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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 12:00
Le pape et le roi                       
Anagni, 7 septembre 1303                     

de Guillaume de Thieulloy
Mis en ligne : [4-10-2010]
Domaine : Histoire
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Guillaume de Thieulloy, né en 1974, est l'auteur de deux essais sur Jacques Maritain : Le Chevalier de l'absolu (Gallimard, 2005),  et Antihumanisme intégral (Pierre Téqui, 2006).


Guillaume de Thieulloy, Le pape et le roi. Anagni, 7 septembre 1303. Paris, Gallimard,  mars 2010, 268 pages.


Présentation de l'éditeur.
Ce samedi, à l'aube, la paisible ville d'Anagni, où le pape Boniface VIII séjourne dans son palais pontifical, est investie par des centaines d'hommes armés, conduits par un émissaire de Philippe le Bel. Ils ont ordre de se saisir de la personne du souverain pontife et de lui signifier sa mise en accusation pour hérésie. Violences, pillages, des morts, des blessés, et voici le vicaire du Christ, assis face à ses agresseurs, coiffé de la tiare et serrant dans ses mains un crucifix taillé dans le bois du Golgotha. Bientôt le peuple s'émeut, se révolte et fait libérer le pape captif. Que signifie la présence du confident d'un roi de France à la tête d'une meute de soudards ? Que cherche Philippe le Bel ? Pourquoi ce procès en hérésie intenté au chef de la chrétienté ? Comment le pape et le roi en sont-ils venus à cette extrémité ? Telles sont les questions que tente d'élucider cet ouvrage. Il reconstitue les termes et les enjeux d'une controverse inséparablement théologique et politique, brosse le portrait des deux figures exceptionnelles qui dominent ce théâtre éclatant, interroge les théories et les arguments mobilisés par les deux camps, avant de décrire le cheminement qui a conduit fatalement à cette guerre des principes. Le pape entendait exercer une autorité directe sur les princes temporels. Le roi affirmait détenir son pouvoir de Dieu seul. C'est cette autonomie sacrale qui donnera plus tard sa physionomie à la nation France. L'épreuve d'Anagni porte déjà en germe ce qu'on appellera plus tard le gallicanisme. C'est alors également que sont réunis pour la première fois les États généraux du royaume. La France entre dans une nouvelle ère.

Recension de Olivier Marin. - Etudes, juillet 2010.
Une fois n’est pas coutume, la prestigieuse collection « Les journées qui ont fait la France » n’a pas fait appel à un historien patenté, mais au jeune essayiste G. de Thieulloy pour présenter un nouvel épisode embléma­tique du « roman national ». Il faut dire que les précédents livres que l’auteur a consacrés à Jacques Maritain et à Charles Journet l’avaient préparé à sonder les profondeurs théologico-politiques de ce qui est resté dans toutes les mémoires comme le point d’orgue de la lutte sans merci entre le vieux pape Boniface VIII et l’ambi­tieux roi de France Philippe le Bel : l’attentat d’Anagni. L’événement comme tel est (peut-être trop) rapide­ment traité. L’essentiel de l’ouvrage consiste, en remontant aux origines du conflit et en suivant ses multiples rebondissements, à élucider les moti­vations des protagonistes et de leurs comparses ; l’écheveau complexe des jeux d’intérêts, des susceptibilités nationales et des prétentions idéolo­giques y est démêlé avec pédagogie. Ici ou là, de menues erreurs factuelles ou des raccourcis discutables pourront certes indisposer le spécialiste, qui regrettera également la faible place accordée aux chroniques du temps. Il n’empêche que l’ensemble, nourri aux meilleurs travaux récents (A. Paravicini Bagliani, J. Coste, J. Krynen), est de bonne facture et constitue un point de départ bienvenu pour quiconque s’intéresse à la genèse des Eglises nationales, et singulière­ment de l’Eglise « gallicane », sur les décombres de la théocratie médiévale.

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 12:00
Montalembert                           
et l'Europe de son temps                      

de Marguerite Castillon du Perron
Mis en ligne : [12-07-2010]
Domaine : Histoire
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Historienne réputée, Marguerite Castillon du Perron est l'auteur de plusieurs biographies qui font référence, parmi lesquelles La princesse Mathilde (Perrin, 1963), Louis-Philippe et la Révolution française (Pygmalion, 1997), Charles de Foucauld (Grasset, 1982).


Marguerite Castillon du Perron, Montalembert et l'Europe de son temps. Paris, François-Xavier de Guibert, octobre 2009, 366 pages.


Présentation de l'éditeur.
Journaliste, homme politique, historien, voyageur et pèlerin, grand seigneur et gentilhomme campagnard, voire même économiste rural et sylviculteur, mais toujours et d'abord chevaleresque apôtre de Dieu et de la liberté, Montalembert a connu en France et en Europe une gloire dont on a peine aujourd'hui à mesurer l'importance. Par ses relations, ses familiers, ses engagements, il se trouve au coeur de tous les grands débats politiques, intellectuels et spirituels du XIXe siècle dans ce qu'ils ont de plus moderne et de plus éclairant encore pour nous aujourd'hui. Doué d'une intelligence et d'une volonté peu communes associées à une prodigieuse capacité de travail, exaltant à fréquenter, irritant à plus d'un égard mais en définitive d'une désarmante sincérité, Montalembert n'aura cessé d'appeler à la controverse, à la fureur ou aux applaudissements. Exhumant des milliers de pièces d'archives, Marguerite Castillon du Perron nous révèle la complexité d'un homme de combats et de fidélités, qui fut l'un des plus lucides observateurs de la société de son temps et un voyageur infatigable. Ce sont ainsi cinquante années capitales de l'histoire de l'Europe qui nous sont brillamment restituées et rendues vivantes.

