, a permis de lever ces inquiétudes : le Président du conseil européen pense et il parle. Le document de travail, soumis à la discussion du sommet, et dont Le Monde nous apprend qu'il est de la plume même de M. Van Rompuy, ne laisse subsister aucun doute : nous sommes bien en présence d'un esprit, voire d'un souffle. Le titre même de ce document, Une stratégie européenne pour la croissance et pour l'emploi, est prometteur, et, à défaut de charme et de fantaisie, l'on sent qu'on va en avoir pour son argent. Quels sont les postulats de M. Van Rompuy et quelles vérités va-t-il nous révéler quant à la gravité de la crise actuelle ? - D'abord qu'elle est grave, nous dit-il longuement, qu'elle se caractérise par un niveau d'activités trop faible et qu'il faut créer les conditions d'une croissance plus forte. Certes, fort bien, mais encore.  - Que la stratégie dite de Lisbonne, qui devait faire de l'Europe l'économie la plus performante du monde, a lamentablement échoué et qu'il faut tout reprendre à zéro. Nous savions déjà que tout ce qui touchait de près ou de loin à Lisbonne finissait dans un fiasco retentissant, mais cela ne nous donne pas les remèdes à la crise. - Que le pacte de stabilité doit rester le pilier de la stratégie européenne, mais qu'il faut profondément l'adapter, faute de quoi la plupart des économies européennes risquent d'en crever. C'est une autre intuition qui ne nous avait pas échappé, mais nous sommes encore loin des médications. - Et qu'il nous faut, pour conclure, mieux coordonner nos politiques nationales et donner un rôle plus clair aux présidents du Conseil et de la Commission dans les futurs G20. Voilà, nous y sommes enfin, on sent bien qu'il y a là en effet les bases et les ingrédients d'une vraie stratégie de sortie de crise. Ce que c'est, tout de même que d'avoir de l'esprit!  

L'autre miracle de ce sommet bruxellois si fondateur, ce fut la prise de parole de M. Van Rompuy. Comme toute les choses rares et précieuses, celle ci n'intervint que tardivement dans la journée. Il est vrai que le sommet informel qu'il avait convoqué, ce moment de convivialité où l'on devait débattre à bâtons rompus de la gouvernance économique, des perspectives à moyen terme et des "stratégies de croissance durable et d'emploi soutenable", ne se déroula pas exactement comme il l'avait prévu. La crise grecque, et avec elle les stupides préoccupations du court terme, s'invitèrent à la fête. Sarkozy, Merkel et Papandréou lui volent très vite la vedette. La matinée et une partie de l'après midi passent dans les tractations de tous ordres autour de l'euro et du renflouement d'Athènes. On bâcle le séminaire de réflexion et la seule chose que l'on consent à faire annoncer par M. Van Rompuy, c'est l'accord de soutien à la Grèce qui vient d'être conclu. La gouvernance attendra plus tard. Qu'à cela ne tienne, notre Herman, en bon flamand, fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il a décidé de parler et il parlera. Il s'avance timidement au devant des journalistes, Barroso, en bon directeur de cirque, à ses côtés, arborant un sourire commerçant. Il bafouille son texte en anglais, d'une voix blanche et faiblarde, qui ne passe pas dans les micros, au point qu'il faut recommencer à plusieurs reprises. Contre tout usage, il juge inutile de refaire sa péroraison en français et se retire à petits pas pour retrouver, loin du bruit et des médias, la chaude camaraderie des dirigeants européens. Qu'à dit M. Van Rompuy ? Nul ne le sait vraiment. Mais qu'importe, il a parlé. La prochaine fois, c'est juré, il s'exprimera.

Vincent Lebreton.

 

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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 11:40
Provocations à Jérusalem

Alors que les négociations israélo-palestiniennes restent désespérément au point mort, la situation se dégrade de jour en jour entre les deux communautés juives et arabes à Jérusalem. Sous la pression des colons juifs, agités par le gel des constructions en Cisjordanie, le gouvernement de M. Nétanyahou joue ouvertement le jeu d'une relance du processus d'annexion de Jérusalem-Est, majoritairement arabe. Selon le quotidien Haaretz, les expulsions de Palestiniens dans cette partie de Jérusalem ont atteint un niveau record en 2008 (près de 5000 contre 8500 de 1967 à 2007) et le processus semble s'être encore amplifié en 2009.

