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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 16:08
De la grandeur
Saint-Simon
 
de Jean-Michel Delacomptée
Mis en ligne : [12-03-2012]
Domaine : Lettres  
DELACOMPTEE-Jean-Michel--De-la-Grandeur-gif

 

Jean-Michel Delacomptée est écrivain et essayiste. Il est l'auteur de portraits littéraires de personnages historiques et d'écrivains, tous publiés chez Gallimard, dans sa collection "L'un et l'autre" :  Henriette d’Angleterre avec Madame la Cour La Mort, François II avec Le Roi Miniature, Ambroise Paré avec Ambroise Paré La main savante, La Boétie et Montaigne avec Et qu’un seul soit l’ami, Racine avec Racine en majesté, Mme de Motteville avec Je ne serai peintre que pour elle, et aujourd’hui Bossuet avec Langue morte Bossuet. Il a également publié deux romans : Jalousies (Calmann-Lévy, 2004), La vie de bureau (Calmann-Lévy, 2006).  
 

Jean-Michel Delacomptée, De la grandeur. Saint-Simon, Paris, Gallimard, novembre 2011, 233 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Saint-Simon vivait entouré de tableaux. Ils peuplaient par dizaines les murs de son château, portraits de famille, portraits de Louis XIII encadrés dans les boiseries, fixés au-dessus des glaces, peints sur toile, peints sur bois, en estampes, buste de Louis XIII sur un piédestal, la tête en cire ceinte d'une couronne en cuivre, portraits de Mme de Saint-Simon, de Rancé, du duc d'Orléans, du cardinal de Fleury, du cardinal de Noailles, du cardinal Dubois devant la chaise percée, et, dans une chambre au premier étage ayant vue sur le parc, du feu duc de Saint-Simon et de la feue duchesse, sans autres précisions, le duc Claude et Charlotte la mère, ou Diane sa première épouse. Saint-Simon n'apparaît jamais, aucun tableau de lui.
 
L'article de Christine Ferniot, Lire - décembre 2011.

La plume du siècle. En 2010, Jean-Michel Delacomptée signait un brillant portrait de Bossuet dans la collection L'Un et l'autre, dirigée par J.-B. Pontalis. Respectant les principes de ces courts ouvrages fondés sur les fraternités électives, Langue morte : Bossuet était un récit subjectif consacré à l'Aigle de Meaux, ce grand amoureux du passé, de la langue exacte, redoutant "l'avènement du monde à venir dont il abhorrait l'athéisme, les désordres latents et l'attrait pour la chair". Racine, Ambroise Paré, La Boétie ont également intéressé le spécialiste des lettres du Grand Siècle, porté par une insatiable curiosité littéraire. Et le voici aujourd'hui à l'écoute de Saint-Simon, reprenant en exergue cette citation tirée des Mémoires : "Au temps où j'ai écrit, surtout vers la fin, tout tournait en décadence, à la confusion, au chaos, qui depuis n'a fait que croître." Dès les premières pages de son livre, Jean-Michel Delacomptée pose la question fondamentale de l'écriture et de ses objectifs : "A partir de quel moment un écrivain, chargé d'un projet longuement fermenté mais qui lui résiste, finit par se lancer et, d'une traite, le réalise ?" En effet, Saint-Simon n'entame l'immense projet de ses Mémoires qu'en 1739 ou 1740. Fatigué, éloigné du monde, il a passé les soixante ans. Et Delacomptée de répondre presque aussitôt : "L'appel de la vérité, je crois. Et la grandeur." Tout en y songeant très jeune, Saint-Simon ne réalise son projet magistral qu'à son crépuscule.  C'est grâce à son mariage que le duc obtient une charge lui permettant de loger au château de Versailles, d'être à la cour et donc au centre du monde. Sans cette position, il n'aurait rien vu et surtout rien entendu. Mais, uni à Marie-Gabrielle, la fille aînée du maréchal de Lorges, voilà Saint-Simon dans la place, en courtisan idéal et surtout en homme d'honneur et de fidélité. En grand sage également, comme le décrit le narrateur : "Saint-Simon était pieux, pondéré, corps et âme épris de son épouse, avec des appétits réglés et un penchant prononcé pour les moeurs régulières. Il prenait soin de son hygiène, mangeait modérément bien qu'il fût gourmand... Il buvait peu, répugnait aux débordements du jeu..." Et pourtant cet homme presque parfait va rester un ami fidèle du Régent, Philippe d'Orléans, dont les faiblesses de caractère et de tempérament étaient extrêmes et les tentations multiples. Ces débordements mettent en rage son conseiller, même si convaincre, manipuler, est dans sa nature.  Saint-Simon a l'éloquence dans le sang et Jean-Michel Delacomptée revient avec admiration sur sa puissance verbale, auprès du duc d'Orléans comme du roi Louis XIV. Homme de plume et homme de voix, grand fumeur fasciné par la mort, Saint-Simon se montre d'une dureté implacable à l'égard du roi Louis XIV, "dictateur assourdi par le bourdonnement des essaims de flatteurs qui lui tourbillonnaient autour". Pour Saint-Simon, Louis XIII fut la grandeur même, modèle de charité et de perfection quand l'homme qui lui succède possède une âme trop petite. Et plus tard, lorsque Louis XV à son tour lui impose l'exil, Saint-Simon n'a plus qu'à changer de monde, trouver une autre voix. Dans ses Mémoires, il va dire "je", se mettre à découvert et n'exister que par l'écriture, achevant cette oeuvre en demandant une "bénigne indulgence" à ses lecteurs. Comme avec Bossuet, Jean-Michel Delacomptée se montre fasciné par le souffle de Saint-Simon : "Une langue écrite par le vieil homme, mais qui était si neuve, si vibrante de passion, si chargée de la grandeur même du règne dont il blâmait les tares, qu'aucun style d'une fécondité pareille n'avait jusqu'alors retenti."  C'est donc ce "sens de la grandeur" que Delacomptée veut remettre en lumière et célébrer au cours de ce texte magnifiquement tourné. Ecriture vive, culture sans vanité, élégance de grand seigneur, voilà ce qui caractérise cet essai-portrait, savant mais accessible. Il y plane la nostalgie d'un passé flamboyant, quand la langue française créait le rêve, se plaçait à hauteur de l'ambition politique et sociale pour devenir un patrimoine de l'humanité. Les Mémoires de Saint-Simon et le livre de Jean-Michel Delacomptée devraient être adressés à tous les hommes politiques appelés demain à s'exprimer devant leurs électeurs. Ce n'est pas un conseil, c'est un médicament, que dis-je, une thérapie ! 


