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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 11:30
Résister au libéralisme            Les penseurs de la communauté

de François Huguenin
Mis en ligne : [25-01-2010]
Domaine :
Idées

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François Huguenin, né en 1965, est essayiste et historien des idées. Il a d'abord travaillé sur la pensée politique réactionnaire et libérale française, puis sur les mouvements américains de contestation du libéralisme : philosophes communautariens et nouvelle théologie politique. Il a récemment publié : A l'école de l'Action française.  Un siècle de vie intellectuelle (Lattès, 1998), La République xénophobe, (en collaboration avec Jean-Pierre Deschodt, Lattès, 2001), Le conservatisme impossible. Libéralisme et réaction en France depuis 1789 (La Table ronde, 2006).



François Huguenin, Résister au libéralisme. Les Penseurs de la communauté, Paris, CNRS éditions, octobre 2009, 256 pages.


Présentation de l'éditeur.
Comment concevoir une critique non marxiste du libéralisme ? À l'heure de la crise financière et de l'essoufflement du modèle capitaliste, cette interrogation cruciale nous concerne tous. Elle mobilise, outre-Atlantique, une galaxie foisonnante de philosophes, d'historiens, de théologiens : les « penseurs de la communauté », engagés dans un débat qui bouscule nos certitudes françaises. Voici la première grande synthèse sur ce courant d'idées. De l'éthique des vertus proposée par MacIntyre au républicanisme de Skinner, en passant par le mouvement « Radical Orthodoxy » et la nouvelle théologie de Cavanaugh, cette redécouverte de la communauté propose une conception alternative à la vision libérale de la modernité. Justice sociale, bien commun, place de l'homme dans la Cité, formes innovantes de sociabilité : ces penseurs renouvellent en profondeur notre conception du vivre-ensemble. Et nous invitent à retrouver le sens d'une communauté revivifiée aux sources de l'éthique. Un ouvrage essentiel pour penser l'après-crise. Un grand traité de philosophie politique.

Recension d'Alexis Lacroix. - Le Magazine littéraire, décembre 2009.
Au-delà du contrat social. Aux Etats-Unis, ils sont qualifiés de "communautariens". Ce terme, bien distinct de "communautariste", désigne des philosophes qui, au sein de la mouvance libérale, veulent repenser de fond en comble les liens de l'individu et de la communauté. Constellation qu'étudie ici l'historien des idées François Huguenin. Qu'il s'agisse de Michael Walzer, de Michael Sandel ou de Charles Taylor, ces hommes, qui se reconnaissent plutôt dans la gaucha américaine, déplorent l'abstraction de la citoyenneté moderne et l'identification progressive des régimes libéraux, depuis les Révolutions américaine et française, avec l'individu calculateur, détaché de tout enracinement dans une tradition culturelle particulière. Contre cette vision purement contractualiste, explique Huguenin, ces auteurs, sans prôner pour autant les formes régressives de l'appartenance communautaire, s'efforcent de réhabiliter les liens sociaux qui ne relèvent pas du politique. Reste sans doute à étudier de façon systématique les communautariens français. Dans cet éventuel livre à venir, on découvrirait que leur attachement à la démocratie est parfois plus sujet à caution que celui de leurs cousins américains.


Entretien avec Jean-Marc Bastière. - Famille chrétienne, 14 Novembre 2009.

Le titre de votre livre, Résister au libéralisme. Les penseurs de la communauté, ressemble à un slogan de l’extrême gauche. En quoi votre critique est-elle différente ? La critique du libéralisme a été captée par le marxisme et la notion de résistance est souvent confondue avec celle de révolution. Je m’appuie sur toute une pensée, inconnue en France, mais très dynamique dans le monde anglo-américain : philosophes « communautariens » qui s’attachent à montrer que la conception individualiste libérale nie la dimension relationnelle de l’homme ; historiens des idées « républicaines » qui contestent le récit libéral de la modernité et tentent de conjuguer souci de la liberté et sens de la chose publique ; théologiens chrétiens qui récusent la logique de sécularisation et engagent la discussion éthique sur une base de réflexion qui n’exclut pas l’acte de foi. On peut critiquer le libéralisme sans surenchérir dans l’idéologie moderne du « Je fais ce que je veux ».
Parmi les « penseurs de la communauté », des chrétiens figurent en première place. Pourquoi ? Ils ne sont pas les seuls. Mais s’ils figurent en première place, c’est que si l’on veut vraiment porter une critique construite du libéralisme, qui passe inévitablement par la redécouverte de la dimension communautaire de l’homme, on aboutit nécessairement à un questionnement radical sur ce qu’est l’homme. Et là, la grande pensée chrétienne du politique, de saint Augustin à Benoît XVI, devient incontournable. C’est elle qui donne les pistes les plus solides pour penser l’homme autrement que l’individu atomisé de la modernité.

Qu'est-ce qui différencie l'idée de communauté de l'actuel communautarisme ? Le communautarisme est une idéologie, un absolutisme : il n’y a rien au-dessus de ma communauté. C’est une sorte d’individualisme exacerbé. La communauté, en revanche, n’est pas qu’une idée, c’est une réalité, celle de l’homme, animal politique qui n’est pas fait pour vivre seul. Je ne suis pas un individu désincarné, je suis homme, né dans telle famille, parlant telle langue, appartenant à tel pays, professant telle foi. Tout cela contribue à constituer mes valeurs, mon sens de la vie. Et c’est tout cela qui va faire de moi un homme, non pas figé dans un communautarisme étroit, mais capable d’élévation et donc d’universel.