Recension de Francine de Martinoir. - Etudes, juin 2010.
Cette biographie magistrale restitue la figure de Charles de Montalembert (1810-1870), aristocrate, grand voyageur, écrivain, homme politique, né la même année qu’Alfred de Musset dont il partageait la mélancolie d’« Enfant du siècle », mais tourné, lui, vers l’action et l’avenir. L’Avenir est d’ailleurs le nom du journal qu’il lance en 1830 avec Lamennais et Lacordaire. Les débats philosophiques, religieux, politiques dans lesquels il fut engagé sont encore les nôtres. Les enjeux de ses luttes sont liés à la complexité des familles spirituelles de son époque, déchirées entre la tradition légitimiste et l’attrait de la démocratie, entre le gallicanisme hérité des ancêtres et le désir de restaurer l’autorité papale, entre le culte de la liberté et la peur des violences révolutionnaires, et ils nous semblent étrangement actuels. Ses interrogations sur les rapports entre la foi et le monde, sur la liberté d’expression, la liberté de l’enseignement qui, selon lui, ne devait pas être inféodé au pouvoir politique, sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, sur la place à donner à la démocratie, sur la déchristianisation de la France sont encore celles du christianisme d’aujourd’hui. Sa mère était anglaise, son épouse, belge : Montalembert fut un Européen visionnaire. Et de plus, avec Armand de Melun et Frédéric Ozanam, il fut un des penseurs de ce catholicisme social, souvent méconnu, occulté, peut-être parce qu’il était moins fondé sur des analyses économiques que sur une exigence éthique et qui, dans la situation présente, retrouve force et signification.

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 22:00
Rome et l'Occident                   
Gouverner l'Empire                       

sous la direction de Frédéric Hurlet
Mis en ligne : [31-05-2010]
Domaine : Histoire
Rome et l'Occident

 

 
Frédéric Hurlet est professeur d'Histoire romaine à l'université de Nantes et directeur de l'UER Histoire, Histoire de l'art et Archéologie. Il est membre du Centre de Recherche d'Histoire Internationale et Atlantique. Il a récemment publié : Les Empires, antiquité et moyen-âge. (P.U.R., 2008), Le principat d'Auguste (P.U.R., 2009).


Frédéric Hurlet (dir.), Rome et l'Occident, IIème siècle av. J.C. - IIème siècle après J.C., Gouverner l'Empire Paris, Presses universitaires de Rennes, novembre 2009, 528 pages.


Présentation de l'éditeur.
Cet ouvrage collectif étudie les relations multiformes qui se sont établies entre Rome et l'Occident depuis la création des provinces d'Hispanie en 197 av.J.-C. jusqu'à la mort de l'empereur Commode en 192 apr. J.-C. L'espace pris en considération comprend les îles de la Méditerranée occidentale (Sicile, Sardaigne, Corse), la péninsule Ibérique, la Gaule (Cisalpine exclue), la Germanie, les Alpes (provinces alpestres, Rhétie) et la Bretagne romaine. Au coeur des questionnements se trouve le mode de fonctionnement de l'Empire romain. La longue durée retenue - près de quatre siècles - permet de mieux saisir les évolutions qui se manifestèrent dans les régions occidentales en relation avec la conquête romaine et à sa suite, mais aussi les continuités que le passage de la République à l'Empire ne fit pas disparaître. Frédéric Hurlet a réuni une équipe internationale de chercheurs français, allemands et anglo-saxons. Dix-huit contributions ont été rassemblées pour analyser les différents aspects de l'emprise de Rome sur l'Occident dans une perspective qui mêle les approches thématiques et géographiques. Le manuel est divisé en deux parties. La première étudie les structures qui permirent à l'Empire romain de dominer un aussi vaste espace. On y trouve des synthèses sur la loi provinciale, les gouverneurs, l'armée, la circulation des hommes et de l'information, la fiscalité, le cens, l'exercice de la justice et la monnaie. La seconde partie adopte une perspective géographique en étudiant différentes régions de l'Occident dans leurs relations avec Rome. Quatre thématiques principales y sont développées : des synthèses régionales (Lusitanie, Trois Gaules), le statut des cités et des personnes (Gaules), la cité comme cellule de base de l'Empire (Bretagne, Germanie, Rhétie) et la religion (Germanie, Bretagne).