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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 23:42
Du dandysme
et de George Brummel
 
de Jules Barbey d'Aurevilly
Mis en ligne : [13-02-2012]
Domaine : Lettres  
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Jules Barbey d'Aurevilly (1808, 1889). Publications récentes :  François Taillandier, Un réfractaire, Barbey d'Aurevilly (Éditions Bartillat, 2008) - Michel Lecureur, Jules Barbey d'Aurevilly (Le Sagittaire, 2008) - Jean-Pierre Thiollet, Carré d'Art : Jules Barbey d'Aurevilly, lord Byron, Salvador Dali, Jean-Edern Hallier (Anagramme Editions, 2008) - Pierre Leberruyer, Au pays et dans l'œuvre de Jules Barbey d'Aurevilly : paysages envoûtants et demeures romantiques (Orep Editions, 2008), Jules Barbey d'Aurevilly, Oeuvre critique, tomes 1 à 4 (Belles Lettres, deux volumes en 2008 et 2009).
 

Jules Barbey d'Aurevilly, Du dandysme et de George Brummel, Paris, Mercure de France, septembre 2011, 177 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
1845, Barbey d'Aurevilly publie un essai à destination du monde des élégances, Du Dandysme et de George Brummell. A cette époque, le dandysme est une mode, mais qu'on ne revendique pas volontiers : elle sent le soufre, un romantisme provocateur. Ce texte évoque la principale figure dandy, son inventeur en Angleterre et son introducteur en France, George Brummell, nom fameux mais alors mystérieux. Barbey est le premier à faire du virtuose incomparable de la cravate un sujet de réflexion à part entière : il se fait historien du "Beau Brummell", favori du prince de Galles, théoricien de la "futilité essentielle", jeune maître de la high society londonienne qui finit exilé en France, misérable, mort dans l'indifférence à Caen en 1840 à l'âge de 62 ans. Barbey d'Aurevilly, à travers ce portrait, jette les fondations du dandysme comme mouvement de mode et, plus encore, comme philosophie. Ce court volume, vingt fois réédité, est rapidement devenu le bréviaire de tant et tant de jeunes gens désirant pratiquer la "science du paraître", séduire par "rien du tout" en cultivant l'art de la profondeur. Cet essai est également une façon d'autobiographie déguisée : les rites aurevilliens de l'élégance y sont comme mis à nu, ses fétiches vestimentaires, sa manière d'être et d'aller, sa mondanité, de même que les ressorts de la création à l'oeuvre dans l'écriture d'un des plus grands stylistes de la langue du XIXe siècle.
 
L'article de  Linda Lê, Le Magazine littéraire - octobre 2011.
Dans son bref essai, Beau Brummell, Virginia Woolf racontait la fin misérable du dandy anglais dont elle admirait le goût "impeccable" et dont elle rappelait que le règne avait duré de nombreuses années et avait survécu à de nombreuses vicissitudes : sans avoir une seule action noble ou d'éclat à son actif, il avait "valeur de symbole". Elle s'était inspiré du livre qu'un officier, le capitaine William Jesse, avait consacré à celui qui incarnait à ses yeux l'élégance suprême qui avait subjugué le prince de Galles et tout son entourage. Décrivant l'ascension et la chute de son idole, n'oubliant aucun détail sur ses tenues, rapportant des anecdotes sur ses impertinences et ses farces parfois cruelles, sur les dernières années de sa vie, quand le prince à la mode du s'exiler à Calais, talonné par des créanciers, quand il devint fou et mourut dans un hospice, le capitaine Jesse s'était efforcé d'immortaliser un excentrique. Lorsqu'en 1843 Barbey d'Aurevilly eut l'idée de célébrer lui aussi l'homme qui avait passé pour "le type le plus accompli de la frivolité élégante, dans une société difficile", il voulut d'abord utiliser le matériau amassé par le capitane Jesse, mais, très vite, confiait-il à un de ses amis, il avait plutôt cherché à s'expliquer une influence et s'était mis à penser sur Brummell et  sur le dandysme pour ne pas écrire un récit fondé sur les "commérages les plus incertains". Du dandysme et de George Brummel, commencé avec l'entrain de qui parlait autant de lui que d'un personnage qui avait été "l'autocrate de l'opinion", se révéla une histoire d'impressions plutôt que de faits. Comme nous le précise Marie-Christine Natta dans sa préface, Barbey d'Aurevilly avait alors 35 ans, il n'avait publié que trois nouvelles et un roman, l'Amour impossible. Il avait beau qualifier son texte de "babiole", de "bluette", il comptait bien, par ce biais, acquérir quelque renommée. Il devint la coqueluche des salons, on le surnomma "Brummell II", mais ce n'était pas assez pour lui qui désirait un "succès grossier de cabinet de lecture". N'y avait-il pas chez lui, comme chez les dandys, une "inextinguible soif des applaudissements de la galerie, qui, dans les grandes choses, s'appelle amour de la gloire, et dans les petites, vanité " ? Le dandysme, selon lui, est le fruit de cette vanitié et le produit d'une société qui s'ennuie. Il est presque aussi difficile à décrire qu'à définir. Pour Baudelaire, il est une "institution vague, aussi bizarre que le duel", une institution "en dehors des lois", mais qui a "des lois rigoureuses auxquelles sont strictement soumis tous ses budgets": ce n'est même pas, comme le croient certains, un goût immodéré de la toilette et de l'élégance, c'est un "besoin ardent de se faire une originalité". Barbey d'Aurevilly, lui, voyait dans le dandysme une manière d'être qui résulte d'un "état de lutte sans fin entre la convenance et l'ennui". Il se joue de la règle et pourtant la respecte encore. Le dandy aime produire de l'imprévu, il préfère étonner que plaire, il a le génie de l'ironie, qui fait de lui un sphinx et un mystificateur. Brummel devait son foudroyant prestige à une "grande jeunesse relevée par l'aplomb d'un homme qui aurait su la vie et qui pouvait la dominer". Il ne se distinguait pas seulement par sa mise et ses reparties spirituelles, mais aussi par "le plus fin et hardi mélange d'impertinence et de respect". Il avait, pendant plus de vingt ans, de 1793 à 1816, tout plié sous sa dictature, sans avoir le "vertige des têtes qui tournaient". Les femmes furent "les trompettes de sa gloire", il n'était cependant pas un libertin, car il ne s'émouvait de rien et ne se passionnait pas : se passionner, "c'est tenir à quelque chose, et tenir à quelque chose, c'est se montrer inférieur".  Brummel était-il un soleil couchant, le dernier "représentant de l'orgueil humain" dont Baudelaire prédisait la disparition ? Ou, comme l'espérait Barbey, resterait-il toujours des hommes comme lui, "androgynes de l'histoire", "natures doubles et multiples, d'un sexe intellectuel indécis, où la grâce est plus grâce encore dans la force, et où la force se retrouve encore dans la grâce" ? En faisant le portrait d'un enfant gâté de la fortune qui devait connaître la disgrâce et sombrer dans la folie, Barbey exorcisait peut-être ses propres démons et, à la manière des dandys, s'imposait comme un "oseur" qui jetait le trouble dans une société ossifiée. 

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 23:42
Lettres à Roger Nimier
 
de Jacques Chardonne
Mis en ligne : [9-01-2012]
Domaine : Lettres  
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Jacques Chardonne (1884, 1968). Publications récentes : Pol Vandromme, Chardonne, c'est beaucoup plus que Chardonne (Éditions du Rocher, 2003) - Jacques Chardonne, Vivre à Madère (Grasset, 2004) - Jacques Chardonne, Propos comme ça (Grasset, 2004) -  Jacques Chardonne, Romanesques (La Table Ronde, 2011).
 