Cette alternative à la vision libérale n'est-elle pas utopique ? Je pense qu’elle serait utopique s’il s’agissait de croire à un renversement au sommet des valeurs de notre société. C’est le prisme français entre le principe de la table rase révolutionnaire et le désespoir du « Tout fout le camp » réactionnaire. Ma réflexion est autre et conduit à Augustin. Il ne s’agit pas de songer à une utopique cité de Dieu sur terre, mais à tenter de faire vivre la cité de Dieu dans les cités des hommes, toutes imparfaites fussent-elles. Tout cela est très concret et très humble : consommer autrement, comme nous y incite le théologien américain William Cavanaugh ; porter une voix chrétienne dans le domaine éthique, en affirmant très clairement cette posture chrétienne ; mais aussi accepter que nous vivons dans un monde pluriel où nos « semblables » portent le voile ou sont pacsés… L’utopie serait de vouloir revenir à un monde monochrome qui n’a d’ailleurs jamais existé. Augustin dit merveilleusement que la paix est le but que les hommes doivent rechercher avant tout, mais aussi que la paix est ultimement rendue possible dans le Christ. C’est le paradoxe : la confrontation au libéralisme ne passe pas par une guerre, mais par un dialogue en vérité, non dépourvu de remises en questions radicales et douloureuses. C’est le sens de la parole que porte aujourd’hui Benoît XVI : parole de paix, d’amour et de vérité, parfois tranchante. Le plus grand adversaire du libéralisme aujourd’hui, c’est lui.


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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 11:30
Le dérèglement du monde      


de Amin Maalouf
Mis en ligne : [21-12-2009]
Domaine : Idées

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Amin Maalouf, né en 1949, est romancier. Son oeuvre est marquée par la culture de l'orient, les échanges entre civilisations, ainsi que par les expériences douloureuses de la guerre civile libanaise et de l'immigration. Il a publié : Léon l'Africain (Lattès, 1986), Samarcande (Lattès, 1988), Les Jardins de lumière (Lattès, 1991), Le premier siècle après Béatrice (Grasset, 1992), Le Rocher de Tanios (Grasset, Prix Goncourt 1993), Les Identités meurtrières (Grasset, 1998), Origines (Grasset, 2004)


Amin Maalouf, Le dérèglement du monde, Paris, Grasset, mars 2009, 314 pages.


Présentation de l'éditeur.
En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmonieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d'une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d'une longue pratique de l'irresponsabilité... L'humanité aurait-elle atteint son " seuil d'incompétence morale " ? Dans cet essai ample, l'auteur cherche à comprendre comment on en est arrivé là et comment on pourrait s'en sortir. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une "guerre des civilisations " qu'à l'épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l'Occident et le Monde arabe. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs ; le second, enfermé dans une impasse historique. Un diagnostic inquiétant, mais qui débouche sur une note d'espoir: la période tumultueuse où nous entrons pourrait nous amener à élaborer une vision enfin adulte de nos appartenances, de nos croyances, de nos différences, et du destin de la planète qui nous est commune.

Recension de Henri Madelin. - Etudes, juillet-août 2009..
Cet essai pose avec lucidité de vraies questions sur le devenir de notre humanité. L'auteur continue de réfléchir dans la ligne de son ouvrage sur Les Identités meurtrières. Croyant au progrès, ce fils des Lumières se méfie des débordements incontrôlés des fanatismes religieux. Il avoue ne pouvoir "savourer les fruits de la modernité en toute quiétude", car il craint que les générations à venir ne puissent en faire autant. A bon droit, il se demande si l'humanité n'a pas atteint désormais son "seuil d'incompétence morale". Nous sommes en sursis dans un monde où le temps n'est pas notre allié mais notre juge. De victoires pompeuses en certitudes imaginaires, en passant par des légitimités égarées, l'auteur fait le procès des pays riches infidèles aux valeurs dont ils se réclament. Dans les pays démunis, les désillusions grandissent au sein de peuples humiliés et muselés. Réfléchissant sur l'islam et les pays arabes, qu'il connaît de l'intérieur de par son origine libanaise, Amin Maalouf parle d'identités meurtries et devenus meurtrières. L'histoire de l'Egypte depuis Nasser, les échecs répétés dans les pays du Moyen-Orient, la tragédie de l'Irak, les attentats du 11 septembre et leurs suites en sont une illustration inquiétante. Dans ces pays, c'est moins la morsure de la pauvreté qui prévaut que celle "de l'humiliation et de l'insignifiance" au sein du monde présent. Les thèses de S. Hutchinson sur les conflits futurs sont donc relativisées. Elles n'expliquent pas toutes les causes des violences potentielles ou actuels. "L'humanité, conclue-t-il, ne peut qu'imploser ou se métamorphoser". P. Teilhard de Chardin n'est jamais cité. Il s'inscrit pourtant sur le même horizon et manie lui aussi avec éclat la langue française.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 19:00
Le sens de la démesure           
Hubris et diké               


de Jean-François Mattéi
Mis en ligne : [6-12-2009]
Domaine : Idées

 

Jean-François Mattéi, membre de l'Institut universitaire de France, est professeur émérite à l'université de Nice-Sophia Antipolis. Il a publié récemment La Barbarie intérieure (PUF, "Quadrige", 2004), De l'indignation (La Table Ronde, 2005), L'Énigme de la pensée (Ovadia, 2006) et Le Regard vide. Essai sur l'épuisement de la culture européenne (Flammarion, 2007, prix Montyon de l'Académie française).