Dans chacun des cas, la méthode est la même : les organisations de colons - comme Ateret Cohanim, fondée par le milliardaire américain Irving Moskovitz - s'appuyant sur le fait que ces terres ont appartenu dans le passé à des juifs obtiennent de la municipalité de Jérusalem l'expulsion immédiate de leurs occupants palestiniens. Ces familles, pour la plupart relogées à Jérusalem après leurs expulsions de Jaffa ou d'Haïfa, demandent alors à récupérer leurs anciens logements. Mais les tribunaux israéliens, qui approuvent les revendications des colons, ne tiennent aucun compte des demandes de restitution émises par les Palestiniens. Au fur et à mesure de ces expulsions, se constituent des sorte d'enclaves colonisées au sein des quartiers musulman et chrétien de la vieille ville. Autres moyens utilisés par la municipalité de Jérusalem pour inciter les populations palestiniennes à partir : la multiplication des décisions de démolition pour habitat "insalubre" et le rationnement des permis de construire.

Cette scandaleuse politique d'apartheid a été dénoncé en 2009 avec une certaine vigueur  par les consulats européens présents à dans la vieille ville arabe. Selon leur dernier rapport, Israël "a poursuivi, par des moyens pratiques son annexion illégale de Jérusalem-Est en affaiblissant la communauté palestinienne de la ville, en empêchant le développement urbain des Palestiniens et, au bout du compte, en séparant Jérusalem du reste de la Jordanie". Selon ce document, cette stratégie israélienne à long terme, appliquée à un rythme accéléré, vise à affaiblir la perspective d'une capitale palestinienne à Jérusalem-Est et poursuit une politique délibérée visant à rendre progressivement impossible une solution à deux Etats.

La situation est devenue suffisamment intolérable pour que l'Union Européenne s'en saisisse au plan politique. A l'initiative de la Suède, qui mène depuis plusieurs mois une action diplomatique résolue contre les boutefeux du gouvernement israélien, les ministres des affaires étrangères de l'Union ont approuvé le 8 décembre dernier une déclaration commune appelant à ce que Jérusalem devienne "la future capitale de deux Etats, palestinien et israélien, dans le cadre d'un règlement négocié". Ils ont dit "leur vive préoccupation face au blocage du processus de paix au Proche Orient, et réaffirmé n'avoir jamais reconnu l'annexion de Jérusalem-Est en 1967 par l'Etat hébreu" ni les changements de frontières imposés par la force à cette date. La résolution proposée par la Suède était d'ailleurs plus explicite sur le statut futur de Jérusalem-Est, ce qui aurait permis de légitimer les actions engagées au plan du droit international par les Palestiniens expulsés. Les réserves émises par les défenseurs habituels du gouvernement israélien au sein de l'Union, Allemagne, Italie, Pays Bas - auxquels la France s'est associée, au mépris de ses positions constantes sur Jérusalem Est - n'ont malheureusement pas permis d'être aussi explicite.

La réaction des européens est-elle de nature à faire changer d'orientation le gouvernement Nétanyahou? On peut sérieusement en douter. Israël, qui n'est plus aujourd'hui à une provocation près vis à vis de la communauté internationale - a dévoilé fin décembre un projet de construction de 700 nouveaux logements dans des secteurs de Cisjordanie proches de Jérusalem Est. Malgré de nouvelles protestations de l'Autorité palestinienne et des Etats Unis, les appels d'offre concernant ce programme viennent d'être confirmés par le ministère israélien de la construction. Un important dispositif policier et militaire est prévu pour assurer la sécurité des chantiers.

L'affaire de Jérusalem-Est peut avoir des conséquences de grande ampleur. A la fois  parce qu'elle met à nouveau la population palestinienne sous tension, à la merci des extrémistes. Et parce qu'elle confirme quelque part le désarroi et la confusion qui règnent au sein du cabinet israélien. M. Nétanyahou, qui doit sa survie politique aux groupes religieux les plus extrêmes, en est réduit à naviguer à vue. Au point de ne pas mesurer à quel symbole il s'attaque en ouvrant ses chantiers dans la vieille ville arabe. Au point de ne pas voir la nouvelle donne diplomatique qui s'esquisse dans la région - retour de la Syrie, poids de la Turquie, changement d'orientation de la politique américaine, influence de la Russie - qui est en train de modifier très profondément les rapports de force, en défaveur d'Israël. Le vent tourne au Proche-Orient. Il serait temps que les responsables israéliens en prennent conscience. Avant qu'il ne soit trop tard.

Claude Ares.


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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 11:40
Deux mauvais choix

Michel Rocard a tous les défauts du monde mais il ne manque pas de flair. Lorsqu'il déclare vendredi dernier sur France Inter que la nomination du premier ministre belge, Herman Van Rompuy, à la tête du Conseil européen et de Mme Ashton, comme haut représentant de l'Union, sont "de mauvaises décisions, qu'il regrette profondément", on sent qu'il est dans le vrai. "M. Van Rompuy est probablement un homme charmant, tout ce qu'on dit de lui est complètement délicieux mais le président de l'Europe doit être quelqu'un qu'on a vu au travail depuis quinze à vingt ans et qu'on connaît. Un petit nouveau, même s'il est bien, il va lui manquer ce ressort", distille M. Rocard. Et voilà notre petit belge habillé pour l'hiver. 