Jacques Chardonne, Lettres à Roger Nimier, Paris, Grasset, septembre 2011, 184 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Jacques Chardonne, parrain des "hussards", et Roger Nimier, son plus flamboyant représentant, sont ici comme les deux rois tête-bêche d'une carte à jouer. Ces lettres, caustiques, lyriques, attendries, toujours brillantes, Roger Nimier ne put les lire qu'après leur publication en volume. Jacques Chardonne n'y épargne pas ses contemporains: Gide, Montherlant et Max Jacob font les frais de son humour dévastateur. Il ne fait pas seulement œuvre de pamphlétaire ou de chroniqueur : ce styliste cherche aussi comment vivre, ce rieur cruel saisit aussi des instants de grâce. A déguster comme un verre de Cognac.
 
Recension de  Loïc Lorent, Le Spectacle du Monde - novembre 2011.
Tracassé à la Libération, Jacques Chardonne subit dans les années qui suivirent le pire des châtiments pour un artiste : l'indifférence. Qu'il est désormais loin le temps où, avec Claire et les Destinées sentimentales, ce stoïcien passionné séduisait public et critique. Flanqué de son camarade Paul Morand, lui aussi victime de cette épuration silencieuse, il gémit, moque et persifle. Et si, finalement, son oeuvre, qui n'intéresse plus grand monde, était terminée. C'était sans compter avec les hussards, et en premier lieu Roger Nimier. Le brillant écolier se cherchait des maîtres dissidents. Il jette son dévolu sur ces deux pères terribles. Lesquels, flattés, se disputent l'amitié du prodige. Bien des lettres sont échangées. Mais celles du présent volume ne sont qu'un prétexte à ce qui tient à la fois de roman et du recueil d'aphorismes. On y parle de politique, de littérature, de paysages, d'amour et des drames qu'il draine. On y tacle Gide et Jacob et y caresse Mauriac - Chardonne espérait son soutien pour entrer à l'Académie. Style sec, mordant, authentiquement français, avec en sus ce magistral air de ne pas y toucher. "Il n'y a que des exceptions", assène-t-il. Fertile leçon pour un auteur : plus on fréquente les hommes, moins on les connaît. De là naissent bien des malentendus dont toute vie est la somme. On entend parfois dire que Nimier n'est pas un très grand écrivain. A tout le moins, il savait s'en entourer.

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 16:00
Les lumières du ciel                                  
 
de Olivier Maulin
Mis en ligne : [12-12-2011]
Domaine : Lettres  
MAULIN Olivier Les Lumières du Ciel

 

Olivier Maulin, né en 1969, est écrivain .  Il a récemment publié :  En attendant le roi du monde (L’Esprit des Péninsules, 2006),  Les évangiles du lac (L'Esprit des Péninsules, 2008), Derrière l'horizon (L'Esprit des Péninsules, 2009), Petit monarque et catacombes (L'Esprit des Péninsules, 2009).
 

Olivier Maulin, Les lumières du ciel, Paris, Balland, août 2011, 252 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Paul-Emile Bramont n'est pas un foudre de guerre. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne voue pas au travail la vénération exigée par l'époque. Prince des ratés, il explore avec sérénité les bas-fonds de l'ambition, passant d'un hôtel miteux à un boulot minable et à des combines louches. Accompagné de son copain Momo, dj de patinoire de son état, et Bérangère, la femme d'un chirurgien plasticien, sa maîtresse du moment, il décide de fuir cette société basée sur le culte de la technique et de la consommation à tout-va et prend la route. Au cours de ce road-trip chaotique, ils découvriront Jérusalem, un hameau paisible où la loi du marché n'existe pas. On y boit sous les étoiles, on y lance des grenades pour combattre des chimères et les nuits sont enchantées. Ils y croiseront un curé anarchiste, un clochard amoureux des armes à feu et un militant primitiviste radical, tous en guerre contre le monde moderne et toute forme de production. Ils entrevoient alors un autre monde, un monde auquel il faudrait d'ores et déjà se préparer.  
 
Critique de Benoît Duteurtre, Le Figaro - 22 septembre 2011 
Joyeuse galère. Si vous aimez une littérature française drôle, vivante et pleine de saveur, il faut découvrir Olivier Maulin, écrivain de quarante ans qui excelle à raconter, sur le mode burlesque, les galères de l'homme ordinaire. Aux Éditions L'Esprit des péninsules, il a donné plusieurs romans aussi réussis que En attendant le roi du monde et Les Évangiles du lac (la dérive d'un cadre dans une vallée vosgienne où il rencontre une bande de zonards illuminés à la recherche des lutins et les forces occultes). D'un livre à l'autre, nous retrouvons son personnage favori: un naufragé de la modernité, mal adapté au monde du travail, croisant dans sa dérive toutes sortes de déclassés; autant d'aventures où la misère contemporaine engendre des développements étranges et poétiques. Dans son nouveau roman, Les Lumières du ciel, le narrateur Paul-Émile Bramond commence donc par tout rater. Viré de l'hôtel miteux où il séjournait, surpris par le mari de sa maîtresse (auquel il a refilé un scooter trafiqué), il finit par trouver un emploi «qui déchire». Il s'agit de tenir un stand de sapins de Noël à la sortie d'un ­centre commercial de Seine-Saint-Denis, en suivant les recommandations de son patron: ­«Vendez aux enfants, aux débiles, aux handicapés. Annoncez que 10 % du produit de la vente va au ­Darfour.» Il jure que ses sapins sont « halal », qu'ils « proviennent de plantations spécialement aména gées et ne participent donc pas à la déforestation ». Après avoir gagné trois sous, il prend la route du Sud, en compagnie de Momo, son pote de mouise… jusqu'à ce qu'ils rencontrent un curieux auto-stoppeur, rescapé des temps hippies qui leur fait découvrir « Jérusalem ». Dans ce village des Cévennes, quelques familles tentent de vivre en autarcie. Cet îlot préservé au cœur du futur plonge Paul- Émile dans des abîmes de perplexité… avant qu'il ne reprenne la route des emmerdements. Chez Maulin, la réflexion comme l'ensemble du récit oscillent toujours entre la blague et le sérieux (on songe au Houellebecq d'Extension du domaine de la lutte). Mais il possède aussi une verve populaire et des accents d'Audiard pour décrire Saint-Denis: «Le paysage ressemblait à une immense bouse de vache en béton de laquelle émergeait le tombeau des rois de France », ou évoquer le commerce d'un marchand de plage : « On travaille avec du touriste en short… Du genre qui lésine pas sur le prix de la gaufre, si tu vois ce que je veux dire.»Tout cela coule naturellement, avec de l'esprit, de la chair, de l'imagination. On ne sent jamais l'effort dans cette œuvre d'écrivain, et il serait fâcheux que tant de naturel passe inaperçu à côté de talents plus laborieux. Quand bien même il a placé la galère au centre de son propos, l'art de Maulin mérite un franc succès.