Jean-François Mattéi, Le sens de la démesure. Hubris et diké, Paris, Sulliver, Septembre 2009, 202 pages.


Présentation de l'éditeur.
Le vingtième siècle aura été le siècle de la démesure. La démesure de la politique avec des guerres mondiales, des déportations et des camps d'extermination, qui a culminé avec deux bombes atomiques larguées sur des populations civiles. La démesure de l'homme, ensuite, puisque ces crimes ont été commis au nom d'idéologies abstraites qui, pour sauver l'humanité, ont sacrifié sans remords les hommes réels. La démesure du monde, enfin, avec une science prométhéenne qui a tenté de percer les secrets de l'univers, une technique déchaînée qui a cherché à asservir la nature et une économie mondialisée dont les échanges ont imposé le prix des choses au détriment de la dignité des hommes. Nietzsche avait clairement établi le diagnostic : "La mesure nous est étrangère, reconnaissons-le; notre démangeaison, c'est justement la démangeaison de l'infini, de l'immense. " Le sens de la démesure semble être une fatalité, aussi n'est-il pas étonnant que, déjà chez les Grecs, dans le mythe, la tragédie, la physique, l'éthique ou la politique, il se situe au coeur de la réflexion. Au travers de la tentation de la raison d'abolir toute limite, de remettre en cause la finitude humaine, la démesure témoigne du tragique de notre condition. Les Grecs, et c'est l'enseignement de ce livre, se sont attachés à la comprendre pour la convertir en cette mesure qui permet de redonner un sens à notre existence.

La critique de Gérard Leclerc. - Royaliste, n° 953, 21 septembre  2009.
La démesure de l'homme. Récemment, en rendant compte ici du dernier essai de Jean-Pierre Dupuy, je mettais l'accent sur son catastrophisme éclairé, qui me semble exprimer l'angoisse présente du monde, eu égard à des dangers mortels réels. Le moindre mérite de l'auteur de  La marque du sacré n'est pas d'insister, en disciple de René Girard, sur la prodigieuse charge de violence inhérente à notre époque et en s'indignant sur l'étonnante faculté des courants de pensée progressistes à éluder la question du mal. Or, je suis frappé par la convergence de ses travaux avec la réflexion d'un philosophe comme Jean-François Mattéi, s'appliquant à un examen général de l'héritage de l'hellénisme dans les siècles de son plein essor. Il semble d'ailleurs que ce soit la tragédie du XXe siècle qui l'a conduit à ainsi revisiter la source grecque afin d'y retrouver les causes profondes d'une sorte de déséquilibre constitutif du monde, à l'origine de toutes nos démesures. Entre Dupuy et Mattéi, l'accord est avéré sur la démesure du siècle qui engendra "deux guerres mondiales et des conflits régionaux permanents, des déportations et des tortures de masse, des camps de la mort déclinés en allemand et en russe, et pour culminer dans l'horreur, deux bombes atomiques larguées sur des populations civiles." Cette référence à Hiroshima et à Nagasaki solidarise encore plus nos deux philosophes reprenant l'indignation de Gunther Anders à l'égard de toutes les justifications proportionnalistes du gouvernement américain.

Cet accord profond concerne aussi la démesure d'une "science prométhéenne qui a voulu percer les secrets de l'univers, une technologie déchaînée qui a cherché à asservir la nature, et une économie mondialisée, sous le double visage du capitalisme et de socialisme, dont les flux incessants d'échange ont privilégié le prix des choses au détriment de la dignité des hommes". Mais ce déchaînement propre à la modernité, même si il a des causes propres dues à l'accélération de l'histoire, se rapporte à une causalité générale, cosmologique, anthropologique, sacrée, qu'il faut rapporter jusqu'à la fondation du monde. C'est la conviction de René Girard, dès le début de son oeuvre. C'est aussi celle de Jean-Pierre Dupuy qui n'a cessé d'en explorer les conséquences dans la modernité la plus avancée. C'est celle de Jean-François Mattéi qui s'attarde pour sa part sur l'hellénisme, parce que ce moment capital de la pensée s'est attaché principalement à comprendre la menace mortelle de la démesure dans toutes ses dimensions. C'est plus encore l'Albert Camus de L'Eté qui l'a encouragé dans cette direction que le Heidegger du dépassement de la métaphysique, parce que contrairement au second, le premier ne fut jamais victime de l'orgueil européen ou du vertige qui conduisait à adhérer à la sauvagerie pour mieux défier le nihilisme. Méprisé par les intellectuels d'après-guerre, Camus avait mieux senti que quiconque la sagesse grecque et méditerranéenne qui enseigne que la mesure se conquiert sur la démesure. Nietzsche aussi l'avait compris: "il n'y a de belle surface sans une profondeur effrayante"