Recension. - L'Histoire, février 2010.
Gouverner l'Empire. On ne résume pas un tel livre, dont néanmoins on comprend sans peine que le fil rouge, pourtant presque jamais nommé, se nomme "romanisation". Comment Rome administre-t-elle ? Et comment les populations de l'Occident s'en accomodent-elles? Sans prétendre à l'exhaustivité, les auteurs font bien ressortir la variété des situations : la Lusitanie n'a pas grand-chose de commun avec la Bretagne fortement militarisée, la Gaule du Sud précocement dominée diffère des Germanies tardivement acquises et pacifiées. A travers dix-neuf contributions passionnantes, le lecteur acquiert la conviction qu'en effet la notion fourr-tout de "romanisation" est bien réductrice, et que mieux vaut voir dans le détail des interactions entre Romains et indigènes, dans le domaine de la culture, de la religion, de l'urbanisme, des hiérarchies sociales. Même l'étude de l'administration provinciale proprement romaine, maîtresse de l'impôt, de la justice, du cens, ne peut oublier que les cités, infrastructure locale souvent créée par Rome elle-même, possèdent une existence politique, expression du pouvoir et de la volonté des notables indigènes. Une somme nuancée et intelligente.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 08:30
Louis-Philippe                          
Le prince et le roi
 
de Munro Price
Mis en ligne : [2-05-2010]
Domaine : Histoire
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Munro Price, spécialiste de l'histoire du XVIIIe et du XIXe siècle français, a été professeur associé à l'université de Lyon. Il est actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford. Il a récemment publié:  The fall of french monarchy (Pan Books, 2003), The perilous crown (Pan Books, 2007).


Munro Price, Louis-Philippe, le prince et le roi, la France entre deux révolutions, Paris, Editions de Fallois, novembre 2009, 478 pages.


Présentation de l'éditeur.
L'enseignement de l'histoire en France a eu tendance à négliger la Restauration et la monarchie de Juillet, régimes jugés à contre-courant puisqu'au lieu de conduire la France à la République, ils la ramenaient à la monarchie. Passe encore pour la Restauration, imposée par les puissances en guerre contre Napoléon, mais en juillet 1830, alors que la République était à portée de main, elle avait été en quelque sorte confisquée par Louis-Philippe et ses partisans. Or c'est à une tout autre lecture que nous convie cet ouvrage. Son premier mérite est de rappeler aux lecteurs quelques idées simples, mais que, tout à notre habituelle conception révolutionnaire de l'Histoire de France, nous avons tendance à oublier. En premier lieu, cette période, et plus particulièrement la monarchie de Juillet, a été essentielle à la formation politique de la France moderne parce qu'elle a posé les bases du système parlementaire. Par ailleurs, elle constitue la seule véritable mise en oeuvre en France d'une monarchie parlementaire, les tentatives des débuts de la Révolution française ayant rapidement échoué. Enfin, la monarchie de Juillet fut le moment où le système politique français se rapprocha le plus du système politique britannique. Nul n'est mieux placé qu'un historien anglais pour nous le faire toucher du doigt, tout en nous montrant la contradiction entre l'anglophilie de Louis-Philippe et le manque de pragmatisme dont il fit preuve à la fin de son règne, si français et si peu britannique.  

Article de Benoît Gousseau. - Politique magazine, janvier 2010.
Louis-Philippe et la France. La chose est bien connue : la Restauration et la Monarchie de juillet sont des périodes négligées par nos manuels scolaires, parce que cette partie de la vie nationale vient contredire l'idéologie officielle du "sens de l'histoire" et qu'elle est interprétée comme un "retour en arrière" par rapport à la Révolution, la Terreur et l'Empire jugés porteurs de progrès. Les bouleversements de 1789, les crimes contre l'humanité de 1793 et la boucherie des guerres napoléoniennes ont toute l'indulgence des professeurs hexagonaux, pour qui l'histoire du XIXe siècle commence avec celle de la République, c'est-à-dire en 1875. Mais il n'en est pas de même pour l'école historique anglo-saxonne dont les meilleurs représentants, par pragmatisme d'observateur et en raison d'une immersion culturelle radicalement étrangère à l'idéologie gallo-républicaine, ont toujours porté un regard aigu mais serein, clinique mais critique, ouvert mais croisé, sur l'histoire moderne de l'Europe.
Munro Price est l'un d'eux. Actuellement professeur d'histoire moderne européenne à l'université de Bradford, il s'est penché avec une perspicacité inégalée jusqu'à ce jour sur les presque vingt ans de règne du dernier roi, sinon du dernier monarque français. En bon anglais vivant dans une monarchie parlementaire, c'est à l'aune de ce démocratisme tempéré si typiquement anglo-saxon, que Munro Price, qui fut professeur associé à l'université de Lyon, décrypte dans la monarchie de juillet la formation politique de la France moderne, notamment à travers une première réelle expérience parlementaire que l'anarchie révolutionnaire n'avait pas permise à la première République. Ce point de vue tout britannique explique sans doute l'absence de Bainville, Marie de Roux et Halévy dans les références bibliographiques proposées et qui témoignent, nonobstant, d'une érudition de haute volée.
La mise en perspective originale de la politique de Louis-Philippe repose ici sur la révélation, par l'auteur, d'une entente particulier entre le monarque et sa soeur Adélaïde et ce, dès leur jeunesse. L'anglophobie du  jeune prince après le drame familial, son engagement dans l'armée nationale, sa présence à Jemappes et Valmy, son voyage dans la jeune fédération des Etats-Unis d'Amérique, son mariage, son retour avec les Bourbon dès 1814, son action politique entre 1815 er 1830, son accession au trône et son gouvernement, tout est scruté à travers la correspondance qu'il entretient avec sa soeur. Le dépouillement de ces archives quasi inédites constitue l'apport le plus considérable à cette étude capitale. Le livre de Munro Price est d'ores et déjà une référence incontournable.