 

Autre critique : Patrick Pierran, "Demain Jérusalem", Royaliste du 12 décembre 2011.
 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 00:03
Le Hussard rouge                                          
 
de Patrick Besson
Mis en ligne : [14-11-2011]
Domaine : Lettres  
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Patrick Besson, né en 1956, est écrivain et journaliste. Chroniqueur littéraire à l'Humanité, au Figaro, à Marianne, il a reçu en 1985 le prix de l'Académie française pour Dara et le Prix Renaudot en 1995 pour Les Braban.  Il a récemment publié : 1974 (Fayard, 2009), Mais le fleuve tuera l'homme blanc  ( Fayard, 2009),  La Haine de la Hollande (Infini Cercle Bleu, 2010), Le Plateau télé (2010, Fayard).  
 

Patrick Besson, Le Hussard rouge, Paris, Le Temps des Cerises, juillet 2011, 361 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
De Mitterrand à Chirac en passant par Balladur et Jospin, de Sollers à Kundera en s'arrêtant à Wiesel et Attali, la France connut au siècle dernier diverses convulsions politiques et intellectuelles dont Patrick Besson, hussard rouge, rendit compte dans la presse française tout au long d'articles incendiaires, moqueurs, attendris ou attristés. Rassemblés naguère en recueils désormais introuvables, ces textes reparaissent au Temps des Cerises dans un seul volume qui forme une sorte de panorama subversif et sarcastique des années 1980 à 2000. S'y expriment également la passion littéraire de l'auteur (Grand Prix du Roman de l'Académie Française pour Dara, prix Renaudot pour Les Braban) ainsi que son amour de la vie et des gens qui se battent pour la justice sociale et la liberté d'esprit.
 
Chronique de Jérôme Dupuis, L'Express - 13 septembre 2011 
Un recueil des méchantes envolées de Patrick Besson. C'est à croire que les réserves de Patrick Besson sont inépuisables : après un volumineux Plateau télé (Fayard), l'an dernier, voilà que le chroniqueur le plus féroce de France publie Le Hussard rouge, recueil de textes parus entre 1985 et 2001. On s'y délectera d'un poème rimé à la gloire de Fanny Ardant, d'hilarants pastiches d'Elie Wiesel ou de Jean Echenoz et d'un flot de méchancetés vraiment méchantes. Petit florilège. Staline : "Il envoya toute sa belle-famille au goulag, ce qu'ici, en Occident, on évite de dire, de peur de le rendre trop populaire." Emmanuelle Béart : "Pour la faire sourire, il faut certainement avoir dix ans de café-théâtre derrière soi." Guy Bedos : "Il chauffe la salle. Gloussements des oncles socialistes, rires des fonctionnaires rocardiens." Yves Simon : "Il y a de quoi pleurer à la pensée de ces charmants bouleaux, de ces tendres chênes, de ces joyeux hêtres et de ces naïfs tilleuls qu'on a abattus pour écrire ces idioties." Françoise Sagan : "Elle eut beaucoup de générosité et de dignité, demeurant avec courage l'amie de François Mitterrand bien après l'élection de celui-ci à la présidence de la République." Et même L'Express... : "Vous êtes comme moi : dans L'Express, vous lisez d'abord la liste des best-sellers." 

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 23:23
Théâtre              
 
de Paul Claudel
Mis en ligne : [17-10-2011]
Domaine Lettres  
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Paul Claudel (1868, 1955). Oeuvres récentes publiées en France :  Le Poète et la Bible, volume 1, 1910-1946 (Gallimard, 1998) Le Poète et la Bible, volume 2, 1945-1955 (Gallimard, 2002); Lettres de Paul Claudel à Jean Paulhan 1925-1954 (Paul Lang, 2004). Correspondance de Paul Claudel avec les ecclésiastiques de son temps. Volume I, (Paris, Champion, 2005); Une Amitié perdue et retrouvée : correspondance de Paul Claudel et Romain Rolland, (Paris, Gallimard,  2005).
 

Paul Claudel, Théâtre (en 2 tomes). Paris, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", janvier 2011, 1776 pages et 1904 p.

 
Présentation de l'éditeur.
Imprégné d'Eschyle, de Shakespeare, de Wagner, de Hugo, de Mallarmé, de Rimbaud, Claudel n'imite personne. Sa voix théâtrale est singulière, ses drames ne peuvent être assimilés à rien d'autre, ni à eux-mêmes : il passa sa vie à les récrire. Il n'a pas d'imitateur, mais, partout où d'autres dramaturges viennent planter leur décor, il est déjà là. La réinvention du drame mythologique, la joie du verbe contre l'absurdité de l'Histoire, le théâtre de situations, le drame épique... rien de ce qui est théâtral ne lui est étranger, pas même l'humour. Il n'a pas seulement renouvelé la scène, il a déplacé les bornes du drame. Il y mêle la Bible et le cirque, les saints et les marionnettes, les paysans du Tardenois et le masque du nô. C'est dérangeant sans doute, exigeant à coup sûr. L'art de Claudel est exigeant : sans concession aux règles ni aux mots d'ordre. Sa morale est exigeante : sans attention au confort ni à l'autorité. Sa justice est exigeante : sans pitié apparente pour les héros et les saints, tout en générosité pour les coupables et les violents. Mais (ou faut-il dire : pour toutes ces raisons) son théâtre s'impose avec évidence au public contemporain. Le lire, l'entendre sont des expériences inoubliables. C'est franchir la frontière qui sépare deux mondes. Avec pour guide l'Annoncier du Soulier de satin : «Écoutez bien, ne toussez pas et essayez de comprendre un peu. C'est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c'est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c'est ce que vous ne trouvez pas amusant qui est le plus drôle.»
  