Pour en venir là, il faut sans doute briser l'image complaisante d'une Grèce ayant inventé la formule d'une beauté souveraine et tranquille. Comme si l'équilibre naturel de la cité correspondait au choros, cette danse réglée du monde, ce beau rythme universel  qui présiderait à un équilibre parfait. Ce qui est mentionné d'abord dans tous les textes de la Grèce, c'est l'hubris, la démesure qui "signifie la violence injuste, l'insolence et l'outrage, c'est-à-dire la dimension passionnelle dans les paroles comme dans les actions". Jean-François Mattéi en explore toutes les dimensions qui s'expriment autant dans le mythe que dans la tragédie, et structure aussi bien le cosmos, l'humanité que la Cité. Il faut compter avec les forces anarchiques de la nature qui préoccupent les physiciens avant les philosophes : l'apeiron, l'illimité, l'infini qui s'oppose au péras, la limite, le contour, le cadre, explique le désordre cinétique du cosmos et impose l'énigme d'un ordre qui se crée à partir du désordre. Il y a à l'origine, selon Platon, "une masse confuse et violente" que le démiurge voudra régler en se fixant sur les choses intelligibles, les idées et les nombres au-delà du ciel. L'ordre anthropologique se trouve en proie à des contradictions analogues.  "Si l'apeiron est constitutif de l'univers, l'hubris est constitutive de l'âme". Le même Platon compare l'âme humaine à un monstre polycéphale, "Chimère, Scylla ou Cerbère, qui est couronné de têtes de  bêtes féroces". D'où une lutte incessante impitoyable, pour que la justice s'impose contre la démesure. Mais où est la mesure ? Du côté de l'homme lui-même ou d'un Bien supérieur ?

Jean-François Mattéi montre encore l'action saisissante de la pensée grecque de la pensée grecque en ce qui concerne la philosophie politique, avec deux protagonistes contemporains. Léo Strauss se réclame de la leçon permanente de la lutte contre l'hubris. Karl Popper dénonce à l'inverse la pente totalitaire d'un modèle fondé sur le pouvoir absolu, à l'encontre des sociétés ouvertes de la modernité. Mais il refuse de voir à quel point on ne peut échapper à la référence à un principe éthique supérieur qui garantit la moralité dans la cité. Une certaine idéalisation de la démocratie athénienne efface le souvenir de la démesure fatale qui a abouti à sa ruine et à l'asservissement de la Grèce tout entière. On aurait grandement tort de ne pas prêter attention aujourd'hui à cette régulation supérieure, tout en se gardant des dangers du système platonicien.

Au terme de son parcours hellénique, Jean-François Mattéi revient à cet Albert Camus qu'il désignait dès le départ comme le plus lucide et le plus sage de nos écrivains. Camus a parfaitement compris qu'il était vain et insensé de vivre et de penser comme si la démesure du monde et la folie de l'homme s'éloignaient de nous. La mesure nécessaire doit émerger de la démesure toujours présente comme un gouffre. La pensée de Midi dont il se réclame présuppose un conflit qui n'aura jamais de fin, puisque le combat est père de toutes choses. Ce qui nous renvoie à ce catastrophisme éclairé que nous impose le chaos contemporain. Contre les progressismes essoufflés et les idéologies aveugles, il importe d'affronter la démesure de notre monde, elle devra être rénovée pour établir une mesure toujours précaire.


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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 19:30
Le paradoxe persan                
un carnet iranien               


de Jean-François Colosimo
Mis en ligne : [22-11-2009]

Domaine : Idées

 


Né en 1960, Jean-François Colosimo est essayiste, philosophe, historien des religions. il enseigne la philosophie à l'Institut Saint Serge. Il a récemment publié Dieu est américain (Fayard, 2006) et l'Apocalypse russe (Fayard, 2008).


Jean-François Colosimo, Le paradoxe persan. Un carnet iranien, Paris, Fayard, Juillet 2009, 286 pages.


Présentation de l'éditeur.
Aujourd'hui comme hier, l'avenir du monde se joue dans les rues de Téhéran. Cent ans après sa révolution constitutionnelle, cinquante ans après sa révolution anticolonialiste, trente ans après sa révolution islamique, l'Iran s'impose plus que jamais comme un pays de paradoxes : Occident et Orient, démocratie et islam, modernité et tradition, religion et sécularisation, globalisation et nationalisme, pétrole et nucléaire... Cette enquête, menée en Iran, aux Etats-Unis, en Israël, retrace un siècle de quête d'identité, d'indépendance et de puissance. C'est ce drame planétaire que racontent ici ses grands acteurs au cours d'entretiens exclusifs conduits à Téhéran, à Qom, à Washington, à Harvard, à Tel Aviv ou à Paris. Une plongée fulgurante dans l'histoire telle qu'elle se fabrique, sous nos yeux.

Recension d'Alexis Lacroix. - Le magazine littéraire, septembre  2009.