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 18:30
Regards sur
le Moyen Age                         
   
de Sylvain Gouguenheim
Mis en ligne : [12-04-2010]
Domaine : Histoire
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Sylvain Gouguenheim, né en 1960, est historien, spécialiste de l'histoire médiévale, professeur à l'Ecole normale supérieure.  En 2008, son livre Aristote au Mont-Saint-Michel  crée une importante polémique avec certains milieux académiques. Il a notamment publié : Les Chevaliers teutoniques (Tallandier, 2007), La réforme grégorienne. De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde (Temps Présent, 2010).

 


Sylvain Gouguenheim, Regards sur le Moyen Age, 40 histoires médiévales, Paris, Tallandier, Octobre 2009, 407 pages.


Présentation de l'éditeur.
Le baptême de Clovis est-il celui de la France ? Les serfs sont-ils des esclaves ? Jeanne d'Arc a-t-elle fait sacrer Charles VII ? Que recouvre la notion d'hérésie ? Et finalement, à quelle réalité l'expression Moyen Age renvoie-t-elle ? Répondre à ces questions, c'est redécouvrir une société qui a suscité trop d'images, de préjugés, d'opinions variées et contradictoires. Mais ne nous y trompons pas, on ne trouvera pas ici un manuel général ni un dictionnaire spécialisé, simplement une initiation sélective, des jalons utiles à la compréhension d'un temps et d'une époque riches et complexes. Des thèmes ont ainsi été sélectionnés - la guerre et la paix, le pouvoir, le travail, la foi et la culture, la mémoire et les mythes - qui permettront de mieux comprendre les spécificités médiévales et de montrer comment le travail des historiens peut nuancer, amender ou préciser quelques idées toutes faites. Sylvain Gouguenheim nous invite à plonger dans dix siècles d'histoire qui ont façonné notre imaginaire, construit nos représentations politiques et religieuses ou structuré nos territoires. L'auteur nous entraîne alors sur les chemins des défricheurs de Brocéliande, dans les pas des pèlerins en route vers Jérusalem ; il nous convie aux assemblées des moines noirs de Cluny et aux réunions des corporations urbaines; il nous emporte dans le tourbillon des foires de Champagne et dans le tumulte des cavalcades des chevaliers...  

Recension d'Olivier Marin. - Etudes, février 2010.
Ce livre n’a rien des pesantes som­mes qui se déchiffrent laborieusement et sans entrain. Indépendants les uns des autres, les quarante brefs chapitres dont il est composé invitent à venir y butiner un récit, à s’attarder à l’évoca­tion d’un personnage haut en couleur, à méditer la clairvoyance de telle ou telle analyse. La palette des sujets retenus satisfera toutes les curiosités: de la guerre au travail en passant par la foi, le pouvoir et les mythes, c’est un véri­table kaléidoscope d’instantanés qui se succède ; quant au champ géographi­que, si l’auteur accorde une large place à l’histoire de l’Allemagne et de ses figures tutélaires dont il est un spécia­liste reconnu, il n’oublie pas pour autant la France ni l’Italie et ménage même, ici ou là, des ouvertures inatten­dues sur le monde byzantin. L’écriture fort enlevée ne dissimule pas non plus les problèmes – manque de sources, discordances entre les séries documen­taires, difficultés d’interprétation – auxquels les médiévistes sont régulièrement confrontés. Le grand mérite de cet ouvrage est de familiari­ser ainsi le lecteur, sans simplisme ni parti pris, avec les récents débats his­toriographiques qui ne sont autrement accessibles qu’au landerneau universi­taire. Loin des polémiques outrancières suscitées par son précédent ouvrage, Sylvain Gouguenheim a su joindre l’utile à l’agréable avec ce voyage ini­tiatique à travers le Moyen Age des historiens.

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 19:30
Le naufrage                             
16 juin 1940                                                         


de Eric Roussel
Mis en ligne : [15-03-2010]
Domaine : Histoire
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Né en 1951, Éric Roussel est écrivain et journaliste. Spécialisé dans l'histoire politique il a été critique littéraire au quotidien Le Monde de 1979 à 1984. Depuis cette date il collabore au Figaro littéraire. Sa biographie de Georges Pompidou fait autorité. Il s'est également intéressé à Jean Monnet, dans un livre unanimement salué, puis à Charles de Gaulle, à travers une biographie fondée sur de nombreuses archives inédites, notamment étrangères, et qui a marqué une étape dans l'historiographie du fondateur de la Cinquième République. Il a récemment publié Mitterrand ou la constance du funambule, (Jean-Claude Lattès, 1991), Jean Monnet, (Fayard, 1995), Charles de Gaulle, (Gallimard, 2002),  Pierre Mendès France, (Gallimard, 2007).



Eric Roussel, Le naufrage, 16 juin 1940, Paris, Gallimard, Octobre 2009, 266 pages.