Critique de Linda Lê. Le Magazine littéraire - juillet-août 2011.
Claudel, tourments et jubilations d'une âme. Paul Claudel était, de son propre aveu, à la fois un voyageur et un enraciné. Dans Mémoires improvisés (1), entretiens accordés en 1951 à Jean Amrouche, il confiait qu’il avait gardé de ses années d’enfance de profondes impressions qui l’attachaient à sa terre natale, mais qu’il avait aussi une vocation errante, liée à sa carrière diplomatique qui le conduisit en Amérique et en Chine, exils lointains propices à l’assouvissement de ce qu’il appelait sa passion de l’univers, car toute connaissance est co-naissance au monde : « Notre connaissance est l’oeuvre de l’épanouissement circulaire de notre être constamment en état de vibration. » Il disait aussi avoir été un grand dévoreur de papier imprimé. Il s’était imprégné du tao, qui recommande d’être en état de parfaite disponibilité et qui correspond à son précepte : non pas « Connais-toi toi-même », mais « Oublie-toi toi-même » pour être absorbé dans le spectacle qui s’offre à la perception. Il n’avait jamais caché l’influence séminale que Rimbaud, le « mystique à l’état sauvage », avait exercée sur lui. Fervent des tragiques grecs et de Virgile, admirateur de Shakespeare, dont la violence d’inspiration et l’intrépidité du sentiment le ravissaient, il avait puisé chez Dostoïevski les secrets d’une technique dramatique, tout en s’initiant à ce qu’il y a d’imprévisible et d’inconnu dans la nature humaine, car l’auteur des Possédés était selon lui l’inventeur des caractères polymorphes, des êtres complexes, pleins de contradictions, et non des types taillés d’une seule pièce.
Paul Claudel lui-même était un personnage à multiples facettes, s’acquittant de ses obligations consulaires, ayant un avenir de dramaturge et un avenir religieux, sans être tout uniment ce chrétien qui fit en 1913 le récit de sa conversion, vingt-sept ans auparavant : « En un instant mon coeur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. » Converti sans avoir les oeillères d’un pharisien, il nourrissait en même temps une certaine sympathie pour les anarchistes, car il ne démordait pas de l’idée qu’une personnalité vivante doit avoir la primauté sur tout, que la société existe pour l’individu, et non l’individu pour la société : « Je trouvais dans l’anarchie un geste presque instinctif contre le monde congestionné, étouffant, qui était autour de nous. » Il affirmait n’être allé à la lumière que par le chemin de l’obscurité et avoir traversé des crises spirituelles dont il n’avait triomphé qu’en sachant qu’il ne s’était pas fait chrétien pour jouir d’une « espèce de plaisir mystique ». Il avait à un moment voulu devenir moine, renoncer complètement à l’art ; finalement il s’était engagé plus avant dans la périlleuse voie de la littérature, il avait fait oeuvre de poète en se défendant d’être un prédicateur, un apologiste : « Il est plus laborieux de conduire les hommes par la persuasion que par le fer. /Labourer la multitude et l’ensemencer de paroles / Est une agriculture pleine de sueurs et de déceptions », devait-il écrire dans La Ville , pièce composée pendant son travail de conversion.
Un silence consterné entourait ses publications : « On souffre de parler dans de la ouate », confiait-il à Jean Amrouche. Ses oeuvres étaient, disait-il, des aérolithes qui tombaient du ciel et qui dérangeaient les critiques. Il avait toujours été écartelé entre deux besoins : la publicité et le mystère. Ses premiers drames, Tête d’Or et La Ville , avaient été publiés sans nom d’auteur et appréciés seulement d’un petit cénacle symboliste. Ce n’est qu’à partir de 1912 (il avait alors 44 ans) qu’il réussit à briser ce cercle d’incompréhension. Dans un hommage à Adrienne Monnier, dont il fréquentait la librairie rue de l’Odéon, il notait : « Un livre qui paraît, c’est une chose vivante et qui pousse et qui naît, quelque chose par excellence d’expansif et de contagieux, appelé à propager autour de soi l’admiration, l’imitation ou le refus, en tout cas la discussion. » Un livre est aussi selon lui une boîte magique remplie d’images, d’idées, de sentiments sortis du plus profond de l’esprit de l’auteur, « pas seulement de l’esprit mais de ses boyaux », disait-il, tout en rappelant ailleurs que ce qu’il y avait de viscéral en lui était en même temps astral.
La nouvelle édition de La Pléiade, rassemblant tout le théâtre de Paul Claudel, permet d’avoir une vision d’ensemble de cette oeuvre protéiforme, tissée de références bibliques, et sans cesse remaniée : le dramaturge donnait de certaines pièces deux, voire trois versions, resserrant son texte ou l’adaptant suivant les nécessités de la scène. Mélodrame, parabole, drame urbain, paysan, philosophique, historique, drame « d’étude » posant des questions théologiques, drame de la passion destructrice et de la passion christique, tiré de faits vécus : toutes les luttes intérieures de Claudel, tiraillé entre ce monde-ci et l’autre, entre la vocation religieuse et l’appel de la chair, prennent vie dans des pages où s’expriment la démesure, la transgression, le sacrifice, la recherche du salut. Comme le fait observer Didier Alexandre dans l’introduction à cette édition, le début d’un drame claudélien, c’est toujours une fin ou l’annonce d’une fin prochaine, la fin d’une ville, la fin d’une famille, la fin d’une lignée, la fin d’un amour, la fin de Jeanne d’Arc au bûcher, la fin du Christ... Au centre de ces conflits se trouve souvent une héroïne (Ysé dans Partage de midi , Marthe dans L’Échange , la Princesse dans Tête d’Or , Violaine dans L’Annonce faite à Marie , Prouhèze dans Le Soulier de satin ), une de ces femmes qui représentaient pour Claudel soit l’âme humaine, soit l’Église, soit la Sainte Vierge, soit la sagesse sacrée. Ces héroïnes ne sont pas pour autant désincarnées, elles sont au contraire des êtres de feu que Claudel met en scène en essayant de plus en plus de tenir en bride le lyrisme, son « grand ennemi », sans toujours rompre avec son style incantatoire. Chaque livre était pour lui une délivrance, mais si, les premières années, il donnait libre cours à l’évocation de ses tourments, il était parvenu peu à peu à un semblant d’équilibre, presque à un apaisement, qui rendait possibles une certaine distanciation, un certain détachement, se traduisant par une attention plus grande portée à l’architecture de ses oeuvres : « C’est à partir de 1909 que j’ai eu un point de vue en quelque sorte extérieur, un point de vue de constructeur, et que j’ai vu l’oeuvre à réaliser un peu du dehors. Ce côté objectif est devenu de plus en plus important chez moi. Tout en conservant l’ impetus , la poussée intérieure, je l’ai beaucoup plus astreinte à un regard et à un sentiment de la construction pour ainsi dire du dehors. »
Le Soulier de satin, aboutissement d’une crise qui dura deux décennies, prouve de manière éclatante que le théâtre de Claudel n’est pas celui d’un partisan du prosélytisme et transcende les interrogations sur la foi. « Je suis venu pour élargir la terre », dit Don Rodrigue, conquistador vengeur, dans cette rhapsodique et chaotique « action espagnole », d’où ni le merveilleux ni le comique ne sont absents, et qui est, selon Claudel, son testament dramatique, un réceptacle de rêves et de souvenirs, mais aussi de réminiscences livresques. Son ambition était de montrer la « jubilation d’une âme » à travers une succession d’aventures qui font de cette pièce énigmatique une composition baroque et magistrale, couronnement d’une oeuvre qui s’adresse aux lecteurs les moins réfractaires à l’extravagance : « C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, prévient d’emblée l’Annoncier du Soulier de satin , c’est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c’est ce que vous ne trouvez pas amusant qui est le plus drôle. »

1.  Paul Claudel, Mémoires improvisées. (Gallimard, 2001).
   

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 08:30
Alexandre Soljénitsyne
Le courage d'écrire
 
sous la direction de Georges Nivat
Mis en ligne : [19-09-2011]
Domaine : Lettres  
Alexandre Soljénitsyne 2

 