"Quant à l'idée de confier la diplomatie de l'Europe à l'Angleterre, c'est-à-dire à un pays qui ne veut de diplomatie européenne en aucun cas, là on est dans la caricature". Et même dans la double caricature si l'on ajoute que Mme Ashton, parfaite inconnue du grand public, obscure commissaire européenne au commerce, nommée à ce poste par les subtiles arrangements entre conservateurs et sociaux-démocrates européens, n'a strictement aucune expérience des questions diplomatiques. Economiste de formation, c'est une pure apparatchik travailliste, passée en peu de temps des bancs du Parlement à ceux du Gouvernement britannique, puis à Bruxelles. Seuls signes positifs, elle a un temps dirigé une oeuvre caritative du Prince Charles et elle a été annoblie en 1999, sous le titre de baronne Ashton of Upholland.

Michel Rocard vit en réalité le drame de toutes les personnalités européistes. Lisbonne l'avait fait rêver d'un George Washington de l'Europe et d'un Metternich, et voici que sa montagne  préférée accouche de deux souris grises !  Naturellement, à ses yeux, ce n'est pas la mécanique européenne qui est en cause. La faute en revient aux Etats membres, ces pelés, ces galeux accusés "de vouloir préserver leurs territoires et empêcher que l'Europe devienne une entité capable de faire de la politique à leur place." Complot, il y a complot des Etats, fulmine Rocard. Et peut être n'a t'il pas complètement tort, même si l'intrigue n'est sans doute pas là où il la place.

M. Van Rompuy, pour commencer par lui, n'est pas inconnu pour tout le monde. Il est depuis l'origine le candidat préféré de l'Allemagne. C'est par pure duplicité que Mme Merkel a feint quelques instants de se rallier à la candidature Blair, pour mettre dans son jeu un Sarkozy, plus petit garçon que d'habitude, flatté de faire partie de la conspiration, et que la notoriété médiatique de l'ex premier britannique a toujours fasciné. Mais pour la chancelière allemande, pour la droite allemande, le patronat allemand, la diplomatie allemande, il n'y a jamais eu l'ombre d'un doute : Herman Van Rompuy a toujours été the right man in the right place. Sa modestie, sa roublardise et son manque de charisme sont autant de qualités pour Berlin, de même que sa culture flamande, sa parfaite immersion dans les multiples réseaux de la démocratie chrétienne européenne et son fédéralisme assumé. Il sera le promoteur zélé de la vision de l'Europe qui prévaut outre Rhin, efficace, libérale quand il le faut, technocratique quand il convient de l'être, et naturellement atlantiste. On peut être sûr par avance que ceux qui l'ont fait roi n'auront pas lieu de regretter leur choix.

Atlantiste, Mme Ashton l'est, elle aussi, sur toute la ligne. Avec ce haut représentant là, finis les états d'âme sur l'Irak, sur l'Iran ou sur la politique répressive d'Israël en Palestine.  Et contrairement aux craintes exprimées par Michel Rocard, il y aura sans doute, sous son impulsion, une politique étrangère commune de l'Union, mais qui ressemblera comme deux gouttes d'eau à celle de Londres et de Washington. Et ce d'autant que Mme Ashton aura les moyens de sa politique. Elle sera secondée, certains disent même pilotée,  par une  administration européenne de plus de 5000 postes, le nouveau service d'action extérieure de l'Union, qui disposera sur le terrain d'un reseau serré de correspondants et de "représentations". Gageons que ce "quai d'Orsay bruxellois" n'aura de cesse, sous couvert de coordination, d'imposer ses propres politiques, ses propres vues. Il y a là, à terme, un véritable danger pour les Etats européens qui entendent garder une certaine liberté de jeu dans le monde, au premier rang duquel figure la France. Les premiers pas de Mme Ashton seront donc à suivre de près.

Au final Michel Rocard n'a pas tort lorsqu'il parle de choix détestable. Les désignations de Mme Ashton et de M. Van Rompuy ont en effet un sens; elles reflètent, qu'on le veuille ou non, le double parrainage autour duquel se construit aujourd'hui l'Europe, celui de l'économie dominante, dont le centre se situe à Berlin, et celui de l'imperium politique, dont les sources d'impulsion sont à Washington et à Londres. Choix effectivement détestable et qui ne fait pas les affaires de la France.

François Renié.


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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:40
Fin de partie ?