Présentation de l'éditeur.
Etrange théâtre, ce 16 juin 1940, que la ville de Bordeaux devenue la capitale improvisée d'une France déjà largement envahie par les troupes hitlériennes : trois conseils de ministres en vingt-quatre heures, présidés par deux chefs de gouvernement successifs, Paul Reynaud et le maréchal Pétain, l'un à bout de résistance, l'autre usé par l'âge et décidé à arrêter les combats. Un monde s'écroule au milieu d'un immense exode et d'un chaos indescriptible. Une république se meurt dans une indifférence quasi générale. Ce moment dramatique, écrit Eric Roussel, marque la vraie rupture de 1940, non seulement parce que tout un pays bascule alors dans l'inconnu, mais surtout parce que cette journée révèle, en miroir, les causes immédiates et lointaines, politiques autant qu'intellectuelles, culturelles et morales, d'une défaite qui, au fond, n'est pas si étrange. Récit d'un naufrage prévisible, ce livre interroge également à frais nouveaux les failles méconnues et les faiblesses parfois insoupçonnées de cette IIIe République finissante qui va expirer à Bordeaux dans le tumulte, l'incertitude et, pour beaucoup, l'inconscience de la partie terrible qui se joue alors; il retrouve les grands protagonistes de ce drame et d'autres visages moins connus ; il en restitue les opinions, les engagements, les passions, les arrière-pensées... Mais dans ce chapitre si sombre on entrevoit aussi, portés par une prescience et une détermination inespérées, les germes d'une régénération politique nationale et d'une configuration inédite des rapports entre les peuples européens : le 16 juin aura été l'école de deux hommes aussi exceptionnels que différents, Charles de Gaulle et Jean Monnet.

Recension. - L'histoire, février 2010.

Ce 16 juin 1940... Quel jour éclaire mieux le "naufrage" que connut la France en ce printemps-été 1940 ? Le 13 mai ave l'enfoncement de ses lignes dès le début de l'offensive allemande, le 17 juin avec le discours de Pétain appelant à l'arrêt des combats, le 22 juin avec la signature de l'armistice, le 10 juillet avec le vote, par les députés et sénateurs réunis au casino de Vichy, des pleins pouvoirs au Maréchal ? En 1968, Emmanuel Berl s'en était tenu à cette dernière date dans un essai de la collection "Trente jours qui ont fait la France", réédité récemment par Gallimard. Eric Roussel a choisi le 16 juin, un concentré de toutes les défaillances, scandé par trois Conseils des ministres, le dernier sanctionnant la démission de Paul Reynaud, remplacé par Pétain et un nouveau gouvernement. En amont de ces vingt-quatre heures dramatiques, la déroute militaire et l'exode sur les routes ajoutent à la précision des événements mais aussi, en coulisses, à des jeux de pouvoir dont les partisans de l'armistice se montrent les champions. D'une plume alerte, toujours sobre, mais avec une belle clarté, Eric Roussel revient sur des épisodes souvent négligés, comme ce projet d'union entre la France et l'Angleterre, concocté par Jean Monnet, auquel Churchill et de Gaulle font semblant de croire, ne serait-ce que pour faire gagner du temps à un Paul Reynaud en sursis. Cela ne suffira pas. Paul Reynaud cède la place à Pétain. On connaît la suite. Mais, nous dit Eric Roussel, si cette journée fut décisive pour de Gaulle, témoin dans la pagaille de Bordeaux du passage de témoin entre Reynaud et Pétain dans l'effacement total du président Lebrun, ce n'est pas seulement parce qu'elle déclencha chez lui le choix de l'exil et l'appel à la résistance. A plus long terme, c'est bien cette "journée terrible, l'une des plus sombres de notre histoire" qui imposa à de Gaulle "l'idée de reconnaître au chef de l'Etat en cas de force majeure des pouvoirs exorbitants du droit commun". Grosse à la fois de Vichy, de la France libre et de la Constitution de la Ve République, voilà bien une journée qui fit la France.


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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 19:30
Le concert européen                 Aux origines de l'Europe   

de Jacques-Alain de Sédouy
Mis en ligne : [16-02-2010]
Domaine : Histoire
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Après quelques années passées à la Commission européenne, Jacques-Alain de Sédouy a été ambassadeur en Jordanie, au Mexique et au Danemark. Co-président adjoint de la conférence sur l'ancienne Yougoslavie (1994-1995), il a été nommé ensuite conseiller d'Etat en service extraordinaire. Il est l'auteur, entre autres, de Chateaubriand, un diplomate insolite (Perrin, 1992), Le Congrès de Vienne, l'Europe contre la France (Perrin, 2003).


Jacques-Alain de Sédouy, Le concert européen. Aux origines de l'Europe, 1814-1914, Paris, Fayard, Septembre 2009, 484 pages.


Présentation de l'éditeur.
On a beau jeu de pointer les grands conflits militaires qui ont frappé l'Europe entre la défaite napoléonienne et la Première Guerre mondiale, mais on ne pense presque jamais à tous ceux qui ont été évités. On oublie que l'Europe n'a pas attendu le traité de Rome (1957) pour s'organiser. Si le système européen né en 1814-1815 fut au début dirigé contre la France, celle-ci a rapidement rejoint les quatre premiers garants de l'ordre international : Grande-Bretagne, Autriche, Prusse et Russie. Ce qu'on a appelé le « concert européen » devait ainsi fonctionner jusqu'en 1914, permettant à notre continent de se transformer profondément dans une paix relative, sans catastrophe majeure. Se concerter, se réunir pour apaiser les tensions avant qu'elles ne dégénèrent devient une habitude pour les diplomates, les ministres et les souverains. Le XIXe siècle est ponctué de rencontres où les Européens apprennent à se parler (en français). Faire accepter des limites aux hégémonies, gérer les effets des mouvements révolutionnaires, contrôler au mieux (ou au moins mal) l'idée d'Etat-nation et l'aspiration à l'unité (Italie, Allemagne) ou à l'indépendance (Grèce, Bulgarie, Serbie, etc.), discipliner la compétition coloniale, définir un comportement face à l'effondrement de l'Empire ottoman. Voilà un bilan largement positif. Jusqu'à ce que le système s'enraye et qu'éclate l'affrontement généralisé. Toute cette histoire trop oubliée, mais qui a des accents étonnamment modernes, méritait d'être racontée dans sa totalité sous la plume vivante et érudite d'un diplomate doublé d'un historien. C'est l'une des faces cachées du XIXe siècle qui est révélée ici

Recension de Henri Madelin. - Etudes, février 2010.