Nul ne peut prédire à ce jour si le "printemps de Téhéran aura un avenir. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la fissure interne de la mollahcratie iranienne, révélée par la fraude électorale des partisans d'Ahmadinejad en juin dernier, ne restera pas sans conséquences. Comme le montre Jean-François Colosimo dans son dernier essai, un bouillonnement culturel et civique a saisi depuis plusieurs années le pays. Pour ce spécialisre du fait religieux, l'avenir du monde se joue depuis quelques mois dans les rue de Téhéran. Au terme de trois ans d'enquête menée en Iran, mais aussi aux Etats-Unis et en Israël, Colosimo bouscule les lieux communs. Et propose, avec  une  érudition virtuose, un pari théorique convaincant: celui d'une Perse qui, par-delà une révolution khomeyniste aujourd'hui épuisée, par-delà aussi la tentation de l'épreuve de force nucléaire, a toutes chances de s'affirmer dans les années qui viennent comme un " pays laboratoire", capable de conjoindre islam et démocratie.


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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 19:30
L'Etat prédateur                   


de James K. Galbraith
Mis en ligne : [09-11-2009]

Domaine : Idées

 

James Kenneth Galbraith, né en 1952, est un économiste américain. Professeur à Lyndon B. Johnson School of Public Affairs et au département de gouvernement de l'Université du Texas, il préside l'association internationale Economists for Peace and Security. J.K. Galbraith est proche de l'aile gauche du parti démocrate américain. Il a récemment publié Le nouvel Etat industriel (2007).


James K. Galbraith, L'Etat Prédateur. Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant, Paris, Le seuil, Septembre 2009, 311 pages.


Présentation de l'éditeur.
Depuis trente ans, le culte du marché a dominé le discours politique. État modeste, impôts limités, déréglementation et libre-échange sont devenus les maîtres mots de ce dogme dont le succès fut tel qu'il a fini par faire de plus en plus d'apôtres au sein de la gauche. Or, à l'aube du XXIe siècle, nous assistons en Amérique à un drôle de chassé-croisé idéologique. Au moment où la gauche moderne a presque achevé sa conversion au marché libre, la droite conservatrice a définitivement abandonné cette idée. Galbraith montre comment, des années Reagan aux années Bush, la droite au pouvoir a transformé les États-Unis en république-entreprise où l'économie n'est pas régie par les marchés mais par une coalition de puissants lobbies industriels. Ces derniers sont soutenus par un État prédateur qui, loin de limiter l'emprise du gouvernement sur l'économie, entend bien au contraire l'approfondir pour détourner l'action et les fonds publics au profit d'intérêts privés. Si le discours officiel est resté libéral, c'est précisément pour masquer cette forme perverse d'étatisme. La nouvelle gauche libérale s'est laissé contaminer par le culte du marché libre qui n'a jamais été qu'un mythe instrumentalisé par ses promoteurs. Elle serait bien inspirée de se désintoxiquer et de comprendre enfin que les marchés n'apporteront aucune solution à la crise contemporaine, à la pauvreté, aux inégalités, à la crise écologique, tous ces défis qui appellent au contraire la planification, le contrôle public de la répartition des revenus et du financement de l'économie.

La critique de Anne Denis. - Les Echos, 22 octobre 2009.

Ecrit avant l'élection de Barack Obama et la chute de Lehman Brothers, ce livre n'en est pas moins d'une brûlante actualité. En décortiquant l'histoire du néolibéralisme aux Etats-Unis, de sa naissance sous Ronald Reagan à « sa subversion et à son effondrement complet » sous George Bush, il relate aussi « la vie et la mort d'une idée, le marché libre ». Digne héritier de son célèbre père - l'économiste John Galbraith, qui fut conseiller de plusieurs présidents dont Roosevelt et Kennedy -, l'auteur, professeur à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs de l'université du Texas, se définit en achevant son livre fin 2007 comme le « dernier des keynésiens ». Il doit se sentir moins seul aujourd'hui mais reste pessimiste, estimant, dans la préface de l'édition française qui vient de sortir, que « ceux qui espèrent trop, et trop vite, de la nouvelle adminis­tration américaine seront nécessairement déçus ». Car « les forces de l'Etat prédateur sont profondément ancrées dans les deux partis politiques ». De quoi s'agit-il ? Avec l'accession de Reagan au pouvoir triomphe le mythe conservateur qui repose sur quatre grands principes cohérents : monétarisme, économie de l'offre, doctrine de l'équilibre budgétaire et libre-échange. Mais, en pratique, affirme-t-il, ces principes n'ont jamais été appliqués avec rigueur ni succès, notamment en raison du pacte social remontant au New Deal (caisse de retraite, Medicare, universités publiques). Avec George Bush, seule la rhétorique est restée. Les bases conservatrices ont été remplacées par « la capture des administrations publiques par la clientèle privée d'une élite au pouvoir ». L'auteur analyse la dérive des grandes entreprises améri­caines, au regard de scandales de « pillage au plus haut niveau »dont Enron a été la révélation. Pillage directement lié, selon lui, à l'explosion des salaires des PDG. Cette nouvelle classe prédatrice s'est emparée de l'Etat pour le gérer « non pour mettre en oeuvre un projet idéologique » mais « de la façon qui leur rapporte le plus d'argent ». « Alors que la droite au pouvoir a abandonné les fondements philosophiques de sa cause, ceux-ci continuent dans une large mesure à fasciner la ­gauche », déplore Galbraith. Et de citer Hillary Clinton qui s'est sentie obligée de proclamer, durant la campagne des primaires, qu'il n'y avait pas de force plus puissante que le marché libre… Galbraith veut donc « libérer les esprits de gauche ». Une gauche qui manque tragiquement, selon lui, d'imagination. « L'assurance-maladie, figure en tête du programme progressiste depuis… 1948 ! » L'auteur appelle donc les démocrates à revenir sans complexe à la planification et au contrôle de la répartition des revenus, et les exhorte surtout à un plus grand volontarisme. Peu de propositions concrètes. Mais peut-être ­James Galbraith préférera-t-il, dans les ­traces de son père, essayer de chuchoter ses idées à l'oreille d'Obama.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 19:30
Défense européenne             
La grande illusion       


de Jean-Dominique Merchet
Mis en ligne : [02-11-2009]