Alexandre Soljénitsyne (1918-2008). Oeuvres récemment publiés en français : Esquisses d'exilLe grain tombé entre les meules, tome 2, 1979-1994 (Fayard, 2005), Aime la révolution, suivi de Les yeux dessillés (Fayard, 2007), Réflexions sur la révolution de février (Fayard, 2007), Une minute par jour (Fayard, 2007), La Roue rouge - Quatrième nœud : Avril 17 (Fayard, 2009)
 

George Nivat (dir.), Alexandre Soljénitsyne. Le courage d'écrire, Paris, Editions des Syrtes, mai 2011, 530 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Des millions de lecteurs ont eu leur vie accompagnée par Alexandre Soljenitsyne, ont suivi avec passion sa lutte solitaire contre un empire qui semblait établi pour un bon millénium, ont eu la révélation de L'Archipel du Goulag, puis, moins nombreux, mais encore des centaines de milliers ont suivi l'aventure de La Roue rouge. On aurait pu croire que rien ne resterait de la première moitié de vie : que pouvait préserver une mère seule courbée sous la misère, marquée par la tare d'une origine sociale et d'une fidélité à la religion ? Que pouvait-il rester des années de guerre, de captivité, de bagne, des débuts littéraires dans une absolue clandestinité ? Eh bien non ! Outre l'énorme laboratoire de l'écrivain après son expulsion d'URSS quand enfin il trouve des conditions normales d'écriture, il nous reste, ô miracle !, des cahiers d'écolier, des écrits d'adolescent, des textes rédigés en secret à la prison-laboratoire. Plus quelques reliques de famille, deux albums de photos qu'il prit lui-même à Kok-Terek, pendant sa relégation au Kazakhstan. Ce livre rend compte des multiples facettes de ce géant de l'écriture : étude d'ensemble, articles ciblés sur quelques aspects (la réception de l'écrivain, les biographies qui lui ont été consacrées), des témoignages (ses deux principaux traducteurs, son éditeur en russe, son agent littéraire mondial, le compositeur Gilbert Amy, sa dernière biographe). Il compte également des inédits : plusieurs lettres dont l'émouvante lettre à Spiridon (le concierge de la charachka), une grande lettre à Lydia Tchoukovskaïa, des fragments du Journal R-17, trois textes qui sont des « lectures » faites par Soljenitsyne : « Mon Lermontov », « Ivan Chmeliov et son Soleil des morts », « Le Pétersbourg d'Andreï Biely ».
 
Critique de Véronika Dorman, Le Magazine littéraire - juillet 2011

  Le célèbre exergue de L’Archipel du goulag condense la vocation de son auteur : «À tous ceux à qui la vie a manqué pour raconter cette histoire». Contrairement aux milliers d’anonymes muets auxquels il a prêté sa voix pour crier au crime et à l’imposture, Alexandre Soljenitsyne a eu une longue, très longue vie, qu’il a presque entièrement consacrée à «raconter cette histoire» de mensonge et de violence, d’oubli forcé et de déshumanisation programmée que fut le régime soviétique. À rebours de la mythomanie totalitaire, Soljenitsyne s’est fait le chroniqueur d’un siècle mutilé, en subordonnant sa destinée à celle de son oeuvre littéraire, sans lâcher le crayon en prison ou au camp ni s’arrêter devant les périls de la clandestinité une fois libéré, convaincu qu’en dernière instance la vérité du verbe sauverait le monde. Ainsi, pour l’écrivain-lutteur, vivre et écrire ont été synonyme, relevant d’une même audace et d’un pareil impératif. En Union soviétique, entre le bagne et le bannissement, dans l’anonymat de la relégation lointaine puis la clandestinité des datchas d’amis fidèles, en exil aux États-Unis, dans l’isolement paisible de sa maison à Cavendish, de retour enfin en Russie, à l’écart du tumulte de la capitale, dans le pavillon familial construit sur mesure à Troitse-Lykovo, Alexandre Soljenitsyne n’a cessé de travailler pour restituer à la Russie son histoire et son identité, sa langue et sa mémoire.

  Entre catalogue d’exposition et petite monographie illustrée, Alexandre Soljenitsyne. Le Courage d’écrire raconte la destinée de l’écrivain à travers la matérialité de son écriture. Compilé à partir d’une exposition organisée à la Fondation Bodmer de Genève, l’album reconstitue la vie et l’oeuvre de Soljenitsyne à l’aide d’images de manuscrits, de tapuscrits, de blocs-notes de camp et de carnets de voyage, de correspondance avec ses amis et ses éditeurs, de photographies de lui et par lui, objets personnels de zek (détenu) et d’homme libre. Natalia Soljenitsyne, compagne de vie et de lutte, relectrice et rédactrice, véritable sparring partner, désormais vestale de sa mémoire et gardienne de son héritage, s’est plongée dans les colossales archives de son époux pour y puiser quelques éléments essentiels. À sa suite, guidé par ses légendes et les éclairages donnés par le slaviste Georges Nivat, le lecteur est invité à pénétrer dans le laboratoire littéraire du Prix Nobel, dans l’intimité d’un manuscrit autographe ou d’un cliché familial inédit.

   Tous les textes avant l’expatriation forcée ont une histoire propre, une destinée hasardeuse, tributaire de la fidélité des adjuvants et de la malice des opposants, de la conception à la publication, pouvant faire l’objet d’un récit en soi. L’une des pièces les plus précieuses des archives de Soljenitsyne est sans doute le manuscrit de L’Archipel du goulag, rédigé fiévreusement presque d’une seule traite, en deux hivers, dans son «repaire» estonien, une métairie non loin de Tartu. «J’avais fusionné avec mon sujet, loin du monde, et mon but ultime était que de cette fusion naquit L’Archipel, dussé-je y perdre la vie», écrira-t-il plus tard dans ses Invisibles. La liasse autographe est demeurée enfouie dans la terre, en Estonie, tout le temps de l’exil de l’écrivain, pour ne lui être restituée qu’à la fin des années 1990, tandis que l’éditeur parisien Nikita Struve avait publié dès 1973 le premier tome de la «bombe», passée en Occident sous forme microfilmée.

  Poussée à l’extrême pendant la rédaction de son essai d’investigation littéraire qui ébranla le monde, cette capacité de se fondre dans le travail, au détriment de tout ce qui l’entoure, était l’une des caractéristiques principales de Soljenitsyne, le secret de sa prodigalité. «Être avare de son temps et le rendre aussi dense que possible» (Aime la Révolution !) fut sa devise. À l’image des innombrables pages noircies d’une écriture en «graine d’oignon» recto verso, premières rédactions manuscrites de ses oeuvres. Ses petits blocs-notes qu’il emportait partout, les cahiers où il consignait ses lectures et réflexions, tout était matière première pour le travail en cours ou à venir. Même privé de la possibilité physique d’écrire, au goulag, le corps meurtri par le labeur et l’esprit affranchi du « fardeau des connaissances pétulantes et inutiles » (L’Archipel), Soljenitsyne n’a pas cessé de composer, en mémorisant par coeur les milliers de vers du poème Dorojenka ou de la pièce Le Banquet des vainqueurs qu’il n’avait pas droit de consigner sur le papier. Au camp d’Ekibastouz, le matricule CH-262 mêlait, dans un carnet, à la comptabilité des briques alignées celle des lignes « écrites », puis les récitait, encore et encore, comme les versets d’une litanie, en égrenant un chapelet de liège.