Jacques-Alain de Sédouy, diplomate doublé d’un historien signataire de plu­sieurs livres bien documentés, présente un ouvrage qui scrute une face peu explorée du système diplomatique du xixe siècle, qui court de la fin de l’épo­pée napoléonienne jusqu’au déclenche­ment de la Première Guerre mondiale. Le terme de « concert européen » n’ap­paraît qu’aux alentours de 183O et c’est sans doute Metternich qui en est l’inventeur. Si le système européen de cette période repose sur la notion clas­sique d’équilibre, il ne peut s’y résumer. La France vaincue de 1814 est très vite invitée à se joindre aux quatre premiers garants de l’ordre international : Grande-Bretagne, Autriche, Prusse et Russie. Souverains, ministres, diploma­tes se réunissent fréquemment pour tenter de réduire les tensions sur le continent et d’éviter qu’elles ne dégé­nèrent en conflits armés, comme on le verra en 1914. Les Congrès se succè­dent, depuis celui de Vienne en 1814 jusqu’à celui de Berlin en 1878. On y parle français et c’est dans cette période que sont rédigés de nombreux « proto­coles » et un ensemble de textes juridi­ques qui constituent un « droit public européen ». Pour préserver une paix relative, la tâche des diplomates est de freiner les menaces hégémoniques, de réduire les mouvements révolutionnai­res, de discipliner l’expansion coloniale et de se positionner ensemble face à l’effondrement de l’Empire ottoman. Mieux connaître les principales facet­tes de ce « concert européen », spéciale­ment dans les Balkans, c’est aussi mieux comprendre les racines de l’Eu­rope dans laquelle nous vivons présentement.

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 11:30
Les royalistes                           
et Napoléon     
1799-1816               

 

de Jean-Paul Bertaud
Mis en ligne : [4-01-2010]
Domaine : Histoire

Les royalistes et Napoléon-copie-1 

Professeur émérite en Sorbonne, Jean-Paul Bertaud est l'un des grands spécialistes français de la Révolution et de l'Empire. Il est notamment l'auteur de : Le Consulat et l'Empire (A. Colin, 1992), Les Causes de la Révolution (A. Colin, 1992), L'an I de la République (Perrin, 1992), Guerre et Société en France de Louis XIV à Napoléon Ier (A. Colin, 1998), La Presse et le Pouvoir de Louis XIII à Napoléon Ier (Perrin, 2000), Le Duc d'Enghien (Fayard, 2001), Choderlos de Laclos (Fayard, 2003), Quand les enfants parlaient de gloire (Aubier, 2006).


Jean-Paul Bertaud, Les royalistes et Napoléon , Paris, Flammarion, Avril 2009, 464 pages.


Présentation de l'éditeur.
Au matin du 21 janvier 1800, les ouvriers et les bourgeois qui longent la Madeleine s'arrêtent, interdits. Sur la façade de l'église s'étend un drap de velours noir portant des mots terribles: "Victimes de la Révolution, venez avec les frères de Louis XVI déposer ici vos vengeances." Qui ose, en plein Consulat, rappeler le souvenir du roi guillotiné sept ans plus tôt? L'homme qui a bravé la police de Bonaparte et de Fouché s'appelle Jean-Guillaume Hyde de Neuville. Avec Georges Cadoudal et tant d'autres, il est l'un des innombrables héros de cette geste royaliste qui a fait trembler le Consulat, puis l'Empire. Car bien des nobles se rallieront à l'Empereur, conquis par les honneurs ou vaincus par l'ennui; beaucoup oscilleront, quinze années durant, entre ce qu'on pourrait appeler résistance et collaboration... Mais les fervents du roi, eux, ne céderont jamais. Napoléon a eu l'insolence d'écrire à Louis XVIII qu'il lui faudrait, pour revenir en France, "marcher sur cent mille cadavres"? Les royalistes de c?ur feront tout pour rendre ce retour possible: inscriptions tracées à la craie sur les murs des villes, distribution de tracts et de pamphlets incendiaires, attentats et enlèvements, attaques de diligences, noyautage de la police et de l'armée, réseaux d'espionnage et de contre-espionnage... Des salons parisiens au bocage vendéen, ce livre déroule une fresque inouïe, pleine de bruit et de fureur.