Domaine : Idées

 

Jean-Dominique Merchet, 50 ans, est journaliste à " Libération ", en charge des questions militaires. Il anime le blog Secret défense. Il est l'auteur de Caroline Aigle, vol brisé (Jacob-Duvernet, 2007) et de Mourir pour l'Afghanistan (Jacob-Duvernet, 2008).


Jean-Dominique Merchet, Défense européenne, la grande illusion, Paris, Larousse, Juin 2009, 126 pages.


Présentation de l'éditeur.
Malgré tous ses efforts, l'Union européenne ne parvient pas à mettre sur pied une défense commune. Ainsi en décembre 1999, les Quinze décident de fonder une force militaire d'action rapide de 60 000 hommes à l'horizon 2003. Elle ne verra jamais le jour... Et c'est tant mieux ! Car la défense européenne est une illusion dangereuse, source de gabegie, d'impuissance et de renoncement. Loin d'être le mal dont souffrirait l'Europe, la pluralité et l'indépendance des nations ne seraient-elles pas le gage d'une défense efficace ?

Recension. - Politique Magazine, septembre 2009.
L'auteur est journaliste à Libération, en charge des questions militaires. Il anime le blog Secret défense. Cette étude sobre, bien construite, bien écrite, est admirable de clarté. C'est enlevé. Les faits sont là. Implacables. Même pas besoin de démonstration. Ce qu'on appelle la défense  européenne n'a jamais engendré que des montagnes de papiers, de discussions, de décisions, qui n'ont jamais été suivis d'aucun effet. Sinon des effets néfastes, sinon des coûts faramineux ! Ainsi de la force militaire d'action rapide de 60 000 hommes qui devait être opérationnelle en 2003. Et heureusement que la France n'a pas renoncé à ses Rafale ni à l'essentiel de sa dissuation nucléaire, ni à ses industries correspondantes. Les discours des politiques tombent dans le vide et ne correspondent à aucune réalité. Ce bref essai fait du bien à lire : il est drôle à force d'évoquer des choses affligeantes. Quel paquet de sottises est accumulé pour permettre à des esprits faux de se rassurer sur leur totale irresponsabilité ! Et on appelle çà de la politique.

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 19:29
Pars Theologica                     
logique et théologique chez Boèce

par Axel Tisserand
Mis en ligne : [5-10-2009]
Domaine : Idées


Axel Tisserand, né en 1959, philosophe et journaliste, est un spécialiste de l'histoire des idées. Il a récemment publié : Dieu et le Roi, correspondance entre Charles Maurras et l'abbé Penon. (Privat, 2007, 751 pages).


Axel Tisserand, Pars theologica, logique et théologique chez Boèce - Paris, Vrin, décembre 2008, 480 pages.


Présentation de l'éditeur

Né, sans doute à Rome, vers 476 après J.-C. et mort supplicié à Pavie en 524, Boèce, surtout connu pour ses traductions et commentaires des traités logiques d'Aristote et sa Consolation de Philosophie, écrite en prison, est également l'auteur de cinq traités théologiques, dont la place exacte dans l'ensemble de l'oeuvre reste à définir. Faut-il continuer de camper le portrait d'un Boèce en quelque sorte schizophrène ou peut-on découvrir un lien plus intime entre le commentateur néoplatonicien et le théologien chrétien et dégager ainsi un axe qui modifierait en profondeur la perspective à la fois méthodologique et philosophique de l'entreprise ? D'où les questions auxquelles tente de répondre l'ouvrage : en quoi la conception aristotélicienne de la philosophie spéculative influence-t-elle la constitution chez Boèce de la théologie comme pars theologica ? Quelle place y occupe la logique et quelle articulation observer entre les héritages patristique et philosophique ? Boèce ne se conçoit-il pas comme un nouvel Aristote, l'Aristote de la théologique chrétienne, et si oui ne convient-il pas de voir en lui, plus encore qu'un théologien, un théologicien ?


Critique de Gérard Leclerc - Royaliste, n°947 du 4 mai 2009.

Boèce, l'ambition de l'intelligence. Que peut nous apporter dans notre vingt-et-unième siècle commençant, un auteur qui vécut aux cinquième et sixième siècles de notre ère, dans un univers politique et culturel bien différent du nôtre ? À peu près rien, répondraient sans doute les esprits forts, persuadés que la modernité nous a propulsés dans un espace qui nous rend étrangers à des modes de pensée précritiques, voire théologiques. Et pourtant, quelles que soient les options d’un chacun, on ne perd jamais son temps à tenter de comprendre ce qui nous a précédés et sans doute explique ce que nous sommes aujourd’hui. Après tout, en dépit de nos prétentions et de l’incontestable avancée du temps, nous continuons à nous débattre avec nos héritages les plus anciens, constatant que les limes culturels multiséculaires sont tenaces et que nous sommes tributaires des grands penseurs de la Grèce et des docteurs de l’Antiquité tardive. Et de ce point de vue, Boèce offre un intérêt particulier, se situant à l’intersection des premiers et des seconds, concentrant toutes ses énergies à prolonger l’empire romain défait et à assumer l’étonnant défi de la rencontre de la philosophie et du dogme chrétien.