On se serait bien passé de cette première décade de novembre ! Mardi 6 novembre, le président tchèque, à bout d’arguments et la mort dans l’âme, qui est obligé de signer le traité européen ; le triomphe particulièrement peu modeste de la Commission et de la présidence suédoise qui annoncent dès mercredi que le traité rentrera en vigueur le 1er décembre prochain. Et M. Cameron, le chef de file des tories, qui enterre vendredi  sa promesse d’organiser un référendum sur Lisbonne. Voilà bien des espoirs balayés en quelques jours ! 

Ce résultat est évidemment un crève-cœur pour les millions d’européens libres qui avaient fini par se faire à l’idée qu’il était possible d’échapper aux griffes de l’Europe bruxelloise. Nous voici ramenés à une triste réalité, avec l’obligation de subir le tintamarre de l’eurocratie triomphante. Et de retrouver à nouveau les miasmes de la démocrassouille européenne, toute à ses mic-macs et à ses marchandages et qui va pouvoir, enfin, s’en donner à cœur joie.

Même si le réveil est un peu brutal, nous aurions tort de sombrer dans la morosité et le désespoir. C’est une bataille qui a été perdue, pas la guerre. Le conflit qui oppose aujourd’hui les peuples d’Europe et leurs élites défaillantes ne fait que commencer. Il s’étendra sans doute sur plusieurs décennies. Comme il a fallu plusieurs décennies pour accoucher du monstre que nous appelons aujourd’hui l’Union européenne, il en faudra plusieurs pour tout rebâtir, jusqu’aux fondations, si l’on veut voir émerger l’Europe libre que nous appelons de nos vœux. . 

L’heure est maintenant aux bilans et il y a au moins trois leçons à tirer de cette étape. 

La première, c’est que le rapport de force a réellement changé. Nous ne sommes pas passés très loin du succès et il s’en est fallu de quelques mois, ce qui est peu au regard des cinq années de crise que vient de connaître l’Europe. Qui aurait pu imaginer il y a seulement dix ans, que trois nations – la France, les Pays Bas et l’Irlande- rejettent aussi massivement les diktats européistes, que les Allemands, les Britanniques, les Autrichiens, les Tchèques, les Roumains, voire les Grecs, les auraient sans doute aussi rejeté, s’ils avaient été loyalement consultés ? Qui aurait pu prévoir les résultats calamiteux des dernières élections européennes, leur taux de participation ridicule, la désaffection qu’elles expriment pour l’Europe telle qu’elle se construit ? Oui, les choses ont bougé, les « puissances de sentiment », comme disait Barrès, sont en train de changer de camp, le vent de l’histoire souffle à nouveau dans notre sens. 

Deuxième leçon, l’origine de nos malheurs est d’abord française. Certes, la ratification de Lisbonne n’est  pas seulement l’œuvre de Sarkozy et de son clan. L’Allemagne, le Benelux, l’Italie, d’autres y ont leur part. Mais leur attitude était logique. Le Benelux ou l’Italie ne sont rien sans l’Europe. L’Allemagne va tirer de grands profits du nouveau traité, notamment au travers du poids politique renforcée qu’il lui donne. Rien de tel pour la France. Si le chef de l’Etat, son gouvernement, sa majorité, ont pris la tête de cette croisade, c’est pour l’esbroufe, par incurie ou, pire, pour certains, comme MM. Kouchner, Jouyet et Lellouche, par idéologie. On retiendra qu’à quelques exceptions près, personne au sein de la droite française ne s’est élevé contre ce projet. Où sont les gaullistes, les patriotes d’hier ? disparus, évanouis. Quant aux socialistes, leur véritable trahison lors de la réunion du Congrès de 2008, alors qu’ils auraient pu imposer au pouvoir un nouveau référendum, n’est pas prête d’être oubliée. 

Enfin, dernière leçon, le succès sera au prix de profonds changements de stratégie. Le vieux souverainisme est mort. Ses visées purement défensives, son incapacité  à sortir des cadres nationaux, à s’appuyer sur des forces sociales, à offrir des perspectives nouvelles sont à l’origine de ce décès. Il n’y a pas lieu de le regretter, de même qu’il n’y a pas lieu de regretter le reclassement des personnalités qui, notamment en France, l’ont personnifié. Il faut désormais fédérer les peuples sur autre chose, sur un vrai contre-projet à l’échelle du continent. C’est bien sûr celui de l’Europe des nations, avec ses leaders à trouver, ses institutions politiques à esquisser, ses frontières à imaginer, sans doute jusqu’à la Turquie et jusqu’à la Russie. Ces perspectives  prennent actuellement forme dans le débat intellectuel et pas simplement en France. Accélérons ce mouvement.

 

François Renié.


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