  Le Courage d’écrire révèle également les mécanismes de la conception de la pièce maîtresse de la biographie de Soljenitsyne autant que de sa bibliographie, La Roue rouge, fabriquée patiemment et méthodiquement pendant vingt ans. L’idée d’investiguer sur les causes de la révolution de 1917, d’en explorer la préhistoire, vint au jeune Soljenitsyne à l’âge de 17 ans. Depuis cet instant où le projet s’est « abattu » sur lui, il n’a cessé de rassembler les matériaux de son épopée historique : cahiers de notes de « La Russie dans l’avant-garde » sur la Première Guerre mondiale, en 1937-1939 ; chapitres rédigés en secret dans la prison spéciale Marfino en 1948 ; manuscrits-fleuves écrits au Vermont ; cartothèque au classement rigoureux selon un système d’enveloppes ramifiées (plus de 250 pochettes), triant tous les matériaux et documents collectés par thèmes, questions ou personnages.

  Alexandre Soljenitsyne. Le Courage d’écrire dévoile l’arsenal de l’écrivain et permet de nouer un rapport plus personnel avec l’homme inaccessible dont la parole nous est si familière, de lire entre ses propres lignes, de regarder par-dessus son épaule. Ses immenses archives, dont l’inventaire reste à faire, passeront à la postérité. Aux futurs chercheurs reviendra la tâche de mettre en perspective Soljenitsyne écrivant et Soljenitsyne écrivain. En attendant, cet échantillon permet de passer encore un moment en compagnie de celui à qui le courage de vivre et d’écrire n’a jamais manqué.

 

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 08:30
Tous les grands ports ont
des jardins zoologiques                                               
de Marcel Thiry
Mis en ligne : [18-07-2011]
Domaine : Lettres  
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Marcel Thiry (1897-1977), poète et écrivain belge. Arrêtant ses études il s’engagea volontairement dans la Grande Guerre, et combattit sur le front russe. Après quoi, comme avait éclaté la Révolution de 1917, il dut faire un long périple pour rejoindre son pays : Sibérie, États-Unis... Cette expérience lui inspirera ses trois premiers recueils de poésie : Toi qui pâlis au nom de Vancouver, Plongeantes proues et L’Enfant prodigue. Il fut par la suite avocat, homme d’affaires, sénateur, continuant à publier abondamment poésies et romans.  Parmi ses derniers recueils : Le Jardin fixe (1969), Saison cinq et quatre proses (1969), L'Ego des neiges (1972), Songes et spélonques (1973), L'Encore (1975)
 

Marcel Thiry, Tous les grands ports ont des jardins zoologiques, Paris, La Table Ronde, mars 2011, 435 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
"Comment, vous ne connaissez pas ? Ce n'est pas possible ! Un des plus remarquables poètes d'aujourd'hui ! " s'était exclamé Paul Éluard à propos de Marcel Thiry (1897-1977). La présente anthologie réunit plus de cent cinquante poèmes choisis parmi les dix-huit recueils qui composent une oeuvre d'une étonnante virtuosité prosodique construite à l'écart des grands courants poétiques de son temps. Tour à tour, ils mettent en lumière l'expérience du jeune soldat faisant le tour du monde malgré lui, le goût du voyage et le plaisir toujours intact de se perdre dans des villes étrangères, la célébration de l'amour de manière parfois très érotique, la conjugaison souvent pleine d'humour entre l'homme d'affaires, l'entrepreneur et le rêveur.
 
Présentation de Jean-Claude Pirotte, Lire - juin 2011
Quarante mille à ton compteur.

 

A Rethel au Sanglier,
A Meaux sous un néflier,
Où la table est-elle prête,
Où le soir où l'on s'arrête ?
 

 

Tu as tant mêlé tes routes
Que tu songes, que tu doutes
Si c'est Dôle ou si Auxonne
La tour où ton heure sonne.

 

Ce poème, je me le suis récité mille fois. Et il me semble, durant toute mon existence, n'avoir pérégriné que sur les traces de l'astrale automobile de Marcel Thiry. Et les noms sonores ou étouffés des lieux, villes et villages sonnent toujours dans ma mémoire comme si je les avais moi-même découverts, voire inventés avec leur charge sonore de romanesque :

 

Je nomme Carignan, je nomme Florenville
Sans dessein que de faire un écho à leurs noms,
Comme, pour faire au ciel sans couleur son répons,
La Lorraine accomplit sa tristesse inutile...
 


Et je cours à la rencontre de la poésie comme si ma propre vie en dépendait (et c'est au fond de cela qu'il s'agit) : je me redis la prose des forêts mortes en traversant les collines qui se chevauchent dans la haute vallée de la Marne, où s'élève la voix, dans mon souvenir, du courtier qu'il fut aussi par la force des choses : 


Tous les arbres que j'ai tués se mettront quelque jour à revenir,
Non tels que je les aurai mutés par commerciales métamorphoses,
Non pas distribués comme ils le sont par mes contrats et mes factures
Au large du grand monde avide et réceptif...
 

 

Et cette voix me poursuit entre les étagements des reliefs forestiers des pays d'entre-deux où règne encore un grand silence habité d'une longue mémoire, et j'entends ce dernier vers : 

 

C'est la vaste Vie qu'en la vivant j'aurai changée en éternité. 


Et puis je reprends ma route en compagnie de cette comptine qui ne me quitte pas : 

 

Quarante mille à ton compteur,
Encor combien pour le bonheur,
Cent cinquante pour Lunéville
Et pour la lune trois cent mille ; 

De Charleroi où je suis né
à Charleville pour dîner,
Les rois, les villes, les années,
A-t-on passé l'Epiphanie.

 

Et puis, un jour, je me décide pour le train où 

 

Les wagons de troisième étaient pleins de poètes 

 

et dans ces 

 

Wagons du mercredi, députés socialistes,
Courtiers en vrac, boursiers pavoisés de journaux,
Je me suis souvent mélangé à vos peuplades
Et, les yeux clos, parmi vos bancs de marchands tristes,
J'ai demandé l'absence à vos velours banaux...
 

 

Et je sais enfin qu'en soixante-seize (où je reçus dans mon havre clandestin la dernière lettre de Marcel Thiry) j'étais aussi là, fantôme inconsistant, dans ce train de Vichy à Paris : 

 

On est le trente et un mai mil neuf cent soixante-
Seize ; on est autrefois par la plaine française...
 