L’historien des idées qu’était Jacques Chevalier désignait Boèce comme « le premier des penseurs médiévaux et le dernier des Romains. » Il lui reconnaissait aussi le mérite considérable d’annoncer le Thomas d’Aquin du treizième siècle avec son projet de rendre compte de la cohérence intellectuelle de la Révélation chrétienne en se servant de l’instrument aristotélicien. Bien sûr, l’Aquinate rencontrera Aristote grâce à des intermédiaires plus proches et son étonnante synthèse devra tout à son génie singulier. Mais le rapprochement avec son prédécesseur lointain n’en est pas moins précieux, d’autant qu’il s’en reconnaît l’héritier pour l’élaboration d’une notion aussi capitale que celle de personne. C’est en vertu de ce lien, que j’entendis parler de Boèce durant mes études, ignorant l’homme et le penseur qu’il avait été. Axel Tisserand est venu au secours de mon ignorance, pour m’instruire de la façon la plus précise de l’itinéraire et de l’oeuvre du personnage. J’avais déjà rendu compte de sa traduction et de sa présentation publiées des Traités théologiques [1]. Mais avec la publication de sa thèse, nous sommes désormais en possession du dossier intégral qui permet de comprendre l’origine de sa recherche.

Je persiste, en effet, à prétendre que cet enjeu dépasse la pure érudition universitaire, pour nous engager dans une réflexion qui nous touche dans nos soucis les plus actuels. La question de l’héritage est inépuisable, surtout en période de mutation historique accélérée. Même si l’aspect proprement politique n’est pas ici abordé, il n’en est pas moins sous-jacent à la problématique des échanges intellectuels entre tradition romaine et tradition grecque, dans la perspective tracée par un Cicéron. Il l’est aussi dans le développement de la sagesse ancienne modifiée par le christianisme, conformément aux formidables intuitions d’un Augustin d’Hippone.

Axel Tisserand montre en premier lieu le prodigieux effort de Boèce pour traduire le plus exactement possible en latin les exigences conceptuelles de Platon et d’Aristote et de leurs grands commentateurs, Porphyre en tête. Son extrême rigueur déclarée est à la mesure d’une ambition intellectuelle dont la seule limite est sa faiblesse à rendre compte du mystère divin. Mais, même infirme, la rationalité est sans prix, car nous ne possédons pas d’autres moyens d’accès au vrai. Donc tout le travail considérable de traducteur et d’interprétation constitue un préalable obligé à la théologie. Augustin dans son traité sur la Trinité avait indiqué la voie que Boèce poursuivra avec plus de systémacité encore. Il faut ajouter que les Pères grecs ne sont pas indemnes de cette élaboration que des polémiques tardives voudront identifier avec la seule tradition latine.

Philosophe de métier en quelque sorte, l’auteur De la consolation de Philosophie (son ouvrage de la fin écrit en prison, alors qu’il est condamné à mort et se prépare à l’exécution) est aussi théologien. Non reconnu comme Père de l’Église, il n’en est pas moins l’un des acteurs essentiels de la lutte au service de l’orthodoxie, à l’heure des grandes hérésies trinitaires et christologiques. Apparemment, il continue à s’exprimer en philosophe, avec des concepts aristotéliciens. Mais il le fait à partir de la foi qu’il revendique hautement. « Partie de la philosophie spéculative, la théologique est le point de rencontre de la foi et de la raison, et cette rencontre l’intéresse en tant que telle, parce qu’elle est l’image de l’homme même, mais assumé par Dieu. » On saisit par-là la sottise journalistique contemporaine qui ne cesse d’employer le mot théologie en un sens dévalorisant, comme s’il s’agissait d’un mode inférieur de la pensée, figé dans l’affirmation obtuse de vérités cadenassées. Alors que c’est tout le contraire. Boèce en fait la démonstration : il n’est capable de se saisir des données de la Révélation que parce qu’il est en possession des instruments les plus élaborés de la Raison. Et cette dernière est sollicitée vers le haut, de telle façon qu’elle devient capable de mieux appréhender ce qu’il en est du mystère de l’homme et de sa personnalité.

C’est en effet la réflexion sur la double nature du Christ et les relations trinitaires qui permettent à Boèce d’élaborer la notion de personne qu’il définira comme « une substance individuelle de nature rationnelle. » A priori une telle définition paraît proprement philosophique et aristotélicienne. Mais il faut prendre garde que c’est à partir du mystère de la personne du Christ qu’elle s’est formée et qu’ainsi elle est du côté de la transcendance de Dieu. Ce qu’elle a d’absolument unique et non instrumentalisable, lui vient d’une ressemblance plus haute. C’est bien là ce que Pierre Boutang appelait la modification chrétienne, qui sans abolir le socle essentiel de la rationalité humaine, apparentait l’homme au mystère insaisissable de Dieu.