Recension. - L'Histoire, Septembre  2009..
Les deux France. Etre un vrai royaliste, entre 1799 et 1814, c'est se placer derrière la personne du roi, contre vents et marées. C'est un temps où des figures fortes émergent, comploteurs au grand jour ou agents de l'ombre tels Pichegru, Cadoudal ou Hyde de Neuville. Contre une historiographie qui considère les royalistes du point de vue napoléonien, Jean-Paul Bertaud, dans un ouvrage instructif et captivant, resitue ces apparents perdants de l'histoire dans une dynamique moins défavorable. En 1801, le Concordat et la paix avec l'Autriche, la Russie et l'Angleterre marginalisent les royalistes, tandis qu'un climat délétère s'installe entre le roi Louis XVIII et son frère le comte d'Artois. Dès 1804, "l'air est plein de poignard", à nouveau. Ce sont toutefois les balles du régime qui auront le dernier mot: "frappé de la foudre", selon le mot de Napoléon, le duc d'Enghien périt à Vincennes;"l'un des points d'orgue du duel des deux Franced engagé depuis 1789", mais aussi le signe du danger permanent qui pèse sur un régime mal assuré. D'où le mot de Regnaud de Saint-Jean d'Angély : "Les royalistes veulent tuer tuer Bonaparte, il faut le défendre et le rendre immortel..." Ce sera le sacre - puis le ralliement de beaucoup de royalistes.  L'auteur décrit aussi les débats politiques enfiévrés qui scellent le sort de la France, en 1814 et 1815. En quelques pages claires et pénétrantes, on voit naître le parlementarisme en France : "un roi national régnant sur une France royale" d'après Montlosier.

 

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 19:30
Louis XIV                             
Chronographie d'un règne               


de Christophe Levantal
Mis en ligne : [30-11-2009]
Domaine : Histoire

 

Historien, docteur ès lettre et licencié en droit, Christophe Levantal est un spécialiste des institutions d'Ancien Régime, en particulier de l'histoire de la maison de Bourbon et de celle de la haute noblesse française à l'époque moderne, auxquelles il a consacré une dizaine d'ouvrages et de nombreux articles. Ancien rédacteur en chef et fondateur de la revue Études bourboniennes, rédacteur de notices pour le Dictionnaire de biographie française, il est ou a été le collaborateur de plusieurs maisons d'édition.


Christophe Levantal, Louis XIV. Chronographie d'un règne, Paris, Infolio, Juin 2009, 1054 pages.


Présentation de l'éditeur.
Voici l'ouvrage qui vous propose de suivre le Roi-Soleil, au jour le jour, de sa naissance à sa mort. Christophe Levantal a dépouillé les quatre-vingt mille pages de la Gazette de Théophraste Renaudot entre le début de 1638 et la fin de 1715, en a extrait tout ce qui se rapportait au Roi, à ses initiatives, décisions et actions, déplacements, entrevues et rencontres. Il présente le résultat de sa collecte dans des notices chronologiques concises, accompagnées de références précises et enrichies de plus de huit mille notes, tirées non seulement des principaux mémoires de l'époque, mais aussi de sources manuscrites inédites. L'ensemble est complété par un index de près de vingt mille entrées. Cette somme sans précédent est et restera l'instrument de travail indispensable aux historiens de la Cour et du règne de Louis XIV. Aux amateurs, aux passionnés du Grand Siècle, aux curieux, aux poètes, elle offre un très précieux guide à travers Versailles, ses acteurs et ses fastes.

La critique de Thomas Wieder. - Le Monde littéraire, 10 juillet  2009.
Le Roi-Soleil au jour le jour. Que faisait donc Louis XIV le 31 juillet 1666 ? Même si vous êtes un "dix-septièmiste" chevronné, il y a fort à parier que vous donnerez votre langue au chat. Rassurez-vous, on ne vous en voudra pas. Sur l'été 1666, les chronologies sont en effet assez laconiques. Au 29 juillet, elles mentionnent parfois le début des travaux du canal du Midi. Au 6 août, elles ne manquent pas d'évoquer la première du Médecin malgré lui, de Molière. Mais entre les deux, c'est silence radio. Et pourtant... Chacun sait qu'une journée qui n'est pas « historique » n'est pas forcément une journée où il ne se passe rien. Surtout quand on s'appelle Louis XIV. Ce 31 juillet 1666, donc, le roi faisait son métier. Et être roi consista ce jour-là à recevoir à Fontainebleau trois "Turcs" venus d'Alger pour lui présenter deux lions, une autruche et plusieurs autres "curiosités" locales. C'est du moins ce que rapporta la Gazette, dans son édition du 7 août. S'il vous sera désormais possible de briller dans les dîners en ville en racontant cette anecdote, vous pouvez en savoir gré à Christophe Levantal. Ancien rédacteur pour le Grand Dictionnaire encyclopédique de Larousse, auteur d'un monumental "dictionnaire prosographique, généalogique, chronologique, topographique et heuristique" sur les Ducs et pairs et (les) duchés-pairies laïques à l'époque moderne (Maisonneuve et Larose, 1996), cet érudit de 56 ans, qui gagne aujourd'hui sa vie comme expert en livres anciens, a passé huit années à dépouiller la Gazette, l'hebdomadaire fondé en 1631 par Théophraste Renaudot (1586- 1653). Sa recherche n'avait qu'un seul but : traquer les moindres faits et gestes de Louis XIV. Ce qui fait de son ouvrage un outil précieux pour les historiens, et pour les autres une mine d'informations délicieusement insolites. Du 30 janvier 1638, où fut annoncée l'imminence d'une "très heureuse nouvelle" (la naissance du Dauphin aura lieu le 5 septembre), au 26 octobre 1715, quand la Gazette fit le récit du "service solennel pour le repos de l'âme du feu Roy", mort le 1er septembre précédent, ce sont plus de 80 000 pages que Christophe Levantal a passées au crible.L'homme étant, on l'aura compris, du genre obsessionnel, il ne s'est pas contenteé de recopier (ou de résumer) des milliers d'articles. Il a aussi établi un index de 200 pages et rédigé 8410 notes infrapaginales. Des notes d'une précision époustouflantes : ainsi le 28 mai 1695, la Gazette annonçait que le roi avait nommé le sieur d'Argouges au Conseil d'Etat. Or "il s'agit d'une erreur", indique Christophe Levantal. Sur ce point, la note n°5462 est sans appel : cinq sources différentes indiquent que le nouveau conseiller s'appelait Antoine de Ribère... Quand on lui demande pourquoi il a dépensé autant d'énergie pour reconstituer au jour le jour l'agenda du Roi-Soleil, Christophe Levantal répond avec une simplicité désarmante : "J'ai une immense sympathie pour Louis XIV. Il n'y a pas un seul jour de sa vie où il a oublié qu'il était roi. Pas un jour où il ne s'est pas efforcé d'être digne de sa fonction. A ce point, c'est quelque chose d'extraordinaire, non?"