  

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 08:30
Marco Polo                                                                         
 
de Olivier Germain-Thomas
Mis en ligne : [20-06-2011]
Domaine : Lettres  
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Né en 1943, Olivier Germain-Thomas est essayiste, romancier et journaliste. Ecrivain voyageur, il parcourt les routes d'Asie depuis des années.  Parmi ses ouvrages les plus récent<s : Un matin à Byblos (Editions du Rocher, 2005), Mosaïques du feu (Editions du Rocher, 2004, Lumières du Bouddha (Editions EDL, 2007), Le Bénarès-Kyôto (Editions du Rocher, 2007), Asies (Editions Signatura, 2010).
 

Olivier Germain-Thomas, Marco Polo, Paris, Folio Biographies, octobre 2010, 220 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Sans une série de circonstances particulières, la vie de Marco Polo (1254-1324) aurait pu être banale. Plusieurs siècles après sa mort, le périple de ce marchand voyageur qui pensait, en homme de son temps, que la terre était plate, les étoiles accrochées à une voûte céleste fixe et la Bible à prendre à la lettre, continue de nourrir nos songes. Cette biographie nous révèle un Marco Polo à taille humaine, simple, loyal, courageux, attachant. Qui ne manque ni d'humour ni de sagacité. Qui affronte avec stoïcisme la faim, la soif, la maladie, la brûlure du soleil, la froidure des nuits glacées. On est à ses côtés lorsqu'il parcourt la route de la Soie, entre au service de l'empereur mongol, dicte, dans une prison génoise, ses Mémoires à son compagnon d'infortune, un écrivain auteur de romans de chevalerie...
 
Recension de Patricia Reznikov, Service littéraire - janvier 2011
Jeux de polo. Qui fut Marco Polo ? Ce Vénitien parti de l'autre côté du monde, à la rencontre de royaumes inconnus? Cet homme du XIIIe siècle pour qui la terre est plate et immobile, les étoiles en mouvement, la Bible à prendre à la lettre? marco quitte Venise en 1271, à dix-sept ans, pour un périple de vingt-cinq ans qui le mènera de l'Adriatique à la Perse et jusqu'en Chine et en Inde. Mandaté par le grand Kubilaï Khan, le Vénitien sera son fidèle administrateur et explorera sans relâche pour le souverain mongol éclairé, aussi curieux de l'Occident que du Christianisme, les confins de son immense empire. Rentré à Venise après d'extraordinaires péripéties, Marco Polo dictera son "Devisement du Monde" à Rustichello De Pise. Mais déjà, il avait marqué les esprits et jeté des caravelles à la découverte du Nouveau Monde. Il faudra attendre le XVIe siècle pour que le livre prenne son envol. Au-delà de la biographie, Olivier Germain-Thomas nous emmène sur ces routes poudreuses et éblouissantes de l'Orient. Sa profonde connaissance de l'Asie nous permet d'approcher l'épopée de cet ULysse qui ébranlera l'imaginaire de l'Europe. Ce livre, en plus d'une belle et érudite réflexion, est aussi une invitation.  Car Suivre Marco Polo, c'est sortir de soi La question du désir, celle du voyage, celle du mystère et de l'altérité, des préjugés et de l'émerveillement, tout cela est contenu dans l'histoire de Marc Polo, dont le destin nous sidère encore.
  

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 08:30
Le défilé des réfractaires                   
 
de Bruno de Cessole
Mis en ligne : [24-05-2011]
Domaine : Lettres  
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Critique littéraire depuis de nombreuses années, Bruno de Cessole est également essayiste et romancier. Il collabore à Valeurs actuelles et à Service Littéraire. Parmi ses parutions les plus récentes : L'Heure de la fermeture dans les jardins d'occident (La Différence, Prix des deux magots 2008), Le moins aimé (La Différence, 2009).
 

Bruno de Cessole, Le défilé des réfractaires, Paris, L'Editeur, avril 2011, 586 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Un matériau réfractaire se définit par un point de fusion élevé, une haute dureté, une faible vitesse d'évaporation et la résistance à certains milieux corrosifs. Ainsi en va-t-il de l'écrivain réfractaire : sa propension à l'insoumission le rend résistant à toute forme de conformisme et ses écrits demeurent imperméables à l'usure du temps. Voici donc une anthologie subjective, partiale, voire de mauvaise foi, qui, à travers une cinquantaine de portraits d'écrivains français du XIXe siècle à nos jours, décrypte des personnalités hors du commun et dessine une certaine idée de la littérature à contre-courant de la pensée dominante.
 
Article de Baptiste Liger, Lire - mai 2011
Bruno de Cessole recense ses écrivains réfractaires. Aujourd'hui, rien n'est moins rebelle qu'un rebelle, cette plaie de l'époque dont la "panoplie est arborée par tant de courtisans aux gages du système [...] que l'on serait tenté de se revendiquer conformiste ou cynique". C'est la position de Bruno de Cessole, chef du service culture de Valeurs actuelles, qui, pour définir un individu hors du système, préfère utiliser l'adjectif "réfractaire". Soit celui qui possède "une propension spontanée à l'insoumission, la réticence à plier le genou ou ployer l'échine devant les puissances". Cette précision, tirée de la préface, donne une certaine cohérence à la cinquantaine de portraits d'écrivains francophones réunis dans Le défilé des réfractaires, sorte de nouveau Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig, la pédanterie "dandy" en moins. Sachant que Bruno de Cessole n'a rien d'un dangereux trotskiste, cette galerie de presque six cents pages ne laisse certes que peu de place aux bonnes âmes s'étant illustrées dans la défense des droits de l'homme, la lutte contre les discriminations et "autres valeureuses croisades hygiénistes". Il n'est dès lors guère surprenant de retrouver les noms de Céline, Barrès, Léon Daudet, Cioran, Philippe Muray ou Michel Houellebecq. Notre compilateur n'oublie pas pour autant quelques classiques, de Chateaubriand à Rimbaud en passant par Stendhal. Si la plume de ce passionné est toujours alerte, ses articles sur ces têtes courroucées des lettres s'avèrent toutefois assez inégaux dans l'inspiration - mais n'est-ce pas inhérent à un tel exercice ? Etrangement, c'est lorsque Cessole joue le contre-emploi (sa passion pour le "phrasé sinueux" de Guy Debord, ou son affection paradoxale pour Jean-Paul Sartre) ou lorsqu'il évoque des auteurs plus méconnus qu'il se montre particulièrement brillant - comme le démontrent ses élégies d'André Suarès, Joseph Joubert, Victor Segalen ou Pierre Gripari (ce "Martien en exil"). Certains s'étonneront que seules deux femmes (Colette et Catherine Pozzi) aient droit de cité, hors préface. En effet, nulle trace de Marguerite Yourcenar ("pompeuse impératrice du cliché"), ni de Marguerite Duras ("sentencieux oracle des bobos progressistes") - encore moins de "Christine Angot, Virginie Despentes et autres postières excitées". A vous de juger si être "réfractaire" à certaines romancières fait de Bruno de Cessole un affreux misogyne... 
   
Autre article sur ce livre : Entretien de Bruno de Cessole avec Josph Vebret, "Un authentique écrivain ne peut être qu'en réaction à son époque", Le magazine des livres, avril 2011.
  

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Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
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