 


[1]. Boèce – Traités théologiques, présentation et traduction par Axel Tisserand, (2000, éditions Garnier Flammarion, 2000). Voir Royaliste n° 753.


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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 19:29
Le moment                  
fraternité


de Régis Debray

Mis en ligne : [11-09-2009]

Domaine : Idées



Né en 1940, Régis Debray est écrivain et philosophe. Il préside depuis 2002 l'Institut européen en sciences des religions et dirige la revue Medium. Il a récemment publié:  Sur le pont d'Avignon (Flammarion, 2005), Les conditions humaines (Fayard, 2005), Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle (Gallimard, 2006), Aveuglantes Lumières (Gallimard, 2008), L'obscénité démocratique (Flammarion, 2007), Un candide en Terre-Sainte (Gallimard, 2008).


Régis Debray, Le Moment Fraternité, Paris, Gallimard, Mars 2009, 367 pages.


Liberté, égalité, fraternité : «Les trois marches du perron suprême», disait Victor Hugo. Peut-on encore accéder à la marche d'en haut sans retomber dans la terreur ou bien dans la niaiserie ? Et comment, au royaume morcelé du moi-je, retrouver le sens et la force du nous ? C'est ce défi, peut-être le plus crucial de notre temps, que Régis Debray s'emploie à relever dans ce livre. Un nous durable faisant toujours référence à une sacralité, séculière ou révélée, il se demande d'abord ce que sacré veut dire, concrètement ; et les droits de l'homme se donnant comme l'expression contemporaine de la solidarité humaine, il ose examiner ce que cette nouvelle religion civile nous fait faire, actuellement. Ce pénible devoir accompli, Régis Debray dégage les voies d'accès à une fraternité sans phrases, qui puissent en faire autre chose qu'un fumigène : un labeur de chaque jour. Dans la conviction que l'économie seule ne fera jamais une société.


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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 22:40
Une blessure                
française


par Pierre Péan

Mis en ligne : [26-08-2009]

Domaine : Histoire



Né en 1938, Pierre Péan est journaliste. Il a récemment publié La face cachée du Monde (Avec Philippe Cohen, Mille et une nuits, 2003), L'accordéon de mon père (Fayard, 2006), et Le Monde selon K.  (Fayard, 2009).


Pierre Péan, Une blessure française. Les soulèvements populaires dans l'ouest sous la Révolution. Paris, Fayard, Octobre 2008, 325 pages.


1793-1794. La Terreur règne dans les départements de l'Ouest. Des dizaines de milliers de " monstres ", paysans et ruraux, pauvres dans leur grande majorité, sont liquidés. Depuis deux siècles, leur réputation est si mauvaise - fanatiques ignares, asservis par une religion et des aristocrates obscurantistes ou pauvres hères constituant l'armée des ombres des princes émigrés pour récupérer le Trône et l'Autel - que peu de monde s'est indigné de la politique d'extermination menée par la Convention. Rares sont les épisodes de l'histoire de France à avoir été autant travestis. Sans doute parce qu'il était impensable que la Révolution qui a brisé l'hégémonie de la classe aristocratique ait pu dans le même temps broyer la révolte de " gens de peu ". Ceux qui firent et enseignèrent l'histoire par la suite pouvaient difficilement justifier que le mouvement qui avait érigé en nouvelles "tables de la loi" la déclaration des Droits de l'homme n'avait cessé de fouler aux pieds, par ailleurs, l'un de ces droits primordiaux : la liberté de croire et de participer au culte de son choix. En circonscrivant son enquête à la commune de Maumusson, dans le territoire d'Ancenis, une terre qui lui est particulièrement chère, aux confins de l'Anjou et de la Bretagne, Pierre Péan est parvenu à établir que ces soulèvements populaires réagirent autant à l'atteinte à la liberté de culte (la constitution civile du clergé) qu'à la paupérisation des campagnes organisée par la bourgeoisie conquérante des villes. Pour éclairer cette "blessure française ", il a dépouillé archives, registres d'état civil, correspondances, mémoires, brossant ainsi les portraits et les itinéraires des protagonistes dans un tableau de chair et de sang.

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 22:40
La Chine                       
m'inquiète


par Jean-Luc Domenach

Mis en ligne : [11-08-2009]

Domaine : International



Né en 1945, Jean-Luc Domenach, directeur de recherches au CERI, est sinologue et politologue. Il a notamment publié Où va la Chine? (Fayard, 2002), Comprendre la Chine d'aujourd'hui (Perrin, 2007).


Jean-Luc Domenach, La Chine m'inquiète, Paris, Perrin, Mars 2009, 228 pages.


Le colosse aux pieds d'argile : rarement cliché a été plus approprié qu'à propos de la Chine d'aujourd'hui. Encore convient-il d'identifier où se repèrent les fissures superficielles et les crevasses masquées, de mesurer l'action des autorités au-delà des affiches rassurantes, de pointer quels risques sociaux ou politiques pèsent sur le pays. En combinant les informations acquises au cours de son long séjour en Chine et les observations internationales les plus récentes, Jean-Luc Domenach livre une radiographie sans concession d'un pays qui a déjà la tête aux festivités des Jeux olympiques, alors qu'il approche d'une heure de vérité.

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Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
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