 

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 19:29
Louis II de Bavière                   


de Jacques Bainville

Mis en ligne : [29-09-2009]

Domaine : Histoire



Jacques Bainville (1879 - 1936) fut l'un des plus grands historiens français du XXe siècle. Il tint pendant près d'un quart de siècle la chronique de politique étrangère du quotidien  l'Action française et publia en 1920 Les conséquences politiques de la paix, exposé lumineux sur le traité de Versailles et ses conséquences sur l'équilibre des forces en Europe. Parmi ses autres oeuvres capitales : Histoire de deux peuples (1915), Histoire de France (1924), Napoléon (1931), La Troisième République (1935).


Jacques Bainville, Louis II de Bavière, Préface de Dominique Decherf - Paris, Bartillat, avril 2009, 310 pages.


Présentation de l'éditeur

Louis II de Bavière (1845-1886), figure plus complexe que l'image laissée par sa légende, a frappé les imaginations. Le mérite de cette biographie écrite par le jeune Jacques Bainville est de restituer le personnage dans son ampleur et de comprendre les arcanes de son caractère. Louis II portait une immense admiration à Richard Wagner, qu'il aidera à mener à bien nombre de projets à commencer par l'opéra de Bayreuth. Emporté par la musique wagnérienne, alors révolutionnaire, Louis II s'est fait l'un des plus ardents mécènes du compositeur. De lui, la postérité a également retenu la construction de ses châteaux féériques dans les Alpes: Neuschwanstein, Linderhof et Herrenchiemsee. La démesure de ses projets le fera bientôt passer pour fou. Cependant, Louis II avait bien conscience des enjeux politiques de son temps et participa aux côtés de Bismarck à l'édification de l'Empire allemand autour de la Prusse. Avec son style précis et élégant, Bainville retrace cette vie énigmatique en la dégageant de l'imagerie laissée par un romantisme excessif.


Critique de Jérôme Besnard. - Royaliste, n°949 du 1er juin 2009.

Et Bainville devint royaliste... Signe de l’intérêt de ses écrits, les livres de l’historien et académicien Jacques Bainville sont de nouveau réédités en poche. Ce fut le cas de son Histoire de France[1] et c’est maintenant au tour de sa biographie de Louis II de Bavière. Un ouvrage remarquable dont la profondeur d’analyse surprend chez un historien de 20 ans, puisque ce livre est paru originellement en 1900 chez Perrin. Cette étude est le fruit d’une première rencontre avec l’Allemagne, d’un voyage effectué à Munich à l’été 1898 par un jeune étudiant parisien, lecteur de Heine et de Nietzsche, mais qui goûtait peu l’Histoire au collège. C’est l’observation de l’Allemagne qui convertit Jacques Bainville aux vertus de la monarchie. Comme le dit Dominique Decherf dans sa préface, Jacques Bainville avait compris avant Raymond Aron que « L’Allemagne est notre destin». C’est tout le thème de son Histoire de deux peuples. Pour bien comprendre l’Histoire de France, nous dit Bainville, il faut interroger l’histoire de ses relations avec l’Allemagne depuis les Carolingiens. Derrière la figure du roi Louis II (1845-1886), héritier de la dynastie des Wittelsbach, c’est moins la culture allemande du temps qui fascine Bainville, que les rapports entre la Bavière et la Prusse durant les vingt-deux années de règne du roi fou. De la prise des duchés danois en 1864 à la guerre franco-prussienne de 1870, et en passant bien entendu par la guerre contre l’Autriche de 1866 et la bataille de Sadowa, ces trois coups de maître du chancelier Bismarck, c’est toute l’Histoire de l’Europe jusqu’en1940 qui s’annonce. Le règne agité de Louis II de Bavière est l’un des feux de l’esprit du traité de Westphalie (héritage de la sagesse de Richelieu), de la résistance à la toute puissance du Reich, même si à partir de 1871, la Bavière ne peut plus tenir tête à une Prusse conquérante et se voit forcée d’accepter la tutelle d’un nouvel empire, celui qui fut proclamé dans la Galerie des glaces du château de Versailles. Avec cet ouvrage sur Louis II de Bavière, c’est le Bainville psychologue, celui qui tracera le remarquable portrait du jeune adolescent Bonaparte dans son Napoléon, qui se révèle.



[1]. Jacques Bainville, Histoire de France. (Tallandier, 2007,collection Texto, 570 p.)


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